| Il est dans l'histoire des figures privilégiées qui
passent à travers les drames les plus sombres en gardant toujours le charme d'un sourire
et comme le rayonnement de l'amour. Une légende attendrie se forme autour de leur
mémoire et l'auréole de la pitié en fait des personnages de roman dont les
générations se transmettent avec une sorte de tendresse la mémoire. Tel est Camille
Desmoulins qui nous apparaît en pleine Terreur au bras de sa Lucile et semble marcher
avec elle à l'échafaud comme jadis, au seuil de Saint-Sulpice; - la martyre ayant remis
une robe blanche telle qu'elle la portait pour marcher à l'autel.
La postérité est femme. Et elle a souri à Camille comme Lucile lui souriait. Elle
lui a beaucoup pardonné parce qu'il fut beaucoup aimé. Son appel à la pitié traversera
les siècles aussi sûrement que ses dernières et déchirantes lettres d'amour.
Le petit avocat de Picardie devenu un gamin de Paris nous apparaît, tout à coup,
transfiguré par l'idée de clémence, comme un justicier dans son journal, comme un
poète dans sa douleur.Et elle, la jeune fille aux cheveux blonds, se change sans effort
en romaine, mourant comme celui à qui son coeur de femme avait enseigné la douceur et
les larmes.
Et cette poignante histoire garde ainsi comme un reflet de légende; - et
l'avenir s'attendrira éternellement devant ces deux jeunes têtes coupées qui
échangeront toujours, dans la séparation suprême, leur dernier regard et leur dernier
baiser.
Jules Claretie |
 Statue
de Camille Desmoulins au Palais-Royal
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