Des photos qui vous parlent.
Appuyer sur le déclencheur d’un appareil photographique c’est raconter une histoire ! Mais c’est aussi figer l’instant !
Il ne saurait ici être question de donner LA méthode qui vous fera faire de belles photos car elle n’existe simplement pas ! Par contre le respect de quelques règles et la mise en œuvre de quelques principes simples devrait vous aider à faire de beaux clichés.
Principes de base :
Une photo, celle que vous regardez … c’est avant tout l’aboutissement d’un certain nombre de processus techniques ET le résultat de paramètres..
v La position du photographe et / ou de son appareil photo dans l’espace ou devant de la scène mais aussi dans le temps.
v Le cadrage du cliché (centré, décalé, oblique, plongée, contre-plongée, surplomb…)
v Les réglages … temps de pose, ouverture, netteté, profondeur de champ
Exemple : Prendre la petite dernière de la famille qui saute à la corde à 150m de distance fera à l’occasion une bonne photo d’ambiance mais il serait très étonnant qu’on la reconnaisse ! … Déception garantie !
Donc une photo ça se pense avant d’appuyer sur le déclencheur. Je suis sur qu’il vous est déjà arrivé de vouloir prendre une photo et que une fois l’œil dans le viseur vous y avez renoncé parce que déçu de ce que vous y voyez !
La scène, le paysage, la situation vous « parlait » et la photo vous déçoit !
D’expérience et avec beaucoup de modestie, il faut faire des milliers de photos par an pour pouvoir espérer faire « la photo du siècle » en pensant bien à ce que vous voulez représenter.
Exemple : Mettez vous dans la position du peintre qui sur sa toile blanche va organiser l’espace
La position et la situation dans l’espace et dans le temps:
Etre trop loin, excentré, au dessus ou au dessous du sujet fait référence à une position dans l’espace. Il ne viendrait à l’idée de personne de photographier les premiers pas de bébé sans au moins plier les genoux ! Cela dit ; rompre avec le conformisme pictorialiste peut être intéressant dans certains cas ; cela donne souvent des photos originales.
Exemple : Photographiez Guillaume Tell en culotte courtes dans ses œuvres et de dos et vous ferez probablement une photo décevante.
Les photographes sont souvent des gens raides comme des « verres de lampe » Songez donc à vous mettre « à la hauteur » de la scène ou du sujet !
Photo1 Photo2La position du photographe se situe aussi dans le temps. Arriver « après la bataille » ou après l’action n’a jamais permis de faire des photos qui parlent …Sauf si vous voulez saisir la mimique de déception de l’archer qui à raté sa cible.
Il faut être DANS l’action, en éveil, sur le qui-vive pour faire de belles photos. Il arrive bien souvent que nous n’ayons que 2 ou 3 secondes pour appuyer sur le déclencheur.
Voir clichés 1 et 2 La photo 1 est axée sur les personnages au centre de l’image tandis que la photo 2 situe plus l’action du groupe dans son contexte.
Photo 3 Photo 4
La photo 3 est descriptive du contexte et de l’ambiance tandis que sa voisine montre les personnages.
Photo 5Manifestement sur ce cliché de la photo 5 … 3 secondes après ces rires la photo n’était plus à faire ou avait un autre sens !
Le cadrage
Nous les photographes avons hérités de quelques siècles d’académisme de la peinture. Notre conception de la représentation d’un sujet ou d’une scène en est fortement et inconsciemment imprégnée ; même pour ceux qui n’ont pas à proprement parlé de culture ou de savoir graphique.
La règle dit que le rapport entre la plus petite et la plus grande partie de l’image doit être équivalente au rapport entre la plus grande partie et le tout.
Mathématiquement parlant, 1.618 représente cette proportion idéale.
Plus intéressant encore, on s’est servi de ce nombre d’or pour établir des lignes imaginaires qui découpent l’image en trois parties horizontales et verticales égales.
Ces lignes sont appelées lignes de forces.On apprend cet académisme dans les cours de dessin comme de photographie. Voir figures 3 et 4
Figure 3 Figure 4Instinctivement nous lisons les photos dans l’ordre des quadrants !
La lecture de la photo3 nous révèle que les quadrants 1, 2, 3, 4, 7sont pauvres ou vides d’information. Le cliché pourrait se résumer aux quadrants de 5,6, 8, 9, les autres ne contiennent que des informations secondaires.
Pour la photo 4 c’est encore plus évident ! C’est l’absence d’informations périphériques qui renforce l’impression d’isolement des deux personnes au centre.
Dans les deux cas, même si les quadrants ne contiennent pas d’information ; ils participent incontestablement à l’équilibre de la photo.
A chacune des intersections de ces lignes est un point stratégique. Ce sont ces points, qu'on appelle « point chaud ».
L'œil va naturellement se porter sur ces points en priorité, c'est donc à ces intersections qu'il convient de placer les éléments importants de nos photos.
C'est en jouant avec ces lignes, ces points et les perspectives (lignes de fuites) que les photos renforcent leur effet. Les intersections de ces 4 lignes font ressortir les points forts de la photo. Voir figure 5
NB: Il faut éviter de placer deux éléments importants sur une même ligne de force car ils auraient tendance à s’affaiblir mutuellement.
Figure 5
Nous savons aussi fort bien qu’une bonne photo est celle ou les éléments guident le regard ou l’esprit…
Figure 6 Figure 7
Sur la photo 6 la lecture se fait en diagonale malgré l’abondance des personnages il en ressort les trois accordéonistes mais aussi le badaud les mains dans les poches ! Sur la photo 7 l’espace devant le chevalier apporte la dynamique du déplacement
Figure 8Sur la figure 8 selon la ligne de fuite et contrairement à notre habitude la lecture est verticale de bas en haut ! Ce qui valorise la majesté du lieu. (Un transept de la Cathédrale de Reims)
Devant une photo un peu moins simple à interpréter, des tests scientifiques ont démontré que tous les individus d’une même culture ont le même cheminement visuel complexe. Donc lorsque vous découvrez une photo, vous avez une structure perceptive commune. Se servir de cette connaissance du mécanisme du regard pour attirer le spectateur vers le sujet principal, le diriger vers le message important ne fera peut être pas de vous un photographe reconnu mais vous permettra au moins de faire des photos qui vous décevront moins souvent.
Le champ de la vision nette d'un oeil est très étroit. Vous balayez l’ image d’un mouvement continu extrêmement rapide, ce qui vous donne l’impression de percevoir l’image nette dans sa globalité. L’œil n’a pas une méthode d’exploration unique. Il est attiré par un certain nombre d’éléments dont les points forts de l’image.
Le regard s’attarde naturellement sur les zones plus compliquées de l’image. Il se dirigera dans un second temps plus facilement vers la forme la plus grande ou la plus proche, il a aussi tendance à s’orienter vers le centre de l’image.
D’autres caractéristiques d’une photo (la netteté, la régularité, le premier plan, les couleurs chaudes…) peuvent également diriger le regard. Le balayage de l’œil se fait dans le sens de l’habitude culturelle, il aura donc tendance à aller de gauche à droite et de haut en bas.
On appelle ce balayage, la lecture en Z. Figure 8A
Figure 8 A
Un dernier élément attire l’œil, l’apparence humaine en l'occurence. Une personne dans un décor fera que le regard va forcément se porter en premier sur le personnage. En suite plus précisément, c’est le visage qui va attirer le l'attention. Pour terminer sur ce visage, c'est le regard qui va revétir le plus d’importance.
Instinctivement nous comprenons ici que le balayage horizontal dans une photo avec des dominantes horizontales sera reposante pour l’œil car il évoque le calme, la profondeur et permet d'élargir l'image. Les dominantes verticales seront elles fatigantes par l'évocation de la rigidité mais elles donnent l'impression d'allonger l'image. Les dominantes obliques seront plutôt agréables par l'impression de briser la monotonie ! Figure 8 B
Nb les figures 8A et 8B ont les mêmes dimensions !
Figure 8 B
Le Bel ouvrage
C’est sous ce vocable que le compagnonnage désignait les règles de l’art qui concouraient à l’élaboration d’un travail fait avec amour. Le dit travail était la somme de savoirs faires mais il répondait aussi à des règles de production et d’esthétique. Ainsi le temps passé à l’ouvrage n’entrait’ il pas en compte pour produire ce qui était beau.
Je pense n’étonner personne ici en avançant qu’il en va de même pour la photographie. Le temps passé à penser sa photo, à chercher / trouver le bon angle de prise de vue, le bon éclairage, le bon moment (nuage qui passe) participera toujours à l’investissement créatif du photographe.
Exemple : La notion de photo prise par réflexe suppose qu’il existe son pendant la photo patiemment pensée et composée
v Le portrait : L’académisme impose pour la réalisation d'un portrait. que l’élément le plus important soit le visage ou le regard du sujet.
Il faudrait donc autant que possible le placer sur les points chauds que nous avons vus précédemment.
NB : L’erreur la plus souvent rencontrée est de centrer le sujet au milieu de la photo alors qu'il existe la règle des tiers. L’élément important étant le visage et particulièrement le regard ; faites la mise au point sur les yeux afin de mettre le regard en valeur..
Nous voyons que le portrait obéit aux règles citées mais d'autres existent. Dans le cas d'un portrait en pied ou rapproché, essayez le cadrage vertical au lieu du cadrage horizontal.
Constat général ; sur les photos, le regard est un élément primordial du portrait. En plus de le placer sur un point chaud, il est conseillé de laisser plus d'espace du côté regardé par le sujet. Ce qui exclue pour un réel portrait de faire une photo anthropométrique avec le pif centré sans ombres ni nuances. Voir figures 10 et 11
Photo 10 Photo 11
v Le Paysage : La composition d'une photo de paysage suit les mêmes règles que celles d'un portrait. Mais comme un paysage n'a pas de regard, les différents éléments qui vous ont séduits sont à mettre en valeur sur votre photographie.
Puisque qu'on ne centre pas un portrait, les parties importantes d'une scène doivent elles aussi se trouver sur les lignes et points cités
Essayez de placer l’horizon au plus prés ou sur la ligne inférieure ou supérieure de la division par tiers, et non au milieu de l'image.
Le choix d'un cadrage plus haut ou plus bas dépendra du paysage que vous photographiez. Par ailleurs, sauf en cas de gros tangage …Veillez à ce que la ligne d'horizon soit... horizontale, il serait en effet risible d'avoir une mer de guingois ! Voir figure 12
Photo 12v La nature des choses : Photographier un bouquet, une belle plante, une belle voiture, ou son hamster suppose plus que jamais que l’on prenne son temps. La photographie est aussi une école de patience …
Photo 13 Photo 14
La photo 13 peut être considérée moins comme un portrait que comme une nature morte car la lenteur de la tricoteuse et la sérénité ambiante qui se dégage de cette photo est rendue perceptible par la lumière oblique et surtout le sens qui lui est donné comme un coup de projecteur sur le personnage central.
La photo 14 met elle l'accent sur les couleurs. Le photographe ne peut pas intervenir ni sur l'agencement et trés peu sur la lumière. Il lui faut donc se positionner au mieux et cadrer "serré" pour éviter les éléments parasites tel que la balance sur cette photo.
v L’abstrait : C’est peut être le seul sujet photographique qui s’accommode assez mal avec la composition académique d’une photo. Là plus que n’importes ou ailleurs le photographe est tributaire de la nature des choses. Voir figures 15 et 16
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Figure 15 Figure 16
v Le graphisme : Assez proche de l'abstrait, là non plus il n'y à pas de règle précise de composition d'une image. si ce n'est qu'il convient de penser sa photo en terme de lignes horizontales, verticales, courbes, obliques... C'est généralement le domaine de prédilection de la photo d'architecture voir photo 17 ou globalement l'image est divisée en deux par une diagonale
Photo 17
Conclusion
Une photo se pense, se compose, s'étudie à l'avance et c'est comme la pèche à la mouche ou on perfectionne son lancer, ou on va voir chaque fois un peu plus loin si ça mords .... Les résultats photographiques seront toujours directement proportionnels au temps que vous y avez investis.