La Corniche Oranaise.

Si Oran est une ville remarquable, qui nous a tous marqués et continue encore aujourd'hui à être le phare de l'Algérie nouvelle, il ne faut pas oublier qu'elle bénéficie d'un atout inestimable qui est celui de son environnement.
Dans cet ordre d'idée, la Corniche Oranaise joue un rôle fondamental. Si la côte Est est plutôt rocheuse et offre des fonds splendides pour la pêche sous marine ou la pêche tout court, vers Aïn Franin ou Kristel, aux pieds de la Montagne des Lions, la côte Ouest est la plus fréquentée grâce à ses magnifiques plages de sable fin.



Nous pouvons en imagination emprunter le Tramway des T.O. qui circula le long de la côte et desservit Aïn el Turck jusqu'en 1939.
Le parcours se dirige d'abord vers Mers el Kébir. et à cette époque le port n'est pas celui que nous avons connu avant de quitter Oran en 62. Quelques étapes pour se rafraîchir les idées: Monte Christo, Ste Clotilde et les Bains de la Reine, Roseville et St André.
Ces différentes plages étaient accessibles à tous, par ce moyen de locomotion, mais aussi en vélo ou même à pied pour les plus proches ! et c'était l'occasion de journées de détente en famille sur la sable chaud de nos plages.
Au delà la côte était mal desservie. Les Tramways Oranais avaient la concession de la ligne Oran-El-Ançor mais le petit tramway électrique n'allait pas plus loin que Ain el Turck, sa gare terminus. Il y avait bien aussi quelques camionettes peu confortables et d'une sécurité douteuse pour absorber les pointes, mais il faut imaginer la route de l'époque, étroite et pentue, avec de nombreux croisements, une circulation assez dense se mélant aux troupeaux de moutons, pour comprendre que le respect des horaires n'était pas plus la priorité principale. Il arrivait même que le brave tramway,ralenti par les embouteillages ait quelques difficultés à repartir dans les côtes ...! Celà n'a pourtant pas empéché le développement du Terminus, Aïn el Turck, très prisé des oranais qui y font construire des résidences.
Avant de découvrir Aïn el Turck et son histoire, attardons nous quelques instants sur un évènement d'importance capitale pour les Oranais, la venue de la SOTAC sur la corniche oranaise: L'histoire nous en est contée par Guy MONTANER qui a recueilli les propos et les documents en paticulier auprès de Madame Renée Pinéda et de sa famille.

Devant les difficultés rencontrées par le tramway, y compris dans le domaine financier puisque la ligne était devenue déficitaire, il fallait absolument créer une desserte moderne équipée des matériels les plus récents; pour cela et comme la législation l'y autorisait, le département décida de résilier la concession avec la compagnie des T.O. et de racheter par la même occasion toutes les petites entreprises routières de ce secteur. La décision devait être rapide; M. BOUJARD, préfet de l'époque, convoqua tous les dirigeants de ces sociétés et leur demanda s'ils étaient en mesure de remplacer tramways et camionettes dans un délai de 1 mois!

Après plusieures séances de travail, M. BORDERES qui présidait la commission départementale et les participants, qui acceptaient de devenir SOTAC (Société Oranaise de Transports Automobiles de la Corniche) en vinrent à faire les propositions suivantes:

A) Le département rachetait, aux conditions fixées, la concession aux TO. l'indemnité de résiliation sera versée jusqu'en 1973.
B) La SOTAC verserait, elle, au département et annuellement des indemnités devant couvrir les versements aux T.O. ces indemnités s'avéraient même supérieures aux versements effectués aux T.O. !

Le département devenait donc le grand gagnant de cette opération
  1. Il adoptait un moyen de transport idéal pour toutes les populations.
  2. Il faisait disparaître le déficit des T.O. qui pénalisait le département.
  3. Il recevait ainsi, fait sans précédent, une subvention annuelle de la société avec laquelle il avait traité.

Le département signa le contrat le 21 juin 1939 et la SOTAC prit donc en charge la ligne Oran-El-Ançor dès le 1° juillet 1936, soit 9 jours après l'accord ! son parc automobile était alors de 22 cars.

La direction de la SOTAC était composée d'un conseil d'administration dont les membres dirigeants étaient:

Président:
Maurice JOURNAU
Vice-Président
Janvier FERRARA

Directeur Technique

Michel PINEDA
Inspecteur Général:
Gaëtan GIL

Parmi les actionnaires se trouvent des membres de ces familles.

Quelques chiffres:
En 1939, la SOTAC couvre plus de 300.000 Kms, 620.000 en 1947, 1.320000 en 1952
Dans les années 60 la SOTAC parcourait plus de 5000 kms par jour !







un car devant l'ancien dépôt
on reconnaitra Gaëtan GIL (Inspecteur Général de la SOTAC)qui est accoudé au phare gauche du car

Le logo
nouvelle gare des cars
on reconnaîtra Michel PINEDA (Directeur Technique de la SOTAC) en compagnie de son fils Paul

Le personnel de la SOTAC
au centre, Michel PINEDA, coiffé d'un chapeau et la main dans la poche de son pardessus


l'ancien garage de la SOTAC

Légendes de Georges Pastor




Sur la photo ci- dessus, Jean Baptiste Pastor est au premier plan à gauche . Il conduisait le car Floirat N° 83, qui faisait la ligne Oran-Kébir-Aîn el Turck- Bou-Sfer- El Ançor- les Andalouses
Sur le cliché ci-dessous M. Pastor Père est en bout de table( avec la chemise à carreaux)


Une autre vue du personnel de la SOTAC prise lors d'un banquet pour l'inauguration du nouveau garage de Dar Beïda. Sur la gauche on peut voir un jeune garçon en habit de lumière, il s'agit de Robert Pastor.



Maurice JOURNAU au cours d'un repas à la SOTAC, a la main appuyée sur le bras du père de notre ami Georges Pastor





Henri, le Père de Georges était le "monteur -vérificateur" des pneumatiques,détaché par la maison MICHELIN auprès de la SOTAC. Il s'occupa du parc pneumatique de la SOTAC (entretien, réparations,remplacement des pneus ,etc...) depuis la création de l'entreprise de transports en 1940,jusqu'après l'indépendance,fin décembre 1962,date de son rapatriement en Métropole.
D'ailleurs,tout le personnel de la SOTAC le surnommait "MICHELIN"



Les derniers jours de la SOTAC, selon un récit de Michel JOURNAU

 

« « Au décès de mon grand-père, Maurice JOURNAU, en janvier 1962, Monsieur Janvier FERRARA devint PDG de la SOTAC et mon père, Jean JOURNAU , Directeur Général Adjoint.


Après l’indépendance, et malgré les relations multiples de Janvier Ferrara qui fut jusqu’à l’indépendance algérienne le dernier maire de Mers-el-Kebir, il fut matériellement impossible de rapatrier quelques cars vers la Métropole.

 

Il fut donc décidé que la SOTAC continuerait son activité. Ce qu’elle put faire tant bien que mal, résistant même aux Autorités Algériennes qui voulaient utiliser ponctuellement - et gratuitement - de 10 à 15 cars au service de l’A.L.N, ce qui n’arriva jamais.

 

Jusqu’à ce jour de Printemps 1964 où débarquèrent police et autorités administratives algériennes dans la cour du garage de la SOTAC à Dar-Beïda afin de signifier à mon père, qui y était présent, la nationalisation de la société, avec présentation du décret d’application.

 

Les seules choses que mon père fut autorisé à emporter, après bien des palabres, furent les quatre photos des associés fondateurs (MM. JOURNAU, PINEDA, GIL et FERRARA) que Maurice JOURNAU avait fait mettre au dessus de son bureau, ainsi qu’un petit râtelier portant trois pipes lui ayant appartenu, et que personne n’avait eu le cœur d’enlever après son décès.

 

Jean JOURNAU  quitta le garage de la SOTAC avec les documents administratifs de la nationalisation, les quatre photos, les trois pipes et rejoignit sa famille qui passait la journée à la villa d’Aïn-El-Turck.

 

Ainsi finit la SOTAC, et avec elle, une belle aventure industrielle (commencée le 1er juillet 1939) et humaine (avec près de 200 collaborateurs, toutes fonctions confondues). Mes parents quittèrent définitivement l’Algérie pour la Métropole trois semaines plus tard. Nous allions prendre, Nicole, notre Sophie de 2 ans et moi, le même chemin, fin Octobre . »



Mais Maurice JOURNAU n'était pas seulement l'âme de la SOTAC:

Maurice  JOURNAU  journaliste

 

Récit de Michel JOURNAU

 

           «  Toute sa vie , Maurice JOURNAU , mon grand-père, eut la fibre journalistique. Elle commença dans les premières années 1900 à  la Vigie Algérienne , où il occupa les fonctions de secrétaire de rédaction puis, après son départ d’Alger ( sa ville natale ) pour Oran, en tant qu’administrateur de la Dépêche Oranaise    dans les années 1920, enfin en tant que billettiste quotidien pour  l’Echo-Soir  où il signait ses bulletins « Entre nous «   du pseudonyme de Marcel Auriay :réflexions sur la société en général, la vie oranaise, ce qu’il avait compris de la nature humaine à travers une pleine vie.

                 Commencée dans les années 50 jusqu’en 1961, il rédigeait sa rubrique la plupart du temps ente 4 et 5 heures du matin,avant de se préparer pour rejoindre les bureaux de sa chère SOTAC « 






AÏN EL TURCK


En compagnie de Guy Montaner, découvrons maintenant le village d'Aïn el Turck et son histoire.

"Sur ces plages d'Oranie, tous les matins d'été ont l'air d'être les premiers du monde..."
C'est à Albert Camus, dans "Le Minotaure", que nous devons ces quelques lignes admirables qui nous feraient oublier tout le reste. Maintenant, fermez les yeux et rêvez...
A une quinzaine de kilomètres, sur la côte ouest d'ORAN, après avoir dépassé Mers-el-Kébir, l'escargot et le rocher de la Vieille, un paysage merveilleux s'offre à vous: la baie d'Aïn-el-Turck. Elle commence juste après les premiers rochers de Saint-Roch pour se terminer au Cap-Falcon à l'îlot du Cap.


A perte de vue, l'immense faucille d'or de la plage déroule son long ruban de sable fin sous le soleil brûlant. Sa blancheur contraste par endroits avec des tons couleur de miel, différents en fonction des brises marines, ou de l'écume des vagues qui vient y mourir avec des reflets changeants. A la nuit, c'est un spectacle féerique.
Passé Saint-Roch, où vous venez d'en prendre plein les yeux, le car le la SOTAC (les tchatchos oranais l'appelaient: Société des Transports à Crédit !) roule parmi les rangées de pins, sur une route au long de laquelle s'égrènent les stations de Bouisseville, Trouville; 'la Colombière, Paradis plage, Saint-Germain, Clairefontaine, Albert-Plage...
A chacune de ces haltes, le car bondé de voyageurs "tassés comme des sardines" déverse une partie de sa cargaison, et en reprend, habitants de ces endroits idylliques, visiteurs ou vacanciers d'un jour. Certains ont embarqué tôt, le matin, au point de départ de .la SOTAC,entre le lycée Lamoricière et le Petit-Vichy. Au moment des vacances, surtout, il arrive plus d'une fois qu'un car plein à ras bords passe sans stopper aux arrêts facultatifs du trajet; alors, il faut attendre le suivant... ou l'autre encore !
Mais aujourd'hui nous évoquerons ce village situé à l'extrémité de cette longue ligne droite: AÏN-EL-TURCK (la Fontaine du Turc),.



Un peu d'histoire:

Avant l'arrivée des français, en 1830,le territoire de la commune était parcouru par la tribu nomade des El-Mar. Ils cultivaient l'orge et faisaient paître leurs troupeaux dans la plaine qu'ils désignaient sous le nom de plaine de l'Eurfa. C'était des gens paisibles qui avaient la haine des turcs. Ils devinrent sans difficulté nos auxiliaires.
Le 1er août 1848, le territoire d'Aïn-El- Turck fait partie intégrante de la commune d'Oran. Le décret du Il août 1850 , promulgué le 18 septembre suivant, prescrit la création d'un centre dans la plaine de l'Eurfa. Ce texte stipule: " Il est créé dans la plaine de l'Eurfa au lieu dit Aïn-El- Turck un centre de population européenne de 60 feux. Le territoire de la commune sera de 2.650 hectares, 35 ares et 44 centiares. " Le 10 septembre 1850 le ministre de la guerre adresse une dépêche demandant la mise en place de la délimitation et de l'alignement du village. Ce qui, de nos jours, est dénommé le P.O.S. (plan d'occupation des sols) et celui de nivellement sont établis par le Service des Bâtiments civils. Le sol environnant, sur tout le territoire, se compose essentiellement de lentisques, de diss et de palmiers nains, qui occupent même l'emplacement du futur village. Le gouvernement de la 2ème République accorde alors aux colons 125 F par hectare défriché!







Inutile de décrire toutes les initiatives, la patience, la besogne ardue et les efforts de quelques pionniers pour transformer le village en commune de plein exercice: routes, fermes, maisons, mairie, école, poste, fontaines, lavoir, église, tout a pris forme peu à peu, tout a pris vie. Cette période a duré jusqu'en 1885. A partir de là, pendant 15 années encore, le village s'est embelli de plantations d'arbres, de trottoirs et même, à certains endroits, on voit apparaître l'éclairage des rues! C'est un grand progrès.
Pour ne pas se laisser déborder par les spéculateurs, la municipalité décide de vendre une partie de ses terrains cédés par les domaines. 112 lots seront proposés au prix de 0.75 F le mètre carré. Hélas, les spéculateurs s'en mêlent rapidement et, en quelques années, les prix
En 1900, un colon, M. Maurice Debaux, a la bonne idée de lotir en bord de mer. Cette construction de villas devait constItuer la base de la station balnéaire de Saint-Maurice. A peu près à la même époque, M. Bouisse en fait de même, près de là ; il bâtit lui aussi sur le front de mer et c'est la création de Bouisseville

Au terme de cette première partie, voici des noms que nous retrouvons parmi les premiers colons d'Aïn-EI- Turck : COUDERC, Antoine VASSAS, Michel BOTELLA, PAREIL, PIOCHAUD, OLIVERES, Pierre LONG Hl, Louis LONGHI, Jean NARBO, CHANEL, GIBERGUES, ANTON Carlos, PERRIN, POCHET...
Certaines de ces familles étaient encore là en 1962. Ayons une pensée pour elles...


Aïn-El-Turck, c'était un petit village baptisé par certains : "village de la colonisation". Les sacrifices de ses premiers pionniers lui ont permis de se développer de la même façon que tous les autres d'Algérie.



Au cours des années, des bâtiments modernes ont vu le jour; une nouvelle église, une poste, des écoles, une magnifique mairie visible de très loin avec sa tour et surtout ses horloges, ont été édifiées autour de la place centrale du village. Tous les évènements importants de la commune s'y déroulaient: visite de personnalités, élections, mariages, fêtes, même les enterrements avec l'église, tout passait par cet endroit. Comme il y avait en plus le terminus des cars de la SOTAC, c'était une animation permanente. Comme par hasard, aux autres coins de cette place, des commerces étaient installés. La librairie Agullo, en face, la boulangerie Drouin, et à l'angle du boulevard qui montait vers Bou-Sfer, l'épicerie de madame Martinez.
Dans le village il y avait bien d'autres boutiques, de la plus petite épicerie jusqu'à des magasins spacieux, équipés de comptoirs modernes vernis et de glacières qui nous paraissaient immenses, puis l'apparition de réfrigérateurs d'une blancheur immaculée sans oublier, comble de luxe, ces brasseurs d'air à pales immenses qui, depuis le plafond et au gré de l'humeur des commerçants, répartissaient une fraîcheur apaisante. Bien sûr, au fil du temps l'évolution a permis que les autocars remplacent les diligences, que les garagistes fassent disparaître le maréchal- ferrant, et que les "lampas" fassent également leur apparition ! Au village il y en avait deux importants mais qui, à l'occasion, servaient de point de repère: le lampa SHELL de la famille Parodi et celui de BP de la famil- le Alarcon. Citons aussi d'autres commerces comme ceux de Ferrer, Candéla, Décara, Anton, Aniorté, Botella, Gagliardo, Bel-Hadj, Florentini, Salanon et j'en oublie, mon Dieu, et j'en oublie!








Vu d'avion, Aïn-el- Turck ressemblait à un triangle isocèle. En prenant pour base la route qui longe la mer, avec en point central de cette base le Monument aux morts et son fameux canon rouillé - remercions ici ceux qui ont ramené ce souvenir dans la région de Perpignan -, prenons en repère coté Cap-Falcon l'église de Saint-Maurice (cinéma en plein air), coté Bouisseville la fin de la route du canal, celle qui descendait depuis la vieille église et la place qui était sur la route du cimetière; dans ce triangle deux grands axes, la route qui partait du monument aux morts pour rejoindre la vieille église en traversant tout le village, c' est devenu au cours des années l'axe principal, avec la route qui arrivait d'Oran et passant devant la mairie rejoignait le douar Marocain. C'était une croix dans le triangle.


Pour les anciens du village, s'il avait fallu délimiter les quatre points 'cardinaux du village en désignant un site, je pense qu'ils auraient dit: " Au nord, le monument aux morts et le terrain de boules (dont l'éclairage, pour les longues parties nocturnes, est dû en partie à une intervention de M. Janvier Ferrara, personnage important de cette région et dernier maire de Mers-el-Kébir; au Sud, le cimetière, à l'Est la station Shell de Parodi et à l'Ouest, le douar Marocain ou la colonie de vacances '1a Mer et les Pins".


Pour un visiteur ou un vacancier, ces endroits ne sont pas très représentatifs. Mettons-nous à la place de l'un de ces personnages et partons à la découverte du site. Débarqués du car au kiosque de la SOTAC, sur la place de la mairie, et après quelques minutes d'attente pour récupérer les bagages qui sont sur la galerie du véhicule, nous voilà sur la route qui mène à la plage, première à droite et tout droit. En descendant le grand boulevard, le visiteur constatera que si sur sa droite quelques commerces ont pris place, notamment une boulangerie, une pharmacie, une crémerie, un bureau de tabac, de l'autre côté à part le buraliste tout le reste de l'avenue est occupé par des bars et des brasseries qui rivalisent d'astuces pour attirer les passants. De la chaise de bar la plus courante au fauteuil équipé du coussin le mieux rembourré et le plus accueillant, du parasol publicitaire standard à celui le plus mondain, des bâches classiques que le serveur déroule péniblement en faisant profiter le voisinage des crissements des poignées métalliques en défaut de graissage depuis longtemps car la burette d'huile a disparu, à celle qui se déroule automatiquement, sans qu'aucune présence humaine ne soit décelable, depuis la terrasse poussiéreuse et encore brûlante du soleil qui l'a longuement dardée de ses rayons à celle où la fraîcheur vous attire car elle est régulièrement arrosée depuis des heures, depuis les serveuses qui viennent juste de terminer leur service du midi où les plats du jour n'ont pu suffire et qui n'ont pas encore changé de toilette et de tenue à celles qui semblent surgir d'une gravure de mode car elles sortent de chez le coiffeur et que leur service commence à peine, tous ces bars, toutes ces brasseries, attirent donc une population qui se reconnaîtra et qui saura si au moment du choix, de l'Anis Gras, du Phénix, du Super-anis, de l'Olympic, du Col bleu, du Carton ou du Cristal seront servis dans le cadre et dans l'ambiance recherchés, populaire, mondaine, militaire à certaines époques, si les sardines à l' escabèche les escargots à la frita, les brochettes et les rates farcies se dégustent avec le même plaisir, si le petit verre de l'amitié est meilleur au comptoir ou avachi dans un profond fauteuil duquel parfois on a du mal à faire surface, mais au fur et à mesure que la soirée avance, le choix devient difficile. La sélection se fait au hasard des places disponibles sur lesquelles les consommateurs se précipitent. A partir de cet instant le client potentiel vient grossir les rangs de ceux qui ont entamé le paséo, le boulevard, ce va-et-vient qui permet à chacun de se délasser, de retrouver des amis, de repérer une âme sœur, de lui faire un compliment et pouvoir ainsi, au tour suivant, lui adresser la parole, pouvoir peut-être la faire quitter son groupe et comble du bonheur pouvoir disposer sur l'instant d'une place à la terrasse du café le plus beau pour, si possible, pouvoir faire durer l'entretien.











Les propriétaires avaient pour noms: Pascal, Gilbert, Parodi, Ferrandez, Octave, Ibanez, Abad, Tournegros, etc. Que les non cités me pardonnent mais il y en avait tant et tant !... Et je n'évoque pas ceux situés à Bouisseville, Clairfontaine ou Cap-Falcon!

L'extension rapide du village avait amené la municipalité à donner aux artères principales et aux rues des noms qui n'avaient aucun lien. A Oran, par exemple, dans le quartier de la place d' Armes, les rues portaient des noms de l'époque Napoléonienne, bien sûr des noms de victoires: Austerlitz, Wagram, etc. A Aïn-el-turck, en dehors de la classique place de l'Hôtel de ville, nous retrouvions la rue du Général Leclerc et la rue Pasteur pour les hommes célèbres, celle de personnalités comme la rue du Caïd Boukathem ou celle des Frères Vasquez, la place Vassas et enfin la rue des écoles qui porte bien son nom, l'allée des villas, le boulevard Bon accueil, la rue Beauséjour, tous ces noms imposés par une administration tatillonne. Les anciens n'avaient nul besoin de ces indications pour se retrouver et la simple évocation d'un nom ou d'un surnom comme c'était l'usage, leur permettait de se situer immédiatement. Presque toutes les sources, les rochers, les petits bois, les grottes avaient une histoire que les vieux aimaient raconter le soir, à la fraîche, lorsque toute la famille était réunie sur le pas de la porte…





Guy nous propose également un récit dans le cadre d'Aïn el Turk, mais pourait se passer tout aussi bien dans l'un de nos patios oranais...
Il le dédie à ses grands parents. "Prendre le frais !"


Au delà de cette étude sérieuse... Michel Gonzalez rajoute, pour notre plaisir, quelques souvenirs personnels:

Mon père était, comme beaucoup, pêcheur amateur bien sûr, et il m'entraînait avec lui, pour ce loisir sain et peu coûteux. Nous partions très tôt le matin par un des premiers cars de la SOTAC.
Nous avions un site de prédilection qui se trouvait à l'aplomb de l'arrêt de la SOTAC arrêt (facultatif, comme indiqué sur le panneau). Le panneau indiquait aussi "Faites signe au conducteur" Il se situait avant ou après la Pointe Sautile. En tous les cas à l'endroit le plus sauvage et le plus "falaiseux" (çà ce n'est pas du Français).
La Pointe Sautile
L'endroit etait assez délicat d'accès. En effet, il fallait franchir le parapet de la corniche juste derrière l'arrêt et descendre une pente assez raide vers la mer.

A mi-chemin de la paroi, nous pouvions nous aider de grosses barres à mine profondément enfoncées et assez anciennes qui permettaient de franchir le passage le plus délicat presque à la verticale. Puis nous arrivions devant une galerie de mine de 2,5m de diamètre qui s'enfonçait assez profondément dans la falaise. En fait, j'ai su bien plus tard lorsque j'avais accès à la base souterraine de Kébir, qu'il s'agissait d'une galerie d'exploration préliminaire et abandonnée.
Puis à partir de là nous descendions encore d'une dizaine de mètres et arrivions dans une immense grotte qui se trouvait à qq mètres au dessus de l'eau. Le site était très poissonneux, ce qui expliquait notre présence là. Je précise que j'avais 9/10 ans (photos datant de 50/51) et mon père estimait que je pouvais le suivre là...sacré entraînement. Que je n'ai pas regretté par la suite.







Petite précision, le moulinet était un "Centaure" que j'ai perdu (peut-être pas pour tout le monde) lors d'un déménagement en 1990. J'avais aussi dans la même caisse deux palangrottes "d'origine". Le tout en très bon état d'utilisation. J'en ai eu gros sur la patate.





Il me revient en mémoire que d'après des gens, ayant travaillé à la galerie citée plus haut, on appelait cet endroit "Granito" ou "Granitus". Peut-être en relation avec la composition de la roche à cet endroit.
Sur la route de la Corniche à l'opposé de la mer, soit à gauche en allant vers Trouville, Bouiseville...donc côté montagne c'est à dire djebel Santon, se trouvaient des accès, blindés, à la partie de la base souterraine se trouvant sous le djebel Santon. Autant que je me souvienne, il y en avait trois uniformément réparties entre le virage se trouvant en haut de l'Escargot, au sommet de la côte et la fin de la région montagneuse vers Trouville.

L'une d'elles, d'ailleurs, se trouvait juste en face de l'arrêt SOTAC .
Par la suite, j'ai appris qu'il s'agissait principalement d'issues de secours éventuelles, et quoi qu'il en soit d'accès possibles de service. Au cas où. Ces portes étaient blindées, à l'épreuve d'un incident nucléaire, et deux sas, identiques leur faisaient suite à l'intérieur.

Michel