La Famille BASTOS

L'histoire commence bien avant la conquête de l'Algérie avec l'arrivée du premier BASTOS à Oran. Il s'appelle Juan ( 1817-1889 ) et vient de Malaga où il est né, bien décidé à tenter l'aventure dans ce pays neuf. Il a l'esprit entreprenant des pionniers et se lance rapidement dans la fabrication des cigarettes à son nom. Après l'arrivée des français en 1830 il adopte très vite la nationalité française et son usine est déjà bien implantée en bord de mer comme en témoigne cette illustration d'Oran en 1855. On peut y apercevoir l'usine BASTOS dans le cercle rouge.



La succession est assurée par toute la famille dont la lignée est assez importante. Un fils Emmanuel ( Oran 1839-1920 ) prendra la suite puis les petits enfants nombreux, parmi lesquels Alfred ( 1874-1951) aura une fille née en 1903 (décédée à Paris en 1930 ), prénommée Fernande , qui est la mère de Marie Louise LAMAIZIERE à laquelle nous devons les documents qui illustrent cette page.(Voir à ce nom dans "la page de les amis oranais" Fernande était la 4° d'une fratrie de 9 enfants qui ont perpétué la lignée des Bastos.



Ci-dessus, une vue de l'usine vers 1900
et ci dessous une photo prise en 1983 lors d'un voyage de M-L LAMAIZIERE-PARENT à Oran



Dans les années 20, à l'époque où Oran est en pleine expansion,



La marque est connue dans le monde entier si l'on en croit l'image publicitaire ci -dessous:
Une usine à Bruxelles en Belgique vient compléter les deux usines oranaises, et la production atteint annuellement 600 millions de cigarettes !
Remarquez que la fumée produite par les fumeurs des 5 continents dessine dans l'espace le mot Bastos.


A cette époque il n'y avait pas de loi anti-tabac.... La publicité pouvait se faire librement: "Brune ou blonde..."


Peut -on seulement trouver aujourd'hui, un seul oranais qui ne se souvienne pas du nom de Bastos. Si l'on faisait le Top 50 des noms célèbres d'Oran, on trouverait certainement à la première place ex aequo BASTOS et GALIANA sans doute bien avant Camus ou Yves Saint Laurent....! car les oranais étaient avant tout des épicuriens.

Souvenez vous....





Et si vous ouvrez votre dictionnaire au mot "Bastos", vous y trouverez cette définition:
Balle d'arme à feu ! Ceci proviendrait d'une altération argotique dans le langage de nos poilus car la maison BASTOS alimentait en tabac et cigarettes les troupes du front durant la première guerre mondiale !


Un témoignage émouvant de Claude Garcia: sa belle-mère a travaillé à l'usine Bastos et cette photo date de 1930. Y reconnaissez vous quelqu'un ?



Francis Femenia y a reconnu sa tante Mademoiselle Françoise Féménia dite Paquita. (signalée à gauche de la petite croix rouge) et nous raconte cette anecdote:

"ma tante Féménia Françoise dite Paquita cigarière de son état nous racontait avec sa verve bien caractéristique (moitié valencien et chapourao) la sortie de chez Bastos.
imaginez toute une bande, bras dessus bras dessous, fêtant à leur manière la fin de la journée!
il y avait qui?? ha! moi(elle commençait par elle),Manuéla, henriquéta, Rosa, Incarnacion,y qué mas disait elle! bref tout ce petit monde empruntait depuis la rue christophe Colomb, la rue Charles Quint vers la place de la république et inmanquablement se trouvait sur cet itinéraire, un brave homme prénommé Djilali avec son "carro" tracté par un "bourro" quelque peu amaigri,poils drus qui saillaient de son harnachement: quelle aubaine !!
"chico podémos souvir insima tou carro" et sans attendre son accord les voila dessus la charette laquelle penchait vers l'arrière et soulevait l'âne
aie! aie! mi pauvré bourro se lamentait Djilali
no lé acé rétorquaient ces drôles! mira como tiéné el rabo(hum,hum) allez dalé al latiguo!
les voila parties d'un grand rire et d'entonner tous ces chants typiquement de chez nous et d'époque tels que:
ya sé va el vapor- la barquéta dé la marsa- qué baillé qué baillé el m.........etc etc

et ce pauvre bourricot qui tirait sur les brancards s'arrêtait ,puis reprenait son petit trot tout en évacuant de "l'engrais" et les autres de s'esclaffaient de plus belle

Djilali ne pouvait qu'encourager sa bête; aré ma!! suivi du fouet ,et cette singulière cargaison reprenait sa route ,le tout entremélé de chants , de rires, de grincements de roues jusqu'a..........et bien place de la république et là terminus!!!!

barra del carro y andar por patta disait Djilali
et de partir à nouveau de rires et de adios y à manana! et la suite? et bien..... ce Djilali devait poursuivre sa route place kleber- bd oudinot- devant le Familia-Place des quinquonces (repos de l'âne) destination raz el ain

le lendemain il se trouvait parait-il (confirmée par Henriquéta autra pia) à la même heure et au même endroit..........letché!! une paquété dé bastos y une pourico...... buéno vorem

enfant !voila ce que j'entendais ,au bar jeanot les yeux rivés sur cette conteuse, qui faisait rire l'assistance; aie! qué mé piché disaient certaines"

Francis
ps:ces faits véridiques, ,je les ai entendu maintes fois! les écrits ne sont évidemment pas comparables à l'engouement des personnages !


Antoine Orsero n'a pu reconnaître sa tante et pourtant... "L'histoire est superbe et on dirait que je les vois toutes ces travailleuses de chez Bastos! Ma tante aussi y travaillait mais impossible de la reconnaître sur la photo!
Je crois que le bourricot qui tirait les cigarières devait aussi connaître les chansons, à force de les entendre!"

Une autre photo des cigarières, document provenant de Francis Féménia:



prise quasiment du même endroit, mais en plan plus rapproché. On peut y voir sa tante assise au 3° rang à gauche.
Françoise Nal, croit y reconnaître sa belle-mère (qui y a travaillé jusqu'à son mariage en 1922)

Cet article a généré beaucoup d'intérêt et de commentaires:
En avril 2007, je reçois cette photo avec les commentaires qui suivent:



la personne à droite sous le N° 1 est Jeanne LOPEZ A gauche sous le N° 2 Marie LOPEZ Ce sont respectivement la tante et la mère de Monique SALADO. MLa photo date de 1942. Il s'agit bien de cigarières mais s'agit-il de l'usine BASTOS ?
Personnellement je n'ai pas souvenir d'une autre usine de tabac à Oran.
Monique souhaiterait une confirmation et en même temps retrouver les enfants de son cousin Raymond LOPEZ décédé à Privas?
Contacter Monique : EMail monique.antonine@yahoo.fr





en début 2010, ce témoignage émouvant de la fille d'une ancienne ouvrière de chez BASTOS>


Bonjour, je découvre votre site et il me plait beaucoup. Je suis en 1961 mais aux portes de Paris ! maman (Ascension Anton dite "Scensionica" est née à Oran en 1920 et fêtera ses 90 ans cette année. Son père Domingo était docker. elle a travaillé à l'usine Bastos avec sa copine Gaby (décédée il y a peu de temps), elle m'a raconté et mimé les gestes qu'elle accomplissait sur les machines qu'elle connaissait toutes car elle avait le poste de "remplaçante" lorsqu'une ouvrière s'absentait d'une machine pour prendre je pense une pose. elle n'était pas malheureuse car le contremaître et ses collègues l'appréciaient bien et ne soufflaient mot si par malheur elle arrivait en retard le matin... maman a quitté Oran en 1944, elle y est retourné de temps en temps en vacances chez sa famille jusqu'en 1962. et depuis elle vit de souvenirs et moi aussi car je suis la seule de mes 5 frères et soeurs à n'y avoir jamais mis les pieds ! tout ce que je connais d'Oran c'est à travers ma mère : sa cuisine, ses chansons, ses souvenirs, son soleil, la plage et son accent ! donc je suis moitié pied noir moi aussi ! cordialement.



La dernière trouvaille: ces photos publicitaires trouvées sur l'échoppe d'un bouquiniste.
La pub "érotique" ne date pas d'hier, maisremarquez néanmoins que ces dames sont "habillées".