L'hypothèse extraterrestre est-elle "dépassée" ?

Par Gildas Bourdais (avril 2002)


Il est fréquent, notamment en France et dans les pays francophones, de considérer comme "dépassée" l'hypothèse extraterrestre classique, ou "HET", selon laquelle les ovnis seraient des véhicules construits par des visiteurs extraterrestres provenant d'un autre monde habité. On lui reproche de ne pas pouvoir expliquer l'ensemble des phénomènes constatés, et on lui oppose diverses autres hypothèses considérées comme plus "avancées", par exemple celle d'entité(s), ou intelligence(s) non-humaine(s), de voyageurs temporels ou venus d'une "autre dimension", de manifestations surnaturelles, ou au contraire des analyses sceptiques, "socio-psychologiques". Il faut bien avouer que les divers phénomènes liés peu ou prou aux ovnis forment aujourd'hui un ensemble si complexe, dont certains aspects sont si étranges, qu'il ne faut pas s'étonner de l'incertitude et de la confusion qui se sont peu à peu répandues en ufologie. Pour essayer d'y voir clair, je propose dans une première partie de faire un rapide retour en arrière pour survoler les étapes de cette évolution des idées, ce qui va m'obliger évidemment à les simplifier. Je rappellerai ensuite dans une seconde partie quelques arguments assez classiques, pour ou contre l'hypothèse extraterrestre, la plupart repris sans changement de mon premier livre sur les ovnis, Enquête sur l'existence d'êtres célestes et cosmiques, paru en 1994. J'espère que ces quelques pages seront encore utiles pour la poursuite du débat.

I - Chronologie des idées et des théories sur les ovnis

Essayons de décrire le plus simplement possible les différentes étapes, à peu près dans l'ordre chronologique, depuis la première grande vague des "soucoupes volantes" de 1947.

- Une constante : le scepticisme intellectuel et scientifique

Il ne faut pas perdre de vue que la tendance largement majoritaire, au moins dans le monde scientifique, intellectuel et médiatique, a été et reste le scepticisme. Cette tendance était "naturelle" en quelque sorte, mais il faut ajouter tout de suite que les autorités américaines ont très vite adopté une attitude de mise en doute systématique des ovnis. Celle-ci a exercé une forte influence, non seulement aux Etats-Unis mais dans le monde entier. Beaucoup d'autres pays, notamment l'Union Soviétique, ont adopté pratiquement la même attitude. Sur le scepticisme, je renvoie à mon article « Les sceptiques et leurs arguments » qui figure sur le site Ufocom.

La situation est plus nuancée en ce qui concerne l'opinion publique, mais si l'on en croit les sondages faits aux Etats-Unis et dans les autres pays occidentaux, il n'y a jamais eu une majorité claire, dans aucun pays, pour admettre la réalité des ovnis en tant que phénomènes d'origine non-humaine. En revanche, il semble qu'une majorité se dessine actuellement en faveur de l'existence de civilisations extraterrestres, notamment à la faveur de la découverte de nombreuses planètes extrasolaires. On suppose à présent qu'il pourrait exister dans notre galaxie un milliard de planètes semblables à la nôtre ! Il faut bien voir, en tout cas, que l'HET est toujours l'hypothèse qui est envisagée dans le grand public et dans les médias lorsqu'on y évoque les ovnis.

- Les débuts de l'hypothèse extraterrestre, ou "HET"

Celle-ci apparut rapidement, après la première vague des "soucoupes volantes" de l'été 1947. Incidemment, les tenants d'explications "socio-psychologiques" ont avancé deux thèses contradictoires sur l'état des esprits à l'époque. Des auteurs comme Bertrand Méheust et Michel Meurger en France ont soutenu que les soucoupes volantes sont issues de la science-fiction. Il n'est pas douteux, en effet, que l'idée de visiteurs extraterrestres était déjà bien implantée à l'époque, et même avant la guerre dans les "pulps" de science-fiction. La célèbre panique déclenchée aux Etats-Unis en 1938 par Orson Welles, avec son adaptation radiophonique de la "Guerre des Mondes" de H.-G. Wells, en témoigne sans aucun doute possible. Cela n'a pas empêché certains sceptiques comme Pierre Lagrange de vouloir vider de son sens l'annonce de la découverte d'un "disque volant" par les aviateurs américains de Roswell, en 1947, car selon lui ils ne savaient pas de quoi ils parlaient. Certains ont même cité un sondage d'opinion de l'époque selon lequel personne n'avait évoqué des visiteurs extraterrestres à propos des soucoupes volantes, mais ils ont oublié de préciser que le sondage en question ne posait pas la question ! Quoi qu'il en soit, les spécialistes de la SF admettent généralement que la forme "soucoupe", si elle n'était pas absente, était peu répandue dans la vieille science-fiction. Les astronefs y étaient le plus souvent décrits comme des fusées.

Il est certain que l'apparition de ces fameuses "soucoupes volantes" aux performances extraordinaires fut une grosse surprise à l'époque, et que l'idée de visiteurs extraterrestres ne tarda pas à se répandre. Les sceptiques ont souligné que les documents militaires de l'époque, comme la fameuse lettre du général Twining du 23 septembre 1947, s'interrogeaient sur la nature de ces "disques volants". Les auteurs de ces documents se demandaient notamment s'il pourrait s'agir d'engins secrets, "domestiques" ou soviétiques. Or nous savons bien aujourd'hui qu'il n'en était rien, en écartant l'hypothèse ridicule des soucoupes nazies, apparue bizarrement au début des années 50 et qui sent fort la désinformation. Il reste donc des témoignages et des descriptions remarquables qui sont parmi les éléments les plus solides du dossier ovni.

Ces documents ont aussi servi d'argument contre le crash de Roswell, car ils n'en parlaient pas. Le physicien Bruce Maccabee, qui est très compétent sur les problèmes de secret, ayant fait sa carrière dans la Marine, a clairement écarté cet argument. Selon lui, les sujets vraiment importants sont discutés directement entre les personnes impliquées. Ils n’apparaissent pas dans des documents secrets, ou même très secrets, qui pourraient être lus par des gens n'ayant pas le need to know. Pour plus de détails sur ce débat, je renvoie le lecteur à mon livre OVNIS : la levée progressive du secret. (JMG Editions, 2001), ou à mon livre précédent, OVNIS : 50 ans de secret.

Ce qui est sûr, c'est que les mises en doute officielles commencèrent aussi dès cet été de 1947, à partir du démenti de Roswell, comme en témoigne la presse de l'époque. Cela est flagrant à la lecture des articles du New York Times. Ils montrent un intérêt croissant dans les premier jours de juillet, mais après le démenti de Roswell publié en première page le 9 juillet, les observations sont tournées en ridicule et vite oubliées. La presse ne fit alors que suivre le discours officiel. Cependant, les ovnis continuant à se manifester, la question ne tarda pas à rebondir, dès 1948, ainsi que l'hypothèse extraterrestre.

Les ufologues commencèrent à se demander quelles étaient les intentions de ces "visiteurs". Etaient-ils hostiles, neutres ou bienveillants ? L'un des meilleurs enquêteurs américains des premières années, le major Donald Keyhoe, pencha rapidement pour l'idée qu'ils étaient hostiles, compte tenu des premiers incidents connus, tels que la mort de l'aviateur Mantell en janvier 1948. En revanche, apparurent dès le début des années 50 toute une série de "contactés", dont le plus connu reste George Adamski, qui racontèrent leurs rencontres avec des extraterrestres bienveillants. Leurs descriptions de grands blonds "Vénusiens" connurent un large succès populaire, mais contribuèrent aussi efficacement à renforcer le camp des sceptiques, au point que la question d'opérations de manipulation reste posée. On a donc rapidement, dès les premières années, les deux tendances de base de l'HET initiale, les ET inquiétants et des ET bienveillants.

- La prise de conscience de la dimension historique

L'idée que la Terre ait pu être visitée par des extraterrestres au cours de notre histoire est apparue très vite. J'ai raconté cela dans mon premier livre, Enquête sur l'existence d'êtres célestes et cosmiques (1994). L'un des premiers auteurs fut le Russe Alexandre Kazantsev qui avança cette idée dès 1946, supposant même qu'ils avaient peut-être fondé nos grandes religions ! Idée qui fut reprise assez vite par une foule d'autres auteurs. Dès les années 50, ce furent notamment les Russes Agrest et Zaïtsev, l'Américain Morris Jessup, et le Britannique Desmond Leslie, coauteur d'un best-seller avec le contacté Adamski. L'idée se répandit aussi en France avec des auteurs comme Robert Charroux et surtout Paul Misraki qui signa sous le pseudonyme de Paul Thomas l'un des meilleurs livres sur ce sujet, Les extraterrestres (1962). Il faut citer également Erich Von Daniken, auteur de best-sellers mondiaux, qui est venu plus tard, dans les année 60. Mais Von Daniken ne croyait pas aux ovnis ! Un cas analogue, cette fois dans le monde scientifique, est celui du célèbre astronome américain Carl Sagan, qui avait admis lui aussi l'hypothèse de visiteurs anciens tout en rejetant les ovnis. On peut donc soutenir que cette hypothèse des visiteurs anciens a eu plus de succès que les ovnis eux mêmes. Par contre, pour l'astronome français André Brahic, les gens qui avancent de telles idées se déshonorent ! (dans son livre Les enfants du Soleil, paru en 1999).

- Les interprétations religieuses traditionnelles

Assez rapidement, encore une fois, apparurent des interprétations à caractère religieux, soit pour voir dans les phénomènes ovni des manifestations "angéliques", soit des manifestations "diaboliques". On a aussi beaucoup spéculé sur les ovnis comme signes annonciateurs de l'Apocalypse et de la "fin des temps". L'un des auteurs les plus connus sur cette voie est le pasteur et théologien protestant Barry Downing, dont le livre The Bible ans Flying Saucers date de 1968. Downing est un partisan des visiteurs "angéliques" alors que dans le monde protestant la tendance serait plutôt de voir dans les ovnis des manifestations diaboliques. On trouve aussi cette interprétation pessimiste parmi des auteurs français tels que Jean Robin (Les objets volants non identifiés ou la grande parodie, 1979) et Jean-Michel Lesage (La manipulation occulte, 1989). Ces points de vue gardent des partisans aujourd'hui, et ils nous amènent à évoquer la nombreuse famille des interprétations à caractère plus ou moins ésotérique.

- Des interprétations para-religieuses et ésotériques

Pour comprendre comment des interprétations de type ésotérique ont commencé à se multiplier, disons à partir de la fin des années 50, il faut revenir un peu en arrière, et appréhender les aspects les plus déroutants de ce qu'on a alors commencé à appeler le "phénomène ovni". Des aspects très étranges étaient apparus notamment en France dès la grande vague de 1954. Celle-ci comportait de nombreuses "rencontres rapprochées" - les "RR3" selon la classification de l'astronome Hynek - qui paraissaient assez loufoques, et même absurdes. Aimé Michel, grand expert de cette vague, les avait qualifiées de "festival d'absurdités". Cette caractéristique se retrouve ailleurs, dans de nombreux pays, et elle amène tout naturellement l'idée de mises en scène et de manipulation des esprits. Manipulations, sans doute, mais par qui et pourquoi ?

- Jacques Vallée et la mystérieuse "force de contrôle"

C'est à partir de là que des auteurs comme Jacques Vallée, et John Keel aux Etats-Unis (celui-ci peu connu en France bien qu'auteur lui aussi de nombreux livres, mais ils n'ont pas été traduits), suivis plus tard par de nombreux ufologues, notamment Jean Sider en France, se sont tournés vers des idées très ésotériques pour tenter d'expliquer l'ensemble des phénomènes.

Dans son livre Le collège invisible paru en 1975, Jacques Vallée a pour la première fois avancé l'idée que nous serions manipulés par une mystérieuse "force de contrôle", occulte, provenant d'une autre "dimension". Ses buts seraient obscurs et elle cacherait sa vraie nature. Elle s'emploierait, en mettant en scène des ovnis et des humanoïdes, à nous faire croire aux extraterrestres. Sans entrer dans les détails de cette curieuse idée, on peut au moins s'interroger sur sa logique. Les RR3 absurdes sont-elles là pour nous faire croire aux extraterrestres, ou au contraire pour nous détourner de cette idée en la ridiculisant ? En l'occurrence, si c'est là le véritable objectif, la manipulation a fort bien réussi étant donné que toute cette école de pensée a mis en doute l'hypothèse extraterrestre !

Vallée a ensuite mis l'accent sur l'idée de manipulation dans un livre particulièrement obscur et ambigu, Messengers of Deception (1979), publié en français en 1983 sous le titre La grande manipulation. Dans ce livre, un thème nouveau vient s'ajouter, celui de manipulation par des groupes humains, les "Manipulateurs", qui auraient pour buts de créer de nouvelles religions et de contrôler les pouvoirs politiques. Après une période de silence, il a publié une série de trois livres bien connus en France, reprenant tous ces thèmes : Dimensions (1988, 1989 en français) ; Confrontations (1989, 1990 en français); Révélations (1991, 1992 en français). Dans ces livres, Vallée s'est attaqué assez violemment aux nouveaux développements qui se produisaient alors aux Etats-Unis, tels que les révélations sur le secret et les témoignages d'enlèvements. Dans Révélations, Vallée n'a pas craint d'employer des arguments polémiques. Il a par exemple mis en doute l'existence de la "Zone 51" en se demandant comment on y évacue les ordures ! (pp 71-72 de l'édition française).

Quoi qu'il en soit, un apport important des études de Jacques Vallée a été incontestablement de faire un rapprochement avec les mythes, les légendes et les croyances folkloriques du passé. Son livre majeur sur ce sujet est Passport to Magonia (1969), dont le titre français, Chronique des apparitions extraterrestres (1972) est un contresens, comme Vallée l'a signalé lui même, car c'est dans ce livre qu'il commençait à mettre sérieusement en doute l'HET ! Les idées de Vallée ont eu et ont encore une grosse influence en France, et elles ont contribué à masquer les développements nouveaux intervenus aux Etats-Unis. Anticipons un peu pour citer l'exemple de Jean Sider. Au contraire de Vallée, Sider a été le premier à révéler en France l'étendue de ces nouveaux aspects américains, notamment avec son livre Ultra-Top Secret (1991). Pourtant, il a fini par rejoindre lui aussi les idées de Vallée dans les années 90. Il a étudié notamment l'étrange affaire des observations de "bateaux volants" à la fin du 19eme siècle, et s'est rangé peu à peu à une vision analogue, écartant à son tour l'HET.

Ces manifestations "à haute étrangeté" de l'ufologie sont incontestablement très troublantes. On peut même dire qu'elles renforcent plus le point de vue des sceptiques que des partisans des ovnis, et c'est justement ce qui s'est produit, à partir fin des années 70. De nouveau, posons-nous la question : et si c'était là l'objectif de leurs auteurs ? Il faut placer ici cette montée du scepticisme avant d'évoquer d'autres idées de type ésotérique, apparues surtout au sein du mouvement "New Age".

- L'essor des points de vue sceptiques, "socio-psychologiques"

Le scepticisme fondé sur des analyses "socio-psychologiques" a gagné une place prépondérante en ufologie à partir de la fin des années 70, en France mais aussi dans d'autres pays. Ce qu'on appelait désormais le "phénomène ovni" était devenu trop bizarre et peu crédible. L'auteur français le plus lu a été Bertrand Méheust, avec ses livres Science-fiction et soucoupes volantes (1978), et Soucoupes volantes et folklore (1985). Méheust a appliqué la même approche sceptique au phénomène des enlèvements. Le représentant le plus médiatisé de cette tendance est sans doute le sociologue Pierre Lagrange, qui a été d'une habileté incontestable pour mettre en doute l'existence même des ovnis, sans jamais l'affirmer clairement.

On sait que, récemment, Méheust et Lagrange ont semblé revenir quelque peu sur leurs pas (ils étaient à leurs débuts convaincus de la réalité des ovnis !), et c'est peut-être le signe d'une nouvelle étape qui s'amorce. Mais ne nous réjouissons pas trop vite. Apparemment, les adeptes d'opinions très ésotériques à la Keel et Vallée cohabitent assez bien avec les tenants de la socio-psychologie. C'est ainsi que l'on retrouve Pierre Lagrange comme préfacier du premier livre de John Keel traduit en français, La prophétie des ombres (en anglais : The Mothman Prophecies, 1975). Ce livre, qui rapporte de vraies histoires à haute étrangeté, est présenté en France comme de la science-fiction. Il fait aussi l'objet d'un film qui va sortir prochainement, déjà commenté par le même Lagrange dans le magazine L'écran fantastique (avril 2001).

Mais passons vite à d'autres aspects, beaucoup plus intéressants, de cette évolution des idées.

- Visions de médiums et "channels" du "New Age".

Les idées "New Age" ont connu un développement assez considérable aux Etats-Unis et dans le monde anglophone, un aspect dont on n'a peut-être pas pris toute la mesure en France, en dépit de l'abondance des ouvrages et revues ésotériques. D'ailleurs, le courant passe mal entre ces deux catégories, et les ovnis ne sont qu'un parent pauvre dans ces rayons bien achalandés. Pour ma part, je ne vais pas essayer de résumer ici les différentes idées qui sont apparues, nombreuses et souvent très complexes. Disons seulement que, en ce qui concerne les ovnis, ceux-ci se sont trouvés intégrés dans des visions où prédominent toutes sortes d'entités, qui sont souvent des êtres désincarnés, des maîtres spirituels "ascensionnés", mais aussi des êtres extraterrestres, parlant par la voix des médiums et "channels" qui nous révèlent d'autres dimensions, plus spirituelles, vers lesquelles doit tendre l'humanité. On retrouve là l'idée, déjà rencontrée dans le domaine religieux, que les ovnis sont des signes, éventuellement des matérialisations, qui nous font entrevoir d'autres dimensions de plus haute spiritualité. On peut y rattacher aussi des interprétations des "expériences aux frontières de la mort" , comme l'a fait Kenneth Ring aux Etats-Unis.

Ces apports nouveaux sont difficiles à apprécier du fait de l'absence de preuves physiques, et de l'abondance considérable des textes et des messages, éventuellement contradictoires entre eux. On observe d'autre part le risque de messages trompeurs, comme dans les manifestations de type ovni. Il n'est pas facile d'en faire le tri. Cependant, on aurait bien tort des écarter complètement, de même que les messages reçus lors d'expériences d'enlèvement. Signalons un livre bien documenté et prudent sur ce problèmes des messages médiumniques, La conspiration de Stargate de Lynn Picknett et Clive Prince (1999, 2001 pour la traduction française), que j'ai présenté brièvement dans mon dernier livre.

- Le retour de l'hypothèse extraterrestre

Mais que deviennent les extraterrestres dans tout cela ? Le point important à souligner ici, me semble-t-il, est que, contrairement aux idées de Keel et Vallée, ces approches plus "spirituelles" ne sont nullement exclusives de l'hypothèse extraterrestre. Il en est de même, d'ailleurs pour le domaine strictement religieux. En 1999, le Père Corrado Balducci, théologien italien réputé, l'a dit très clairement au symposium des ovnis de Saint-Marin, auquel j'ai assisté. Il a souligné l'importance de ne pas tout mélanger, extraterrestres et entités angéliques ou démoniaques. Or le Père Balducci est un spécialiste de démonologie au Vatican ! C'est aussi l'opinion, en France, du Père François Brune, qui est spécialiste de la communication avec les morts, appelée "transcommunication". Pour lui, les phénomènes de nature spirituelle ou surnaturelle n'excluent aucunement l'existence de visiteurs bien réels, d'origine extraterrestre.

Au symposium de Saint-Marin, le Père Balducci a eu ce mot extraordinaire sur les extraterrestres, devant une salle comble et silencieuse : "Ce n'est pas possible qu'ils soient plus bêtes que nous, et ce n'est pas possible qu'ils soient plus méchants que nous !" Peut-être a-t-il fait cette étonnante déclaration pour tenter de nous rassurer, car sont apparus vers les années 70-80 des développements nouveaux du dossier ovni qui ont fait revenir en force l'hypothèse extraterrestre, mais qui l'ont rendue aussi beaucoup plus inquiétante.

Ce sont, comme chacun sait, les témoignages d'enlèvements supposés à bord d'ovnis qui, d'abord rares dans les années 60-70, se sont multipliés au cours au cours des deux décennies suivantes, principalement - mais pas seulement - aux Etats-Unis. C'est d'autre part la vague des mutilations de bétail, qui a suivi un cours assez parallèle dans le temps, et qui n'est pas non plus une exclusivité américaine, contrairement à une opinion répandue. Il y a de nombreux indices qui permettent de relier ces aspects inquiétants aux ovnis, et ce sont des arguments puissants en faveur de l'hypothèse extraterrestre.

J'ai présenté ces aspects, enlèvements humains et mutilations animales, dans mes livres, en particulier dans le dernier, OVNI : la levée progressive du secret, et je ne vais pas le recopier ici. J'indique seulement que le lecteur y trouvera un revue assez complète des débats qui ont eu lieu depuis une vingtaine d'années.

Le dossier des enlèvements (au chapitre 6, pages 242 à 269) discute notamment les nombreuses critiques des sceptiques, et j'y soutiens, arguments à l'appui, qu'il s'agit d'un phénomène réel, avec des aspects très physiques, au moins dans de nombreux cas. En plus, il est manifeste que les enlèvements aux Etats-Unis y font l'objet d'une surveillance militaire. Sur les mutilations de bétail, toujours niées par les sceptiques, je propose en fin de seconde partie ma critique du livre sceptique de Yann Mège, Les chirurgiens furtifs.

Un autre facteur qui pèse de plus en plus lourd aujourd'hui, en dépit de détracteurs assez virulents, est la multiplication des témoignages sur des études très secrètes, encore une fois principalement aux Etats-Unis. Tout cela semblait avoir pour origine l'affaire du crash de Roswell, mais l'on soupçonne maintenant que cela a commencé avant, au moins pendant la Seconde guerre mondiale. Quoi qu'il en soit, de très nombreux témoignages et documents permettent d'affirmer qu'il y a de telles études secrètes sur les ovnis, aux Etats-Unis et dans quelques autres pays. En bref, on sait qu'il y a des véhicules, pilotés ou non, d'origine non humaine dans notre environnement, dont un petit nombre ont été accidentés et récupérés secrètement.

Pour ceux qui sont en manque d'informations sur ces aspects assez récents, je les renvoie là aussi à mon dernier livre OVNIS : la levée progressive du secret, dans lequel j'ai essayé de faire une revue critique de l'ensemble des témoins et des documents. De nouveaux témoignages sont encore apparus depuis, notamment ceux qui ont été présentés par le Dr Steven Greer, en mai 2001 à Washington, ainsi que dans son livre Disclosure et sur son site web. Certains de ces témoins sont controversés, mais d'autres sont au contraire très crédibles.

- L'hypothèse extraterrestre élargie

Tous ces aspects concourraient, évidemment, à remettre en selle la "vieille" hypothèse extraterrestre, en la mettant à jour et en l'élargissant pour intégrer ces aspects nouveaux, et c'est bien l'évolution qui s'est produite, principalement aux Etats-Unis et dans les pays anglophones. Un exemple typique de ce retournement est celui de Jerome Clark, l'un des piliers du Cufos (Center for UFO Studies, l'organisme créé par l'astronome Allen Hynek), revenu à l'hypothèse extraterrestre après s'en être écarté, comme nombre de ses collègues. Jerome Clark s'en est expliqué au symposium annuel du MUFON de 1988, dans son exposé dont le titre se passe de traduction : The fall and rise of the extraterrestrial hypothesis. Citons-en le résumé qui figure dans les actes du symposium, où il évoque la "nouvelle ufologie" de Keel et Vallée :

Cette "nouvelle ufologie" est devenue une interprétation du phénomène OVNI qui en faisait une forme moderne d'expérience visionnaire. Mais de telles interprétations ont échoué à rendre compte adéquatement des indices (evidences) de plus en plus nombreux d'un phénomène physique, technologique, et apparemment extraterrestre. De plus, des événements bien documentés tels que l'incident de Roswell ont amené les ufologistes américains à reconsidérer l'idée discréditée d'une politique de secret (cover-up) du gouvernement américain. La "nouvelle ufologie" - quelquefois appelée "mixologie" - continue à dominer la recherche ufologique en Europe mais est n'est plus prise au sérieux aux Etats-Unis".

Cependant, le moins que l'on puisse dire, c'est que ce retour de l'HET au premier degré a suscité et suscite encore des controverses. On peut lui reprocher de négliger à son tour bien des aspects étranges, qui ont ouvert la porte aux nombreuses interprétations de caractère "paranormal" ou ésotérique déjà mentionnées. Pour ma part, je crois qu'il faut se garder de prendre des positions radicales et exclusives. L'HET n'exclut pas la "haute étrangeté", et réciproquement. Cela n'avance nullement le débat de la tourner en dérision en la qualifiant d'hypothèse "tôles et boulons". Il y a longtemps que des scientifiques ont ouvert des perspectives extraordinaires en physique fondamentale qui amènent à envisager une HET "élargie" intégrant cette "super-physique", comme l'appelait l'astronome Pierre Guérin. En m'excusant, je renvoie encore le lecteur à mon dernier livre, où sont évoquées quelques unes des hypothèses sur la possibilité de voyages interstellaires qui permettraient de «dépasser" la vitesse de la lumière : trous noirs et trous de ver, supercordes et univers parallèle, warp drive d'Alcubierre et Van Den Broeck, antimatière, "énergie du point zéro"…

D'autre part, l'idée que nous soyons visités par des extraterrestres, et pour certains peut-être, depuis très longtemps, n'exclut en aucune manière la possibilité que certains phénomènes soient d'un autre ordre, disons d'un ordre plus "spirituel". Enfin, n'oublions pas que l'une des causes de la confusion qui persiste aujourd'hui en est encore une fois la politique de désinformation mise en oeuvre avec efficacité, principalement aux Etats-Unis, dont objectif premier est de mettre en doute l'hypothèse extraterrestre.

- Les pièges nombreux de la désinformation

On ne peut que constater la mise en doute virulente de ces aspects nouveaux, apparus aux Etats-Unis dans les années 80, non seulement par les autorités américaines mais aussi, en dépit de la solidité des dossiers, par un certain nombre d'ufologues, en particulier européens. Une chose est sûre : ces nouveaux développements des années 80-90 ont fait l'objet d'un bombardement intensif de désinformation, directe, ou "amplifiante", selon l'expression très juste proposée par le rapport du Cometa.

Cette idée de désinformation "amplifiante" vient à l'esprit à propos de certaines rumeurs très inquiétantes qui ont été lancées par des personnages peu crédibles, à partir de la fin des années 80. Le plus connu était William Milton Cooper, devenu par la suite militant d'extrême droite et mort récemment dans un fusillade avec la police. Ces rumeurs ont donné naissance à toute une littérature "conspirationniste" selon laquelle le gouvernement américain et des agences très secrètes auraient "vendu" l'humanité à de dangereux extraterrestres, dans un marché de dupes. Il faut examiner ce genre de discours avec la plus grande circonspection, mais en n'oubliant pas que le rôle de la désinformation amplifiante est justement de nous détourner de certaines révélations qui, elles, pourraient bien être authentiques.

Parmi les pièges et fausses nouvelles en tous genres de cette désinformation "amplifiante", on aperçoit ce que je propose d'appeler le scénario du "canular démasqué" car on a l'impression dans plus d'un cas que les auteurs des canulars sont peut-être des agents des services secrets (aux effectifs considérables) ou simplement des collaborateurs extérieurs de ces services ! Au fond, pour démolir efficacement un canular, le plus simple n'est-il pas de le fabriquer soi-même ? Ce pourrait être le cas du soit disant crash d'un ovni en Russie, montré dans la vidéocassette des "secrets du KGB". Boris Chourinov, qui a enquêté à Moscou, a retrouvé la piste des auteurs du film : c'était un équipe américaine venue de Los Angeles, qui avait recruté du personnel et des acteurs à Moscou, soit disant pour un film de science-fiction. J'ai rencontré à Saint-Marin un ufologue américain qui connaissait un membre de cette équipe, et qui savait que l'un des ses amis proches était un agent secret. Ce pourrait aussi être le cas du film de "l'autopsie d'un extraterrestre de Roswell", comme je l'ai expliqué dans mon dernier livre OVNIS : la levée progressive du secret. Ces documents douteux ont fait le plus grand mal à l'ufologie. D'un autre côté, le film de l'autopsie pourrait aussi faire partie d'une politique plus subtile, à plus long terme, de sensibilisation progressive du public à la présence extraterrestre. C'est sur cette idée que je vais terminer mon petit tour d'horizon des spéculations sur ces ovnis qui restent toujours aussi mystérieux.

- La levée progressive du secret

Je défends dans mon dernier livre l'idée que des efforts sont faits, avec des hauts et des bas, pour préparer peu à peu le public à la divulgation des secrets sur les ovnis. Les nombreux documents apparus depuis un certain nombre d'années, en particulier les documents surnommés "Majestic 12", qui comptent plus de deux mille pages et ce n'est pas fini, pourraient bien faire partie de cette démarche consistant à dévoiler certains secrets, mais en laissant planer le doute.

D'autre part, il y a des raisons de penser que les grands médias ont pu être mis à contribution. C'est déjà une longue histoire car l'idée avait été évoquée à propos du célèbre film de Steven Spielberg, Les rencontres du troisième type, diffusé en 1977. Un épisode récent pourrait être la diffusion en 1995, limitée à une région des Etats-Unis, d'une série d'émission de télévision produite par les studios Walt Disney, en liaison avec leur nouveau parc d'attraction à Orlando qui comporte toute une section sur les ovnis et la vie extraterrestre. Le patron de Disney en personne, Eisner, l'introduit avec une petite scène "amusante". Il est devant l'entrée d'une base militaire, et explique qu'il y a des secrets sur les ovnis. Il se propose alors d'entrer dans la base pour aller voir mais il est aussitôt arrêté par les gardes armés, et il se retourne pour expliquer que ce n'est pas encore l'heure ! Ensuite, après un historique classique, plusieurs ufologues se succèdent pour expliquer notamment la politique du secret, le crash de Roswell, et les enlèvements (avec Budd Hopkins et plusieurs témoins). On a supposé que cette série était un test d'opinion. Eh bien, il n'a fait aucune vague. L'émission de 1988 UFO Cover-Up ? Live ! était peut-être de même nature, et n'avait pas fait de grosses vagues non plus. Dans le même ordre d'idées, Steven Spielberg tourne actuellement une série de dix émissions d'une heure et demie chacune, sur le thème des ovnis et des enlèvements. La diffusion est annoncée pour la fin de l'année 2002 sur une chaîne câblée de science-fiction, mais on peut supposer qu'elle ne s'arrêtera pas là car c'est une production à très gros budget.

II - Quelques arguments pour ou contre l'hypothèse extraterrestre

De tout de qui précède, il ne faut pas s'étonner qu'une grande confusion règne dans l'ufologie d'aujourd'hui, avec des controverses virulentes entre ufologues. Citons pour mémoire les réactions violentes de Pierre Lagrange et de Perry Petrakis en 1999 contre le rapport du Cometa, dans la presse et sur internet. Les critiques principales contre ce rapport étaient qu'il croyait "encore" à l'HET, et que d'autre part il osait poser le problème du secret aux Etats-Unis ! On sait moins en France que Jacques Vallée, plus discrètement il est vrai, n'a pas non plus ménagé ses critiques contre ce rapport, cette fois dans les colonnes d'une revue américaine réputée, de la "Society for Scientific Exploration", dans laquelle il a traduit et présenté élogieusement un article très critique du sceptique Claude Maugé. Justement, pour compléter ce rapide tour d'horizon des idées et du débat sur l'hypothèse extraterrestre, voyons de plus près quelques-uns des arguments qui ont été échangés, et en premier lieu ceux de Jacques Vallée contre l'HET.

- Les critiques de l'HET par Jacques Vallée

Cela fait maintenant de nombreuses années que Jacques Vallée met en doute l'hypothèse extraterrestre, et corollairement le phénomène des enlèvements, tout en étant plus ambigu sur celui des mutilations de bétail. La réputation de Vallée, surtout en France, est encore si grande qu'il faut nous arrêter plus longuement sur ses idées. Jacques Vallée avait présenté une critique en règle de l'HET, résumée en cinq points, dans son livre Révélations (édition originale 1991, 1992 pour la traduction). J'en avais fait la critique dans mon premier livre, Enquête sur l'existence d'êtres célestes et cosmiques, paru en 1994, et je la reproduis ici en grande partie car ce texte me semble toujours valable.

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Critique des cinq points de Jacques Vallée (pages 373 à 378 de mon livre Enquête sur l'existence d'êtres célestes et cosmiques, 1994). Le texte complet de Vallée figure en Annexe de son livre Révélations).

"Voici d'abord, très résumés, les fameux cinq points de Vallée :

l) Les rencontres rapprochées sont beaucoup plus nombreuses que ne l'exigerait toute exploration physique de notre planète ;

2) La morphologie humanoïde des prétendus "visiteurs" a peu de chances d'être apparue sur une autre planète, et d'un point de vue biologique elle est mal adaptée au voyage dans l'espace ;

3) Le comportement rapporté dans des milliers de récits d'enlèvements est en contradiction avec l'hypothèse d'expérimentations génétiques ou scientifiques menées sur des humains par une race plus avancée ;

4) La présence du phénomène tout au long de notre histoire prouve que les ovnis ne constituent pas une manifestation propre à notre époque ;

5) L'apparente aptitude des ovnis à manipuler l'espace et le temps suggère des hypothèses radicalement différentes et plus riches, dont trois seront suggérées en guise de conclusion.

Ajoutons tout de suite ces trois hypothèses : la première, très bizarre, est celle des « lumières sismiques », qui a été avancée en 1982 par l'Anglais Paul Devereux : un phénomène physique mal connu, reconnaît Vallée, qui pourrait « agir sur la conscience des témoins en créant des images mentales ayant peut-être un contenu mythologique ». Une théorie qu'on nous permettra de trouver assez problématique : pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué !

La deuxième hypothèse de Vallée est celle d'un « système de contrôle » qui pourrait être, ajoute-t-il, de nature humaine, extrahumaine ou simplement naturelle : nous voici embarqués en plein ésotérisme.

La troisième hypothèse est celle des voyages plus rapides que la lumière, par des raccourcis de l'espace-temps, ces fameux « trous de ver » déjà évoqués plus haut : cette idée, loin d'exclure l'HET, la renforce ! Elle contredit d'ailleurs le premier des cinq arguments de Vallée contre l'HET, celui du trop grand nombre d'observations, qui perd beaucoup de sa force si l'on suppose qu'il existe des moyens de déplacements plus « faciles » qu'on ne le croyait naguère encore. Et puis que savons-nous des visées et des objectifs de ces mystérieux « visiteurs » ?

L'argument de Jacques Vallée sur la forme humanoïde (no 2) a déjà été discuté.

(note : ce passage de mon livre est reproduit plus loin).

Rappelons le principe de convergence des formes dans l'évolution des espèces, vers la configuration la mieux adaptée, principe admis par tous les biologistes, même Michael Denton, critique acharné de la théorie de l'évolution ! La forme humaine est très bien adaptée à une vie terrestre active, comme l'a expliqué Fred Hoyle il y a longtemps.

Reste la critique no 3 sur le comportement des « médecins ufonautes » dans les histoires d'enlèvements. Leurs techniques d'opérations gynécologiques seraient déjà dépassées, soutient Vallée : ce point a déjà été discuté et, à y regarder de plus près, paraît peu convaincant.

(note : ce passage de mon livre est reproduit plus loin)

Quant à la nature même des manipulations supposées, le corpus de récits recueillis à ce jour, tel qu'ils sont exposés notamment par David Jacobs dans son livre Secret Life n'est pas suffisant pour trancher sur ce point, s'agissant d'un domaine que les hommes commencent seulement à explorer. Jacobs renvoie là-dessus aux analyses du biologiste Michael Swords, que nous allons tenter de résumer.

- Des manipulations génétiques ?

La question d'éventuelles interférences entre la vie terrestre et la vie sur d'autres mondes a fait l'objet de nombreuses spéculations, l'une d'entre elles, et non des moindres, étant celle du prix Nobel Francis Crick, qui découvrit l'ADN avec James Watson : ne s'expliquant pas l'apparition d'une molécule aussi extraordinaire, il supposa qu'elle avait peut-être été apportée de l'espace ! Mais ce n'était là que reporter ailleurs le problème, comme l'a justement observé le généticien Albert Jacquard. Autre donnée de base, Carl Sagan ne s'est pas privé de souligner l'impossibilité des croisements génétiques entre espèces différentes, surtout si celles-ci viennent d'un autre monde ! Pouvons-nous donc écarter d'un revers de main les récits d'opérations gynécologiques et génétiques, avec fabrication d'êtres hybrides? Pas si vite, car naît tout un nouveau domaine de spéculations, celui des manipulations génétiques, qui permettent déjà, sur Terre, de fabriquer pas mal de « monstres » hybrides : c'est l'histoire récente du veau avec des gènes humains, qui fait resurgir le mythe du Minotaure! Le biologiste américain Michael Swords s'est efforcé, pour calmer les esprits à ce sujet, déposer les limites des possibilités théoriques en la matière. L'hybridation entre des humains et des extraterrestres est-elle envisageable, par manipulation génétique? Plusieurs cas de figure se présentent, nous explique Michael Swords (au symposium du MUFON de 1991) :

- II y a eu évolution indépendante. Même si, par extraordinaire, nous avons une biochimie identique, des gènes identiques et des séquences de codage identiques, il faudrait encore, pour être compatibles génétiquement, que ces séquences soient disposées dans les chromosomes exactement au même endroit, bref, c'est l'hypothèse tout à fait impossible. Il reste l'éventualité de l'hybridation artificielle par manipulation.

- Si les ET sont capables de modifier à leur guise les chromosomes et les gènes, ils n'ont pas besoin de sortir de leur laboratoire car alors ils peuvent y créer toute forme de vie.

- En revanche, il existe une hypothèse qui ressemble aux histoires d'enlèvements, mais qui n'est pas vraiment une hybridation. L'opération consisterait à provoquer, par manipulation génétique in vitro sur un œuf déjà fécondé, des changements génétiques spécifiques. Dans Secret Life, David Jacobs résume ce scénario, qui se poursuit par l'implantation de l'œuf, fertilisé et génétiquement modifié, dans l'utérus, ceci pour assurer sa gestation, jusqu'à l'opération de retrait du fœtus qui sera ensuite placé en incubateur. Ces récits d'enlèvements nous décrivent des «enfants» qui ont l'air de produits hybrides, ressemblant à ces ET. Il est même dit, dans l'une de ces histoires, que ces êtres sont destinés à peupler un autre monde.

Michael Swords spécule ensuite sur la possibilité d'une origine génétique commune entre ces ET et nous : extrêmement improbable, étant donné notre appartenance au monde de la vie terrestre : il faudrait que ces ET aient créé la vie sur la Terre, il y a quatre milliards d'années ! Swords évoque pour terminer quelques autres hypothèses plus étranges :

- II ne se passe rien de biologique ; ce sont de pures mises en scène des ET pour étudier notre psychisme.

- Ce sont nos descendants venus du futur pour se régénérer !

- Nous ne comprenons rien à ce qui se passe et cela n'a rien à voir avec des extraterrestres...

Une telle analyse nous invite à la prudence. Mentionnons quand même une spéculation très répandue, selon laquelle des extraterrestres se seraient penchés, au temps jadis, sur le berceau de l'homme, avec quelques judicieuses manipulations génétiques de leur cru ; une hypothèse évidemment inspirée de la légende biblique : « Créons l'homme à notre image ! » Ce ne sont pas les Greys, si c'est cela dont il s'agit, car ils ne nous ressemblent guère! Mais il est important d'admettre que la sévère leçon du professeur Swords n'exclut pas cette éventualité d'interventions extérieures.

(Note : cette hypothèse est renforcée par les documents de "Majestic 12" : voir mon dernier livre)

Une autre spéculation, très bizarre, est avancée par Raymond Fowler dans The Watchers, sur la base d'une théorie biologique appelée néoténie (neoteny). C'est le phénomène par lequel le développement fœtus normal d'une espèce est bloqué pour ouvrir la voie à une nouvelle forme de vie. Ainsi, l'homme serait un fœtus de singe parvenu à maturité. Or, souligne Fowler, le portrait qui est fait des ET, auteurs supposés d'enlèvements et de manipulations, ressemble étrangement à un... fœtus humain! Sont-ils des descendants de l'homme, voyageant dans l'espace-temps ? Quoi qu'il en soit, selon Betty Andreasson, les Watchers lui ont révélé que ces fœtus hybrides deviennent... eux ! Mais alors, s'ils se perpétuent ainsi par eux-mêmes, à partir de notre génome modifié, qui donc les a « créés » à l'origine ? Est-ce le même «Dieu créateur » que le nôtre ? Sont-ils les « Veilleurs » créés pour nous assister et nous surveiller ?

Il existe encore d'autres hypothèses, beaucoup plus inquiétantes, rapportées notamment par John Mack dans son livre Abduction, mais qui ne l'empêchent pas d'être globalement optimiste, car il ne les prend pas forcément à son compte. Elles sont d'ailleurs assez confuses et contradictoires. Selon le témoin Scott, qui a été emmené dans une vaste caverne rocheuse (sur Terre?), les aliens sont venus d'un autre système solaire où leur planète n'est plus habitable, et ils sont en train de se transformer pour pouvoir vivre sur Terre. Ils attendent aussi, pour s'installer, que nous soyons moins nombreux, à la suite d'épidémies de formes nouvelles de Sida, beaucoup plus contagieuses ! Selon Scott, "l'intention des aliens est de vivre sans nous à moins que les humains ne changent"!

Une autre vision, tout aussi apocalyptique, est celle du témoin Peter, qui raconte qu'il y a une « bataille en cours » pour savoir qui va « prendre le contrôle de la Terre », où s'affrontent des êtres venus «de tout l'univers »... Elle dure depuis 2000 ans, et le processus d'hybridation en cours s'inscrit dans ce conflit. Il s'agit de provoquer une nouvelle étape de notre évolution et d'ouvrir un « nouveau millénium sur la terre ». Le témoin découvre d'ailleurs, comme d'autres, qu'il est déjà lui-même à moitié alien !

Ces témoignages effrayants sont le fait de témoins crédibles, sincères et sains d'esprit, souligne le Dr Mack. Mais on a envie d'ajouter : se pourrait-il qu'ils soient, une fois de plus, des victimes de messages trompeurs? Heureusement, le livre de John Mack est aussi porteur de messages et de visions de type plus «spirituel », et même mystique. L'objectif de ces visiteurs serait ainsi de nous faire évoluer vers un plus haut niveau de conscience pour nous rapprocher d'eux. Le témoin Carlos décrit des expériences qui rappellent celles de Betty Andreasson, dans lesquelles son corps est converti en « énergie lumineuse », lui permettant de se déplacer dans l'espace et de communiquer pleinement avec ces étranges visiteurs...

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- La forme humanoïde

Extrait de mon livre Enquête sur l'existence d'êtres célestes et cosmiques (pages 54 à 57).

"Comment les scientifiques voient-ils les extraterrestres, et tout d'abord la vie en général ? Hubert Reeves en dit ceci :

"Dès que, sur une planète, les températures moyennes permettent à l'eau de rester liquide, vraisemblablement, la vie va se développer. Peut-être pas sous la forme précise que nous connaissons. Il existe probablement d'autres faunes, d'autres flores, mais sans doute pas très différentes".

L'hypothèse de l'existence d'extraterrestres pas tellement distincts de nous se trouve ainsi posée. Les raisons en sont, finalement, assez claires. Elles tiennent d'abord au principe d'universalité de la Nature, déjà évoqué: la matière est la même partout dans l'Univers et, les mêmes causes produisant les mêmes effets, on a tout lieu de supposer, de ce point de vue, qu'une vie comparable s'est développée ailleurs. Il y a cependant une théorie opposée à propos de la naissance de la vie et l'évolution. Elle repose sur la thèse selon laquelle ces phénomènes sont gouvernés par le hasard aveugle (les mutations aléatoires), la sélection se chargeant du reste. Il en découle, selon certains, que des extraterrestres, s'ils existent, doivent être très différents de nous. Croire le contraire, affirme Carl Sagan dans Cosmic Connection (1973), c'est faire preuve de chauvinisme : "La conviction que la vie ailleurs doit être comme la vie ici, voilà ce que j'appelle chauvinisme".

Sagan raconte comment il a eu l'occasion de concrétiser cette certitude que la vie extraterrestre devait être distincte de la nôtre, lorsqu'il a conseillé Arthur Clarke et Stanley Kubrick pour le film 2001, l'Odyssée de l'Espace, alors que ceux-ci, en cours de tournage, n'avaient pas encore rédigé la fin du scénario :

"L'équipe du vaisseau spatial, ou une partie d'entre elle, devait prendre contact avec des extraterrestres. Mais à quoi allaient ressembler ces créatures extraterrestres ? Kubrick voyait d'un œil favorable des extraterrestres point trop différents des êtres humains. Ses goûts avaient un avantage évident, d'ordre économique : il pouvait appeler la régie et demander vingt extraterrestres. Un bon maquillage résolvait son problème. La solution alternative, quelle qu'elle fût, serait nécessairement très coûteuse".

Sagan conseilla alors de les suggérer plutôt que de les représenter, et c'est ainsi que l'on procéda. Mais on peut se demander si à cette époque, dans les années 60, le premier souci de Sagan n'était pas d'ouvrir le plus possible l'éventail des éventualités de vie extraterrestre, lui qui militait et cherchait des fonds pour des programmes ambitieux d'écoutes radioastronomique : c'était la période ou il fallait gonfler les estimations de l'équation de Drake !

Une telle approche semble persister encore chez les radioastronomes. Ainsi Frank Drake, dans un livre paru à l'occasion du lancement du nouveau programme d'écoutes radio de la NASA, supposait que les ET pourraient bien avoir quatre bras, car ce serait bien plus pratique. Pourquoi pas, dès lors que la Nature s'autoriserait toutes les libertés? Or cette idée est contredite par une observation fondamentale : le phénomène de « convergence » des formes vivantes vers les formes les plus efficaces, qui nous incline vers un tout autre type de raisonnement. La question se pose alors ainsi : quel est le modèle biologique le plus favorable pour une vie intelligente et active ? II faut écarter d'emblée toute existence marine ou aérienne, interdisant une industrie développée. Premier point, donc, les extraterrestres vivent sur le sol et respirent une atmosphère qui peut fort bien différer de la nôtre. Pas trop, cependant, pour permettre la chimie organique. Ensuite, on comprend qu'il est préférable, par exemple, de libérer les pattes de devant pour les transformer en bras ! Chez nous, c'est la fameuse étape de l'Homo erectus, l'homme debout. Et ailleurs ? Et si la vie avait suivi les mêmes cheminements ?

L'astronome Fred Hoyle avait déjà expliqué toute la fonctionnalité de la tête, dans un texte de 1969 (Hommes et Galaxies) :

« Remarquons ensuite que le cerveau est un fragile instrument qui doit se trouver encastré dans une sorte d'armure protectrice - des os, pourquoi pas ? Remarquons aussi que l'œil occupe le meilleur emplacement à une hauteur maximale au-dessus du sol, ce qui lui procure le champ de vision le plus étendu. Remarquons que cet œil doit être situé près du cerveau pour que les informations optiques y arrivent dans le minimum de temps. Qu'est-ce que cela donne ? Une tête, nécessairement ! ».

C'est à la suite de ce genre de considérations qu'est née l'idée que la forme « humanoïde » - une tête en haut d'un tronc, des jambes pour marcher, des bras et des mains pour la chasse, le travail et quelques autres occupations - est un modèle somme toute assez pratique et que, sans doute, nous n'en sommes pas les seuls heureux bénéficiaires ! Quant au modèle à quatre bras imaginé par Frank Drake, ne poserait-il pas de sérieux problèmes de coordination dans le cerveau ? Si la vie intelligente est répandue dans l'Univers, il est honnête de supposer qu'elle s'est orientée majoritairement vers les solutions les plus « économiques ».

Cela dit, pourrait-il y avoir des formes de vie radicalement dissemblables? Fred Hoyle a imaginé un pareil type exotique, un immense nuage dans l'espace. Gageons que, si une telle vie existe, ce n'est sans doute pas la plus répandue ! On s'est aussi figuré des êtres ultra-comprimés sur une étoile à neutrons, dont la durée d'existence dilatée par la relativité ne dépasserait pas à nos yeux une infime fraction de seconde. En tout cas, ceux-là ne sont pas près de nous rendre visite, et réciproquement. John Casti, dans Paradigmes perdus, illustre sa thèse de la probable incommunicabilité par des exemples non moins extrêmes, tirés de la science-fiction, estimant pour sa part le type de raisonnement précédent, anthropomorphique, « totalement dénué d'imagination et passablement ennuyeux ». II cite les Cygniens créés par Donald Moffitt dans The Jupiter Theft : « ... six membres pouvant servir de bras ou de jambes, une longue queue à trois pétales qui se replient pour cacher les organes sexuels. Le corps étroit, tubulaire, s'appuie sur un squelette cartilagineux ; le cerveau est logé entre les membres supérieurs, en haut de la moelle épinière. Les trois yeux pédoncules dessinent un triangle équilatéral autour de la bouche, large et flexible, laquelle est munie de plaques rugueuses pour râper et broyer; la langue est cylindrique et épineuse... Saluons l'humour de ce « modèle », et son extravagance dénuée du moindre bon sens !

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- La convergence des formes

Voici un autre aspect intéressant pour le débat sur l'HET, repris de mon premier livre (pages 34-35). C'est celui de la "convergence des formes".

Une fois admise la probabilité de la vie, ailleurs dans l'Univers, se pose la question suivante : les autres formes de vie ne risquent-elles pas d'être très différentes de la nôtre ? Et quelle est la probabilité que l'évolution ait abouti, ailleurs également, à l'apparition d'êtres intelligents? Rappelons d'abord le principe d'universalité de la Nature, observé par les astrophysiciens. Mais il y a une autre observation, faite sur la vie terrestre, qui est très encourageante : le phénomène de la « convergence » des formes vivantes. Il est courant de constater « que des solutions techniques favorisant la survie sont " trouvées " à partir des branches plus ou moins indépendantes de l'arbre évolutif. On voit ainsi apparaître l'œil (organe suprêmement complexe) de nombreuses fois de manière indépendante sur l'arbre de l'évolution, de même que les organes de vol, l'adaptation à la nage rapide (dauphins et requins), etc. Un cas tout à fait remarquable est celui de la famille des marsupiaux, spécialité australienne. On y trouve par exemple un loup, le loup de Tasmanie, qui ressemble à s'y méprendre au loup et au chien placentaires.

Ainsi, comme le suggèrent plaisamment les astronomes Jean-Claude Ribes et Guy Monnet dans leur livre La Vie extraterrestre, il existe peut-être des extraterrestres marsupiaux qui nous ressemblent fort, à part que les dames n'ont pas de poitrine ! On a aussi spéculé sur l'idée que, si les dinosaures n'avaient pas disparu il y a 65 millions d'années (sans doute à cause de la chute d'une comète), peut-être auraient-ils produit un... «lézard» intelligent, comme dans le film V !

Toutes ces hypothèses sont évidemment de nature à stimuler notre modestie naturelle, ce à quoi s'emploie Stephen Jay Gould dans son ouvrage La Vie est belle, où il souligne « l'énorme contingence historique » qui a présidé à l'apparition de l'homme : "Des milliers et des milliers de fois, il s'en est fallu aussi peu que cela (mettez votre pouce à environ un millimètre de votre index) que nous soyons purement et simplement effacés du film de la vie, à la suite d'un changement de cap de l'histoire, qui aurait alors pris un autre cours tout aussi sensé".

Justement, ce cours tout aussi sensé a peut-être été pris ailleurs, mais pour converger vers des niveaux toujours plus élevés de complexité, vers la vie intelligente, ce que suggère Evry Schatzman : "Le principe de convergence, qui n'est après tout qu'une formulation particulière de ce principe d'universalité, autorise une extrapolation plus audacieuse, l'affirmation que l'apparition de l'intelligence est inéluctable".

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- Critiques de Jacques Vallée sur les enlèvements

(Pages 158 à 160 de mon premier livre, de 1994, déjà cité).

Jacques Vallée a multiplié les critiques sur ce phénomène des enlèvements, dans tous ses livres récents (Autres dimensions,Confrontations, Révélations), ainsi d'ailleurs que sur les histoires d'ovnis accidentés. Serait-il donc passé dans les rangs des « sceptiques » ? Pas du tout, car pour lui ce n'est que reculer pour mieux sauter : vers d' « autres dimensions », assez mystérieuses et ésotériques, qui seront évoquées au dernier chapitre.

(Note : passage reproduit plus haut)

Selon Vallée, ces expériences génétiques supposées sont ridicules, car elles décrivent des techniques médicales aujourd'hui dépassées : " ... la fécondation in vitro a déjà atteint un niveau tel que les prétendues expériences génétiques menées à bord d'ovnis semblent absurdes et grotesques. Les ufonautes devraient retourner à l'école de médecine".

On sait en effet que la cœlioscopie (percement de la paroi abdominale comme l'avait décrit Betty Hill en 1964) a été d'abord la méthode employée, à la fin des années 70 et au début des années 80, dans les premières expériences de fécondation in vitro (FIV), pour les prélèvements d'ovules et l'implantation d'embryons fécondés. Elle était auparavant employée de manière peu courante. C'était une technique plus légère que l'intervention chirurgicale classique, mais nécessitant tout de même une anesthésie générale. L'endoscope dont on se sert en cœlioscopie est un tube d'un calibre d'au moins cinq millimètres et, pour les modèles opératoires (dans lesquels on peut glisser un instrument pour opérer), le calibre est de dix à douze millimètres. Plus récemment, est apparue une nouvelle pratique, l'échographie, qui a permis une intervention moins lourde, la ponction échoguidée par voie transvaginale ou transutérale, sous anesthésie locale. (Note : voir l'Encyclopédie Médico-Chirurgicale (EMC, Editions Techniques), Volume Gynécologie, article Cœlioscopie).

Peut-on donc dénoncer comme un anachronisme la description d'opérations de type cœlioscopique dans les histoires d'enlèvements ? II semble, en réalité, que le problème ne soit pas aussi simple car, pour le prélèvement d'ovules, on utilise aussi la voie abdominale échoguidée, avec un simple trocart de calibre bien plus mince que l'endoscope cœlioscopique. Donc, rien n'interdit d'imaginer une technique du futur utilisant une fine aiguille par voie abdominale, plus commode pour atteindre les ovules, comme le décrivent effectivement les victimes d'enlèvements : la voie abdominale échoguidée serait même la meilleure solution !

Jacques Vallée porte cependant une critique plus globale sur les récits d'enlèvements : « Quelle sorte de médecins sont-ils pour traumatiser des centaines de patients dans le seul but d'obtenir un peu de sang et quelques embryons ? » Cette question paraît bien contestable dans sa formulation même car, à supposer que ces histoires soient vraies, les buts poursuivis par les étranges «visiteurs» semblent aller bien au-delà du simple prélèvement de sang et d'embryons, comme on vient de le constater : extraction de fœtus vivants de plusieurs mois, « présentation » d'enfants hybrides dans le but apparent de créer des liens affectifs, suivi des sujets depuis leur enfance, et même peut-être sur plusieurs générations, « révélations» à caractère quasi religieux...

"Hopkins, Jacobs et d'autres enquêteurs affirment tous que les buts véritables des « visiteurs » restent impénétrables. Pour Jacques Vallée, tout cela n'est que mise en scène trompeuse pour nous faire croire aux extraterrestres et nous cacher ainsi qu'il s'agit de mystérieuses entités venues d'une autre dimension, d'un «multivers » ! Supposons un instant que cette hypothèse soit la bonne. Il faudrait alors nous expliquer pourquoi ils opèrent si mal, comme le suggère Vallée. Il semble que l'on s'enfonce là dans des contradictions insolubles. Toutes ces aventures font plutôt songer à un programme, soigneusement étudié, de dévoilement progressif, d'accoutumance à la présence de ces extraterrestres et à leurs agissements, comme s'il fallait nous y résigner. Le frein du système serait de laisser toujours planer le doute, à cause des aspects bizarres de ces histoires effrayantes...

Une critique plus sérieuse s'attaque à l'idée même d'hybridations génétiques, en principe impossibles, comme l'avait souligné il y a longtemps Carl Sagan dans Cosmic Connection. Il semble que la question soit très complexe, si l'on en croit par exemple le biologiste américain Michael Swords, qui a proposé une analyse générale du problème : nous la résumerons au dernier chapitre.

(Note : voir plus haut l'analyse de Michael Swords)

Disons seulement ici que ce qui semble possible, plutôt qu'un croisement proprement dit, c'est une sorte d'altération génétique, opérée in vitro, comme le suggère aussi David Jacobs. Une hypothèse qui n'est pas conçue non plus pour nous rassurer ! Ces récits provoquent, il faut l'avouer, une réelle inquiétude, mais qu'il est nécessaire de tempérer malgré tout. C'est ce que propose le Dr Mack qui souligne, dans son introduction au livre de David Jacobs, un accroissement impressionnant de la vision, de la « conscience planétaire » de ceux qui ont subi ces expérimentations. La même sensation ressort des histoires de Whitley Strieber et de Betty Andreasson-Luca, à rapprocher de l'expérience, plus ésotérique, des channels qui se disent en communication avec des « entités cosmiques ».

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- La question des mutilations de bétail

Voici ma critique du livre de Yann Mège, Les Chirurgiens furtifs, paru à la fin de 2001, selon lequel les mutilations de bétail aux Etats-Unis sont l'œuvre d'animaux prédateurs.

Un livre trompeur sur les mutilations animales

Un petit livre, Les chirurgiens furtifs de Yann Mège, publié à la fin de l'année 2001, prétend faire "l'autopsie d'un mythe américain". Le titre est bon, mais le sous-titre est trompeur. Pour un lecteur pas ou peu au courant de la question, ce texte, qui est bien écrit, peut paraître convaincant. L'auteur cite de nombreuses sources et donne l'impression d'avoir étudié le sujet en profondeur. En fait, il se range à l'opinion très contestée d'un agent à la retraite du FBI, Kenneth Rommel, qui avait conclu en 1980, après un an d'enquête, à l'action d'animaux prédateurs. Yann Mège s'appuie aussi sur un livre non moins sceptique, Mute Evidence de Daniel Kagan et Ian Summers, paru en 1984, et néglige ou minore de nombreuses autres sources, dont les conclusions sont complètement opposées.

Il suffit d'avoir eu sous les yeux quelques bonnes photographies de mutilations animales - qui font cruellement défaut dans le petit livre de Yann Mège - pour comprendre que cette explication par les animaux prédateurs ne tient pas debout. Le rapport de l'agent du FBI avait d'ailleurs provoqué de vives protestations, lors de sa publication, dans le monde des éleveurs américains, qui avaient fait pression pour obtenir cette enquête, tellement ils étaient inquiets de ce phénomène des mutilations.

La meilleure documentation photographique a été publiée par l'enquêtrice Linda Moulton Howe dans deux livres de grand format : An Alien Harvest (1989) et surtout Glimpses of Other Realities (Volume 1, 1993). Linda Howe, productrice de documentaires scientifiques qui a enquêté longuement sur le terrain, a aussi publié une série de remarquables vidéos et présente des cas sur son site web ( http://www.earthfiles.com ). On peut également voir de bonnes photographies et enquêtes sur le site d'un groupe d'études privé américain, le National Institute for Discovery Science, ou NIDS.

 Sur ces photos, on voit clairement que les parties mutilées ne sont pas du tout celles auxquelles s'attaquent habituellement des animaux prédateurs, le ventre et les parties le plus faciles à déchiqueter. Bien au contraire, les parties mutilées sont notamment la tête, dont la mâchoire est dénudée avec une étonnante précision, les parties sexuelles et l'anus, ou même des organes internes extraits par de petits orifices qui semblent trop étroits pour cette opération ! Les coupures sont d'une précision "chirurgicale", dont sont évidemment incapables des coyotes ou des corbeaux. Très souvent, on trouve l'animal entièrement vidé de son sang, sans une goutte au sol, et sans traces d'animaux ou de véhicules autour de lui.

La plupart des enquêteurs indépendants, et même des policiers et des shérifs en activité, ont rejeté l'explication par les prédateurs, ainsi que d'autres explications qui ne tiennent pas plus debout, comme les "sectes sataniques" (personne n'a jamais été condamné) , ni des opérations militaires, explication absurde car pourquoi l'armée s'amuserait-elle, depuis bientôt quarante ans, à effrayer les populations avec des mises en scène de grand guignol, alors qu'il lui suffirait d'acheter des bêtes discrètement aux fermiers si elle voulait les étudier ? Yann Mège, heureusement, est resté à l'écart de ce genre de spéculation hasardeuse. D'autre part, on a souvent observé des ovnis dans les parages des mutilations, parfois même des traces révélatrices au sol, qui mettent les ovnis et leurs mystérieux occupants sur la sellette.

L'un des arguments de Yann Mège, à la suite de ces auteurs sceptiques cités plus haut, est que les partisans d'une autre explication, disons le, de "visiteurs" extraterrestres - car c'est bien celle qui reste une fois que toutes les autres ont été écartées - ne possèdent pas d'étude sérieuse des bêtes mutilées, avec des vétérinaires spécialistes de pathologie animale. Or rien n'est plus faux. L'équipe de NIDS, qui a déjà fait pas mal d'enquêtes, sur des cas nouveaux qui continuent à se produire chaque année, compte dans son équipe un vétérinaire pathologiste, George Onet, Ph.D. Le directeur scientifique de l'équipe, Colm Kelleher, est docteur en biologie moléculaire et en biochimie. On pourra constater en visitant le site de NIDS qu'ils ont bien fait des examens biologiques approfondis sur les cas qu'ils on étudiés.

En fait, dès la première enquête de terrain, en octobre 1967 sur le cas du cheval "Snippy", un médecin pathologiste était intervenu, John Henri Altshuler, pathologiste-hématologiste travaillant à l'Université du Colorado. Il avait constaté la disparition d'organes internes de l'animal affreusement mutilé. Son témoignage, publié dans la presse, avait fait du bruit, mais Altshuler était d'abord resté anonyme car il redoutait de mettre en danger sa carrière, comme il l'a ensuite raconté à Linda Howe, avec laquelle il a étudié de nombreux cas (plus de 50 cas de 1989 à 1995). Yann Mège croit pouvoir écarter son témoignage car, dit-il, Altshuler "s'était rétracté piteusement quelques jours plus tard". Or le meilleur auteur français sur les mutilations, Michel Granger, auquel Yann Mège se réfère volontiers, écarte cet argument dans son livre Le grand carnage : "Certains affirmèrent qu'il aurait reconnu "s'être trompé" ! On verra qu'il révéla, beaucoup plus tard, des détails qui font bien de Snippy la première mutilation "classique" made in USA" (pp 18-19, nouvelle édition en préparation). On voit ici un exemple du genre d'argument frelaté que n'hésitent pas à utiliser les sceptiques pour écarter sommairement les années de travail d'un professionnel particulièrement compétent.

On pourrait facilement citer des dizaines d'autres exemples du même genre, dont est émaillé ce petit livre. En bref, ce qu'il faut comprendre, c'est que le phénomène des mutilations de bétail, qui n'est pas limité d'ailleurs au territoire des Etats-Unis puisque certains cas ont été signalés dans d'autres pays ces dernières années, par exemple en Grande-Bretagne et en Suède, est l'un des aspects inquiétants du "dossier" des ovnis, ce qui explique l'action des autorités américaines pour l'étouffer dans les années 70 et 80, époque à laquelle il avait atteint son intensité maximum et inquiétait sérieusement les éleveurs, avec des milliers de cas, surtout dans l'Ouest, mais en fait dans toute l'Amérique du Nord, Canada inclus. Yann Mège croit pouvoir expliquer cela comme relevant d'une sorte de mythologie contemporaine, allant même, sans craindre le ridicule, jusqu'à évoquer les angoisses de la guerre du Vietnam. Laissons là ces explications pseudo scientifiques qui en réalité n'expliquent rien du tout.


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