SIEYÈS    ( 1748 - 1836)

En janvier 1789, il lança le fameux libelle de la Révolution commençante: " Qu' est-ce que le tiers état ? Tout. Qu'a-t-il été ? Rien." Il était alors vicaire général de Chartres. Né à Fréjus, le 3 mai 1748, d'une famille bourgeoise, Emmanuel Sieyès est poussé par ses parents vers la prêtrise, sans vocation véritable. D'abord secrétaire de l'évêque de Tréguier, il le suit à Chartres, puis part pour Paris, où sa brochure incendiaire obtient un succès inouï. Elu député du tiers, il acquiert, aux états généraux, la réputation d'un penseur. Après avoir réclamé la réunion des trois ordres, il propose que les représentants du peuple vérifient les pouvoirs de tous les députés et que ceux-ci se constituent en Assemblée nationale.

Entré au comité de constitution, il travaille à la Déclaration des droits de l'homme et suggère sans cesse de nouvelles réformes, mais vote à regret la Constitution civile du clergé et accepte la suppression de la dîme à condition que celle-ci soit rachetable - ce qui est refusé: "Ils veulent être libres et ne savent pas être justes" , murmure-t-il avec humeur. Il est toujours respecté à l'Assemblée mais le nuage métaphysique qui enveloppe sa pensée la rend parfois obscure et il n'obtient pas le succès qu'il croit mériter.

Elu à la Convention en 1792, l'ex-abbé siège au centre, refusant de se lier à aucun parti. Bien qu'ayant voté la mort du roi, il est tenu en suspicion par la gauche. Au conseil de constitution, où il est entré, il rédige un plan d'instruction publique, que rejette l'Assemblée. La Terreur survenue, il tente de se faire oublier: le courage n'est pas sa vertu première. Il est du reste toujours détesté par la Montagne, qui craint un travail de sape. Sieyès est la "taupe de la Révolution" déclare Robespierre.

Après Thermidor, la taupe sort de son trou. Bien qu' hostile aux thermidoriens, Sieyès accepte de diriger les Affaires étrangères mais se montre adversaire de la constitution de l'An III et refuse de siéger au Directoire, ce qui ne l'empêche pas de devenir président des Cinq-Cents. Mais on le trouve gênant à Paris et il est envoyé en mission à Berlin.(1798)

Revenu l'année suivante, Sieyès entre au Directoire, préalablement épuré, et voit la nécessité d'un changement de régime. Il s'entend alors avec Bonaparte pour préparer le coup d'Etat de Brumaire. En récompense, il est nommé consul provisoire et commence à rédiger une constitution nouvelle, que le nouveau César s'empresse de transformer ! Aigri, désabusé, Sieyès comprend qu'il doit s'effacer. Il accepte cependant le titre de sénateur avec le beau domaine de Crosne et devient comte d'Empire. Exilé sous la Restauration comme régicide, il revient en 1830 et meurt à Paris le 20 juin 1836. 

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L'Abbé Sieyès, en costume de Directeur (1799)

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