SCHWITTERS KURT (1887-1948)

À Hanovre, l’histoire du mouvement Dada s’identifie à un seul homme, Kurt Schwitters, qui incarne encore plus que ses compatriotes Hausmann, Ball ou Ernst l’esprit farouchement individualiste et anarchiste du dadaïsme.

Il étudia la peinture de 1909 à 1914 à l'Académie de Dresde. Il participa à la revue der Sturm de Berlin. Grand ami de Hausmann et de Arp, il fonda un mouvement parallèle au Dada qu'il nomma Merz. De 1930 à 1948, il se réfugia en Norvège pour fuir le nazisme. Il se fit remarquer par des dessins au crayon, au fusain, à l'aquarelle puis des collages et des assemblages dès 1919. Refusé au Dada de Berlin par Huelsenbeck, il réagit et crée son tableau Merzbild en 1919. Le mot Merz étant découpé depuis Kommerz dans une annonce imprimée. En 1923, il crée son œuvre à Hanovre, le Merzbau, un ensemble de structures en bois et plâtre avec des cavités où s'encastrent ses travaux et ceux de ses amis. Détruit en 1943, il été partiellement reconstruit par le suisse Harald Szeemann. Après 1923, il se lie avec les constructivistes Theo van Doesburg et le russe El Lissitsky. Il réalisa avec eux la revue Merz parue entre 1923 et 1932. Une centrale de publicité Merz fut crée et elle lança la nouvelle réclame pour des firmes comme Pelikan, Opel ou Bahlsen. Après l'invasion allemande en Norvège, il résida en 1946 à Ambleside dans la Westmoreland en Angleterre. En février 1995, le Centre Beaubourg à Paris a organisé une exposition Schwitters. Il a publié Anna Blume en 1919 et Ursonate en 1932

Né à Hanovre, Schwitters avait suivi des cours de dessin à l’académie de Dresde et à celle de Berlin. Ses œuvres, d’abord figuratives, subirent l’influence de tous les mouvements d’avant-garde du début du XXe siècle. C’est en 1918 que l’artiste tourne le dos brusquement et définitivement à la peinture traditionnelle, même sous ses formes les plus avancées. Peu à peu, il se compose, entre 1918 et 1920, une esthétique personnelle, fondée sur la substitution de déchets et de détritus de toutes sortes aux matériaux nobles (huile, couleurs, pigments).

Grand " fouilleur " de la société industrielle et de la réalité urbaine, il intégrait à ses œuvres tout ce qu’il trouvait au hasard de ses recherches : billets de tramway, cigares, fil de fer, bref, tout ce qui avait été rejeté par la société. L’artiste, refusant une re-production illusoire de la réalité, faisait au contraire " entrer " la vie, de façon fracassante, dans le domaine de l’art. Pas de trace pourtant chez lui d’une esthétique d’opposition comme celle de l’anti-art de Zurich ou de Cologne. Le monde entier pouvait en effet constituer pour Schwitters une œuvre d’art. L’artiste appela ironiquement ses constructions " Merz ", partie centrale du mot Kommerzbank .

L’assemblage intitulé Merzbild I, le Psychiatre  (1919, Malborough-Gerson Gallery, New York) rend compte des recherches de l’artiste. Sur un fond peint avec des couleurs violentes, encore expressionnistes, Schwitters a collé des objets usuels en les disposant selon des rythmes assez structurés. Les deux couches de signes s’intègrent parfaitement. D’autres œuvres telles que Breite Schnurchel  (1923, relief en bois, collection Hoech, Berlin) soulignent les dons du peintre qui utilisait avec une aisance incroyable les matériaux les plus divers.

À partir de 1920, Schwitters étendit à d’autres domaines sa conception de l’" art total Merz ", et notamment à l’architecture, au théâtre et à la poésie. Dans son logement hanovrais, il entreprit en 1920 l’édification d’une immense structure en plâtre et en matériaux divers, la Schwitters-Säule (colonne Schwitters), qui envahit peu à peu toutes les pièces et même tous les étages de sa maison et qu’il baptise du nom de Merzbau (construction Merz) ; elle était en outre sans cesse modifiée par l’artiste. Cette construction dans laquelle Schwitters avait voulu concrétiser ses aspirations et ses hantises, témoignage unique de sa personnalité, fut malheureusement détruite lors des bombardements, en 1943. Le projet sera repris par Schwitters en Angleterre sous le nom de Merzbarn (Merzgrange).

Schwitters fut également un poète original, et An Anna Blume  (1919), collage de chansonnettes, de proverbes et de citations, obéit à l’esthétique du hasard esquissée dans ses œuvres Merz. Ses essais de poésie phonétique (Ursonate , 1921-1932, publiée dans le 24e et dernier numéro de la revue Merz ) valent les expériences identiques tentées par les groupes de Zurich et de Cologne.

En 1937, Schwitters quitte définitivement l’Allemagne ; ses œuvres sont retirées des musées et quatre d’entre elles sont présentées à Munich à l’exposition de l’Art dégénéré.

Schwitters, qui toute sa vie exploita et diffusa inlassablement les idées maîtresses d’un art du hasard et du déchet, doit à sa persévérance de figurer aujourd’hui parmi les artistes les plus avancés du XXe siècle. Ce " destructeur " particulièrement intelligent exercera une très grande influence aux États-Unis, sur le groupe New Dada et sur Robert Rauschenberg, notamment.