LA CONVENTION ( 1792-1795) |
| La chute des Tuileries avait contraint l'Assemblée législative à se dissoudre. Il fut décidé qu'une nouvelle Constituante, la Convention ( ainsi nommée à l'exemple des Etats-Unis d'Amérique) prendrait en main les destinées de la nation. Les élections se firent au suffrage universel à deux degrés : en fait, dix pour cent des Français votèrent, les royalistes étant éliminés d'office, d'autres s'abstenant par crainte ou par indifférence. |
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La nouvelle assemblée sortit des urnes en
septembre 1792 dans un climat de passion surexcitée : la France était envahie, le
massacre dans les prisons ensanglantaient le pays. A Paris, la tumultueuse Commune
imposait ses candidats. Les 749 élus, presque tous d'origine "bourgeoise", se
regroupèrent selon leurs affinités : à droite, se tenaient les girondins
( appelés alors Brissotins, du nom d'un des plus connus, Brissot ), élus de la
province, au nombre d'environ 260. A gauche, les montagnards, qui seront
bientôt quelque 300, ainsi nommés parce qu'ils occupaient les gradins élevés de la
salle et dont les principaux membres - tels Danton, Robespierre
et Marat - avaient été élus par Paris ; enfin, au centre, la
Plaine comprenait une grande quantité de modérés ou d'opportunistes.
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| Réunie le 21 septembre 1792, au lendemain de la
victoire de Valmy, la Convention proclame aussitôt l'abolition de la royauté et décide
de dater ses décrets de l'an I de la République. En réalité, cette république sera
une dictature d'assemblée où les plus faibles seront éliminés par les plus forts. Dès les premières séances, le duel s'engage entre Montagne et Gironde , et les discussions sont violentes. En décembre commence le procès de Louis XVI. L'exécution du roi comme la politique de conquêtes de la République amènent la formation de la première coalition contre la France. La situation s'aggrave lorsqu'en mars à l'annonce de la levée de 300 000 hommes, la Vendée se soulève contre la Convention et que Dumouriez, battu à Neerwinden, passe à l'ennemi ( 5 avril ). A l'intérieur, l'enchérissement et la raréfaction des denrées provoquent des émeutes. Devant tant de dangers, l'Assemblée prend des mesures sévères : elle crée successivement le tribunal révolutionnaire ( mars ) et le Comité de salut public ( avril ) bientôt revêtu de pouvoirs dictatoriaux. Mais l'antagonisme s'accentue entre les partis. La Gironde, qui, au début, a tenu les leviers de commande, les a peu à peu perdus. Incapable de faire face au péril, elle accumule toutes les maladresses et se voit éliminer de la Convention par un coup de force , au cours des deux journées des 31 mai et 2 juin 1793. |
| L'éviction de la Gironde a rendu les Montagnards
maîtres de l'Assemblée mais ils doivent affronter de terribles difficultés. Les vaincus
du 2 juin soulèvent les départements, la guerre de Vendée continue, Lyon est passé aux
mains des Royalistes. Toulon s'apprête à se livrer aux Anglais. Sur les frontières,
l'ennemi avance. Durcissant ses positions, la Montagne fait face à l'orage. Pour se
concilier la province, elle fait voter une Constitution démocratique, qui du reste ne
sera jamais appliquée. Le Comité de salut public, épuré, fait place à de nouveaux
membres, plus énergiques, dont Robespierre devient le chef ( juillet
1793). Peu à peu, les soulèvements provinciaux sont matés ; la répression est féroce : les fusillades de Lyon, les noyades de Nantes laisseront de tragiques souvenirs. A Paris, où Marat a été assassinée par Charlotte Corday, la Terreur commence : on guillotine Bailly, Custine, Marie-Antoinette, les Girondins, Philippe Égalité. Le décret du 10 octobre 1793 a décidé que le gouvernement serait révolutionnaire jusqu'à la paix. " Terrible aux méchants, mais favorable aux bons " , il a comme ressort la vertu appuyée sur la terreur. La loi des suspects ( 17 septembre 1793 ) permet de pourchasser les indésirables et les décrets de Ventôse ( février- mars 1794) préparent la redistribution de leurs biens . La disette sévissant, la Convention fait appliquer un programme de dirigisme économique ( lois sur l'accaparement, sur le maximum général, emprunt forcé ) qui ne résoudra d'ailleurs pas les problèmes. En même temps, une poussée d'anticléricalisme sévit. La fête de la déesse Raison ( 10 novembre 1793 ) est célébrée, les prêtres insermentés sont traqués, les Constitutionnels persécutés. Cependant, grâce à l'énergie de Carnot et aux efforts de toute la nation, les armées françaises sont victorieuses à Hondschoote, à Wattignies et les Vendéens essuient une défaite à Savenay ( 23 décembre 1793 ) . |
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Malgré ces succès, des dissensions se
font sentir au sein de l'Assemblée. Robespierre, débordé sur sa gauche par les
ultra-révolutionnaires, " Enragés" et "Hébertistes" , les envoie à
l'échafaud ( 24 mars 1794). Quelques jours plus tard ( 5 avril ), les Dantonistes,
partisans d'un retour à la modération, subissent le même sort. Les "factions"
ainsi abattues, l' "Incorruptible" paraît tout-puissant. Il crée alors le
culte de l'Etre suprême et fait voter la terrible loi du 22 prairial an II ( 10 juin 1794
) , qui ouvre l'ère de la Grande Terreur . Pourtant, le péril extérieur est conjuré
grâce à la victoire de Fleurus ( 26 juin ) et le public commence à "avoir la
nausée de l'échafaud". Une conspiration se noue contre Robespierre, qui est abattu
avec ses amis le 9 thermidor an II ( 27 juillet 1794 ). Robespierre abattu, l'ère de la " Convention thermidorienne " commence. Les vainqueurs de l'Incorruptible prennent en main , avec les modérés de l'Assemblée, les destinées du pays. La réaction thermidorienne se fait sentir avec la diminution des pouvoirs des Comités de salut public et de sûreté générale, la transformation, puis la suppression du Tribunal révolutionnaire , la fermeture du Club des Jacobins. La Commune de Paris est remplacée par 12 municipalités d'arrondissement. Les églises catholiques sont rouvertes au culte. On pourchasse les plus virulents Montagnards, Carrier et Fouquier-Tinville passent en jugement ( ils seront guillotinés). Cependant, de graves difficultés subsistent : le gouvernement est divisé et instable, la suppression du maximum a accéléré la chute de l'assignat, les denrées se raréfient et, dans le peuple, la misère grandit, aggravée par un hiver rigoureux. |
| Tandis que profiteurs et agioteurs s'enrichissent, que la jeunesse dorée - muscadins et merveilleuses - affiche un luxe éhonté, des foules affamées réclament du pain. Les émeutes parisiennes des 12 germinal et 1er prairial an III ( 1er avril et 20 mai 1795 ) sont durement réprimées : les derniers Montagnards sont condamnés à la déportation. Malgré le traité de La Jaunaye, conclu avec Charette ( 17 février 1795) , les royalistes relèvent la tête. Le débarquement manqué de Quiberon ( juillet 1795) les arrêtera dans leur élan. Mais une "Terreur blanche" sévit dans le Midi où les Compagnons de Jéhu et les familles des victimes de l'an II exercent leur vengeance. | |
| Des succès diplomatiques permettent cependant au gouvernement de consolider sa position. A la suite des victoires de Jourdan et de Pichegru, des pourparlers de paix ont été entamés. Par les deux traités de Bâle ( 5 avril et 22 juillet 1795 ), et celui de La Haye ( 16 mai ), la Prusse, l'Espagne et la Hollande se retirent de la coalition. Seule, l'Autriche continue la lutte sur le continent. Cependant, un changement de régime s'impose. Les conventionnels chargent la "Commission des Onze" d'élaborer une Constitution nouvelle. Mais avant de l'adopter, ils publient le "décret des deux tiers" ( 5 fructidor an III, 22 août 1795 ), décidant que les deux tiers des futurs députés devraient obligatoirement être choisis parmi les représentants sortants. Ce décret provoque l'insurrection royaliste du 13 vendémiaire ( 5 octobre 1795 ), matée par Bonaparte. Entre-temps, la Constitution de l'an III et le décret des deux tiers ont été approuvés par un plébiscite et la Convention se sépare le 26 octobre pour faire place au Directoire. | |