LA FRANCE EN 1789

Le roi, cédant à la volonté nationale, résolut de réunir en janvier 1789 les Etats Généraux qui n'avaient été tenus depuis 175 ans ( 1614). Lorsque la nation apprit que 1274 députés ( 308 du clergé, 285 de la noblesse, et 681 du tiers état) allaient discuter ses intérêts, régler la vie nouvelle à laquelle elle aspirait, la joie et les illusions de bonheur furent grandes.

En Picardie, surtout dans le Soissonnais et le Vermandois, réduits à la misère par le rigoureux hiver de cette année, l'espoir fut plus grand que partout ailleurs; les pauvres gens se croyaient déjà affranchis des poids écrasants que supportaient leurs épaules.

Dans ce coin de terre où Camille était né, la rédaction des cahiers de doléances et la nomination des députés à l'Assemblée des trois ordres devait avoir lieu le 16 mars à Laon.

A Guise, la première assemblée électorale eut lieu le 5 mars sous la présidence de M.Desmoulins, lieutenant général au bailliage de Vermandois, siège royal de Guise, ressort et prévôté de Ribemont.

La deuxième assemblée eut lieu en l'église des Révérends Pères Minimes de Guise. Parmi les 75 députés nommés pour l'assemblée des 3 ordres à Laon, le père de Desmoulins avait été élu à l'unanimité moins une voix de la paroisse de Bernot, mais refusa pour raison de santé.

Dans cette liste, nous trouvons par ordre d'élection:

N°1 - Jean-Louis Deviefville des Essarts, avocat et subdélégué à Guise.

N°2 - Adrien-Jean-Louis Deviefville, maire de Guise.

N°24 - Camille Desmoulins, avocat à Guise. Puis avec eux, des procureurs, des meuniers, des marchands de moutons, des laboureurs surtout. Le paysan sort du sillon pour la première fois.

Les Cahiers des Etats Généraux se ressemblent et demandent par exemple : "A quoi sert la ferme? A ruiner la populace." Ou encore, ils se plaignent: " La distribution des impôts se fait par faveur. L'état ecclésiastique a tous les biens de la France et la noblesse, et il ne paye aucun subside à l'Etat, ny au Roy."

Mais de toute la France peut-être, la plainte la plus tragique, la plus douloureuse et la plus profonde, est celle que font entendre les habitants de la paroisse de Chaillevois ( près de Laon). C'est une page lugubre qu'il faut  citer tout entière dans sa forme et son orthographe.

Quand on a lu les Mémoires du marquis d'Argenson, on ne peut plus être étonné par des plaintes semblables. Depuis longtemps, le gouvernement de la France était une anarchie dépensière. La cour était, selon l'expression du marquis, " le tombeau de la Nation", de ces pauvres gens dont parle La Bruyère, et qui se retirent la nuit dans leurs tanières vivant de pain noir, d'eau et de racines. 

On note dans le registre d'un curé de village: "On a mangé des charognes mortes depuis quinze jours ( le blé manquait); les femmes ont étouffé leurs enfants de crainte de les nourrir."

Trente ans après, d'Argenson continue à écrire que la misère " avance au dedans du royaume à un degré inouï; les hommes meurent, dit-il, dru comme des mouches, de pauvreté, et en broutant l'herbe." Et il ajoute: " Quand le peuple ne craint rien, il est tout. Toutes ces matières sont combustibles. Une émeute peut faire passer à la révolte, et la révolte à une totale révolution où l'on élirait de véritables tribuns du peuple, et où le roi et ses ministres seraient privés de leur excessif pouvoir de nuire.

En attendant, la France agonisait et jetait ses  plaintes poignantes.                                                                                                                    

 

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Camille Desmoulins

La France en 1789

( en vert: pays d'Etat, en rouge: pays d'Election)

 

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