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LA RELIGION SUMERIENNE



PLAN DE L'EXPOSE / TABLE DE LIENS :
  1. INTRODUCTION : le polythéisme sumérien
  2. DES DIEUX BIEN HUMAINS
  3. L'ORGANISATION DU CULTE
  4. l'ORGANISATION DES DIEUX : le panthéon sumérien
  5. ABRAHAM ET LA RELIGION SUMERIENNE
    (ou la naissance du monothéisme)
  6. COMPARAISON ENTRE LES RECITS SUMERIENS ET LES RECITS BIBLIQUES :
    (les 3 exemples 'phare' : création de l'univers, création de l'homme, le déluge)


I) INTRODUCTION : le polythéisme sumérien

Principaux dieux sumériens
La première caractéristique qui saute aux yeux quand on s'intéresse à la religion sumérienne, c'est son polythéisme évident. En cela, elle contraste très nettement avec la religion biblique. C'est d'ailleurs une constante si l'on compare ces 2 religions. En effet, même s'il est vrai que les récits bibliques des 11 premiers chapitres de la Genèse portent l'empreinte manifeste des légendes sumériennes (déluge, Babel, Adam tiré de la terre, etc...), l'originalité de la Bible ne peut cependant pas être niée, dans la mesure où ces récits sumériens ont été constamment repensés et adaptés à la conception monothéiste par les auteurs bibliques.
Ainsi donc, les sumériens adoraient des centaines de dieux et de déesses. Ces dieux jouaient un rôle crucial dans la vie des habitants de Sumer aussi bien au niveau collectif (la nation, la cité) qu'au niveau personnel. Il est plus que probable que la plupart des sumériens établissaient des liens privilégiés avec un ou plusieurs dieux de leur choix. Il ressort de l'étude de leurs textes ou de leurs stèles que ces habitants de Mésopotamie n'hésitaient pas à se tourner vers leurs dieux pour obtenir assistance et protection concernant une foule de choses fort variées. De plus, comme il vient d'être dit, les dieux n'occupaient pas seulement une place dans la vie individuelle, ils étaient également au coeur de la vie de la cité. Le dieu Nanna était, par exemple, le dieu de la lune protecteur de la grande ville sumérienne d'Our.
Enfin, il est utile de noter que ces dieux du pays de Sumer, par l'influence persistante de la littérature sumérienne, étaient encore vénérés jusqu'à l'époque tardive Assyro-babylonienne ! Cela explique que certains dieux sumériens soient relativement familiers du lecteur de la Bible, puisque la Bible les mentionne dans le panthéon des peuples polythéistes ennemis des hébreux. En fait, avec la religion sumérienne on touche à l'origine de ces dieux. On les voit apparaître sous leur forme et leur nom primitifs.

II) DES DIEUX BIEN HUMAINS

Enlil assisLes dieux du pays de Sumer, à l'image des hommes mortels, subissaient les vicissitudes du destin. Beaucoup de leurs légendes racontent d'ailleurs leur exploits, qui, très souvent, sont bien peu glorieux. Considérez plutôt cet exemple :
La mythologie sumérienne raconte que le dieu Enlil (père de Sin) força la déesse Ninlil (mère de Sin) à avoir des relations sexuelles avec lui !
Exploit en effet bien peu louable et surtout tellement humain !
Leurs dieux avaient aussi un aspect très humain, citons le cas du dieu de la lune Nanna, que l'on voit souvent représenté comme un vieillard à longue barbe.
En conclusion, on pourrait dire que les dieux sumériens ressemblaient beaucoup aux hommes, tant par leur habillement que par leurs besoins. Ils n'étaient donc pas tout-puissants non plus, autre conséquence de leurs ressemblances avec les hommes : leur caractère irrationnel ; en effet, quand on regarde les agissements de ces dieux, on s'aperçoit bien vite que leurs comportements sont loin d'être raisonnables en toutes circonstances, pour s'en convaincre il suffit de relire ci-dessus l'exemple du viol de Ninlil par Enlil ! En outre, les dieux pouvaient, quand bon leur semblait, envoyer des guerres ou des déluges pour punir les hommes... En fait, ces divinités étaient davantage considérés comme des surhommes que comme des dieux.
En définitive, ces caractéristiques humaines des dieux sumériens s'expliquent assez logiquement par la divinisation des forces de la nature que l'on retrouve si fréquemment chez les peuples très anciens. A cet égard, il est utile d'ajouter que les hébreux, Abraham en tête, ont fait preuve d'une grande originalité en Dieu (Jésus) en compagnie d'Adam et Eve dans le jardin d'Edenconcevant l'idée d'un Dieu suprême. Certes, dans certains passages de l'Ancien Testament, on prête parfois à Dieu des traits anthropomorphiques (la Bible dit de temps à autre que Dieu est en colère, affligé ; dans la Genèse, Dieu peut prendre forme humaine, marcher, manger, etc...→ cf: Gn 3, 8 ; Gn 18), mais, jamais, Dieu n'agit de manière répréhensible, Yahvé se détache toujours de l'homme par son comportement moral irréprochable. Yahvé agit avec sagesse. En ce sens, Dieu n'est pas homme, il est bien au-dessus de lui.

III) L'ORGANISATION DU CULTE :


Les temples primitifs, comme ce petit temple de la ville d'Eridu datant de la période de l'Obeid, étaient des constructions rectangulaires faites de briques à base de boue, situées sur des plateformes peu élevées.
Les sumériens pensaient qu'il était important d'obéir à leurs dieux, c'est pourquoi, dans cette perspective, il était primordial pour eux de leur faire des offrandes.
Sur un plan plus collectif, il faut souligner, comme il a déjà été mentionné, que chaque ville (ou cité) du pays de Sumer avait son dieu protecteur, chargé de veiller aux intérêts de la ville. Le dieu protecteur d'une cité était pour les sumériens comme propriétaire de la cité.
Au vu de ce qui vient d'être dit, il n'est donc pas surprenant de trouver des temples au centre de ces villes. A mesure qu'une cité s'enrichissait, le temple (ou les temples) s'agrandissait et devenait encore plus majestueux. Pour ce faire, on n'hésitait pas à ériger de nouveaux temples sur les ruines des anciens temples. Après l'érection de plusieurs nouveaux temples, on arrivait tout naturellement à des plates-formes de plus en plus hautes. C'est ainsi que naquit le style des Ziggourat.

A mesure que les états s'enrichirent, les temples devinrent plus imposants et plus majestueux. Ce temple est le Temple Blanc d'Uruk
L'entretien et le financement du temple :
Sumériens travaillant pour le templePour arriver à construire des temples aussi imposants que les ziggourats, les sumériens durent évidemment s'organiser pour financer de tels monuments. Ce financement s'organisa assez logiquement autour de l'idée que les habitants du pays de Sumer se faisaient de leurs rapports avec les dieux. Ainsi, comme ces derniers étaient considérés comme propriétaires des villes qu'ils protégeaient, il n'était pas choquant pour les sumériens de travailler certaines parcelles de terre exclusivement pour les dieux. Ces terres étaient cultivées soit par des paysans, soit par des esclaves. Le gouvernement de la cité distribuait le reste des terres aux personnels des temples, ou bien encore à des paysans qui redonnaient une partie de leurs récoltes en paiement du loyer que représentaient les terres allouées - en réalité, peu de gens possédaient ce que l'on peut appeler leur propre droit de propriété. Les loyers perçus sur les récoltes, ainsi que les offrandes aux dieux, servaient à l'entretien des temples. Ces impôts en nature étaient parfois utilisés pour aider les citoyens (les esclaves) les plus pauvres.
Il faut enfin signaler qu'en plus des prêtres et des prêtresses, chaque temple employait un grand nombre d'officiels, de scribes, d'artisans, de cuisiniers et de personnel d'entretien. Il n'est donc pas étonnant de constater que la religion, dont le culte était indissociable du temple, occupait une place prépondérante chez les sumériens.

IV) L'ORGANISATION DES DIEUX : le panthéon sumérien

Le panthéon sumérien était très hiérarchisé, ce qui devait d'ailleurs être plus tard une constante de toutes les religions polythéistes de l'Antiquité.
La structure du panthéon peut aisément se comparer à une structure pyramidale :
  1. A la base, juste au-dessus des hommes, se trouvent les Igigi. Ce sont des dieux prolétaires au service des 50 grands dieux (voir ci-dessous)
  2. Puis, nous avons 50 grands dieux que l'on regroupe souvent sous l'appellation collective d'Annunnaki (= fils de An).
  3. Ensuite viennent les 7 dieux 'qui décrètent le destin'. Ces 7 dieux se subdivisent eux-mêmes en sous-catégories :
    • Utu les 4 dieux créateurs : An (=Anu, Antu) qui règne sur les cieux, Enlil (=Ellil) qui dirige l'air ou l'atmosphère, Enki (=Ea, Nudimmud) maître des eaux, et Ninhursag (=Ninmah, Nintu, Mammi ; plus tard, elle sera parfois identifiée à Ki - la terre) déesse de la terre.
    • les trois divinités astrales : Nanna (=Sin, Yerah), dieu de la lune, Utu (=Shamash), dieu du soleil et Inanna (=Ishtar), déesse de Vénus.
  4. Au sommet se détachent la Divine Triade : An, Enlil et Enki (voir ci-dessus les 4 dieux créateurs). Attention, le terme triade est ici trompeur, au sens où il pourrait nous faire croire que le pouvoir suprême était divisé à part égale entre ces trois divinité, ce qui n'était pas le cas, An étant le dieu le plus puissant des trois.
  5. Au-dessus de cette triade, venait la déesse Mère Nammu (Namma). Elle était considérée comme la déesse de la Mer Primordiale, la Mère qui engendra Enki et An, et par là, le Ciel et la Terre. Bien qu'étant au-dessus de la Triade en terme d'origine (elle engendre), elle ne joua jamais un rôle aussi important que ses fils dans l'histoire des dieux du pays de Sumer.
Si maintenant on résume le panthéon sumérien en partant du plus important au moins important, voilà ce que l'on obtient :
Nammu
La Divine Triade : An, Enlil et Enki
Les 4 dieux créateurs : la 'Divine Triade' + Ninhursag
Les 7 dieux qui 'décrètent le destin' : les 4 dieux créateurs + les 3 divinités astrales
l'Annunnaki (les 50 grands dieux en-dessous des 7 dieux qui 'décrètent le destin', fils de An)
les Igigi (les dieux prolétaires au service des 50 grands dieux, sont juste au-dessus des hommes)

On peut remarquer deux choses après cette description du panthéon sumérien :

- ces dieux sont effectivement des représentations des forces de la nature (l'eau, l'air, la terre, la lune, le soleil, etc...). En fait, ils ne transcendent pas la nature, ils la représentent seulement, à l'inverse du Dieu biblique.
- la hiérarchisation des dieux ne repose pas uniquement sur l'importance des dieux les uns par rapport aux autres, elle se fonde également sur leur rôle respectif. Ainsi, les dieux sont classés en créateurs, en divinités qui dirigent le destin, etc...Tout cela explique d'ailleurs la présence de certains dieux à plusieurs endroits de la pyramide.
Notons enfin que parfois, leur classification dépend aussi de leur nature (ex : les divinités astrales).

REM : cette description du panthéon sumérien est très schématique, si vous voulez une description détaillée de ces dieux (rôles, mariages, parenté, leurs enfants, culte, etc...), cliquez ici pour pouvoir la lire sur un document Word.

V) ABRAHAM ET LA RELIGION SUMERIENNE
(ou la naissance du monothéisme)

  1. INTRODUCTION

    Il faut en premier lieu éviter deux écueils, si l'on veut bien comprendre la naissance de l'idée de monothéisme chez Abraham et plus généralement chez le peuple hébreu.
    - La première erreur serait de penser que c'est par élimination successive de plusieurs dieux que les hébreux en sont venus à concevoir un seul Dieu, un peu comme s'ils avaient adoré 100 dieux, puis 50, puis 10 et enfin 1, le meilleur, le vainqueur de la compétition en quelque sorte !
    - Ensuite, il faut éviter l'extrême inverse qui serait de croire que le Dieu unique qu'Israël s'est mis à adorer venait de nulle part et était par conséquent totalement inconnu. Moïse et d'autres prophètes ne rappelaient-ils pas sans cesse aux peuple d'Israël que ce Dieu était le Dieu de leurs pères ?
    - Nous avons donc plutôt eu un passage du polythéisme au monothéisme par étapes successives, au fur et à mesure que le peuple hébreu, Abraham en tête, prenait conscience qu'un dieu qu'il connaissait déjà était en fait le seul à exister. Cette démarche n'est pas très étonnante, Dieu ne s'impose pas dans nos vies, il est là au milieu de nos multiples soucis, discret, mais, si présent à celui qui sait l'entendre en faisant silence. De même, au milieu de cette cacophonie de dieux, Dieu était là, ne s'imposant pas, un peu comme si ce Dieu de toujours avait été oublié, perdu dans la nuit des temps.
    Nous allons dans ce chapitre détailler les différentes étapes qui marquèrent le passage du polythéisme au monothéisme, notamment chez Abraham ; en d'autres termes nous allons assister à la transition qui part des dieux sumériens pour aller jusqu'au Dieu biblique.
  2. L'HENOTHEISME

    AbrahamAbraham, comme nous l'avons déjà signalé, était sumérien, natif de Ur. Il ne fait donc pas de doute qu'il ne fut pas monothéiste de naissance, bien au contraire. Il adorait très probablement les dieux du panthéon sumérien, au sommet duquel se trouvait la Divine Triade (An, Enlil et Enki). Ce n'est qu'à 75 ans que, selon la Bible (Gn 12), Abraham reçut un appel de Dieu. Cet appel en substance lui demandait de quitter le pays de Sumer pour aller s'établir en Canaan (= Israël). Dieu, par là, appelait en fait Abraham à se consacrer à Lui. Mais qui était ce Dieu ? Dans l'hébreu du texte original, cela ressort très bien, ce Dieu, c'était El, le dieu principal du panthéon cananéen, dieu de l'atmosphère, le dieu créateur du ciel et de la terre, père des dieux, celui qui règne sur les autres dieux, à la manière d'un Zeus ou d'un Jupiter. El n'est d'ailleurs que la forme cananéenne évoluée du dieu sumérien Enlil, forme qui donna
    El, le dieu principal des cananéens
    El par transformations linguistiques successives (Enlil (sumérien primitif), Ellil (akkadien) et finalement El en cananéen). Enlil était le dieu de l'air et du vent chez les sumériens. Chez les akkadiens, il était aussi le dieu de l'air et du ciel, pour finalement être le dieu créateur chez les cananéens. C'est donc sous le nom de El que Dieu adressa cet appel à Abraham. Notons que le mot El en hébreu en est venu à désigner le Dieu unique, surtout dans les noms composés (IsraEL, BéthEL, GabriEL, EmmanuEL, etc...).
    Abraham, donc, prit conscience que parmi tous les dieux qu'il adorait, Enlil ou El occupait une place à part, cette prise de conscience était évidemment due à l'appel de Dieu, Dieu du ciel. Resurgissait ainsi, parmi tant d'autres dieux, sous le nom de El, l'image de ce Dieu unique, oublié.
    Notons enfin que dans la Genèse, il n'est dit nulle part qu'Abraham ou les patriarches avaient nié l'existence d'autres dieux. Il leur était simplement demandé de ne s'attacher qu'à une divinité particulière, c'est ce qu'on appelle 'hénothéisme'. Il est en effet très surprenant de constater que dans le livre de la Genèse, les patriarches ne prennent jamais position face aux autres dieux, ils se contentent de s'attacher à 'El'.
    . De plus, ce Dieu des patriarches n'était pas inconnu des autres peuples, il était même craint, ce qui n'est guère étonnant si l'on considère que 'El' était le dieu principal du panthéon cananéen. Voyez plutôt ces exemples tirés du livre de la Genèse : Gn 12 (Abraham prétend que Sarah est sa soeur pour éviter que Pharaon ne le tue pour s'emparer de la belle Sarah, Pharaon ne se rend compte de la supercherie que sur l'intervention de Dieu) ; l'exemple est encore bien plus explicite avec le roi païen Abimélek, il connaît Dieu et le craint (cf. Gn 20 + 21, 22-24) ; de même en Gn 26, 7-11 + 26, 26-30, où nous avons un 'remake' de l'histoire d'Abraham et d'Abimélek, mais, avec, cette fois-ci, Isaac. A travers ces exemples, notamment ceux concernant Isaac, on peut, en passant, remarquer que ce Dieu semble aussi être connu sous le nom même de Yahvé.
    . Pour ce qui est de la reconnaissance de l'existence d'autres dieux par les Hébreux, lisez ces passages :
    Ps 82, 1 ; Ps 89, 6-8 ; Jb 1, 6 ; Jb 2, 1 ; Jb 38, 7. Notons également que chez les Patriarches et les premiers Hébreux, il existait une grande pluralité de noms de divinités, qu'ils rattachaient plus ou moins à leur Dieu d'attachement 'El'. Cela témoigne bien chez eux d'une conscience plutôt floue de l'idée d'un Dieu unique (cf. El Elyôn - Gn 14, 18-22 ; Nb 24, 16 ; Dt 32, 8 - El Roï - Gn 16, 13.14 - El Shaddaï - Gn 17, 1 ; Gn 28, 3 ; Gn 35, 11 ; Nb 24, 16 - El Olâm - Gn 21, 33 - Pahad - Gn 31, 42 - El Béthel - Gn 31, 13 - Baal Berît - Jg 8, 33 ; 9, 4 - El Berît - Jg 9, 46)
    Nous avons donc bien là ce que l'on appelle 'hénothéisme', c'est à dire l'attachement à un dieu particulier sans négation de l'existence d'autres dieux. Dieu travaillait progressivement son peuple, le conduisant ainsi sur la route du monothéisme...
  3. LA MONOLÂTRIE

    MoïseTrès logiquement, l'étape suivante vers le monothéisme fut la monolâtrie (attachement à un dieu national, et donc, concurrent des autres divinité). Avec la monolâtrie, le passage vers le monothéisme se précise. Il n'est plus question de tolérer les autres divinités, on reconnaît certes leur existence, mais, on leur devient hostile, c'est là la grande différence. Du même coup, la divinité nationale, Yahvé pour Israël, est vue comme supérieure aux autres dieux. Cette prise de conscience de la supériorité du Dieu d'Israël, de son côté unique et particulier par rapport aux autres dieux, se fit avec Moïse. Avec Moïse, d'ailleurs, le nom de 'Yahvé' (ou 'Yaweh, Yawoh, Jéhovah', etc...) prend une importance particulière au regard des autres noms qui étaient attribués à Dieu, comme 'El', par exemple (Ex 3, 13-15). Il est ici intéressant de signaler que le nom de 'Yahvé' n'est peut-être pas non plus étranger au panthéon sumérien. En effet, sous une forme plus primitive, avant les évolutions linguistiques habituelles, 'Yahvé' était probablement connu des sumériens sous le nom d'Enki ou Ea (qui se prononce Eyah), le fameux dieu qui sauva les hommes du déluge, le dieu des eaux, celui qui participa à la création du monde avec Enlil.
    MardoukQu'en déduire ? Rien de bien sulfureux, sinon que le Dieu unique était connu depuis les temps les plus anciens, mais qu'il avait été comme divisé et assimilé selon ses fonctions de créateur et de sauveur en 2 divinités : Enlil et Enki. En somme, les hommes avaient déformé l'image de leur Dieu pour aboutir à plusieurs dieux. Avec Abraham, et maintenant Moïse, le processus de rétablissement et de 'reclarification' s'opère. Une opération qui, soit dit en passant, avait très vraisemblablement commencé chez d'autres peuples, les Madianites, par exemple. Ainsi, selon des sources égyptiennes contemporaines de Moïse, les Madianites, peuple où Moïse se réfugia après le meurtre d'un égyptien, et, où il travailla pour son futur beau-père Jéthro, grand prêtre de Madiân (cf. Exode chapitres 2, 3 et 18), avaient pour dieu un certain Yhw, c'est à dire Yahvé. Les spécialistes, d'ailleurs, sont de plus en plus unanimes pour accepter cette référence découverte dans les documents égyptiens comme étant la plus ancienne mention du nom de ce dieu dans des documents extra-bibliques.
    Mais, avec Moïse, la 'purification' des scories du polythéisme semble s'intensifier, il demande à son peuple non seulement de s'attacher à Yahvé, mais, en plus, de rejeter les autres dieux, non comme des faux dieux, mais comme des subalternes ou des ennemis, qui ne sont par conséquent guère dignes d'intérêt. Ce phénomène de monolâtrie n'était d'ailleurs pas l'apanage d'Israël, ainsi (El) Kamosh était le dieu national des Moabites, Mardouk, celui des Babyloniens, etc... Rappelons également que déjà les Sumériens associaient une divinité particulière à certaines villes. La grande différence toutefois résidait dans le fait que pour Israël Yahvé ne pouvait pas se réduire à un sacré impersonnel. Il est d'abord unique et agissant, et, c'est à partir de cette constatation que les Israélites finirent par reconnaître leur Dieu comme le Dieu unique du monde et de l'univers.
    Voici quelques passages bibliques à l'appui de ce qui vient d'être exposé sur la monolâtrie :
    d'abord, le décalogue en Ex 20, 2 + Dt 5, 7. Ici l'interdit du premier commandement ne professe pas le néant des autres dieux ; bien plus il en présuppose l'existence : 'Tu n'auras pas d'autres dieux devant ma face...Tu ne te prosterneras pas devant eux et tu ne leur rendras pas un culte...car moi, Yahvé, ton Dieu je suis un Dieu jaloux'. Nous avons, en fait, un interdit exigeant le culte exclusif de Yahvé, ce qui s'identifie pleinement à de la monolâtrie. Lisez aussi les passages suivants : 2 Rois 18, 33-35 ; 19, 12-13 ou bien encore Michée 4, 5.
  4. LE MONOTHEISME

    Le monothéisme proprement dit, c'est à dire la croyance en un seul Dieu créateur de l'univers avec en parallèle le rejet absolu de l'existence de toute autre divinité, n'est donc pas apparu brusquement en Israël, cela exigea une certaine maturation. Cette maturation s'amorça en réalité très tôt. Ainsi dès la Genèse, nous avons le récit d'un Dieu créateur. De même, dans le Deutéronome, certains passages semblent déjà indiquer une prise de conscience de l'unicité de Dieu (Dt 6, 4) ou encore 2 Rois 5, 15.17. Mais, ces références ne sont que des amorces, elles témoignent d'une certaine hésitation entre la monolâtrie et le monothéisme. Il faudra attendre l'exil à Babylone (587-538 av. JC) pour que la maturation soit complète. En exil, les hébreux sont confrontés directement à un environnement où les divinités des maîtres de l'Empire néo-babylonien étaient habituellement représentées par des statues, instinctivement les prophètes les rejetèrent à partir de la longue tradition d'Israël de ne pas représenter Yahvé. Commença alors une réflexion sur l'impuissance des autres dieux, qui manifestement n'étaient que des statues sans grand pouvoir, tout naturellement cette réflexion aboutit au monothéisme. Avec cet exil, nous assistons donc au passage de la monolâtrie de Moïse, proclamant Yahvé comme l'unique Dieu d'Israël, tout en se préoccupant assez peu du statut des dieux des autres nations, à l'affirmation claire du monothéisme suivant lequel Yahvé est le seul vrai Dieu, dominant l'univers. C'est pourquoi les citations bibliques les plus significatives tendant à appuyer l'idée de monothéisme se trouvent dans des passages qui ont visiblement été écrits peu de temps avant ou pendant ou encore après l'exil (Jérémie 2, 11 ; Jérémie 16, 19-20 ; Isaïe 43, 10-11 ; Isaïe 44, 6.8 ; 45, 5-7.18.21-22). Dans ces conditions, il n'est pas étonnant qu'Israël ait interprété sa libération du joug babylonien par le perse Cyrus comme étant l'oeuvre direct de Yahvé, qui dirige toutes choses :
    Cyrus
    A Cyrus que je tiens par sa main droite (Is 45, 1)
    Yahvé qui t'appelle par ton nom (Is 45, 3)
    pour abaisser devant lui les nations (Is 45, 1)
    Je dis de Cyrus : c'est mon berger (Is 44, 28)
    Moi-même devant toi je marcherai (Is 45, 2)
    il renverra mes déportés (Is 45, 13)
  5. CONCLUSION


    il apparaît clairement que le monothéisme juif s'est constitué progressivement en 3 étapes clé : l'hénothéisme d'Abraham, la monolâtrie de Moïse et le monothéisme des prophètes de l'exil à Babylone. Quelle conclusion en tirer ?
    Tout d'abord, admirons la pédagogie de Dieu, il n'impose pas à l'homme plus qu'il n'est capable d'assimiler, il le prend là où il est dans son développement spirituel. En effet, n'oublions pas que pour Abraham et ensuite le peuple hébreu le passage au monothéisme n'allait pas de soi, surtout quand on est baigné dans le polythéisme depuis des millénaires. Le développement naturel consiste à s'attacher à un dieu particulier (ce qui était commun chez les sumériens tant au niveau individuel qu'au niveau de la cité), puis de rejeter les autres divinités comme inférieurs et sans intérêt pour arriver enfin à la négation totale de l'existence de ces mêmes divinités compte tenu de leur impuissance manifeste. Nous avons ici un exemple flagrant de la pédagogie de Dieu, qui respecte toujours nos libertés. Dieu prend son temps pour nous travailler, il utilise les événements extérieurs pour nous former (l'exil à Babylone), il agit dans nos vies d'abord pour ensuite nous amener à une réflexion spirituelle : Dieu pour Abraham fut d'abord celui qui lui donna une postérité, qui le combla de richesses, pour Israël, il fut celui qui le libéra de l'esclavage et enfin pour les hébreux de l'exil, Dieu fut celui qui les réconforta et les ramena sur leur terre. Ce Dieu est le Dieu de l'amour agissant. Notons également la patience de Dieu, c'est chez lui est une constante. C'est toujours avec douceur et patiente que Dieu intervient dans la vie des hommes.
    Enfin, à partir de cette analyse de la naissance du monothéisme, il est possible de 'reconstituer' les étapes qui marquèrent l'histoire de la présence de Dieu chez les hommes. Beaucoup pensent que l'homme fut d'abord naturellement polythéisme pour devenir ensuite seulement monothéiste. La Bible semble affirmer bien autre chose. L'homme en fait fut initialement monothéiste, c'est ce qu'indiquent les récits des onze premiers chapitres de la Genèse, mais, de par son péché, il perdit la conscience claire de sa relation au Dieu unique, il en vint à diviser et déformer ce Dieu, sans jamais tout à fait en perdre la mémoire (cf. la présence de EL(llil) ou Ea(= yahvé) dans le panthéon sumérien, la connaissance du Dieu d'Abraham par le pharaon et le roi Abimélek, etc...), c'est alors que Dieu patiemment entama le processus inverse avec un tout petit peuple : les hébreux, commençant bien humblement par un homme : Abraham.
    Etape par étape, Dieu se re-révèlait à l'humanité. La Bible est la trace écrite de ce processus de 'reconquête', elle porte les stigmates de ce passage graduel du monothéisme perverti en polythéisme au monothéisme définitif qui devait façonner notre humanité.
    Mais la Bible, c'est aussi un témoignage du 'retravail de purification' que les hébreux entreprirent par rapport aux récits sumériens pour en faire des récits monothéistes, c'est ce que nous allons voir maintenant.

VI) COMPARAISON ENTRE LES RECITS SUMERIENS ET LES RECITS BIBLIQUES :
(les 3 exemples 'phare' : création de l'univers, création de l'homme, le déluge)

LES RECITS DE LA CREATION :
A) LE RECIT SUMERIEN :
  • Voici en substance les origines de l'univers vues par les sumériens :
Au commencement était Nammu, déesse de la Mer Primordiale.
Une montagne cosmique vit le jour dans la mer, issue de l'union parfaite et indifférenciée du dieu du ciel, An, et de la déesse de la terre Ki (Ninhursag).
An et Ki engendrèrent Enlil, le dieu de l'air et de l'orage. La naissance d'Enlil fut ce qui déclencha la séparation du ciel et de la terre et ce qui donna à chacun de ses deux éléments sa forme et sa fonction respective. An le père se réserva le ciel, tandis que Enlil s'appropria sa mère la terre.
Avec l'aide de sa mère et d'Enki, le dieu des eaux, Enlil produisit les plantes et les animaux.
B) LE RECIT BIBLIQUE :
C) COMPARAISON DES 2 RECITS :
1) Les points communs :

Si on lit attentivement les 2 récits, on peut voir que l'ordre d'apparition des éléments qui composent l'univers est sensiblement le même.
  • Ainsi, dans les deux récits on peut voir qu'avant la création proprement dite, l'eau était présente :
    la déesse de la Mer Primordiale // l'esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux.
  • Dans les 2 passages, le ciel et la terre sont d'abord séparés avant l'apparition de toute vie, ensuite, seulement, les plantes et les animaux sont créés--en même temps.
2) Les différences :

Avant d'aborder les différences de détail, il faut bien sûr mentionner, en premier lieu, LA différence fondamentale qu'il existe entre tous les récits sumériens et bibliques : DIEU.
En effet, alors que la création chez les sumériens est née d'une relation bien humaine entre un dieu et une déesse, la Bible nous présente immédiatement un Dieu transcendant, qui, sans aide, peut créer par sa parole et son esprit, qui planait sur les eaux : ciel, mer, terre, astres et êtres vivants.
  • La naissance du ciel et de la terre dans le récit sumérien semble être un accident provoqué par la naissance d'une autre divinité (Enlil) // Dans la Bible, c'est un acte conscient et volontaire du Dieu transcendant de l'univers.
  • Il faut également noter que la description de la Bible pour la naissance du ciel et de la terre est plus détaillée, indépendamment du fait que la Bible décrit aussi la création d'éléments qui ne figurent pas dans le récit sumérien (la lumière, les différentes espèces d'animaux telles que les oiseaux et les poissons). Si l'on revient au récit biblique de la création du ciel et de la terre, on peut en plus remarquer le réalisme de la Bible par rapport au récit sumérien : la naissance d'un dieu déclenche la création du ciel et de la terre, ensuite, An s'approprie le ciel, Enlil la terre, aidé par sa mère et le dieu Enki. Nous sommes ici en pleine légende mythologique ! // La Bible, quant à elle, rend compte de la séparation, dans un premier temps, du ciel et de la mer, qui recouvre alors toute la terre, puis, elle nous raconte l'apparition des continents, nous avons ici une belle intuition 'scientifique'...
LES RECITS DE LA CREATION DE L'HOMME :


A) LE RECIT SUMERIEN :
Les dieux mineurs ou prolétaires (les Igigi) furent forcés de travailler pour les grands dieux. C'est alors que les Igigi commencèrent à gémir à grands cris pour demander du repos. Namma, mère d'Enki, appela ce dernier pour qu'il vienne en aide à ces dieux mineurs et trouve ainsi une solution. Enki fut appelé parce qu'il était non seulement le dieu des eaux, mais aussi celui de la sagesse.
Les grands dieux avaient en effet besoin des Igigi pour leur faire cuire le pain et les décharger des travaux pénibles. Mais, ces grands dieux devaient, dans un même temps, soulager les dieux prolétaires de leurs durs labeurs avant qu'ils ne se révoltent. La solution fut donc de créer une race d'esclaves : les hommes.
Enki prit alors de l'argile (ou poussière) et la trempa dans la chair et le sang d'un dieu sacrifié ; l'homme aurait ainsi une part de l'intelligence divine.


B) LES RECITS BIBLIQUES :
I) Récit de la Création : Gn 1, 26-27
Dieu dit : "Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance et qu'il soumette les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toute la terre et toutes les petites bêtes qui remuent sur la terre !"
Dieu créa l'homme à son image,
à l'image de Dieu il le créa ;
mâle et femelle il les créa.

II) Récit de la Création : Gn 2, 4b-5.7
Le jour où le Seigneur Dieu fit la terre et le ciel, il n'y avait encore sur la terre aucun arbuste des champs et aucune herbe des champs n'avait germé, car le Seigneur Dieu n'avait pas fait pleuvoir sur la terre et il n'y avait pas d'homme pour cultiver le sol [...] Le Seigneur Dieu modela l'homme avec de la poussière prise du sol (ou argile). Il insuffla dans ses narines l'haleine de vie, et l'homme devint un être vivant.

C) COMPARAISON DES 2 RECITS :
1) Les points communs :

  • Dans les 2 récits l'homme est créé en vue du travail : dans le récit sumérien pour soulager les dieux mineurs // dans la Bible pour cultiver le sol.
  • Dans les 2 textes, l'homme est fait à base de poussière ou d'argile.
  • Enfin, dans ces 2 passages, il est spécifié que l'homme est lié au divin. Dans le récit sumérien, cela est présenté sous la forme d'un sacrifice de dieu, dans le sang duquel l'argile humaine est trempée. // Dans le récit biblique, Dieu affirme que l'homme est créé à son image ; dans le 2ème récit de la création, ce lien avec le divin est d'ailleurs suggéré par le souffle de Dieu qui donne la vie à l'homme.
2) Les différences :

  • La première différence qui saute aux yeux, en dehors de la différence habituelle entre polythéisme et monothéisme, c'est bien évidemment les raisons pour lesquelles l'homme fut créé. Dans un cas, l'homme est un palliatif pour remédier à une révolte de dieux inférieurs. Il n'est donc pas étonnant que les êtres humains soient considérés comme une race d'esclaves !! // Le contraste est saisissant, car Dieu dans la Bible créé l'homme sans raison apparente, c'est un geste gratuit. Certes, l'homme est aussi, comme dans le récit sumérien, créé pour le travail, mais, dans les textes bibliques, le travail est vu comme un moyen d'anoblir l'homme. Par le travail, Dieu donne à l'homme domination sur la terre, les animaux, etc...Le travail le rend semblable à Dieu, c'est-à-dire créateur. L'homme cultive le sol pour domestiquer, créer, et non pour servir des 'êtres supérieurs au rabais' (i.e.les dieux prolétaires).
  • Comme pour le récit de la création de l'univers, celui de la création de l'homme fait ressortir une opposition stylistique et structurelle claire entre les légendes sumériennes et la Bible. En effet, on ne peut que remarquer les histoires anecdotiques des dieux qui se disputent, se révoltent, ont peur de perdre leurs privilèges, etc...Nous avons là un miroir des défauts humains. Comme il avait déjà été dit auparavant, les dieux sumériens ne sont en rien des êtres qui transcendent l'homme par leur omniscience et leur toute-puissance. Ils ne s'élèvent pas non plus au-dessus l'homme par leur comportement moral. // Le Dieu de la Bible est au contraire souverain dans son désir de créer, il ne doit de compte à personne. C'est l'envie amoureuse de créer l'homme qui le motive, non son intérêt, à l'inverse des dieux mésopotamiens.
  • Le dernier élément qu'il convient de mentionner est le grand point commun qu'il existe entre le récit sumérien et la Bible. Dans les 2 récits, l'homme est apparenté d'une manière ou d'une autre au divin.
        Mais, les similitudes ne sont qu'apparentes. Dans le texte sumérien, l'homme est présenté comme un esclave des dieux à qui on accorde au dernier moment un semblant de partage de divinité. Car que penser de dieux qui créent une créature esclave à qui ils donnent un peu de leur nature ? N'est-ce pas une incohérence du récit ? Un peu comme si l'on se devait de rendre compte in extremis de la vérité des faits : comme l'homme est incontestablement différent des autres êtres vivants - il est supérieur aux animaux au sens où il peut réfléchir et agir librement -, il faut bien que les dieux lui aient concédé un peu de divinité. En réalité, il s'agit bien là d'une ressemblance au rabais que les dieux accordent à l'homme, qui ne suffit pas à effacer la véritable raison pour laquelle il a été créé : l'esclavage ! D'ailleurs, ce partage de la divinité n'est octroyé qu'à la suite d'un sacrifice d'un dieu - très vraisemblablement mineur - , nous avons là encore un acte cruel, signalons-le. // La Bible, elle, brille par sa merveilleuse affirmation qui est on ne peut plus claire : Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance. Cette ressemblance est d'ailleurs précisée quand, dans les lignes suivantes, Dieu dit que l'homme lui ressemble par sa domination sur la création. Quelle noblesse est ainsi donnée à l'homme ! De plus, l'image de Dieu qui insuffle à l'homme son propre souffle n'a pas d'autre but que de nous montrer que c'est la vie même de Dieu qui est donnée à l'homme. Le souffle dans la Bible, c'est la vie ; d'ailleurs, si nous perdons notre souffle ne mourons-nous pas ? Le souffle, c'est aussi dans la Bible le symbole de l'Esprit Saint. Dieu donne son propre Esprit à l'homme, comme, plus tard, Jésus souffla sur ses apôtres pour leur donner l'Esprit Saint (cf. Jean 20, 22).
LES RECITS DU DELUGE :
Enki
Noé offrant un sacrifice d'action
de grâce à Dieu après le Déluge

C) COMPARAISON DES 2 RECITS :
1) Les points communs :

  • Dans les 2 récits, le déluge est le moyen choisi par les dieux ou Dieu pour se débarrasser efficacement de l'humanité.
  • Une divinité ou Dieu est à l'origine du salut de quelques humains et d'un certain nombre d'animaux.
  • Une offrande est faite aux dieux ou à Dieu, une fois le déluge terminé.
2) Les différences :

  • Tout d'abord, dans le récit sumérien plusieurs dieux sont à l'origine du déluge, qui n'intervient qu'après que d'autres calamités eurent échoué. La décision des dieux n'est d'ailleurs pas prise dans la sérénité, mais bien plutôt dans l'urgence. Enki suggère cette idée pour 'sauver sa peau'. Ici, on voit clairement que les dieux sumériens ne sont pas omniscients, mais sujets aux doutes, à la colère et surtout à la peur. // Le déluge biblique est une décision prise par Dieu de son propre fait sans qu'il ne rende de compte à qui que ce soit.
  • Ensuite, le motif du déclenchement du déluge est complètement différent. D'un côté, nous avons des dieux qui veulent anéantir l'homme parce qu'il fait trop de bruit !! Motif bien égoïste. Où est la grandeur moral de ces dieux ? // En revanche, dans la Bible, Dieu prend cette décision à contre-coeur après un triste constat : l'homme est devenu mauvais. C'est donc un jugement moral qui motive Dieu. Dieu se montre moralement supérieur, ce qui lui permet de juger l'homme et de constater sa malice. C'est une question de survie pour l'humanité, si le mal n'est pas extrait de son sein, le bien disparaîtra à jamais.
  • La durée du déluge est plus réaliste dans la Bible : 40 jours contre 7 jours. Le récit biblique est aussi plus explicatif en parlant de la durée de la crue, de la décrue, etc...
  • Les récits des offrandes sont également très intéressants. Ainsi, dans le récit sumérien, les dieux n'apprécient les offrandes que par nécessité, ils ont faim !! En ce sens, ils ne sont en rien supérieurs aux hommes. Ensuite, le récit se termine sur une touche cruelle. L'homme se voit infliger plusieurs châtiments (maladies, mortalité infantile, souffrance). // Dans le récit biblique, Dieu respire la bonne odeur de l'offrande (symbole de la prière qui monte aux cieux), et par miséricorde et amour pour l'humanité, décide ne plus détruire l'homme par un déluge. C'est comme si Dieu succombait au charme de l'homme sa créature, un peu à la manière d'un amoureux qui par tendresse pardonne les défauts de sa bien-aimée. Le récit biblique se termine donc sur une note positive, la maladie et les douleurs de l'enfantement ayant déjà été mentionnées dans le récit de la chute (Gn 3) comme une conséquence de la liberté de l'homme, ainsi que de son refus de Dieu, et, non comme une punition arbitraire que les êtres humains auraient à subir de la part de divinités pour un motif aussi futile que le bruit !!
EN CONCLUSION : ce qui ressort de ces comparaisons des passages les plus significatifs des légendes sumériennes et des 11 premiers chapitres de la Genèse, c'est qu'il est indéniable que les récits bibliques ont subi l'influence de la civilisation sumérienne. Ce n'est pas un secret, tous les exégètes l'ont bien démontré. Mais, et c'est le 'mais' qui est ici le plus important, cette influence n'est que superficielle. En fait, les auteurs des 11 premiers chapitres de la Bible ont pris des récits sumériens les faits qui leur semblaient historiques pour ensuite les adapter au monothéisme. Au lieu d'avoir des querelles de dieux, des mesquineries et des lâchetés bien humaines à l'origine de faits qui semblaient historiques à l'époque, les auteurs ont repensé les causes, les attribuant à un Dieu unique et transcendant l'homme de par sa puissance, sa sagesse et sa grandeur morale.
Enfin, signalons que les auteurs bibliques ont non seulement repensé les raisons des faits d'histoire qu'ils relatent (Dieu étant la raison et la cause et non les dieux), mais, ils ont aussi refondu les récits, les rendant plus réalistes (création, durée du déluge, etc...).
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