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L'ABOLITION DES PRIVILÈGES 4 - 5 AOÛT 1789 |
![]() Le tiers état supportant les autres ordres |
Le 4 août dans la soirée, un noble libéral, le vicomte de Noailles,
proposa de proclamer l'égalité de tous devant l'impôt, de supprimer purement et
simplement les corvées, mainmortes et autres servitudes personnelles et de déclarer
rachetables les autres droits. Jean de Noailles était un cadet de famille sans fortune.
Le duc d'Aiguillon, qui prit sa place à la tribune, était riche en propriétés
féodales : sa parole en prit un poids plus grand. Il appuya avec force le projet de son
collègue et fut, lui aussi, chaleureusement applaudi. Un immense enthousiasme s'était en
effet emparé de l'assistance. Les orateurs se succédèrent, avançant pêle-mêle de
nouvelles propositions : abolition du droit de chasse, garenne ou colombier, libération
des Noirs, accès de tous les Français aux fonctions publiques, etc... Quelques membres du clergé demandèrent la suppression de la dîme ecclésiastique. D'autres réclamèrent l'abolition des privilèges des ports, des provinces. Ivres de sacrifices, les députés se congratulaient en pleurant. La séance dura jusqu'à 3 heures du matin et l'on se sépara aux cris de " Vive le roi, restaurateur de la liberté française !" En fait, le roi, malgré le Te Deum chanté à Versailles, accueillit avec beaucoup de réserve ces projets jetant à bas le vieil édifice féodal et risquant de bouleverser l'économie du royaume. Quant aux députés, ils comprirent, les jours suivants, qu'il était fort difficile de faire passer dans des textes de loi des décisions prises dans l'enthousiasme. Les droits personnels furent aisément abolis, mais le rachat des droits réels, incorporés à la terre, allait donner lieu à beaucoup de complications. Dans la pratique, en effet, les droits du seigneur suzerain et ceux du seigneur propriétaire étaient très souvent enchevêtrés. Cependant, un grand pas était accompli : le décret du 11 août mit fin au régime féodal. |