Dessins du Ministère de la Défense

1830 - 1837




En 1994 le Service historique de l'Armée de terre publie sous la signature de Isabelle BRULLER un ouvrage intitulé "L'Algérie Romantique des Officiers de l'Armée Française, 1830-1837".
Cet ouvrage reproduit un certain nombre de dessins réalisés par des officiers lors de la conquête de l'Algérie. J'en ai retenu seulement quelques uns qui nous montrent l'Oran de cette époque
La page de couverture nous montre le capitaine GENET qui profite d'un instant de repos sur l'ile de Rachgoun pour prendre un croquis de la côte oranaise.
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Signalons que les extraits de texte, comme les reproductions de croquis sont protégés par un Copyright du Service historique de l'Armée de Terre et ne sont donc diffusés ci dessous qu'à titre documentaire et ne peuvent être utilisées à d'autres fins que le domaine spécifiquement privé.



Les dessins font partie de la Collection du Ministre de la Défense qui contient par ailleurs plus de 2000 œuvres à sujets militaires.

C'est Louvois qui en 1687 fonde le dépôt de la Guerre pour y faire conserver toutes les archives militaires. Il y crée un fonds spécial destiné à la formation historique et tactique des officiers, fonds qui est monté à partie des dessins et des peintures réalisés par les peintres de batailles du roi puis plus tard par les officiers dessinateurs rattachés au corps des ingénieurs géographes. La colection prend de l'ampleur au fis des ans.

En 1834, le directeur du dépôt de la guerre, le général Pelet définit des normes et des règles pour l'établissement de ces dessins et fait reconstituer des œuvres en confiant à plusieurs artistes un travail de recopie à l'aquarelle ou à la gouache. Parallèlement il lance une grande entreprise celle d'illustrer la conquête de l'Algérie; cette série est la plus riche de la collection du Ministère.
Mais dès 1880, les possibilités techniques de la photographie, feront abandonner l'usage du renseignement dessiné.

Les aquarelles peintes au dépôt et exposées depuis 1832 sont très connues, mais en revanche on ne trouvait plus trace des dessins effectués par le capitaine Genet et qui avaient servi de documents de base pour les artistes chargés de la série. Leur redécouverte a permis la mise à jour de 3 albums de croquis dessinés par 4 artistes différents et d'une qualité remarquable. Ce sont les premiers témoignages, réalisés avec une fidélité amoureuse, qui arrivent en France et tentent de faire connaître l'Algérie contemporaine dans toute sa diversité historique et culturelle.


Un Rappel historique:

L'expédition de 1830 a été préparée de longue date: dès 1808, l'empereur Napoléon 1er prescrit une reconnaissance d'Alger exécutée par le commandant du génie Boutin qui conçoit toutes les étapes de l'expédition. Le 16 juin 1827, la France saisit l'occasion d'une insulte du dey Hussein au consul de France à Alger, Deval, pour établir un blocus de cette ville.

Le 3 août 1829, la Provence, qui est allée tenter un arrangement avec le dey, sort du port avec son pavillon parlementaire et se fait canonner par les batteries turques. Plusieurs bâtiments de commerce européens sont attaqués par des "pirates" en passant dans les eaux algériennes.

Après tous ces évènements, Charles X, pressé de toutes parts, décide une expédition et, le 7 février 1830, l'armée et la marine sont mobilisées…..

Cette armée, éloignée de son pays et parfois oubliée des gouvernants, vit une alternance de succès et d'échecs moralement très éprouvants….. Ce sont ces hommes souvent passionnés, presque toujours dévoués, qui vont poser les bases de l'administration coloniale…. Sans désespérer, ils persévèrent dans le combat comme dans la "pacification": construisant des routes , administrant villes et villages, cotoyant les autochtones….. leurs comptes rendus, leurs dessins sont les témoignages vivants des premiers pas d'une armée qui découvre l'Algérie et apprend à la connaître et à l'aimer.


Le dessinateur:

Ferdinand DUBOC (1813 - Melun, 1869)
Saint-Cyrien, Ferdinand Duboc commence sa carrière militaire en 1832. Dès cette date il part en Afrique où il sert jusqu'en 1853. De 1832 à 1846, du grade de lieutenant à celui de capitaine-major, il appartient au 3° régiment de zouaves stationné dans la province d'Oran.
Sans mission spéciale et comme il sait dessiner, il met son talent au service de l'armée et croque en véritable reporter tout ce qui lui paraît avoir un intérêt tactique ou culturel. …….

Sa série de dessins a été utilisée au même titre que les travaux officiels pour la réalisation des grandes aquarelles du dépôt de la Guerre. Ses croquis, comme ceux d'Alexandre Genet ont donc été les outils de travail dont Théodore Jung et Gaspard Gobaud ont largement fait usage.

Ferdinand Duboc, dont on ne connaît pas d'autres dessins, termine sa carrière avec le grade de Général de Brigade.




Les dessins:

Vue d'Oran entre le château neuf et la maison carrée (caserne d'infanterie) daté de 1831
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Le fort St Grégoire, le fort Santa Cruz et la porte de la batterie de la Moune. daté de 1832
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Vue générale d'Oran avec tous ses bâtiments 1832
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Vue d'Oran près du château neuf, avec au loin la casauba (sic) et la mosquée (maintenant caserne) 1832
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Le fort St Grégoire, le fort Santa Cruz et la porte de la batterie de la Moune.
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Gaspard GOBAUT ( Paris, 1814 - 1882 )

Gaspard Gobaut accomplit son service militaire dans l'administration cebtrale du ministère de la Guerre.
Engagé comme dessinateur auxiliaire en 1836 il gravit tous les grades de sa profession et est nommé dessinateur principal de 1° classe et obtient la Légion d'honneur en 1871.

Beaucoup de ses œuvres se retrouvent au musée de Versailles et également à Chantilly dans la collection du duc d'Aumale.
Gobaut réalise ces aquarelles dans le format officiel (910 x 680 mm ) et obéit aux instructions de mise en page: point de vue correspondant à celui de l'état major au moment du combat, personnages de premier plan ne dépassant pas 4 cm produisant néanmoins des représentations fidèles des épisodes marquants de la campagne.

Sans jamais être allé en Algérie, il utilise une belle palette d'ocres et de bruns qui évoque le soleil et l'aridité du sol algérien…


La Conquête autour d'Oran dans les aquarelles de Gobaut:

Pendant que les Français arrivés à Alger en 1830 "pacifient" et mettent en valeur la Mitidja, d'autres, venus eux aussi par la mer, conquièrent Oran.

Dès 1831, la ville a retrouvé la paix. Dans le clair matin bleuté d'un paisible paysage marin, un soldat français discute amicalement avec un homme du pays.

Ils gardent le fort de la Moune dont la masse rassurante se dresse près d'eux. Ce fort dominant une mer turquoise qui semble faite pour la plaisance, est adossé à un rocher dans lequel un tunnel est creusé; mais c'est un pacifique berger qui s'éloigne dans ce passage…..


Vue du fort de la Moune, près d'Oran en août 1831
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Le 30 Octobre1835 un petit détachement de cent douze hommes du 1° bataillon d'Afrique occupe l'île de Rachgoun à l'ouest de Mers el Kébir. Parmi ces hommes le capitaine Genet (voir le premier dessin, page de couverture) L'occupation de l'île destinée à couper les points de ravitaillement d'Abd el-Kader, a aussi pour but de débloquer la ville de Tlemcen et d'assurer sa jonction avec Oran.



Vue des environs de Tlemcen en octobre 1835
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Occupation de l'ile de Harchgoun (aujourd'hui Rachgoun), province d'Oran le 30 octobre 1835
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Le capitaine Genet envoyé dans les environs de Tlemcen en rapporte une impression de paix et de lumière qu'il communique à son collègue Godaut. Dans un paysage de ruines antiques et de marabouts, une route serpente, suivie par des officiers à cheval, des paysans , des promeneurs et des marchands nomades aux chameaux chargés de provisions.
Pourtant cette impression de paix est une illusion, la route de Tlemcen est à nouveau coupée

Le maréchal Clauzel ordonne alors l'installation d'un poste fortifié à l'embouchure de la Tafna, face à Rachgoun. Au mois d'avril, les troupes franco-indigènes des généraux d'Arlanges et Ben Ismaël s'installent à cet endroit et commencent des travaux de défense du camp de la Tafna; mais le camp est plusieurs fois attaqué par Abd el-Kader et subit de lourdes pertes.

Le 22 Mai 1836, le général Bugeaud est nommé commandant de la division de la Tafna. Dès son arrivée il organise la garnison du camp qui résiste désormais aux assauts.

Le 9 juillet 1836 la jonction entre Oran et Tlemcen est enfin réalisée.




Vue du camp de la Tafna tenu en 1836
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