FOURIER... c'est Fou!

De la Révolution Française à la Révolution Numérique

 "Le Panthéon mathématique est peuplé d'ombres bien vivantes qui changent de place au cours du temps, certaines bien visibles et d'autres en retrait. Mon propos était de souligner le retour au premier plan, parmi elles, de Joseph Fourier"

Jean-Pierre Kahane, le Retour de Fourier, 2005



À l'occasion du bicentenaire de la première présentation à l'Académie des Sciences (21 Décembre 1807) de la Théorie de la Chaleur, le Mathouriste a souhaité rendre un hommage particulier à son auteur... et le poursuivre, et l'enrichir.

SOMMAIRE:

Cette page est consacrée à une biographie en images de Fourier: on y parcourt ses lieux de vie et de travail, et on y regarde l'histoire des sciences croiser l'Histoire, la grande, dans une période riche en rebondissements: Révolution, Campagne d'Egypte, Empire, Restauration... on termine avec le projet d'érection d'un nouveau monument à Auxerre, pour remplacer celui qui a été sacrifié en 1942, à l'occupant et au tribut imposé de métaux non-ferreux.

Et pour comprendre son œuvre, nous vous proposons une initiation en musique:

Puis une lecture commentée de la Théorie de la Chaleur
Et aussi...

AUXERRE

Naissance

Jean-Baptiste Joseph Fourier nait le 21 Mars 1768 dans cette ville, qui a si bien su conserver ses quartiers anciens que sa maison natale est toujours là!


La maison natale, la plaque commémorative

L'acte de naissance porte, on le remarquera, les prénoms Jean, Joseph; est-ce plus tard son passage chez les religieux qui l'aménera à préciser sous le patronnage de "quel Saint-Jean" il se place? Peu importe, puisque c'est son deuxième prénom qui deviendra usuel. La famille est manifestement modeste: le père est tailleur, le parrain ne sait pas signer.

Baptisé le jour même!

La rue s'appelait alors Rue de la Parcheminerie; elle a été rebaptisée Rue Joseph Fourier.

Ou encore, si vous la préfèrez la nuit...

Au Collège

Orphelin à huit ans (sa mère décède, son père disparait!), Joseph est pris en charge par le clergé Auxerrois et rentre, d'abord comme externe, puis, grâce à ses bons résultats, comme interne à titre gratuit, au Collège Royal Militaire d'Auxerre, qui est tenu par les Bénédictins de l'abbaye Saint-Germain. Celle-ci domine la ville, et ses bâtiments annexes occupent alors une superficie importante.

Aujourd'hui, son église domine toujours le quartiers des quais de l'Yonne (maison du Coche d'eau)

Maquette montrant en gris la partie détruite en 1812, lors de la construction de l'Hôpital militaire

 Il y reçoit un enseignement solide, y compris en Sciences -c'est assez rare, à l'époque- mais cela ne lui suffit pas, et il passe des nuits à étudier en cachette les traités de Bézout et Clairaut: sa vocation mathématique est manifestement précoce! Il écrira un peu plus tard:
"Je paye avec usure à Morphée toutes les nuits que je lui ai dérobées à Auxerre..."

Élève à Auxerre de 1777 à 1782 (le futur maréchal d'empire Davout, son cadet de 2 ans, y sera aussi formé), il y revient en 1785... comme professeur, après un complément d'études à Paris.
"A 16 ans 1/2 je fus nommé professeur de mathématiques à l'école militaire d'Auxerre, les mémoires que j'écrivis 4 ans après et que je lus à l'Académie des Sciences de Paris indiquent assez un goût exclusif pour ce genre de recherche."
Fourier, lettre au député de l'Yonne Villetard, 1795

Il aurait aimé alors embrasser la carrière militaire, mais, malgré le soutien de Legendre, il n'est pas autorisé à se présenter le concours d'entrée dans l'artillerie:
"Fourier n'étant pas noble, ne pourrait entrer dans l'artillerie, quand il serait un second Newton!"
Le Ministre de la Guerre, cité par François Arago

Pour espérer un avenir, il lui reste... les Ordres, et il sera novice à Saint-Benoît sur Loire, de 1787 à 1789.
Scientifiquement, il s'y sent bien seul:
"Un malheur bien plus sensible pour moi, c'est le manque de livres. [...] Vous voyez bien qu'il faudrait que j'eusse sous les yeux l'ouvrage de M. Bézout sur [l'élimination]. Seul et sans secours, on peut méditer mais non découvrir: souvent de fuir les hommes on en devient meilleur, mais non plus savant; le cœur y gagne et l'esprit y perd."
Fourier, lettre à Bonard, professeur de Mathématiques à Auxerre , 1789

Et il ajoute, en datant du 22 Mars:
"Hier, j'ai eu 21 ans accomplis; à cet âge Neuton et Paschal (sic) avaient acquis bien des droits à l'immortalité."

mais voilà que la Révolution le ramène à Auxerre, lors de la confiscation des biens du clergé décidée par l'Assemblée Nationale en 1790.

Le Temps de la Révolution

Auxerre à l'époque de Fourier

On peut se faire aujourd'hui encore une assez bonne idée de la ville telle que l'a connue Fourier, grâce à l'exceptionnelle conservation d'un nombre important de  maisons anciennes. Le quartier commerçant se tient près de la Tour de l'Horloge (1483), et le bâtiment le plus récent est alors la Mairie (1733).

Les quais de l'Yonne sont un deuxième pôle très actif, d'où l'on expédie le vin à Paris par coche d'eau, deux fois par semaine en période de pointe. La vigne est depuis "toujours" -ou tout au moins le début de l'ère chrétienne!- dans la ville même, avec le célèbre Clos de la Chaînette, propriété... des abbés de Saint-Germain.

Entrepôt, place du Coche d'eau (derrière, Saint-Germain et sa tour carrée) ; Clos de la Chainette près de l'abbaye

Entre, des rues étroites et des maisons datant souvent du Moyen-Âge; mais ce qui aujourd'hui est considéré comme un charme attirant de nombreux visiteurs suscite alors moins d'enthousiasme; en 1780, un historien local peut écrire:
"La ville a un air antique et triste, étant toute entière bâtie en bois"


Le vieil Auxerre, dominé par l'imposante cathédrale Saint-Etienne
 

Les Réformes au Collège

En 1790, Fourier revient enseigner dans un collège dont les bâtiments se délabrent de façon inquiétante et où les enseignants manquent, car ni l'état, ni la municipalité ne veulent payer les membres du clergé. Le 30 Avril, "l'abbé Fourier" certifie aux officiers municipaux

"que par respect du décret de l'Assemblée Nationale du 2 Novembre dernier qui suspend l'émission des vœux, il ne les a pas prononcés le 5 du mois, époque fixée pour sa profession; que depuis ce temps, appelé par Messieurs les religieux pour professer les Mathématiques et la Rhétorique il est venu dans cette maison où il s'était rendu utile et porte toujours l'habit religieux."

Le Principal, Dom Rosman, auquel Fourier gardera toujours son estime, a accepté le contrôle du collège par le Directoire de l'administration départementale et lui a présenté un plan de réformes jugé "sage et savant". Un recentrage:
 - des méthodes: moins de mémoire, plus d'apprentissage;
 - et des contenus, où le latin est allégé au profit des langues étrangères et des Mathématiques; il est possible que Fourier ait contribué à l'élaboration du nouveau programme.
Sur le plan matériel,  Dom Rosman a réussi à négocier avec la municipalité le transfert du collège dans des bâtiments assez vastes, en bon état, qui font alors partie de l'abbaye dont ils sont tout proches, et qui accueillent aujourd'hui le lycée Jacques Amyot (sans doute le seul lieu d'Auxerre où l'on enseigne de nos jours, dans ses classes préparatoires aux Grandes Écoles,  la théorie des séries de Fourier!). Le transfert est effectif en 1792.


Curieusement, Fourier n'y enseigne pas les Mathématiques, mais l'histoire et la philosophie; il est vrai que Dom Rosman a le plus grand mal à recruter des professeurs compétents et que, Bonard et Roux pouvant assurer les Mathématiques, il emploie au mieux la polyvalence encyclopédique de Fourier. Celui-ci a aussi créé un cours libre d'astronomie pour les meilleurs élèves.

La Société Populaire et les débuts politiques

Laissons notre héros raconter lui-même comment il vécut les premiers temps de la Révolution:

"Les premiers événements de la Révolution ne changèrent pas ma manière de vivre, mon âge ne me permettait point encore de parler en public[...]. D'un autre côté j'avouerai sans détour que je regardais comme les agitations ordinaires d'un état dans lequel un nouvel usurpateur tend à ravir le sceptre du précédent. L'histoire dira jusqu'à quel point mon opinion était fondée. Les maximes républicaines appartenaient encore à la théorie arbitraire; il ne fut pas toujours possible de les professer hautement. À mesure que les idées naturelles d'égalité se développèrent on put concevoir l'espérance sublime d'établir un gouvernement exempt de rois et de prêtres, et d'affranchir de ce double joug la terre d'Europe depuis si longtemps usurpée. Je me passionne aisément pour cette cause, qui est selon moi la plus grande et la plus belle qu'aucune nation ait jamais entreprise.

Fourier, lettre au député de l'Yonne Villetard, 1795
Prise de la Bastille. (Anonyme, fin XVIIIème siècle)
Musée de la Révolution Française, Vizille

Ainsi, et c'est sans doute un trait de son caractère, s'il ne s'engage pas tout de suite, il n'est en revanche pas question de le faire à moitié ou d'en rester à la théorie lorsque la décision en est prise. On le trouve, en 1792, membre de la Société Populaire d'Auxerre, qui tient ses réunions dans la chapelle du Couvent des Ursulines (bâtie en 1636).


Chapelle des Ursulines et son frontonton Signatures des membres de la Société Populaire.
(
Source: Archives de l'Yonne) 

Face à la formation d'une nouvelle coalition, à qui l'exécution de Louis XVI a donné un nouveau prétexte et à l'insurrection ouverte de la Vendée, la Convention a décrété la "levée en masse", et chaque département doit fournir son contingent au pro rata de sa population. Fourier paye de sa personne... et de ses talents réthoriques:

"Membre de la Société Populaire d'Auxerre, Fourier y exerçait un ascendant presque irrésistible. Un jour, la Bourgogne toute entière en a conservé le souvenir, à l'occasion de la levée de 300 000 hommes, il fit vibrer si éloquemment les mots d'honneur, de patrie, de gloire; il provoqua tant d'enrôlements volontaires, que le tirage au sort devint inutile. A la voix de l'orateur, le contingent assigné au chef-lieu de l'Yonne se forma, se réunit spontanément dans l'enceinte même de l'assemblée, et marcha sur le champ à la frontière."
François Arago,
Éoge Historique de Fourier (1833)


assiette décorée sur le thème de la Levée en Masse,
Musée de la Révolution Française, Vizille


Mais il ne faudrait pas le voir, même pendant la Terreur, comme un béni oui-oui, et il défend avec courage ce qu'il croit juste et humain, au risque de sa propre liberté. Petit échantillon de ce temps mouvementé par lui même:
"Je puis citer tous les citoyens que j'ai défendus contre des décisions injustes, ceux que j'ai garantis par des avis secrets, ceux qui me doivent la vie ou la liberté. [...]
Vous connaitrez autant que moi, citoyen, les persécutions que j'ai éprouvées deux mois avant la chute du gouvernement que le 9 Thermidor a renversé. Vous savez que la défense peut-être imprudente mais au moins désintéressée que j'osais prendre de trois pères de famille fut la cause de mes disgrâces; poursuivi sur le rapport de Barère, je fus bientôt arrété à Auxerre par deux émissaires de l'ancien Comité de Sûreté Générale dont un a été mis hors la loi le 10
Thermidor. Vous vous rappelez avec quelle ardeur et quelle universalité de témoignages je fus réclamé par mes concitoyens. Mis une première fois en liberté, je fus arrété de nouveau trois jours après pour le même motif et détenu jusqu'au 24 Thermidor."
Fourier, lettre au député de l'Yonne Villetard, 1795

Cela aurait pu très mal se terminer, car l'ordre de remise en arrestation du  23 Messidor An II (11 Juillet 1794) émanait du Comité de Salut Public, signé  de ni plus  ni moins que Couthon, Barère, Billaud-Varennes, Collot d'Herbois, Saint-Just, Robespierre, mais aussi de Carnot et Prieur, les deux scientifiques du Comité, également Bourguignons, mais qui ne connaissent sans doute pas directement Fourier.




Source: Archives de l'Yonne L.-E. Melingue, Le matin du 10 Thermidor (1877)
Attendant leur exécution, Robespierre (gisant, la mâchoire fracassée par une balle), son frère et Saint-Just.
Musée de la Révolution Française, Vizille

Petit rappel du calendrier républicain: le 9 Thermidor, c'est le 27 Juillet: n'était l'encombrement du Tribunal Révolutionnaire, à quinze jours près, on retrouvait dans le fatidique panier d'osier la tête qui devait concevoir un des plus féconds chapitre des mathématiques, avant même qu'il y eût germé! Victor Cousin le rappelle en faisant l'éloge de son prédécesseur à l'Académie Française:

"Peu de temps après son retour à Auxerre, il  fut incarcéré par ordre du Comité de Salut Public. Tout ce qu'il y avait d'honnêtes gens à Auxerre réclamèrent en sa faveur, et  il fut mis en liberté. Huit jours après , nouvel ordre d'arrestation. L'estime dont Fourier jouissait à Auxerre était si grande , qu'une députation officielle de la ville fut chargée d'aller à Paris   mander sa mise en liberté. Saint-Just reçut la députation avec beaucoup de hauteur. Il convint des talents de Fourier, et n'accusa pas même ses sentiments; mais il lui reprocha de la tiédeur. «Oui, dit-il, il parle bien, mais nous n'avons plus besoin de patriotes en musique.» "

Victor Cousin,
Note Additionnelle à l'Éloge de M. Fourier (1840)
Saint-Just, par David d'Angers.
Musée de la Révolution Française, Vizille

Sans le faire exprès, Saint-Just avait trouvé, par cette formule teintée de mépris, le meilleur qualificatif pour celui qui allait fonder... l'Analyse Harmonique. Sauf qu'on allait avoir sacrément besoin de lui!


Avec l'An III et la création de l'École Normale, Fourier va prendre son essor parisien.

PARIS... de jeunesse

l'École Normale

Premier contact en 1795: l'École Normale. Le recrutement des candidats de la première -et glorieuse!- promotion s'est fait sur une base plus citoyenne que scientifique: certes, il faut être capable... mais de quoi? Au moment où le recrutement s'opère, personne ne sait encore que le projet initial va être dévié "vers le haut" par Monge, Laplace et leurs collègues, sous l'impulsion de Garat et Lakanal.(voir notre page Monge).

Le jeune Fourier (dessin de Dutertre fait en Egypte)... et le souvenir actuel du décret de l'an III cité ci-dessous

"Article 2:  Les administrations des districts enverront à l'École Normale un nombre d'élèves proportionné à leur population [...]
 Article 3:  Les  
administrations ne pourront fixer leur choix que sur des citoyens qui réunissent à des mœurs pures un patriotisme éprouvé et les dispositions nécessaires pour recevoir et pour répandre l'instruction."


Manifestement, Fourier répond bien à ces deux critères; pourtant il n'est pas désigné par le district d'Auxerre, mais par celui, voisin, de Saint-Florentin, qui a choisi pour deuxième délégué Roux, également enseignant au Collège d'Auxerre.
"Bien informés de la vie, de la pureté des mœurs, du patriotisme, de la capacité des citoyens Joseph Fourier professeur de phisique (sic!) et d'éloquence au collège national établi à Auxerre chef lieu du département et Louis Roux professeur de mathématiques au même collège, après avoir délibéré et entendu l'agent national a unanimement nommé les dits citoyens Fourier et Roux pour élèves à la dite école."
11 Décembre 1794


l'amphithéâtre Verniquet, au Jardin des plantes, à l'époque... et aujourd'hui.
C'est là que se déroulèrent les éphémères cours de l'École Normale de l'An III

Fourier est conquis par le style de la nouvelle école, et fait partie de ceux qui peuvent profiter des enseignements dispensés. En témoigne son échange avec Monge lors du premier (11 Pluviose/ 30 Janvier 95) des débats entre professeurs et élèves (une innovation pédagogique!)

FOURIER :  "Après avoir considéré les points, les lignes, les plans, la sphère et la circonférence du cercle, il semble que les définitions de ces divers objets n'aient pas été données d'une manière bien rigoureuse dans les éléments de géométrie ordinaire; et il me semble que, des considérations  qui ont été exposées dans ces leçons de géométrie descriptive, on peut déduire des définitions exactes. Cette remarque peut paraître frivole[...]. Je crois , cependant, qu'il est important de définir bien exactement la ligne droite". [...]
et de proposer sa définition personnelle, en faisant varier la distance d d'un point M à 3 points fixes A,B,C et en étudiant le lieu d'un point M quand d varie...

MONGE :  "Citoyen, la clarté avec laquelle tu viens d'exposer tes réflexions et l'exactitude des observations que tu as faites précédemment sur des objets de physique sont une preuve de la sagacité de ton esprit. La définition que tu viens de donner de la ligne droite est rigoureuse; et l'analogie que tu as remarquée entre cette définition et celles qu'on pourrait faire du plan, de la circonférence du cercle et de la surface de la sphère, a quelque chose de très piquant. Permets moi cependant de te faire à cet égard quelques observations.
Les considérations  dont tu fais usage dans ta définition ont quelque chose de plus compliqué que la ligne droite que tu veux définir; et elles supposent une habitude de la géométrie que l'on ne peut avoir acquise sans la notion de ligne droite".
[...]

Il est intéressant d'observer un Fourier revendiquant la plus grande exigence dans les définitions axiomatiques ( Hilbert ne reviendra-t-il pas sur le sujet?), lui que ses contemporains... et successeurs n'ont guère ménagé quant à ses supposés "manques de rigueur"!

l'École Polytechnique

L'École Normale de l'An III n'aura hélas qu'une brève existence -avant de rennaître définitivement!- mais après quelques vicissitudes, Monge, qui enseigne à l'École Centrale des Travaux Publics (qu'on rebaptisera bientôt École Polytechnique)  "recommande au Conseil le Citoyen Fourier, élève de l'École Normale et très instruit sur toutes les parties des mathématiques. Il pense qu'il serait avantageux de l'attacher à l'École..."
Et le voilà nommé sur un poste qu'on pourrait qualifier de répétiteur. Mais très vite, il est chargé d'un cours d'analyse algébrique, introductif au calcul infinitésimal: il donne sa première leçon... le jour de Noël 1795! Dès Janvier 1796, il enseigne une partie du cours d'analyse de Gaspard de Prony; en mai il est personnellement responsable d'un cours de calcul différentiel et intégral.

Bustes à l'École Polytechnique: Fourier (Hall d'honneur), De Prony (Bibliothèque)

Ses cours sont, d'après les témoignages, personnels et minutieusement préparés; hélas, il ne semble pas en subsister de trace écrite. Toutefois, la tradition orale peut très partiellement combler ce manque: la très classique démonstration d'irrationalité de e à partir de son développement en en série, celle "que tout taupin se doit de connaître" et qui remplace celle, très délicate, d'Euler, lui est dûe: c'est ce qu'affirme une brève note d'un élève de la promotion 1802 de l'X, devenu répétiteur à l'école en 1810, Janot de Stainville. (lire le texte et son analyse sur le site BibNum). C'est à la toute fin qu'il dit, sans un N.B.:
« Cette démonstration m’a été communiquée par M.Poinsot, qui m’a dit la tenir de M. Fourier. »

Mais il n'aura pas le temps de s'installer dans la routine: en 1798, l'expédition d'Egypte marque un nouveau tournant de sa carrière. Pour lequel, toutefois, l'École reçoit ordre de lui faciliter les choses, sur le plan de la carrière (conservation du poste) comme du salaire.

Source: archives de l'École Polytechnique:

L'EGYPTE

En ce début d'année 1798, Madame Monge est fort inquiète: son quinquagénaire d'époux va-t-il se laisser entraîner dans une aventure des plus hasardeuse? Elle envoie lettre sur lettre à son mari, alors en Italie, auprès de ce jeune général si charismatique, et si populaire depuis ses succès militaires dans ce pays que le Directoire, sur l'idée de l'inévitable Talleyrand, songe à éloigner de Paris

"Au nom de Dieu, écris moi donc et donne-moi ta parole d'honneur  que tu ne suivras pas une troupe d'hommes de talent, dont Berthollet est à la tête, qui partent incessament. Le mystère qui environne ce voyage est bien extraordinaire [...] Berthollet a fait des recrues dont Costaz, Perrier jeune, Dolomieu, et une quantité d'autres hommes de cette tournure. [... ] Nous nous perdons en conjectures sur ce voyage des modernes Argonautes. Eschasérriaux dit qu'il n'y a que l'Egypte qui puisse attirer des voyageurs de cette espèce [...]"
lettre du 18 Mars 1798

"Toutes les personnes qui prennent engagement pour en être ne savent où elles vont. Le citoyen Fourier en est aussi
[...] Quel que soit le but de ce voyage, il ne peut être que fort long et dangereux. Berthollet est aussi discret qu'il faut l'être en pareil cas. J'ai eu beau lui faire boire du vin de Champagne, je n'ai rien obtenu."
lettre du 6 Avril 1798


Buste du général Bonaparte
Musée Carnavalet, Paris
 
Le 1-er Floréal An VI (20 Avril 1798), Fourier prend la diligence pour Toulon en compagnie d'autres savants. La route est longue, mais on sait l'égayer, par exemple par un arrêt à Condrieu pour évoquer Desargues, dont la géométrie de Monge s'inspire, et qui y possédait des vignes... et l'on repart avec quelques provisions! (Si vous avez visité notre page Desargues, vous savez quel précieux cru...) Comme tous les autres, Fourier apprend seulement à Toulon la destination de l'expédition, qui appareille le 19 Mai. Le secret se justifie... pour que l'information ne vienne pas  aux oreilles des Anglais, dont la flotte rôde en Méditerranée. Nelson, dont les bateaux sont deux fois plus rapides, est égaré par de mauvais renseignements, et un hasard providentiel sauve la flotte française dont il n'aurait sans doute fait qu'une bouchée, si l'on songe à la suite de cette rivalité maritime: dans la nuit du 22 au 23 juin, la brume (pourtant rare en Méditerranée) empêche les deux escadres de se voir, alors qu'elles se croisent à portée de canon! Une deuxième fois, Fourier vient d'échapper de peu à la mort. Quel nom porteraient aujourd'hui les séries de Fourier si la nuit avait été claire?


Nelson
(Trafalgar Square, Londres)
Sous la menace de Nelson:
partie de cache-cache naval en Méditerranée

Sitôt arrivé, Bonaparte le charge de la rédaction du Courrier de l'Egypte. Mais surtout, il crée l'Institut d'Egypte, le 23 Août 1798, dont il n'est (modestement?) que vice-président: il a confié la présidence à Monge...  et nomme Fourier secrétaire perpétuel.

Le Courrier et l'entrée de Bonaparte à l'Institut. Derrière lui, par ordre:
Berthollet, Monge, Fourier (probablement), le général Caffarelli (avec la jambe de bois)
(pour d'autres images de l'institut dans l'ancien Caire, voir  le site www.egyptedantan.com et particulièrement cette page]

Il est aussi, souvent, un habile négociateur. Voici un exemple, raconté par Arago, où quatre cheiks étaient soupçonnés de trahison:

 "Bonaparte confia l'examen de cette grave affaire à Fourier. Ne me proposez pas, dit-il, des demi-mesures. Vous avez à prononcer sur de grands personnages:  il faut ou leur trancher la tête, ou les inviter à dîner. Le lendemain de cet entretien, les quatre cheiks dinaient avec le général en chef. En suivant les inspirations de son cœur, Fourier ne faisait pas seulement un acte d'humanité, c'était de plus de l'excellente politique."
François Arago,
Éloge Historique de Fourier (1833)

En dépit des tâches qui l'accaparent, c'est là, en 1800, que Fourier compose son opus le plus original hors l'étude de la chaleur, une anticipation de la programmation linéaire que G.B. Dantzig inventera autour de ...1940! Parallèlement, il visite tous les sites archéologiques importants, en Haute-Egypte et à Guizeh, où Bonaparte le "chambre"  quelque peu de n'être arrivé en haut de la pyramide de Khéops qu'après son aîné Monge!

Dessin de Vivant Denon: les savants explorent le sphinx de Guizeh

Enfin et surtout, il se verra chargé de superviser la Description de l'Egypte, dont il écrira (lors de son séjour à Grenoble) la préface historique.


La Description de l'Egypte, et le meuble de rangement spécialement conçu pour l'ouvrage.
Exposition au Musée de l'Armée, Hôtel des  Invalides, Paris (2009)

Les évènements se succèdent une nouvelle fois avec rapidité: Kléber, qui a succédé à Bonaparte rentré se faire bombarder Premier Consul, est assassiné le 14 Juin 1800, et Fourier prononce son éloge funèbre:


Statue du général Kléber, à Strasbourg
Sur le socle, un relief représente la victoire d'Héliopolis
Fourier prononçant l'éloge funèbre de Kléber
Plaque décorant le socle de la statue de Fourier à Auxerre (1849)

Alors, le citoyen Fourier, commissaire français près du divan, chargé par le général en chef d'exprimer dans ce jour la douleur commune, alla se placer [...]  sur un bastion qui dominait l'armée rangée en bataille, et, d'une voie émue par la sensibilité, il prononça le discours suivant:

« FRANÇAIS,

Au mileiu de ces apprêts funéraires, témoignages fugitifs mais sincères de la douleur publique, je viens rappeler un nom qui vous est cher, et que l'histoire a déjà placé dans ses fastes. Trois jours ne se sont point encore écoulés depuis que vous avez perdu Kléber, gén
éral en chef de l'armée frannçaise en Orient. Cet homme que la mort a tant de fois respecté dans les combats, dont les faits militaires ont retenti sur les rives du Rhin, du Jourdain et du Nil, vient de préir sans défense sous les coups d'un assassin.[...]

Et vous, Kléber, objet illustre et dirai-je infortuné de cette cérémonie qui n'est suivie d'aucune autre, reposez en paix, ombre magnanime et chérie, au milieu des monuments de la gloire et des arts!  Habitez une terre si longtemps célèbre; que votre nom s'unisse à ceux de Germanicus, de Titus, de Pompée et de tant de grands capitaines et de sages qui ont laissé, ainsi que vous, dans cette contrée d'immortels souvenirs.»

Menou, qui lui succède, écrit certes à Bonaparte que "Fourier se conduit à merveille et nous est d'une grande utilité", mais il doit capituler devant les Anglais le 3 Septembre 1801, et les membres de l'Institut rentrent en France...sans la pierre de Rosette, qui, elle, ira au British Museum... of course!

GRENOBLE

[ une section qui manque un peu de photos des lieux... merci d'avance à ceux qui pourront aider le Mathouriste qui, il l'avoue, s'est pourtant rendu plusieurs fois dans cette ville... sans appareil photo. Ce que c'est que de ne penser qu'à l'Informatique...]

le Préfet

De retour à Toulon le 19 Novembre 1801, Fourier est persuadé qu'il va reprendre son enseignement à l'École Polytechnique. Mais c'est sans compter une sorte de convocation adressée, de façon détournée, à Monge:
"Je te prie, mon cher ami, de faire chercher le citoyen Fourier et de l'engager à se trouver chez toi ce soir entre huit et neuf heures. J'ai à lui faire une proposition de la part du premier consul, et c'est un objet qui presse. Je t'embrasse.   signé  Berthollet.
Est-elle du genre qu'on ne peut refuser? Voilà en tout cas Fourier, préfet de l'Isère, quelques jours plus tard...


Fourier, dans son habit de préfet La préfecture d'alors est la mairie d'aujourd'hui

Et comme à son habitude, il ne s'engage pas à moitié et assume sa nouvelle fonction dans les petites tâches comme dans les grandes.C'est ainsi qu'on le voit se soucier de l'éclairage des rues devant les cabarets... comme de leur nombre excessif, générateur de rixes et de misère familiale!
Les grandes tâches, ce sont l'assèchement des marais de Bourgoin, et surtout la construction de la route Grenoble-Turin. Le préfet ne se contente pas d'arrêter le choix de l'itinéraire dans son cabinet ( ce sera via Bourg d'Oisans et Briançon, et les cols du Lautaret et du Mont-Genèvre);  il est aussi sur le terrain:
 "Le préfet, arrivé au pied de cette montagne, est descendu de sa voiture pour monter à cheval. Il a reconnu par lui-même tout le tracé [...] Il a parcouru la montagne dans toutes ses directions. Il a apprécié les difficultés qu'elle présente à l'art des ingénieurs [...] ; il a jugé que ces difficultés pouvaient être surmontées  par un escarpement dans le rocher qui dirigeait la route nouvelle au milieu des plateaux d'une pente douce et qui sont bien moins élevés que la montagne par laquelle on est obligé de gravir actuellement."
Annales du Département de l'Isère, 18/09/1803



Assèchement des marais de Bourgoin
Plaque décorant le socle de la statue de Fourier à Auxerre (1849)
Le col du Lautaret, ouvert par le préfet Fourier

Son implication, sa fidélité sont récompensées par la Légion d'Honneur en 1804, et un titre de baron d'Empire en 1809. 
Il reste en poste lors de la première restauration, après avoir fait adroitement modifier l'itinéraire de Napoléon vers l'île d'Elbe, qui devait passer par Grenoble: il n'avait guère envie de le rencontrer! Ce n'est que reculer; à son retour, l'Empereur a rencontré à Laffrey les troupes venues lui barrer la route: elles se sont ralliées à lui avec enthousiasme. Fourier essaya vainement d'esquiver une rencontre qui s'annonçait déplaisante:

 "Il fit une proclamation modérée mais loyale, et quitta Grenoble par une porte quand Napoléon y entrait par l'autre. Celui-ci se mit dans une colère extrême en apprenant la conduite de Fourier. Il le fit chercher et voulut l'entendre. L'entrevue eut lieu sur la route de Lyon, dans une mauvaise auberge. Fourier n'était pas sans inquiétude, quand le général Bertrand l'introduisit dans une chambre où Napoléon était étendu par terre sur des cartes, un compas à la main:

«Eh bien, Fourier, vous vouliez donc aussi me faire la guerre! Comment avez-vous pu hésiter entre les Bourbons et moi? Qui vous a fait ce que vous êtes? Qui vous a donné vos titres? Comment avez- vous pu croire que jamais
les Bourbons pourraient adopter un homme de la Révolution?» "

Victor Cousin,
Éloge de M. Fourier (1840)

Fourier ne bronche pas... il est nommé préfet du Rhône! Mais, refusant d'accomplir une épuration qu'on exige de lui, il est aussitôt limogé.

le Savant

Pourtant, tout ceci n'est qu'une partie de l'activité de Fourier!
D'abord, il poursuit sa tâche d'historien. Certes, il a réussi à déléguer la supervision générale de la Description de l'Egypte; l'amour de l'egyptologie cimente son amitié avec les frères Champollion, Jacques-Joseph (dit Champollion-Figeac), puis Jean-François (dit Champollion le Jeune), tous deux résidant aussi à Grenoble.

présentés côte à côte (tout un symbole!) au Musée Champollion des Écritures du Monde à Figeac (Lot):

Fourier, préfet de l'Isére: lithographie de Bailly (1873)
Champollion-Figeac, gravure sur cuivre d'Eugène Champollion
(1879)

Mais surtout, malgré un isolement scientifique total, c'est là qu'il conçoit et rédige ce qui sera l'œuvre de sa vie: la Théorie Analytique de la Chaleur. Quand il n'est pas occupé à ses fonctions, sur le terrain ou dans son bureau , quand les salons de la préfecture ne sont pas le lieu d'inévitables réceptions... ils deviennent le laboratoire de ses expériences! L'espace ne manque donc pas, mais, quand il s'agit des thermomètres, il ne peut guère s'en procurer que quatre...


Expériences sur la sphère (qualité brouillon!)
(
Manuscrit, Source : BnF)
Relevé d'expériences sur la barre (recopie soignée)
(Manuscrit, Source : BnF)

Une première version est lue à l'Académie des Sciences le 21 Décembre 1807: officiellement, c'est pour la bonne cause de la Description de l'Egypte qu'il s'est absenté pour Paris! En germe, tout y est: la Physique avec l'établissement de l'équation de la chaleur, les Mathématiques avec l'introduction de la Série de Fourier. L'équipe des rapporteurs n'est autre que celle des trois mathématiciens-fondateurs de l'École Normale... -ou du fronton de l'École Polytechnique, complétée par Lacroix.

à partir de la gauche, et comme il est inscrit dans les médaillons: Lagrange, Laplace, Monge (puis Berthollet et Fourcroy).
Aucune publication ne suit, contrairement à l'usage. Un bref compte-rendu, pour ne pas dire une paraphrase du début du Mémoire, paraît dans le Bulletin de la Société Philomatique de Paris; il est l'œuvre de Poisson .

Poisson, à l'ENS Ulm
Début et fin du compte-rendu de la présentation de Fourier à l'Institut, par Poisson. La signature se limite à son initiale!

Sans se décourager, Fourier entreprend une correspondance avec Laplace et Lagrange. L'Institut se contente de mettre la question au concours pour son prix à décerner en 1812, en "chipant" à Fourier le titre du mémoire de 1807:
"Donner la théorie mathématique des lois de la propagation de la chaleur et comparer les résultats de cette théorie à des expériences exactes"
Il se remet à la tâche, livre sa copie in extremis: Champollion-Figeac devait l'emporter dans ses bagages en se rendant à Paris, début Septembre 1811, mais le manuscrit n'est pas prêt! Fourier parvient à le lui faire remettre le 17 Septembre, à charge pour son ami de le déposer à l'Académie. Fourier lui a joint ce simple mot:

"Voilà, Monsieur, une des commissions les plus importantes que je puisse donner de ma vie..."
Fourier, rapporté par  Champollion-Figeac in
Fourier et Napoléon, l'Egypte et les Cent Jours, 1844

Mais il n'a pour concurrent qu'un retraité de Bergues (près de Dunkerque) qui n'a à proposer qu'un salmigondis mystique sur l'œuvre du Créateur... Biot et Poisson, rivaux potentiels nettement plus sérieux, ont renoncé à concourir. Du côté du jury, Lagrange et Laplace tiennent toujours la barre, mais, Haüy, Malus et Legendre remplacent désormais Monge et Lacroix. Im rend son verdict le 16 Décembre 1811:
"La commission chargée de l'examen des Mémoires qui ont concouru pour le prix de Géométrie, relatif à la chaleur, propose de décerner le prix au Mémoire n°2 portant pour épigraphe: Et ignem regunt numeri (Plato). Le président ayant fait l'ouverture du billet cacheté joint au Mémoire, on y trouve le nom de Joseph Fourier."


La première page et le fameux épigraphe:
"les Nombres régissent aussi le feu"
Que les Hellénistes n'ont...  jamais trouvé à la lettre dans Platon, quoiqu'il ait écrit des phrases exprimant la même idée.

Cela ne va pourtant pas sans réserves; d'étranges réserves, car elles sont bien floues:
"Cette pièce renferme les véritables équations différentielles de transmission de la chaleur[...]; et la nouveauté du sujet, jointe à son importance, a déterminé la Classe à couronner cet Ouvrage, en observant cependant que la manière dont l'Auteur parvient à ses équations n'est pas exempte de difficultés, et que son analyse, pour les intégrer, laisse encore quelque chose à désirer, soit relativement à la généralité, soit même du côté de la rigueur."

Pire: le mémoire n'est pas publié! Fourier se plaint au secrétaire perpétuel, Delambre, dont il obtient cette réponse assez évasive, qui botte à suivre vers les commissaires:


(Source: BnF)

La reponsabilité essentielle en incomberait, selon lui, à Lagrange et Laplace, "les deux autres" (à savoir Haüy et Malus) n'ayant guère pu se prononcer sur les mathématiques.

Jean-Baptiste Delambre
portrait à l'Observatoire de Paris

L'autre histoire, la "grande", se charge de faire différer la publication: à l'automne 1812, c'est le désastre napoléonien en Russie; après la "bataille des Nations" (Leipzig, 1813), la France sera envahie, jusqu'à la première abdication de Napoléon et le départ à Elbe (1814). Le préfet a des tâches plus urgentes à affronter, et ce jusqu'à Waterloo (1815).

Il ne réussira à faire imprimer son traité, indépendamment des Mémoires de l'Académie, qu'en 1822.

 Pour une promenade dans les manuscrits et l'édition originale,
à la découverte de la Théorie Analytique et des Séries de Fourier

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PARIS... le retour et les honneurs

Le retour à Paris est difficile, et Fourier va à plusieurs reprises affronter disgrâce et hostilité, lot réservé à tous ceux que la Restauration juge trop liés à l'Empire; préfet, ça ne passe pas vraiment inaperçu... Mais il obtient un poste de statisticien grâce à l'un de ses anciens élèves de la première promotion de l'X devenu préfet de la Seine, Chabrol de Volvic. Une première élection à l'Académie des Sciences, en 1816, ne reçoit pas l'approbation de Louis XVIII, mais il lui faut céder devant une nouvelle élection triomphale l'année suivante.


Dès lors, après la parution en 1822 de la Théorie Analytique de la Chaleur, les honneurs se succèdent: en 1823 il devient Secrétaire Perpétuel de l'Académie des Sciences, membre étranger de la Royal Society à Londres. En 1826, il entre à l'Académie Française (qui s'en souvient!), au fauteuil n°5.
Après trois derniers mois pénibles -mais il est présent aux réunions de l'Académie malgré ses souffrances- Fourier décède le 16 Mai 1830, à Paris. Il est enterré au cimetière du Père Lachaise, près du Rond-Point Casimir Perrier, à côté de Jean-François Champollion... et non loin de Monge. Le buste qu'elle abrite est celui d'un Hermès sans rapport avec le vrai visage de Fourier.


La tombe fait partie du groupe dit "des tombes egyptiennes" du Père Lachaise: on remarque le disque solaire qui les surmonte, qu'elles possèdent toutes, celle de Monge comprise. On notera la sobriété du monument, bien en phase avec celle de l'homme de devoir qu'a été, dans tous les épisodes de sa vie, Joseph Fourier.

Ils ont dit de Fourier...

  • Auguste COMTE : "Je ne crains pas de prononcer, comme si j'étais à dix siècles d'aujourd'hui que, depuis la théorie de la gravitation, aucune création mathématique n'a eu plus de valeur que celle-ci, quant aux progrès généraux de la philosophie naturelle ; peut-être même, en scrutant de près l'histoire de ces deux grandes pensées, trouverait-on que la fondation de la thermologie mathématique par Fourier était moins préparée que celle de la mécanique céleste par Newton."                    
  • Victor HUGO : Il y avait à l'Académie des sciences un Fourier célèbre que la postérité a oublié, et dans je ne sais quel grenier un Fourier obscur dont la postérité se souviendra.              
  • STENDHAL : "Ce petit préfet avec son bavardage infini, arrêtait tout; entravait tout. [...] Une des sources de mon ennui à Grenoble était le petit savant spirituel à l'ame parfaitement petite et à la politesse basse de domestique revêtu, nommé Fourier."
  • Carl  JACOBI : "Il est vrai que M. Fourier avait l'opinion que le but principal des mathématiques était l'utilité publique et l'explication des phénomènes naturels ; mais un philosophe comme lui aurait dû saisir que le but unique de la science, c'est l'honneur de l'esprit humain, et que, sous ce titre, une question de nombres vaut autant qu'une question de système du monde."
  • Lord KELVIN : "J'étais rempli de la plus profonde admiration pour la splendeur et la poésie de Fourier."
  • François ARAGO : "Les progrès de la physique générale, de la physique terrestre, de la géologie, mutiplieront de jour en jour davantage les fécondes applications de la Théorie Analytique de la Chaleur, et que cet ouvrage portera le nom de Fourier jusqu'à la postérité la plus reculée."
  • Bernhard RIEMANN : "C'est Fourier qui a, le premier, compris d'une manière exacte et complète la nature des séries trigonométriques. Celles-ci ont été, depuis, employées de diverses manières en Physique Mathématique pour la représentation des fonctions arbitraires, et, dans chaque cas, on s'est aisément convaincu que la série de Fourier convergeait effectivement vers la valeur de la fonction; mais on est resté longtemps avant de pouvoir démontrer généralement cet important théorème."
  • Henri POINCARÉ : "la Théorie de la Chaleur de Fourier est un des premiers exemples d'application de l'analyse à la physique [...]. Les résultats qu'il a obtenus sont certes intéressants par eux-mêmes, mais ce qui l'est plus encore est la méthode qu'il a employée pour y parvenir et qui servira toujours de modèle à tous ceux qui voudront cultiver une branche quelconque de  la physique mathématique."
  • Jean-Pierre KAHANE : "Fourier est une sorte de nom commun, dans tous les sens du terme, pour tous les scientifiques et les ingénieurs, de la génomique structurale à la téléphonie. [...] Sur une période de deux siècles, Fourier a été, de manière étonnamment contrastée, mésestimé et célébré. [...] Si j'en juge par moi-même, je ne lis plus Fourier comme autrefois. Autrefois, avec l'impertinence de la jeunesse et la caution de mes aînés, je le traitais de haut. Aujourd'hui, je cherche ce qu'il veut dire et comment il a pu y arriver si bien."
Last but not least, plus inédite encore, l'apparition de Fourier dans l'œuvre de ... Jules Verne, dont on sait, il est vrai, combien il se tenait au courant de l'actualité scientifique. Toujours est-il qu'il l'évoque par deux fois (au moins!) dans ses Voyages Extraordinaires:

 "– Alors, reprit Michel Ardan, ne serait-ce pas l’occasion de faire cette expérience que nous n’avons pu tenter, quand nous étions noyés dans les rayons solaires?

– C’est le moment ou jamais, répondit Barbicane, car nous sommes utilement placés pour vérifier la température de l’espace, et voir si les calculs de Fourier ou de Pouillet sont exacts. [...]
   - Mille diables! s’écria Michel Ardan, il fait un froid à geler des ours blancs!

Barbicane attendit qu’une demi-heure se fût écoulée, temps plus que suffisant pour permettre à l’instrument de descendre au niveau de la température de l’espace. Puis, après ce temps, le thermomètre fut rapidement retiré. Barbicane calcula la quantité d’esprit-de-vin déversée dans la petite ampoule soudée à la partie inférieure de l’instrument, et dit:
     «Cent quarante degrés centigrades au-dessous de zéro!»

  M. Pouillet avait raison contre Fourier. Telle était la redoutable température de l’espace sidéral!"

Autour de la Lune,1869, "suite" du roman De la Terre à la Lune,1865 

Pauvre Fourier! Voilà que lorqu'on ne l'oublie pas... c'est pour montrer qu'il a tort. Et c'est le cas, sur ce point précis! Pouillet, qui est aussi un physicien ayant réellement existé (1790-1868), normalien, considéré comme disciple de Fourier, et Verne lui même, se trompent aussi: on sait aujourd'hui qu'elle est beaucoup plus basse. Pour en savoir plus, voyez donc cet article, paru dans l'Astronomie (n°119, Juillet 2005) de Jacques Crovisier (Observatoire de Paris) qui relit en astronome le roman dont nous extrayons la deuxième citation:


Pouillet, à l'ENS Ulm

" – Lieutenant, demanda le capitaine Servadac, ne pouvons-nous craindre que le froid ne devienne tel à la surface de Gallia, qu’aucun être vivant ne puisse le supporter ?
– Non, capitaine, répondit le lieutenant Procope. À quelque distance que nous nous éloignions du soleil, le froid ne dépassera jamais les limites assignées à la température des espaces sidéraux, c’est-à-dire ces régions du ciel où l’air manque absolument.
– Et ces limites sont ?…
– Environ soixante degrés centigrades, suivant les théories d’un Français, le savant physicien Fourier.
– Soixante degrés ! répondit le comte Timascheff, soixante degrés au-dessous de zéro ! Mais c’est là une température qui paraîtrait insoutenable même à des Russes."

Hector Servadac, 1874-76

La Gloire tardive du nom... le plus écrit dans le monde des Sciences Contemporaines!

Une postérité scientifique foisonnante

Jean-Pierre Kahane, responsable on ne peut plus autorisé de l'article Séries de Fourier dans l'Encyclopædia Universalis remarque que la première édition ne comportait pas d'article sur Fourier lui-même... et il en fut ainsi jusqu'à la sixième!
L'Université de Grenoble a attendu 1978 pour prendre le nom d'Université  Joseph Fourier, alors que les noms de Stendhal et Champollion avaient été donnés par la ville à des établissements scolaires.

Pourtant, les deux expressions Séries de Fourier et Transformation de Fourier sont employées sans relâche par tous les scientifiques et ingénieurs d'aujourd'hui; leur cursus de formation ne peut "éviter" ces deux notions clefs, et les terrains d'applications sont extrêmement variés. Voulez vous "ausculter" un train d'engrenages sans l'arrêter pour évaluer le risque de casse afin d'intervenir avant celle-ci? FOURIER! Vous cherchez du pétrole en analysant les ondes réfléchies par le sous-sol? FOURIER! Vous avez la vie sauve grâce au scanner médical? FOURIER!
Toutes les photos qui illustrent cette page sont au format JPEG... FOURIER encore! Et, comme dans le cas du scanner, la conjugaison de ses principes et d'un algorithme informatique récent (quoiqu'entrevu par Gauss...), la FFT, autrement dit la Fast Fourier Transform de Cooley et Tukey (1964). Il n'est pas du propos de cette page de détailler tout cela, mais sachez que la rapidité en question ne doit rien à l'évolution des composants des circuits -autrement dit la force brute des ordinateurs, mais à la finesse d'une étude mathématique.

La photo, mythique chez les informaticiens spécialisés dans le traitement de l'image,
du mannequin Lena... et son spectre de Fourier, à peine moins séduisant!

Et puisqu'on parle ici de mathématiques... comment ne pas rappeler que Fourier a ouvert un champ de travail immense pour les mathématiciens. Les problèmes posés par sa série sont responsables de 200 ans d'avancées spectaculaires, incluant de nouvelles et célèbres théories, celle des ensembles et celle des ondelettes, pour n'en citer que deux. Et ce n'est apparament pas terminé!

Hommages Parisiens...

Il n'y a pas de rue Joseph Fourier à Paris. Oui, il y a bien une rue Fourier (13ème arrondissement), mais elle est dédiée à l'autre Fourier, Charles, père du Socialisme Utopique et du Phalanstère. (voir plus haut la citation de Victor Hugo)

Rue Fourier à Paris: la plaque ne permet aucune équivoque.

Qu'on ne fasse pas dire au Mathouriste ce qu'il ne dit pas: en un temps pas si social que ça et qui manque fâcheusement d'utopies, il serait malséant de ... déshabiller Charles pour habiller Joseph! 
Mais il faut saluer en revanche la clairvoyance visionnaire de Gustave Eiffel qui, dans sa sélection de 72 noms de savants à graver sur sa tour (1889), retient celui de notre héros




Terminons par un bel hommage, le plus visionnaire, le plus prémonitoire de l'universalité de Fourier dans les sciences et techniques: il figure en bonne place dans la Fée Électricité, la grande fresque peinte en 1937 par Raoul Dufy, exposée en permanence au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris:

Fourrier (sic!), reconnaissable à son habit vert d'académicien, aux côtés d'Ohm

Il est dans le groupe "des théoriciens", que Dufy a placé à droite de la Centrale, ceux qui ont mené les recherches pionnières, d'Archimède à Ampère. S'il n'a pas directement travaillé sur l'électricité, reconnaissons qu'il a bien mérité de cette science par ses séries, comme par sa transformation: bien peu d'ingénieurs électriciens pourraient aujourd'hui faire l'impasse, ne serait-ce que sur une seule de ses deux géniales découvertes!

... et Auxerrois

Sur la façade du Palais des comtes (siège du bailliage jusqu'à la Révolution, Palais de Justice au XIX-ème siècle, aujourd'hui utilisé par les services de la Mairie - les deux bâtiments sont quasiment dos à dos!), l'artiste Auxerrois Auguste Michelon grava quelques portraits de célébrités du lieu, en 1869, date de la transformation du palais en musée/bibliothèque. La comparaison entre une carte postale ancienne et l'aspect actuel montre que Fourier n'était pas de la livraison initiale. Prudemment, 3 places avaient été laissées vierges, en sorte qu'il a pu être ajouté ultérieurement, nous allons voir en quelles circonstances.



Mais... que voit-on aussi sur les vieilles cartes postales représentant ce bâtiment? Avez-vous fait attention, à gauche de la précédente? Il y avait une statue, qui a disparu au profit d'un disgrâcieux parking.


Une statue de Fourier, œuvre de l'Auxerrois Edme Faillot (1810 – 1849), qui fut inaugurée le 10 Mai 1849 (Extraits des discours) . Elle représentait le glorieux enfant de la ville en habit d'académicien, un cahier de calculs mathématiques à la main. Il est sans doute juste de préciser qu'elle visait en priorité à célébrer celui qui avait coordonné la  Description de l'Egypte, et siégé à l'Académie Française: l'initiative première (1844), assortie d'un don important, était celle d'un Auxerrois passionné d'Egyptologie; il fut complété par la ville d'Auxerre puis une souscription nationale, lancée par Victor Cousin, son successeur au fauteuil n°5 de l'Académie Française (Lire ce texte intégralement).


Source de ces documents: CCSTI de Bourgogne, avec les remerciements du Mathouriste

Que s'est-il donc passé? Elle a disparu en 1942, impitoyablement fondue par les Allemands pour en récupérer le métal. C'était, hélas, loin d'être un cas isolé: sinistre ironie de l'histoire, celle de Poisson (son rival dans l'étude de la chaleur!), à Pithiviers, connu le même sort; à Paris, 144 statues, dont 65 d'hommes illustres, furent ainsi brutalement rayées du paysage, dont celle de " l'autre Fourier", Charles. L'occupant avait exigé qu'on lui livre certaines quantités de métaaux non-ferreux; toutefois, le choix ne fut pas de son fait, mais de celui du gouvernement de Vichy (sur propositions locales). Les cloches des églises bénéficièrent de la priorité de protection alors qu'elles furent mises à contribution dans d'autres pays occupés (pour en savoir plus sur ce point, consulter l'article  très documenté Vendanges de bronze dans l'Yonne de l'historien Bernard Richard.)
Toutefois, les "négociations" permirent de sauver les deux plaques de bronze ornant le socle, dûes à Raymont Gayrard (1777-1858), que nous avons présentées séparément plus haut, chacune dans son contexte. Elles ont été fixées sur le mur du musée, sous le médaillon, et... sans le moindre panneau explicatif!

Mais qu'allait-on faire à la Libération? Bien sûr, le vœu d'ériger une nouvelle statue... mais comment trouver l'argent dans un pays exangue, où les priorités se bousculent les unes les autres? On opte donc pour une solution plus économique, l'ajout d'un médaillon (bien peu ressemblant!) sur la façade du musée ; il est situé en dessous de celui de Soufflot, l'architecte du Panthéon, également né dans l'arrondissement d'Auxerre. On notera les initiales J.-J., pour Jean-Joseph, strictement conformes à l'état civil, et non à l'usage.

Les plaques décoratives du socle de l'ancienne statue sont bien visibles... mais ne font l'objet d'aucune présentation explicative!

L'inauguration eut lieu le dimanche 9 novembre 1952, avec un discours (à lire sur cette page) du mathématicien Arnaud Denjoy. Ce qui est plutôt remarquable, car c'était l'époque de l'abstraction triomphante, de la "traversée du désert" de l'analyse de Fourier, avant que l'explosion des nouvelles disciplines de pointe: électronique, informatique, télécommunications ne la ramène au centre de l'ingéniérie et des mathématiques elles-mêmes.  (Pour situer: inventé en 1947, le transistor, qui fut le signal de déclenchement de cette révolution, ne vit ses pères récompensés par le prix Nobel de physique qu'en 1956).

Aussi, lorsqu'on songe à la place prise dans le monde des sciences par le nom de Fourier au cours du XXème siècle, qu'aucune restauration d ela staute- ou remplacement par une  nouvelle œuvre si l'nsuffisance des données rendait impossible une copie- n'ait été envisagée parait étonnant.  Voilà un défi pour qu'Auxerre se fasse plus belle au XXIème siècle...


Et... ce défi a désormais toutes les chances d'être relevé!

Sur une intiative de Tadeusz Sliwa, professeur des Universités et responsable de l'équipe d'Auxerre du laboratoire Le2i, une souscription a été ouverte par le CCSTI de Bourgogne (Centre de Culturel Scientifique, Technique et Industrielle de Bourgogne, lien) et son antenne d'Auxerre. Le comité de parrainage en a été placé sous la Présidence de Jean-Pierre Kahane, avec le soutien de Cédric Villani, Médaille Fields 2010.
Pour y participer (vos dons seront éligibles aux réductions d'impôts), vous trouverez les détails utiles sur cette page (voir ici la version internationale), ainsi que le bulletin de souscription (version internationale). Cette action est accompagnée par la Société Joseph Fourier, cofondée en Juin 2012 par Tadeusz Sliwa et le regretté Daniel Reisz, qui nous a quittés fin 2015 et dont ce fut le dernier investissement d'une vie militante en faveur des mathématiques. Elle est présidée par Jean Dhombres, et Jean-Pierre Kahane en est Président d'Honneur.

Le projet bénéficie désormais de solides soutiens:
  • Au plan local, le maire et le député ont rendu publics (2015) leurs soutiens; on peut désormais espérer que département et région s'impliquent à leur tour.
  • Au plan national et scientifique, deux institutions prestigieuses se sont officiellement déclarées favorables à cette initiative: l'Académie des Sciences  et l'École Normale Supérieure.
  •  L'appel est aussi international, car le nom de Fourier est familier dans les laboratoires du monde entier. Déjà, il y a 170 ans, lançant la campagne de financancement de la statue de Faillot, Victor Cousin se montrait très en avance sur son temps:
"Ainsi pensait sans doute M. Gau de Gentilly, qui vient de léguer à la ville d'Auxerre une somme de 4000 francs pour élever une statue à la mémoire de Fourier. Le conseil municipal de cette ville a voté spontanément une autre somme de 3000 francs, pour s'associer à l'idée généreuse  du testateur; mais ces fonds sont insuffisants, et une souscription va s'ouvrir pour achever l'œuvre commencée. Espérons que de vives  sympathies accueilleront ce projet! Fourier n'appartient pas seulement au sol qui l'a vu naître, mais à la France, mais au monde entier."

Le Mathouriste vous tiendra régulièrement au courant de l'évolution du projet.

La médaille créée en 2012 par la prestigieuse association internationale des ingénieurs électroniciens, l' IEEE, qui récompense des travaux de recherche en traitement du signal, est l'une des preuves du rayonnement international de Fourier.

Et puis, en attendant, une bonne nouvelle: si le buste de Fourier à l'École Polytechnique était le seul  à offrir une ressemblance effective (celui du Père Lachaise étant clairement hors-jeu), ce n'est plus vrai depuis l'année 2013: une artiste ayant un atelier dans la région, Nacéra Kaïnou, a été séduite par l'homme Fourier, et en a exécuté un buste en terre cuite; on le voit, ci dessous, présenté devant les quais de l'Yonne (et l'on devine la haute silhouette de la cathédrale en arrière plan)


Références

Biographiques, Historiques

Le Mathouriste doit d'abord payer tribut à l'incontournable somme biographique qui lui a servi de guide pour tisser la trame du texte entre ses photos. En espérant ne pas l'avoir abusivement pillée... et vous donner envie de la lire (elle a plus de 750 pages, donc il vous reste beaucoup à y découvrir, de toutes façons!)

Jean-Pierre Kahane: une vie au service de l'Analyse de Fourier! (Mai 2011, École Polytechnique )
On reconnait au tableau l'évocation de la naissance de la toute première série écrite par Fourier
 dans le Mémoire déposé à l'automne 1811 à l'Académie des Sciences, qui obtiendra le Grand Prix 1812.

Scientifiques

Dire qu'il y a des centaines d'ouvrages consacrés à l'Analyse de Fourier n'est sans doute en rien exagéré.
Une bibliographie choisie est disponible dans la page dédiée à l'apparition des séries dans la Théorie Analytique de la Chaleur,

Oeuvres de Fourier disponibles en téléchargement sur le site de la B.N.F.

 Et aussi...

Aller à la Page: Analyse Harmonique... mais Pourquoi ce Nom?         (Prélude à la Théorie Analytique, #0.1)
Aller à la Page: Analyse Harmonique... en tambours et clarinettes     (Prélude à la Théorie Analytique, #0.2)

Aller à la  Page célébrant la Naissance des Séries de Fourier      (Promenade dans la Théorie Analytique, #1)
Aller à la Page: l'Armille, la Sphère, le Cylindre et les Autres...  (Promenade dans la Théorie Analytique, #2)
Aller à la Page: Naissance de la Transformée de Fourier             (Promenade dans la Théorie Analytique, #3)

Aller à la Page: Kelvin, l'Analyse de Fourier et les Marées     (En bord de mer...avec de Belles Mécaniques!)

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