Il m'a semblé intéressant de faire partager à nos amis, quelques connaissances sur l'origine de la Patronne de l'Oranie : Notre Dame de Santa-Cruz. Santa-Cruz est le nom du fort qui est situé au-dessus de la chapelle. Il fut construit pendant l'occupation espagnole au XVIII siècle.

Les Espagnols, dans leur esprit de foi catholique, avaient donné un nom religieux à tous les principaux ouvrages militaires élevés par eux autour d'Oran
En 1830, la France conquit l'Algérie. Oran, en 1849, comptait 24 845 habitants répartis de la manière suivante :



L'EPIDEMIE
Une épidémie de choléra qui sévissait dans le bassin méditerranéen et notamment en d'Italie, toucha la ville. Le 14 octobre Oran se réveille dans la torpeur. Après quelques jours, aidé par une sécheresse qui n'en finissait plus on dénombrait au 31 octobre : 1172 victimes. Les habitants, toutes confessions confondues, devant cette hécatombe, décidèrent de s'adresser à l'autorité militaire: le Général Pelissier qui gouvernait Oran, pour demander de l'aide. Après une étude des remèdes, des moyens mis en place et précautions d'usage pour lutter contre l'épidémie, force est de reconnaître que tout paraissait vain, l'épidémie gagnerait dans les jours à venir encore du terrain. Il faudrait de la pluie pour stopper l'épidémie. C'est alors en conclusion d'une énième réunion des autorités civiles, militaires et religieuses que le général Pelissier interpella l'abbé Suchet, Vicaire général d'Oran : "Mais qu'est-ce que vous faites, Monsieur l'Abbé, vous dormez ? Vous ne savez donc plus votre métier ? le choléra ? Nous n'y pouvons rien : ni vous, ni moi, ni personne ne pouvons l'arrêter. Je ne suis pas curé et, pourtant, c'est moi Pelissier, qui vous le dis : faites des processions ! "
Et l'officier jeta comme un cri de désespoir ou de suprême espoir ces mots devenus célèbres : " Foutez-moi une Vierge là-haut sur la montagne : elle se chargera de jeter le choléra à la mer"

LA PREMIERE PROCESSION
Dès le dimanche 4 novembre est organisée une procession vers la montagne du Murdjadjo.
Les oranais allèrent à l'église Saint-Louis située au quartier de La Marine(cette église est devenue l a cathédrale d'Oran jusqu'en 1930), où se trouvait Nostra Señora del Salud et ils partirent en procession en portant la Vierge de Notre Dame du Salut, dans les rues du quartier de la Marine, puis lentement le cortège parcourut la haute ville, de toutes parts on entendait les gémissements et les supplications monter vers le ciel. La procession franchit le ravin Raz-el-Aïn et se dirigea vers le fort au lieu dit Santa-cruz, jusqu'au plateau qui s'étend presque à mi-hauteur de la Montagne. Les premiers porteurs, des pécheurs, napolitains et espagnols étaient vêtus de leur tricot marin et de leur ceinture de flanelle rouge. ( Cet habillement est longtemps resté dans la tradition de ceux chargés de porter la Vierge, ce n'est plus le cas à présent) On peut aisément imaginer l'immense foi, la ferveur des chants et prières qui accompagnèrent les premiers fidèles en cette première procession. Arrivés au plateau, ils déposèrent la Vierge et prièrent et chantèrent des louanges encore et encore… mais le ciel demeurait obstinément bleu………….

ET LE MIRACLE S'ACCOMPLIT ! !.
Quelques heures après le ciel s'assombrit……… quelques gouttes de pluie commencent à tomber, se mélangeant aux larmes de joie des assistants. La pluie s'arrêta puis elle repartit en fines gouttes. Miracle ! ! la foule retombe à genoux. La pluie redoubla de force et de violence pendant deux jours, la ville en recevait à la mesure de la foie inébranlable qui avait accompagné les premiers fidèles Grâce à cette pluie bénie pluie, Oran se refaisait une toilette de fond, elle éliminait tous ces maux, tous ces malheurs ….l'épidémie était vaincue.

Le Miracle de la Pluie avait eu lieu. Il a marqué à jamais les esprits de nos anciens. Une chapelle fût érigée, dès 1850. En 1873, une grande tour, surmontée d'une statue géante de la Vierge compléta l'édifice. De ce sommet Notre Dame du Salut devenue Notre Dame de Santa-Cruz veillait et protéger les oranais.
Elle a été aménagée et agrandie pour devenir une basilique en 1950.
Dès lors, chaque année, le jour de la fête de l'Ascension est devenu le rendez-vous des oranais et des oraniens. Pour rendre grâce à la Vierge qui les a sauvés, une procession se déroulait: elle partait de l'église Saint-Louis, les pentes de la montagne étaient noires de monde. Beaucoup de prières, de chants; les plus pieux gravissaient les pentes pieds nus en signe de grande piété, d'autres (plus rares) faisaient pénitence en montant à genoux aidés de parents, ou d'amis mais tous concernés, certains avec des cailloux, d'autres avec des poix chiches dans les chaussures pour se faire pardonner (l'histoire ne dit pas si c'était des poix chiches cuits). Ce rassemblement aussi était l'occasion pour ceux moins pratiquants dirait-on, de passer une belle journée à la montagne, pour plaisanter et rigoler, cherchant d'abord le meilleur endroit pour faire une paella au feu de bois ou faire cuire les brochettes (à noter que sur la montagne du Murdjadjo, nous n'avons jamais connu de feux. , comme dans le midi de la France, on devait être plus vigilants à l'époque et plus conscient du danger, pourtant le terrain était très favorable).
(Note additive de JCP: Désolé de contredire José: il y eut en 57 ou 58 un énorme incendie sur les pentes du Murjadjo, mais sur le versaabt opposé descendant sur Mers el Kébir. La fumée et les flammes étaient visibles depuis le front de mer à Oran)
Au préalable chaque participant allait du côté de la grotte pour allumer un cierge. De nos jours à Nîmes, la même tradition demeure.



LE DEPART
En 1962, les oranais quittent Oran……,l'Algérie....
C'est l'exode.
On ne sait plus où est parti tel membre de sa famille, de ses amis les plus proches, ses voisins ….. chacun est dépaysé, ayant atterri parfois dans des régions ou villes hostiles à cette arrivée de gens qui ne sont pas considérés comme français.. on est un peu perdu.
A Nîmes beaucoup d'oranais se retrouvent; peut-être le climat, peut-être Nîmes et sa féria qui rappellent Oran, le côté espagnol. Toujours était-il qu'un grand nombre de "rapatriés " une nouvelle appellation, se retrouve au Mas de Mingue, un quartier à l'extérieur de la ville où des bâtiments H.L.M récemment construits accueillent cette nouvelle génération d'habitants. A noter que le maire de l'époque est pourtant communiste mais il met tout en œuvre pour que les "rapatriés " soient accueillis le plus chaleureusement et dans les meilleures conditions possibles ce qui n'est pas le cas à Marseille par exemple.

LE MIRACLE CONTINUE
Le Révérend Père Hébrard, aumônier de la Base aérienne voisine s'étonne de ne voir pratiquement aucun fidèle pieds-noirs venir assister à la messe. Il rencontre alors le président du quartier, Antoine Candéla et Antoine Roca, président de l'association des parents d'élèves. Les deux " Antoine " font alors part de leur sentiment "père nous serons des vôtres si vous prenez l'engagement solennel de vous placer, avec nous sous le vocable de Notre Dame de Santa-Cruz " en souhaitons bien évidemment que la Vierge soit rapatriée elle aussi…

Le défi est lancé, l'aumônier s'adresse à son supérieur, Monseigneur Rougé évêque de Nïmes. Ce dernier encourage cette démarche et rencontre Monseigneur Lacastre alors évêque d'Oran. Considérant que la quasi-totalité de ses paroissiens étaient partis, la Vierge devrait être parmi eux maintenant là où ils se trouvaient, et il donna son plein accord.

En 1965, c'est par un bâtiment de la Marine Nationale que la patronne des oraniens traversa la Méditerranée.
Grâce à l'opiniâtreté de l'Aumônier et des deux Antoine, la Vierge rejoignit le Mas de Mingue. La générosité d'un nîmois M. Régis Denis qui céda pour un franc symbolique un terrain de 5000m2 en haut de la colline est à souligner. Le projet de construction d'un Sanctuaire pouvait être envisagé. Ce sanctuaire grâce à de nombreux donateurs et par l'action de l'Association des Amis de Notre Dame de Santa-Cruz a été agrandit au fil des ans.



Si à la première procession en 1967, il n'y avait pas beaucoup de fidèles, le bouche à oreille a vite fonctionné et le jour de la Fête de l'Ascension est rapidement devenu synonyme de retrouvailles. On retrouvait des membres de la famille, les amis perdus de vue, les nouvelles des copains des voisins etc……
Dès 1968, il y avait 80 000 personnes, l'année suivante le double et dans les années suivantes jusqu'à 250 000 oraniens.
Ces dernières années la fréquentation est bien moindre, beaucoup sont partis…d'autres sont à présent âgés et ne peuvent que difficilement voyager. En revanche depuis deux ans la fréquentation est en hausse. La génération de ceux nés en 1938-1940 est plus disponible car la plupart sont à la retraite.
Ce Pèlerinage demeure le plus important en France après celui de Lourdes.
A noter qu'en octobre le troisième dimanche, a lieu un pèlerinage qui réunit les anciens de La Joyeuse -Union et Don Bosco, l'occasion de retrouvailles des oranais des quartiers de La Marine et du patronage d'Eckmühl. Entre 4000 à 5000 personnes se retrouvent dans la ferveur certes mais aussi dans la grande joie des retrouvailles

José BUENO 1° Janvier 2002



Nota: Pour voir d'autres documents sur Santa Cruz cliquer ici: Santa Cruz

RETOUR