La Fouguera
Les Feux de la St Jean à La Marine




La Fouguera
Ou les feux de la Saint-Jean, à la Marine l'authentique quartier d'Oran. Il est encore inutile de consulter le dictionnaire de langue espagnole pour chercher une traduction. En effet, dans la langue de Cervantes on désignerait par Hoguera ou Fogata un feu, dans le sens de bûcher, brasier ou feu de joie. Les spécialistes du "parler oranais" doivent connaître l'origine exacte de ce mot, ils pourraient certainement en préciser l'origine, sa signification et que sais-je encore, mais là n'est pas mon propos. C'est encore simplement un mot "oranais", puis c'est bien connu dans les bas quartiers le verbe "chapurrar" (baragouiner) était accommodé à toutes les sauces. Peu importe, c'est bien par "la Fouguera" que l'on fêtait la Saint-Jean, elle donnait lieu à de formidables feux, dans de nombreux quartiers d'Oran, à Saint-Eugène, Gambetta, ou encore à Eckmühl mais notamment aux bas quartiers de La Marine.

En effet à Oran, avec le temps, beaucoup de mots d' origine espagnole ont été modifiés dans l'expression écrite, certains même ont été totalement créés, d'autres n'ont plus le même sens que le mot d'origine, de surcroît certains mots étaient exprimés en langue de la Province de Valencia.

En général les Oranais conjuguaient parfaitement le verbe " Chapurrar " c'est à dire qu'on baragouinait l'Espagnol, c'était devenu de : l'Oranais.


Ce soir on vous met le feu ! ! !
Ce refrain bien connu actuellement était conjugué à la perfection à La Marine. En effet, dans la plupart des bas quartiers, chacun avait sa Fouguera. Celle de la rue de Madrid pas bien loin de l'hôpital Baudens, celle de la rue Tenès étaient des fouguera mineures, en revanche les feux étaient bien plus importants à :
Tout comme la "jolata" La Fouguera respectait les vieilles traditions, venues d'Alicante semble-t-il, par l'ampleur du foyer et la fête qui l'accompagnait autour du feu. Les plus audacieux n'attendaient pas les braises pour sauter au-dessus du foyer, ils franchissaient les dernières flammes sous les encouragements des participants et les cris d'admiration mêlés d'inquiétude des fiancées. Pour rien au monde elles n'auraient manquer d'assister aux exploits de leur "hombre". Très peu de femmes s'enhardissaient à sauter, c'était d'avantage une affaire d'homme et de performances.
Les anciens encourageaient et incitaient les plus jeunes à sauter. Il est à noter que parfois les plus téméraires récoltaient quelques brûlures mais le plus souvent sans gravité

A la Calère, au cours des dernières années, La Fouguera avait réussi a attirer les autres quartiers de la Marine lesquels participaient d'ailleurs aux préparatifs.
Auparavant, chaque quartier avait son fief, chacun veillait à ce qu'aucun autre quartier viennent dérober le bois entassé. Dans la plupart des quartiers le bois était camouflé. La surveillance et la vigilance étaient de mise parfois même on en venait à des échanges "d'estac" ou "stak" (de l'espagnol estaco ) qui signifie lance-pierres.
En ce qui concerne la préparation, on retrouvait dans chaque quartier le même lieu de provision de bois : les collines du Murdjadjo où le bois mort était ramassé, ce dernier ajouté à quelques planches récupérées du côté du port, des palettes, voire quelques vielles chaises ou portes gardées soigneusement pour cette occasion. Le quartier offrant le plus beau foyer, avec ses pantomimes et mannequins perchés sur de très hauts mats, avait une suprématie "honorifique" sur les autres, une réputation qu'il fallait défendre.

La place Isabelle à la Calère où s'est déroulée la dernière Fouguera.en juin 1959. Les pantomimes et mannequins, illustrant des personnages peu appréciés, étaient hissés à une hauteur impressionnante. On devine aisément au centre l'énorme amas de bois et de branches qui une fois allumé constituait un feu grandiose
la préparation était l'œuvre des plus grands sous l'œil amusé des enfants . Joseph Moraléda, Emmanuel Guerréro ( tous deux de la calère) et Yvan Nigues (de Saint -Louis) manipulant un tronc important qui prendra place au centre de la Fouguera

Des fèves chaudes au cumin ! ! !
Incontestablement, à La Calère (et le Jardin de Westford situé dans les hauteurs) la popularité du quartier donnait à cette fête une couleur et une ambiance que l'on ne retrouvait pas ailleurs. L'exubérance bon enfant des habitants donnait un caractère très familial, on emploierait actuellement le terme de convivialité. La Place Isabelle, au centre de la Calère, se prêtait parfaitement à l'envergure nécessaire à la réussite d'un telle fête,. compte tenu de son emplacement, elle pouvait permettre, sans danger pour les habitations la mise à feu d'un foyer grandiose dont les flammes se voyaient depuis " la Cueva del agua " et même au delà.
Les pompiers avaient bien essayé d'intervenir, une fois ou deux mais sans grand succès. L'accès était d'ailleurs difficile au camion citerne en raison de l'emplacement du feu, cependant leur présence rassurait. Dans les autres lieux, en revanche, dans les années précédentes les feux étaient tels que les pompiers intervenaient souvent, sécurité oblige ! au grand désappointement des participants.
Tous les riverains proches de la place Isabelle offraient des fèves chaudes au cumin ou accommodées de différentes sauces. Certes il n'existait pas à cette époque, les assiettes en carton ou en plastique que l'on utilise pour les pique-niques, des cornets fabriqués dans du papier journal faisaient parfaitement l'affaire. Cette tradition de dégustation de fèves s'effectuait dans toutes les autres Fouguera. de la Marine




Le foyer était impressionnant , les flammes étaient aperçues jusqu'à La Cueva del Agua et même au delà
Un peu partout autour de la fête, il y avait des farandoles, on entonnait des chants souvent en espagnol que tout le monde connaissait et reprenait en chœur. La fête se terminait, pour les plus courageux, au port situé tout près, par un bain de minuit, mais que l'on se rassure en maillot de bain. Les jeunes femmes accompagnaient le cortège, très peu d'ente elles se baignaient préférant rire depuis le bord du quai. A part à La Calère où la place Isabelle était en terre battue, les autres lieux offraient le lendemain matin le même visage celui du goudron fendu à l'emplacement du feu, mais il était inutile d'essayer de réprimander les responsables, même en cherchant bien, il n'y en avait pas ou alors c'était tout le quartier !
Cliquer sur la photo pour l'agrandir

La dernière Fouguera a eu lieu à La Calère en 1960. Les feux de la Saint-Jean dans les autres quartiers de la Marine avaient cessé bien avant à cause "des événements", cependant c'est avec un enthousiasme intact que toute la grande famille de la Marine se retrouvait à la Calère pour fêter "con alégria" cette tradition encore présente à nos jours dans les souvenirs. Une raison de la conserver précieusement dans la mémoire , comme les autres fêtes de la Marine , La Jolata, la représentation de la Passion au patronage de la JUS, l'Intierro de la Sardina , une belle époque

José Bueno
Photos: Emmanuel Guerréro

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"Les Hogueras"

En fait cette tradition des feux de la St Jean avec cette appellation,provient d'Espagne et l'abbé LAMBERT avait initié des échanges entre Oran et Alicante pour assister aux Hogueras de cette ville. Voir à ce sujet ce qu'en dit Carlos Galiana Ramos descendant de la famille des distillateurs oranais. --> cliquer pour Voir

Cette tradition se perpétue encore aujourd'hui en Espagne et Charles nous a envoyé quelques photos des Higueras 2004 à Alicante!

Une réplique de la Hoguera primée en 1936:

Les Hogueras 2004:
Celle de la mairie




Celle du quartier Hernan Cortès qui remporta le second prix


et le 24 juin à minuit, tout cela part en fumée...