LES MASSACRES DE SEPTEMBRE |
| Le tocsin sonne à travers Paris terrifié. Depuis quelques jours, les mauvaises nouvelles affluent : les Austro-Prussiens déferlent sur le territoire, Longwy a capitulé et la place de Verdun est investie. Chacun veut se persuader que la France a été trahie. La colère populaire gronde contre les prêtres et les nobles. Le Comité de surveillance de la commune attise les haines, tandis que des journalistes révolutionnaires comme Marat, Fréron ou Gorsas poussent le peuple à la vengeance. |
![]() |
La prédication sanglante va produire son effet, la peur
dégénérant en un délire de violence collectif. Danton, qui appelle les volontaires aux
armées, trouve naturel qu'avant leur départ Paris soit purgé des éléments suspects.
Le 28 août 1792, l'Assemblée a autorisé les municipalités à opérer des visites
domiciliaires et les arrestations se sont multipliées. Des hommes courent aux prisons,
armés de piques et de fusils. Commencés le 2 septembre 1792, les massacres durent à
Paris quatre longues journées. Le signal des horreurs est donné au carrefour Buci : des prisonniers que l'on transférait à l'Abbaye sont égorgés sur place. Les tueurs gagnent ensuite cette même prison de l'Abbaye où, très vite, les cadavres s'entassent. A la même heure, au couvent des Carmes, des dizaines de prêtres réfractaires sont abattus. A la Force, à la Conciergerie, au Grand Châtelet, les détenus connaissent un même cauchemar. Tout un petit scénario a été mis sur pied. Sortis de leurs cellules, les malheureux comparaissent devant un tribunal populaire improvisé. En quelques secondes, leur sort est fixé, sans qu'aucun puisse connaître les motifs de la sentence. Quelques-uns sont renvoyés chez eux. Les autres, soi-disant "élargis", trouvent une mort instantanée derrière la porte, sous les huées des tueurs et des mégères, plus excitées que les hommes. Parmi les victimes, on compte des représentants de l'aristocratie ( comme la princesse de Lamballe) et de nombreux ecclésiastiques, mais aussi des prisonniers de droit commun ( au cloître des Bernardins) , des filles publiques ( à la Salpêtrière) et même de pauvres déments ( à Bicêtre). Le nombre des victimes a été estimé , pour Paris, entre 1300 et 1400, mais il y eut d'autres tueries à Orléans, Versailles, Meaux et Reims. Pas une voix ne s'éleva pour arrêter ces massacres. L'Assemblée restait muette devant la redoutable Commune. Danton n'intervint pas et Roland se borna à remarquer qu'il fallait jeter un voile sur ces horreurs. |