HUELSENBECK Richard (1892-1974)

Avant la Première Guerre mondiale, Richard Huelsenbeck, né à Frankenau en Allemagne, est déjà parmi les jeunes poètes et écrivains expressionnistes qui fréquentent, à Berlin, le café des Westerns et affichent des idées antimilitaristes. Réformé militaire, il arrive en février 1916 de Berlin pour Zurich ou il créa le mouvement Dada. Il revint à Berlin en 1917 et il y publia le premier manifeste Dada en Avril 1918. Ce manifeste était signé par : T.Tzara, F.Jung, G.Grosz, M.Janco, R.H, G.Preisz et R.Hausmann. Vers 1930, il fut médecin, comme Otto Gross, sur les lignes maritimes Hambourg-Amérique du Sud, vers 1930. Il publia Schalaben, Schalabai, Schalamezomai en 1916, Phantastische Gebete (Prières fantastiques) en 1916. Il fut psychiatre à New-York sous le nom de Charles R. Halbeck.

Ayant rejoint à Zurich Hugo Ball, qui vient de fonder le cabaret Voltaire, il canalise l’action dadaïste vers la provocation et l’expérimentation poétique. Avec Janco et Tzara, il réalise, en mars 1916 au cabaret Voltaire, la première déclamation simultanée, inspirée des idées de Barzun, avec le poème : L’amiral cherche une maison à louer . Antagoniste de Tzara, il représente à Zurich l’aile gauche du dadaïsme naissant. Un an plus tard (janv. 1917), Huelsenbeck retourne à Berlin et se consacre à la création d’un dadaïsme berlinois qui est attisé par la situation politique allemande. Il publie un essai en mai 1917, L’Homme nouveau , et donne une conférence sur Dada et sur les activités auxquelles il a pris part à Zurich en février 1918 à la galerie Neumann de Berlin. Cet événement est à l’origine de la formation du premier groupe d’intellectuels révolutionnaires sous l’impulsion du message dadaïste. Au mois d’avril suivant, Huelsenbeck, Hausmann et Grosz organisent la première soirée dada dans la salle de la Nouvelle Sécession. Lors de cette séance publique, Huelsenbeck déclame le premier Manifeste dadaïste allemand, signé par tous les adhérents mais dont il est le principal rédacteur. Les idées contenues dans le Manifeste — le cosmopolitisme du mouvement, la proclamation de Dada comme "disposition de l’esprit" et l’opposition à toute tendance éthique et esthétique — sont alors les mêmes que les idées avancées par le groupe de Zurich dont Huelsenbeck s’est fait le porte-parole ; mais très tôt il va donner un tour politique aux activités du mouvement berlinois. Il affiche ainsi les mêmes idées qui caractérisent la position intellectuelle des dadaïstes allemands : Grosz, Hausmann, les frères Hertfield, Hoch, Baader. En 1919-1920, il collabore à l’organe du groupe berlinois, la revue Der Dada , et il constitue avec Hausmann et Golyschev un "comité central dadaïste" dont le Manifeste se réclame d’un "communisme radical". À partir de février 1920, il organise, avec Baader et Hausmann, une tumultueuse tournée qui les mène, de matinées en soirées dada, à Dresde, à Hambourg, à Leipzig, à Teplitz-Sanov, à Prague, à Karlsbad. Il publie en même temps des ouvrages très polémiques : Dada vaincra ;  et L’Allemagne doit disparaître , ainsi que l’une des premières histoires du dadaïsme, En avant Dada . C’est encore en 1920 que, après la grande Foire internationale dada de Berlin, il se fait l’éditeur de Dada-Almanach , une anthologie qui est l’une des plus importantes publications dadaïstes. Mais, dès 1921, il cesse toute activité dadaïste. Après avoir publié quelques romans, il cesse d’écrire, et, plus tard, sous le nom de Charles Richard Hulbeck, s’établit à New York, où il ouvre un cabinet de psychanalyste. Il réalise aussi de nombreux collages qui seront exposés à Paris quelques années plus tard. Dans les années cinquante, alors que l’attention des critiques est à nouveau attirée par le dadaïsme, il publie de nouveaux Manifestes dans lesquels il revendique le rôle de créateur du dadaïsme en Allemagne, nie la mort historique de Dada et, enfin, identifie Dada à l’existentialisme. Son Dada Manifest 1949  est explicitement condamné par Tzara. Il se retire en Suisse et passe les dernières années de sa vie à Minusio, dans le canton du Tessin, où il est mort.