Le clergé

Le 4 mai 1789, veille de l'ouverture des états généraux, une grande procession se déroule dans les rues de Versailles. Derrière le tiers et la noblesse, avancent les prélats aux soutanes rouges et violettes, suivis de la masse des curés. Le premier des trois ordres du royaume est représenté aux états par près de 300 ecclésiastiques. En cette fin du XVIII è siècle, le clergé français compte environ 130 000 membres, dont une moitié à peu près de "réguliers" - moines ou religieuses.
Dans l'ensemble, l'Eglise de France est riche. Elle possède des terres, des monastères, des palais épiscopaux, le tout assurant de belles rentes. A ces revenus, il faut ajouter une "dîme", ou rémunération versée par les fidèles. Cette dîme, malgré son nom, équivaut à moins d'un dixième des produits de la terre. Le clergé est, d'autre part, exempt d'impôt, mais il verse à l' Etat une contribution dont lui-même fixe le montant et qu'on appelle "don gratuit". Ces richesses ont leur contrepartie. Outre l'exercice de leur ministère, les prêtres assument deux importantes fonctions: d'une part, l'instruction des jeunes ( on compte 600 collèges dans le royaume et presque chaque paroisse a son école), de l'autre l'assistance publique (hôpitaux, maisons de retraite, dons aux indigents, etc...) Les religieuses se spécialisent dans les soins aux malades et l'éducation des filles. En outre, c'est l' Eglise qui, sous l'Ancien Régime, tient l'état civil.

Le recrutement des prêtres varie selon leur appartenance au haut ou au bas clergé. Les membres du haut clergé - évêques, chanoines ou abbés - sont à peu près tous issus de la noblesse. Certains sont entrés dans les ordres sans vocation, pour toucher les revenus d'un évêché ou d'une abbaye, et scandalisent parfois le public par la liberté de leurs moeurs, mais la plupart sont parfaitement dignes de respect. Quant au bas clergé - curés et vicaires - leur mode d'existence et leur valeur morale varient évidemment selon la région et les individus. La plupart ont une vie difficile, parfois misérable, dans les campagnes déshéritées. Ils se plaignent d'être réduits à la portion congrue.   Dans l'ensemble, ils gardent une foi robuste et s'occupent avec sérieux de leurs paroisses. Leurs ouailles ont confiance en eux et les chargeront de rédiger les cahiers de doléances.

Les membres du bas clergé sont souvent irrités par le faste des prélats, qui semblent mépriser leur roture, et ils attendent avec impatience de justes réformes.

reste, enfin, le clergé régulier confiné dans les abbayes. Dans certains couvents, la décadence est certaine et les règles anciennes sont carrément abandonnées, mais beaucoup d'ordres résistent à la contagion et les vocations demeurent profondes. 

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