OVNI SOIT QUI MAL Y PENSE

Jean-Pierre PETIT - Enquête sur les OVNI, Ed. Albin Michel, 1990 (Collection "Aux marches de la science" dirigée par Jacques Benveniste) - Chapitre extrait du livre (Part. II, Chap.7: "OVNI soit qui mal y pense")

Site Internet de Jean-Pierre Petit : http://www.jp-petit.org/

Albin Michel : http://www.albin-michel.fr

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Note introductive : Jean-Pierre Petit est directeur de recherche au CNRS. En 1990 est sorti "Enquête sur les OVNI", un ouvrage qui, à l'époque, se démarque de la production française habituelle en matière d'OVNI, notamment parce qu'il est rédigé par un scientifique de haut niveau, lequel a su mener des expériences de laboratoire recréant certaines particularités du phénomène (voir notamment "Convertisseurs MHD d'un genre nouveau", Comptes rendus de l'Académie des Sciences de Paris, 1975). Le choix de mettre en ligne ce chapitre vient du fait que, non seulement il permet de mieux comprendre tout l'intérêt d'une démarche scientifique, mais de plus il permet aussi de comprendre le manque de réaction du public (mais aussi quelquefois des témoins) lorsque le phénomène s'impose à lui, tout comme il permet de comprendre les raisons d'un tel rejet chez la majorité des scientifiques, notamment lorsqu'ils s'expriment en public.

Mes ajouts personnels sont en caractères marron.


Avant de tenter de comprendre le pourquoi d'un tel blocage, faisons une petite promenade au pays de l'OVNI, en évoquant une partie de ses nombreuses et déconcertantes facettes. Le problème OVNI est un des plus mal étudiés qui soient. Au fil des années des groupes bénévoles ont tenté d'assurer, sans aucun moyen, la difficile collecte de l'information. Récolter un témoignage n'est pas une chose évidente. Le témoin peut appartenir à n'importe quelle couche sociale et avoir un niveau culturel extrêmement varié. De plus, l'expérience qu'il a vécue peut avoir induit chez lui un état traumatique plus ou moins prononcé.

La perception passe par une comparaison automatique et inconsciente avec des éléments culturels déjà présents dans la tête du témoin. Donnons un exemple qui correspond à un cas datant du 2 novembre 19681. Dans une localité du midi de la France, cette nuit-là, à 3 h 55, le témoin fut réveillé par des exclamations de son jeune fils qui avait perçu des lueurs intermittentes à travers la fenêtre de sa chambre. Il sortit sur sa terrasse et aperçut deux objets, volant apparemment de conserve, qu'il situa en milieu de vallée. Il s'agissait de deux objets lenticulaires, munis "d'antennes". Le dôme supérieur était d'un blanc argenté, tandis que le dôme inférieur était de couleur rouge. Ces deux objets semblaient projeter sur le sol, verticalement, un puissant pinceau de lumière émanant de la partie inférieure, à la manière d'un projecteur. Le point de la vallée situé à la verticale des machines, là où les faisceaux des projecteurs frappaient le sol, fournissait une estimation de l'envergure des deux machines : 65 mètres. Il se produisit alors un phénomène étonnant. Au fur et à mesure que les deux machines se rapprochaient, elles semblèrent se fondre littéralement l'une dans l'autre, pour n'en former qu'une seule, dont le témoin distingua les détails. L'engin bascula alors en braquant son faisceau de lumière sur le témoin qui s'abrita le visage, effrayé.

Sans chercher à savoir si ce récit est véridique ou non, ce qui reste strictement improuvable, voyons ce que pourrait donner une analyse plus fine des faits rapportés. Imaginez que vous voyiez un éléphant semblant marcher sur un mur distant d'une vingtaine de mètres et situé à la hauteur de votre regard. Apparemment, c'est un éléphant minuscule, d'une dizaine de centimètres de haut. Vous savez qu'il n'existe pas d'éléphants de cette taille, donc vous en déduisez que vous êtes en train d'observer la démarche d'un éléphant sur la route cachée par le mur, distante de plusieurs centaines de mètres, et qu'un simple effet de perspective vous le fait apparaître marchant sur le mur de l'avant-plan. A la limite vous ne vous posez même pas la question. Dans votre témoignage il n'y aura pas deux possibles, c'est-à-dire l'éléphant de taille normale marchant sur la route et l'éléphant minuscule marchant sur le mur. La première éventualité aura été éliminée au niveau même de la perception inconsciente.

Revenons au cas précédent. Supposons que l'objet vu par le sujet ait été de petite taille, donc assez proche pour faire l'objet d'une perception binoculaire. Tout se passe en une fraction de seconde, dans l'inconscient du sujet. L'objet créé un pinceau de lumière vertical qui apparemment touche le sol. L'évaluation de la distance est alors effectuée de manière totalement réflexe. Le cerveau conscient n'intervient même pas à ce niveau, le calcul étant effectué au niveau de la partie inconsciente qui conclut "l'objet est loin, donc gardons les axes optiques parallèles". Résultat : le sujet verra non pas un objet, mais deux, à la manière d'un ivrogne (l'alcool, grâce auquel on "voit double" altère tout simplement cette faculté de focaliser sur l'objet perçu). Lorsqu'un objet pénètre rapidement dans votre champ visuel, croyez-vous que votre cerveau conscient a le temps d'entrer en action pour donner les ordres de focalisation adéquats ? Bien évidemment non, sinon tous les chasseurs de grives reviendraient bredouilles. Il se produit un aller et retour, un feed-back permanent entre ce qui est vu et ce à quoi on s'attend (en anglais, expected signal : le signal auquel on s'attend). L'inconscient travaille à toute vitesse. Dans le cas du témoin on pourrait reproduire comme suit ce mécanisme de réflexion inconsciente : "Est-ce que ces objets sont près ou loin ? C'est bizarre, quelque chose me dit qu'ils sont près, ou qu'il peut s'agir d'un objet unique. Mais non, c'est absurde, car dans ce cas cet objet discoïde porterait en dessous de lui un rayon lumineux tronqué, n'aboutissant nulle part. Or, je sais que de tels rayons sont impossibles à produire, n'existent pas. Donc conservons les axes optiques parallèles."

Le conflit intérieur subsiste pendant le rapprochement de l'objet. Lorsque celui-ci est assez près, la thèse (inconsciente) des deux objets ne tient plus et l'ordre de focalisation est donné, qui se trouve immédiatement renforcé par l'accroissement de la netteté. Si vous fixez un objet tenu à bout de bras, portant une inscription quelconque et que vous vous forcez à défocaliser, c'est-à-dire à "voir double", vous pourrez constater que la qualité de votre perception tombe. L'œil a naturellement tendance à s'orienter de telle manière que l'image tombe sur la "tache fovéale", partie centrale de la rétine qui est beaucoup plus riche en cellules réceptrices. Quand vous regardez cet objet tenu à bout de bras, les images tombent à côté des taches fovéales, pour chaque œil, donc la vision est moins bonne. Je ne dis pas que ce témoignage soit indiscutable, ni que les choses se soient réellement passées ainsi, selon l'une ou l'autre des versions, mais ceci montre que, même si le récit est produit en toute bonne foi, un certain travail de décodage peut être à faire à partir du témoignage brut. Notons au passage que le Bang entendu par le témoin n'est pas incompatible avec une propulsion MHD. En effet, si c'était le cas, au moment où le "pilote" mettrait la gomme, l'air serait brutalement chassé vers l'arrière, avec possibilité de départ d'une onde de choc. Un tel phénomène a été parfaitement reconstitué par des simulations hydrauliques. L'hydrodyne, au banc, pouvait naviguer en régime de croisière sans ondes, mais pouvait aussi créer une vague unique, d'amorçage, si son démarrage était brutal.

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Action sur le psychisme du témoin

L'état de traumatisme psychique du témoin peut aussi induire des altérations importantes dans son discours. Celles-ci peuvent avor une cause purement psychologique, mais aussi une cause physiologique. Nous avons évoqué plus haut la possibilité que des machines volantes sustentées par MHD utilisent une puissante émission d'hyperfréquence modulée, pulsée, en basse fréquence. Lorsque nous étions au laboratoire de micro-ondes de Toulouse, j'avais un jour demandé à son directeur, Thourel, aujourd'hui retraité : "Pensez-vous que des organes du cerveau puissent se comporter comme des récepteurs d'une onde électromagnétique de haute fréquence modulée en basse fréquence ?

- Je pense bien. Il y a quelques années nous avions fait des expériences où on utilisait des ondes radar en très haute fréquence modulées selon une fréquence de 500 hertz. Lorsque nos têtes coupaient le faisceau radar on percevait un sifflement très net, correspondant à la fréquence de modulation. Il fallait d'ailleurs faire attention, car l'effet sur les tissus vivants de ces ondes radar est une chose très mal connue. Il y a eu des accidents très graves, avec mort d'homme, autour de radars de très forte puissance.

- Autrement dit, ce signal sonore était perçu directement à l'intérieur de la tête du sujet, sans aucune propagation sonore.

- Parfaitement. Et comme ces faisceaux sont très directionnels on aurait très bien pu viser la tête d'un individu, à grande distance, avec une antenne radar, et produire ce son dans sa tête, sans que ses voisins immédiats puissent l'entendre.

- Si on pouvait moduler ces ondes radar avec une fréquence pure, correspondant à un son de hauteur constante, rien n'empêcherait d'envisager une modulation par un son complexe, voire même par la parole humaine ?

- C'est évident.

- Autrement dit, avec un tel système, qui n'offre aucune difficulté particulière, il serait possible de parler à un individu perdu dans une foule "dans sa tête" sans que ses voisins perçoivent le message émis."

Je suggérai à l'époque au groupe de Toulouse une expérimentation de ce type à faire sur des rats. L'idée était de conditionner ces animaux à réagir à un signal sonore, puis de voir s'ils réagiraient à une émission d'ondes radar modulées selon une fréquence identique. Vox clamat in deserto (La voix se perd dans le désert). Des gens ont prétendu qu'à la suite de rencontres "du troisième type", de rencontres rapprochées, des messages auraient pu être gravés subrepticement dans la mémoire des témoins. Je suis convaincu que des expériences de ce genre pourraient être tentées à l'aide d'un tel dispositif, en attaquant le cerveau juste en dessous du seuil de la perception consciente (expériences de subception). Ce qui est certain, c'est que ces micro-ondes ont une action sur le système nerveux. On peut très bien imaginer qu'elles aient pu être responsables des paralysies créées sur certains témoins trop curieux, comme dans la célèbre affaire de Valensole2. Plus généralement, le fait d'être soumis à un tel rayonnement ne peut qu'induire un état de choc psychique sur le sujet, s'ajoutant au légitime choc psychologique, pouvant s'accompagner d'une somnolence prolongée, jusqu'à ce que le système nerveux retrouve son état normal.

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Un champ d'investigation inexploré

Les micro-ondes modulées ont enfin une action importante sur la cellule vivante en général. Une onde radar est une onde électromagnétique. On pourrait donc penser que la molécule la plus sensible à ce type de champ serait automatiquement la molécule d'eau (qui, de par sa géométrie en "V", est un minuscule dipôle électrique). En conséquence, les tissus vivants seraient d'autant plus sensibles qu'ils seraient riches en eau. C'est vrai pour des ondes à haute fréquence non modulées. Mais des expériences ont montré3 que l'ADN était 400 fois plus absorbant que l'eau lorsqu'il s'agissait de HF modulée en très basse fréquence (par exemple sous une fréquence de modulation d'une dizaine de cycles par seconde). La molécule d'ADN "résonne" alors. Ce phénomène reste présentement inexpliqué bien qu'il ait été envisagé de l'utiliser pour le traitement de certaines maladies comme le cancer ou le sida car on a là un moyen d'action extrêmement subtile et ultra-sélectif sur le vivant, encore totalement inexploré. Il pourrait être possible d'opérer des destructions sélectives d'agents infectieux, en attaquant directement leur ADN, ou d'inhiber des oncogènes (mais le procédé pourrait inversement activer des oncogènes humains, d'où une action potentiellement cancérigène4). Une autre action passerait par l'activation du processus de défense immunologique, lié à une catalyse de la polymérisation de la perforine par des ions calcium.

Ceci pour commenter certains cas de rencontres d'OVNI s'étant accompagnés de cicatrisation rapide de blessures ou de disparition d'une attaque infectieuse.

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Le comportement du témoin

On se fait des illusions sur les réactions des témoins. L'intérêt pour tel ou tel sujet d'actualité n'est pas constant. Je donne un exemple récent : le CNES a réussi à Kourou le premier tir d'Ariane IV, une fusée de 400 tonnes, capable de mettre des charges de 4 tonnes sur orbite. C'est un succès tout à fait remarquable, mais le lendemain seul le quotidien La Croix faisait sa première page sur l'évènement. Au train où vont les choses, on peut se demander si le premier lancement dans l'espace de cosmonautes européens par Ariane V ne sera pas salué dans quelques années par une indifférence générale, surtout si l'évènement tombe au moment d'une finale de la coupe d'Europe de football ou d'un championnat particulièrement attendu à Roland Garros. Le phénomène OVNI a subi de même une profonde désaffection, indépendamment de la raréfaction des observations. Les médias tournent en dérision les témoins de "petits hommes verts" et, comme la sphère technico-scientifique n'a rien produit d'intéressant à partir de ce matériel testimonial, les gens ne voient plus aucun intérêt à rapporter leur témoignage et on les comprend parfaitement.

Je citerai deux exemples illustrant cette indifférence croissante du grand public. J'avais été appelé dans une HLM par une dame qui me raconta avoir vu, au mois de février, en plein jour, un étrange cylindre se glisser silencieusement entre les immeubles. Le nez collé à la fenêtre, elle avait noté le maximum de détails. Une autre voisine prétendait également avoir été témoin de la scène, à partir d'un autre immeuble, et je lui demandai qu'elle avait été sa réaction lorsqu'elle avait vu l'objet. "J'avoue que je n'y ai guère prêté attention, répondit-elle, je croyais que c'était normal." Bien sûr. Goldorak allait sortir à l'instant pour décoincer l'appareil d'une corde à linge, sans doute.

Une autre histoire, qui remonte à quelques années, est encore plus savoureuse et laisse à mon avis loin derrière elle le célèbre roman de René Fallet, La Soupe aux Choux. Nous étions dans les Alpes-maritimes avec un ami, enquêtant sur un lieu où des témoins prétendaient avoir vu deux soucoupes se poser, le tout assorti d'un manège d'humanoïdes de tailles différentes. Un paysan était présent. Nous engageâmes la conversation et finîmes par comprendre qu'il avait lui-même été témoin de cette affaire. "Oui, j'ai tout vu, disait-il, même quand le grand engueulait les deux petits.

- Mais, lui dit mon ami interloqué, vous n'avez pas songé à contacter les gendarmes pour donner votre témoignage ?

- Ecoutez, monsieur, là-bas, c'est pas mon champ. Ils invitent qui ils veulent."

A ce sujet, je citerai pour ma part un témoignage paru récemment dans Lumières dans la Nuit (n°364 - Mai 2002, pp.40-41). Au cours d'un week-end du mois d'août 1982 dans le sud de la France, un témoin, en compagnie de sa femme et d'un ami, observe deux énormes sphères d'aspect métallique accompagnant le vol d'un gros biréacteur (l'avion, qui faisait son approche sur Marignane, se situait à environ 45° sur l'horizon et à une distance estimée par le témoin d'environ 600 mètres). Une fois l'observation terminée, le témoin interroge sa femme. Réponse : "Ben oui, et alors ? il y avait deux sphères, point. On ne sait pas ce que c'est, et je ne vais pas m'embêter la vie avec ça". Imperturbable, le témoin se tourne alors vers son ami. Réponse : "Oui, j'ai vu". Le témoin tentera en vain d'en discuter de nouveau, à la fois avec sa femme et son ami...

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Les photos d'OVNI

Il en existe un grand nombre, qui ont pu être prises de jour comme de nuit, en noir et blanc et en couleur. Il y a dix ans des gens, en France comme à l'étranger, essayèrent d'utiliser des moyens sophistiqués pour analyser ces photos. Il existait en effet dans les services qui traitaient les photos reçues de l'espace et prises par satellite, ou plus simplement celles fournies par les télescopes basés au sol, ce qu'on appelait un microphotomètre digitalisé. Disons que cet appareil était un mélange de microscope et d'ordinateur et permettait de "saisir" toute l'information présente sur un cliché, en allant jusqu'au niveau du grain. On pouvait ainsi, par exemple, pour des photos de mauvaise qualité, les "nettoyer" plus ou moins, accentuer un contour en débarrassant un cliché de sa "neige". On pouvait détecter une ficelle ayant servi à suspendre une maquette utilisée dans une mystification, comme le fit Lebher en 1978.

En principe cette technique d'analyse pouvait permettre, pensait-on, de déterminer l'éloignement d'un objet si on disposait de plusieurs photographies prises à des distances différentes. Il existait par exemple quelques cas assez rares, comme le célèbre cas de Mac Minville, aux Etats-Unis5, où le témoin prétendait avoir pris trois clichés d'une soucoupe qui s'éloignait, sans toucher au réglage de son appareil. La turbulence naturelle de l'air interdit d'avoir des images parfaitement nettes, même avec un appareil parfaitement mis au point (avec évidemment un réglage sur l'infini s'il s'agit d'un objet de grande taille). Elle se comporte à un instant donné comme un verre dépoli. Imaginez que vous placiez un objet, par exemple un dessin, sur une feuille de papier, et que vous l'observiez en le plaquant derrière une vitre en verre dépoli. Le dessin sera peut-être lisible. Interposez ensuite deux, puis trois épaisseurs de ce matériau. La qualité de l'image se dégradera. Si vous connaissez le niveau de qualité de l'image correspondant à une seule épaisseur, vous pourrez déterminer, en utilisant un modèle mathématique de la diffusion de la lumière et en analysant un cliché pris du dessin derrière n épaisseurs de verre dépoli, combien il y avait de vitres interposées.

Quelque chose du même genre pouvait a priori permettre de déterminer, à partir de deux ou trois clichés et en utilisant un modèle de diffusion de la lumière, s'il s'agissait de photos prises à l'aide d'une maquette située à un mètre, deux mètres, trois mètres, ou au contraire d'un objet important situé à mille mètres, deux mille mètres, trois mille mètres. Les gens s'attaquèrent donc au problème dans cette optique. Malheureusement la méthode ne pourrait marcher que si l'objet était totalement inerte, en particulier froid. Or, si les OVNI sont des machines volantes, sustentées par exemple par la MHD, ils perturbent a priori fortement leur environnement gazeux. La décharge électrique diffuse qui les entoure, même si elle reste invisible de jour, chauffe l'air environnant, d'autant plus que la puissance mise en œuvre est forte. C'est la raison pour laquelle je pense qu'on ne peut malheureusement pas tirer grand-chose de ce type d'analyse des clichés, qui ne peut rien prouver ni infirmer.

Il n'existe aucun moyen de déterminer si un cliché est authentique ou non. Des photos très suggestives peuvent être réalisées avec des moyens modestes : une cloche à vide, en verre, un générateur électrique. En mettant des maquettes en plastique munies d'électrodes, sous une tension de l'ordre de mille volts, dans de l'air sous quelques dixièmes de millimètre de mercure, on créera de très belles "photos d'OVNI", dont aucun "expert" ne pourra affirmer si elles sont authentiques ou non. Si on alimente un objet discoïde à bord mince avec une simple Bobine de Rhumkorff, qui donne des impulsions en 30 000 volts, sous un mégahertz, on pourra même reconstituer les fameux "rayons tronqués", qui ne seront que des "arcs hyperfréquences", comme nous l'avons fait en 1985.

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La Cosmotrouille

Revenons sur le thème du tabou et tournons-nous vers la définition du Petit Larousse : "Tabou : Caractère d'un objet, d'un être, ou d'un acte dont il faut se détourner en raison de sa nature sacrée. La violation d'un tabou entraîne un châtiment céleste." Cette définition évoque aussitôt, pour moi, la réponse qu'avait faite un jour un célèbre astronome français à un journaliste qui lui avait demandé : "Que feriez-vous si vous voyiez soudain un OVNI par la fenêtre de votre bureau ?".

L'autre avait répondu : "Je me tournerais et je regarderais le mur."

Autre souvenir, celui d'une conversation avec mon directeur de recherche, en 1983, au cours de laquelle j'avais une dernière fois tenté de lui démontrer l'intérêt scientifique du phénomène. Il avait clos brutalement l'échange par : "Ecoute, tu t'occupes de ce qui est en bas, tu ne t'occupes pas de ce qui est en haut."

En 1978, il m'avait fait une confidence assez savoureuse. Je vous ai dit que le conseil du groupe d'étude contenait deux scientifiques, lui et un certain Omnès6, spécialiste de la cosmologie, qui était à l'époque doyen de la faculté d'Orsay. Ce dernier, excédé par l'intérêt porté au phénomène OVNI, avait lancé lors d'une réunion : "Eh bien moi je vais prendre toutes ces prétendues observations, et je montrerai scientifiquement que ça ne tient pas debout."

Il avait décidé, en premier chef, de s'occuper de ces prétendus rayons tronqués. Je rencontrai mon directeur de recherche quelques mois après et l'interrogeai sur les résultats de la démarche de son collègue, et il me répondit : "Il n'a pas pu montrer que c'était idiot, au contraire, il a montré que c'était tout à fait possible", et c'est là le drame. Il faut bien comprendre que, pour un scientifique conservateur comme le sont quatre-vingt-dix-neuf pour cent d'entre eux, le problème OVNI est vécu intérieurement comme un véritable drame." Le ruban bleu de la frousse est détenu par le président d'une commission institutionnelle de vulgarisation scientifique, qui m'écrivit un jour : "Que tu utilises la bande dessinée pour diffuser tes idées, cela te regarde. Mais je juge cela non conforme à la déontologie scientifique : on ne met pas sur le marché des idées en contournant le jugement des pairs. Qui vivra verra."

Après réception de cette lettre étonnante, qui semblait plus émaner d'un membre de l'Inquisition que d'un astrophysicien connu, je lui téléphonai en lui demandant quel passage du Mur du Silence l'avait choqué. Il ne pouvait s'agir que de cet album où je présentais un panorama de mes idées MHD, à travers des simulations hydrauliques7. Notre brillant censeur me répondit : "Non, cet album-là, je ne l'ai pas lu..."

C'était un beau mensonge, mais, au dernier moment, il se dégonflait, sachant pertinemment que tout ce qui était présenté dans cet album était vrai, correspondait à des expériences authentiques et avait été publié lors d'un colloque scientifique international de haut niveau (Huitième colloque international de MHD, Moscou, 1983). J'eus l'occasion de le rencontrer lors d'un débat portant sur un tout autre sujet. Je l'interrogeai sur cette lettre qui faisait de moi un charlatan, une espèce de docteur Doxey de la physique. Mais soudain, devant des tiers, l'autre ne se souvenait plus de la lettre. Il ne voyait pas non plus de quel album il pouvait s'agir. Ce docte académicien finit par nous avouer qu'il avait ces temps-ci des problèmes de mémoire. Et il nous planta là comme un poulpe ayant lâché son nuage d'encre.

Il existe en France un certain nombre de revues de bonne tenue qui font de la diffusion scientifique et qui sont La Recherche, Pour la Science, Science et Vie, Sciences et Avenir. Inutile de dire que ces revues participent du même blocage et de la même censure. Tout article, même convenablement construit, où l'on évite soigneusement de conclure hâtivement (et avec juste raison), et qui porte le mot OVNI, est immédiatement envoyé au panier, le courrier restant sans réponse. Il y a quelques années la revue La Recherche avait publié un long article sur la question qui était d'un niveau étonnamment bas8. La discussion était du niveau du café de la gare. Il ne s'y trouvait aucun argument de nature scientifique, ni pour ni contre. On évoquait simplement des méprises de témoins. Un policier américain avait, par exemple, appelé ses collègues à la rescousse, par radio, en leur disant : "Venez vite. Je vois l'OVNI, il est énorme et de couleur métallique. Il est posé sur le haut de la colline." Il s'agissait d'une citerne chromée qui avait été posée la veille.

C'était drôle, mais ce n'était quand même pas très sérieux. Et le tout était à l'avenant. Cet article permettait cependant à la revue de dire : "Vous voyez, nous en avons parlé." Oui, mais comment...

Je proposai à cette revue, dans le début des années quatre-vingt, un article collectif qui serait réalisé par plusieurs scientifiques, du niveau par exemple d'un Hubert Reeves, astronome à Saclay, ou d'un Jean-Marc Lévy-Leblond, physicien théoricien de Nice. Je suggérai que la revue patronne d'abord une sorte de colloque informel entre nous, puis rende compte du résultat de cette discussion en quelques pages. Il n'y eut jamais de réponse, mais la proposition tient toujours.

En 1984, un journaliste de France Inter, Jean-Yves Casgha9, organisa une conférence de presse sur le sujet OVNI. Je demandai alors que les orateurs ne soient que des gens qui puissent effectivement tenir un discours scientifique de qualité, ce qui excluait toute intervention de groupes privées (sinon la chose aurait viré à la confusion la plus totale). Le thème de la rencontre était "Le phénomène OVNI est-il intéressant sur le plan scientifique ?". Aucun scientifique ne répondit à l'invitation et nous nous retrouvâmes seuls, le professeur Bounias et moi-même. Le chef du groupe d'étude présenta sa "méthodologie", expliquant, trois ans après Trans-en-Provence10, que son "équipe" ne se déplaçait pas quand il avait plu, preuve que la leçon n'avait eu aucun effet (les prises d'échantillons de Trans avaient en effet été faites après une forte rincée). En face, ce ne fut pas très brillant. Un psychiatre, professeur dans une faculté, déclara : "Moi, j'ai un client, il est fou, et il dit qu'il voit des OVNI. Alors..."

Nous avions souhaité un débat scientifique de qualité et on nous servait des remarques de cette nature !

Le rédacteur en chef de la revue Pour la Science, Philippe Boulanger, nous apprit qu'il avait jadis rencontré Condon, l'auteur du célèbre rapport américain, et que celui-ci lui avait dit qu'il ne s'était personnellement jamais intéressé au phénomène OVNI. Mais que se passe-t-il donc dans la tête de nos scientifiques ? Un des buts de ce livre est de tenter de le comprendre.

Je me trouvais un jour dans le bureau du rédacteur en chef d'une des grandes revues citées plus haut. Disons que c'est un homme grand avec des lunettes et des cheveux blancs un peu frisés. Il me tint ce discours étonnant : "Tu vois, je vais te dire une bonne fois pourquoi le problème OVNI ne m'intéresse absolument pas. Il y a une dizaine d'années j'étais un fervent joueur d'échecs. J'appartenais à un club, j'étais classé et je disputais fréquemment des championnats. Un jour, un maître aux échecs vint séjourner dans notre club, un étranger. Il donna donc toute une suite de conférences très intéressantes. Certains d'entre nous souhaitèrent se mesurer à lui, mais il éluda à chaque fois poliment ces demandes. Il existe des cafés à Paris où les joueurs ont l'habitude de se retrouver, en particulier à proximité des clubs. Un jour je tombai sur lui entre midi et 14 heures et je lui suggérai de faire une petite partie rapide. Il accepta en souriant et en posant lentement son journal. Vingt minutes après j'étais aussi mal parti que possible. J'avais perdu une tour, ma reine était coincée. Je fus contraint à l'abandon. Depuis ce jour-là je n'ai jamais plus rejoué aux échecs..."

J'écoutai tout ceci avec des yeux ronds. Il ne faut pas être un expert psychologue pour pouvoir décoder ce discours. Il signifiait en clair : "Tu comprends, ici, j'ai une position sociale assez en vue. Je dirige l'une des plus prestigieuses revues consacrées à la science dans ce pays, ce qui me donne un pouvoir certain, en particulier sur les scientifiques eux-mêmes, qui doivent me faire la cour pour que je parle de leurs travaux. Si les extraterrestres débarquaient, ils me diraient : "Ah c'est vous qui dirigez ce petit torchon plein de sottises !", et mon univers basculerait aussitôt. Je ne serais plus rien..."

Le grand public a une image totalement idéalisée du scientifique. On les croit modestes, objectifs, rationnels, courageux, honnêtes. J'aurais de plus en plus tendance à les voir comme des moines un peu froussards.

Voici un dernier exemple tout à fait révélateur proche de l'explication évoquée par Petit dans son livre "Enquête sur les OVNI" (p.210) : Jean-Pierre Petit explique ainsi que le rejet massif et irrationnel du dossier OVNI est imputable à un phénomène de type socio-immunologique. Philip Klass, expert américain dans le domaine aéronautique, est aussi un détracteur acharné des OVNIs, ceci depuis déjà de longues années. Qu'est-ce qui motive un tel acharnement chez cet homme ? Gildas Bourdais, dans son premier livre "Enquête sur l'existence d'êtres célestes et cosmiques" (Ed. Filipacchi, 1994) écrit ainsi : "[...] Qu'est-ce qui pousse un Philip Klass, expert reconnu en aéronautique, à engloutir des années de travail pour réfuter les ovnis ? Il s'est confié là-dessus à un excellent journaliste, Ed Conroy, dans un livre dont nous reparlerons (Ed Conroy, Report on Communion, New York, Avon Books, 1990, pp. 210-211). Dans un long entretien, il nous compare aux écureuils de son jardin, qu'il nourrit régulièrement mais qui ne viennent jamais lui manger dans la main : "Pourquoi ? Parce que la nature leur a appris - c'est instinctif, je dirais - qu'ils doivent toujours être méfiants et prudents. Et si les écureuils étaient beaucoup plus audacieux et confiants, ils disparaîtraient sans doute en tant qu'espèce. Ainsi, le scepticisme, si vous voulez, c'est la voie de la Nature pour protéger les espèces". C'est un aveu curieux, qui révèle au minimum un doute, une perplexité. Car, s'il n'y a vraiment rien, pourquoi se méfier ? Mais il y a une autre fable, celle des autruches qui se mettent la tête dans le sable pour ne pas voir le danger..." - p.71

Copyright : Albin Michel / Jean-Pierre Petit


NOTES DE LECTURE

1 - Il s'agit d'un cas très célèbre, celui du "Docteur X". L'ufologue Aimé Michel mènera une enquête. L'observation sera suivi d'effets physiologiques - notamment une curieuse trace triangulaire à la fois sur le ventre du père (témoin principal) et du fils, âgé à l'époque de quelques mois - Voir : Inforespace : n°26, mars 1976, pp.8-13 - OVNI : Le premier dossier complet des rencontres rapprochées en France, par Michel Figuet et Jean-Louis Ruchon (Ed. Alain Lefeuvre, 1979, pp.306-314) - Facteur X (Collection Marshall Cavendish), pp.393-397.

2 - Un des plus célèbres cas de rencontre rapprochée avec un OVNI et ses occupants. Au petit matin du 1er juillet 1965, Maurice Masse, cultivateur, s'approche d'un objet ovoïde posé sur son champ. Le lieu est situé à Valensole, dans les Alpes de Haute-Provence. Deux petits êtres sont à proximité de l'objet. L'un deux braque sur M. Masse une espèce de tube avec pour résultat immédiat une immobilisation. M. Masse restera ainsi paralysé durant plusieurs minutes, le temps notamment que l'objet s'éloigne avec les deux êtres à leur bord. Quelques jours plus tard, il sera saisi d'une irrésistible somnolence qui durera plusieurs mois, accompagné d'un léger trouble psycho-moteur sous la forme d'un faible tremblement des mains - Voir : Inforespace : n°53, septembre 1980, pp.2-17 (Texte de Pierre Guérin, Maître de recherche au CNRS) - Inforespace : n°54, novembre 1980, pp.4-11 (Texte du Dr Beaudouard, médecin psychiatre) - OVNI : Le premier dossier complet des rencontres rapprochées en France, par Michel Figuet et Jean-Louis Ruchon (Ed. Alain Lefeuvre, 1979, pp.253-256).

3 - Article de Michel Rouzé, dans le numéro 804 de la revue Science et Vie, septembre 1984, intitulé "Les micro-ondes sont-elles un danger pour le vivant ?", p.170, travaux de Swicord sur l'ADN de la bactérie à tout faire Escherichia Coli.

4 - Précisons que les militaires et les services secrets de tous les pays développés, y compris le nôtre, s'intéressent à la question, à travers "l'arme à micro-ondes". Son action cancérigène permettrait ainsi de se débarrasser de gêneurs, par "mort naturelle" sans laisser la moindre trace. La version moderne de Borgia.

5 - Un des cas photographiques étudié dans le cadre du rapport Condon à la fin des années 60 - Voir la publication intégrale de ce rapport historique sur le site du National Capital Area Skeptics (NCAS) : http://www.ncas.org/condon/

6 - Lors d'une réunion du groupe d'étude en 1977, Omnès avait menacé de démissionner du Conseil Scientifique si sa composition devait être révélée à l'extérieur - Pour information, ce Conseil Scientifique (composé de douze membres, dont notamment Christian Perrin de Brichambaut, inspecteur général de la Météorologie nationale) avait pour charge d'évaluer les rapports transmis par le GEPAN (Groupement d'Etudes des Phénomènes Spatiaux Non-Identifiés - de 1977 à 1987)

7 - Les aventures d'Anselme Lanturlu : le Mur du Silence - Jean-Pierre Petit - Ed. BELIN, 1983 - Vous pouvez encore vous procurer cet album sous la forme d'un CD-Rom à l'adresse du site de Jean-Pierre Petit : http://www.jp-petit.org/

8 - Article de Michel Granger, docteur ès sciences de l'université de Montréal et James E. Oberg, ingénieur au centre de contrôle de la NASA à Houston : La NASA et les chasseurs d'OVNI. La Recherche, n°102, juillet-août 1979 - Ce dossier est composé de trois autres articles. Les phénomènes aérospatiaux non identifiés à l'étude en Union Soviétique, par Vladimir Migouline, membre correspondant de l'Académie des sciences de l'URSS - Les phénomènes aérospatiaux non identifiés à l'étude en France, par Alain Esterle, chef du GEPAN (de 1979 à 1983) - Le message des OVNI, par Hubert Reeves, directeur de recherche au CNRS (c'est dans cet article que figure l'épisode de la méprise avec une "citerne chromée" mentionné par Petit).

9 - Jean-Yves Casgha est aujourd'hui rédacteur en chef du magazine Science Frontières - http://www.sciencefrontieres.com

10 - Il s'agit d'un cas tout à fait remarquable de trace au sol résultant de l'atterrissage d'un OVNI - Voir : OVNI-Présence : n°46, août 1991, pp.5-14 - Phénomèna : n°41, 1999, pp.40-43.


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