sur site le 22-3-2003
- 5 juillet 1962 : les massacres à Oran
De Gaulle est bien responsable des massacres de juillet 1962 à Oran.
pnha, n°92, août 1998.

 

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-----On trouve dans les Archives dites "de la Révolution Algérienne" (Editions JA page 340 Document 64 ), copie d'une lettre du Groupe FLN (5 membres) de l'Exécutif Provisoire, adressée au GPRA en date du 27 juin 62. Ce groupe se plaint, entre autres, de ne pouvoir signer divers protocoles prévus avec les autorités françaises avant le 11 juillet, vu le manque de directives du dit GPRA, notamment : le protocole sur le Maintien de l'Ordre, d'où "porte ouverte aux risques d'intervention de l'Armée française après le 2 juillet en cas de débordements" (dixit) (ils avaient peur pour rien ! NDLR).
-----Comme Katz le reconnaît dans son livre: le statut des FAFA qui découle de la déclaration de principe des Accords d'Evian (JO du 20 mars) reste imprécis et ambigu et ce jusqu'au moins la remise des pouvoirs de l'Exécutif Provisoire à une Assemblée Nationale Algériennne élue (prévu dans le chapitre V des accords d'Evian) qui ne sera effective que le 27 septembre 62 par A.Fares en personne à la tribune de cette assemblée à Alger.(1)
-----Cet état de fait permet à Katz d'écrire (avec raison pour une fois) dans sa note n°99 du 20 juin 62 adressée à ses chefs de corps : que les FAF "contribueront par leur présence à rétablir et développer la confiance entre les communautés et qu'elles seront en mesure d'intervenir pour porter secours en cas d'agression aux ressortissants se réclamant de la Nationalité Française" fin de citation. (2)
-----Inutile de dire que cette note restera lettre morte et qu'elle fut contredite par des ordres stricts de non intervention la veille de l'indépendance. Donc il ressort clairement de tout cela que la France était en droit d'intervenir pour protéger ses ressortissants selon les accords signés et en l'absence d'un protocole additionnel plus restrictif (puisque non signé du fait du FLN) au moins jusqu'à la fin des pouvoirs de l'exécutif provisoire, comme les délégués FLN l'écrivaient eux-mêmes au GPRA (qui avait sûrement d'autres chats à fouetter, vu ses dissensions internes).
-----Donc, c'est bien la France en la personne du Général De Gaulle (voir livre de Peyrefitte) qui unilatéralement n'a pas usé de ses prérogatives : abandonnant aux massacres des citoyens français, européens et musulmans et ce au moins juridiquement jusqu'au 27 septembre 62 où la clause de remise totale de souveraineté prévue par les accords d'Evian a été remplie avec retard du fait de la lutte qui sera encore sanglante, pour le pouvoir(3).
-----Il est à remarquer que le sentiment de culpabilité fut tel, qu'on ne retrouve plus de traces d'ordre écrit (4)de non intervention que cependant certains officiers dont le Lieutenant Khellif affirment avoir dû émarger la veille de l'indépendance et que pour les victimes françaises on s'en voit tenu au chiffre du Directeur FLN de l'hôpital d'Oran : 25 morts ! auquel l'Armée
Française se réfère sans plus approfondir alors qu'au Consulat de France on déclarait 800 "disparus" dès les premiers jours(5) aucune enquête sérieuse n'a été effectuée dans les quartiers Musulmans où les gens enlevés avaient été amenés et il y eut une complicité évidente entre les autorités militaires françaises et algériennes pour étouffer l'affaire dans le désordre et le chaos provoqués par l'exode des français d'Oranie. La provocation du 5 juillet avait bien abouti : faire avancer vers le Pouvoir l'Armée des frontières, sous prétexte de rétablir l'ordre, faire peur aux Français dans la ville la plus européenne d'Algérie ce qui correspondait aux vues du clan arabisant d'Oujda conduit par Boumédienne et Ben Bella qui faisaient d'une pierre deux coups avec leurs services spéciaux qui sont toujours au pouvoir en Algérie (6)



-(1) En effet les Accords d'Evian n'ont jamais prévu la remise des pouvoirs au GPRA mais à une "Assemblée Nationale Algérienne élue.
- (2) Cette note fait référence à une "période de transition" après l'indépendance sous la direction de l'exécutif provisoire qui était la création juridique française.
- (3) La responsabilité juridique et morale du pouvoir français était donc bien engagée.
- (4) Pour le moment aux Archives "consultables" car il faut attendre 60 ans pour les autres !
- (5) Voir ouvrage de J.E Chevènement, officier issu de l'ENA chef de Cabinet adjt du Préfet chargé des liaisons militaires et à ce titre supervisant le Colonel de la "force locale attaché à Mr Herly 1" Consul de France à Oran (critiqué par Katz qui le trouvait trop curieux sur les "disparus").
- (6) Un montage médiatique fut organisé par les responsables FLN d'Oran à Pont-St-Albin le 10 juillet pour tout "mettre sur le dos d'un sanguinaire mais minable chef de bande M. Attou qui sévissait dans les quartiers Est depuis le 19 Mars (voir presse locale dont Echo d'Oran sous "influence depuis l'indépendance). Le pseudo commandant Bakhti (de son vrai nom Némiche) complice de Ben-Bella dans l'affaire de la poste d'Oran et qui lui était tout dévoué tirait les ficelles de cette affaire que personne ne crut à Oran même chez les Musulmans.

J-F Paya

Ouvrage "Les Archives de la Révolution Algérienne" de Mobamed Harbi édité en France (Bibliothèque Nationale en Histoire)

 

                                                              


 

Les Forces françaises en présence à Oran
le 5 juillet 1962, passibles de non-assistance à
personnes en danger

-----En fonction des Archives militaires et des destinataires des circulaires du Commandement du "Secteur Autonome d'Oran" nous pouvons donner la liste des unités et des effectifs (18 000 hommes) présents à Oran ce jour-là. Lorsque l'on pense que sur presque un millier d'officiers présents on peut compter sur les doigts d'une ou deux mains maximum ceux qui ont eu le courage de transgresser les ordres, on reste sidéré, car certes il y eut le Général Katz obéissant avec zèle à De Gaulle mais le reste ne fut pas particulièrement glorieux, le plus hardi étant le lieutenant FSNA Kheliff commandant de Compagnie du 30è BCP qui mena une action longue et loin de sa base sans bien connaître la ville d'Oran. Pourtant les risques pour la "carrière" étant moins graves (avec en plus un prétexte d'assistance à personne en danger) que ceux pris par d'autres précédemment en rupture de ban avec l'Armée gaullienne ! (comme le lieutenant Kheliff qui passa bien Capitaine après une mutation en métropole).

-----Liste des unités présentes à cran, et à proximité, le 5 juillet 1962

Secteur Oran Ville
-----3 Régiments d'Infanterie + 1 bataillon : 5è RI - 21è - 67è - 3/43è RI -
-----3 Régiments d'Infanterie de marine + 3 Bataillons : 8è RIMA - 22è - 66è -1/2è - 1/75è - RIMA - 1/2è RAMA
-----2 Régiments de Zouaves : 2è et 4è Zouaves
-----1 Régiment de Cuirassiers : 3è Cuir
-----3 Bataillons de Chasseurs Portés 10è - 29è - 30è BCP
-----2 Bataillons RA : 1/27è et 324è RA
-----2 Groupements GAAL : 452è et 457è
-----Enfin 23 escadrons de Gendarmerie Mobile
-----A cela il faut ajouter les éléments de l'Armée de l'Air basés à la Sénia et de la Marine à Mers-el-Kébir, Arzew et Tafaraoui (Aéro-Navale).
-----Soit une garnison totale de 18 000 hommes dont 12 000 sur le seul secteur d'Oran -Ville cantonnés sur plusieurs sites, casernes, lycées, collèges, stades, écoles imbriqués dans la ville à proximité immédiate des événements tragiques qui ont eu lieu.


-----En fait ce 5 juillet à Oran fut ponctuellement la journée la plus sanglante depuis le début de la guerre d'Algérie à nos jours malgré ce qui s'y passe encore en 1998.
-----Mais elle a surtout le triste privilège d'être un cas unique dans l'histoire où une armée sur le terrain en place à proximité de ses ressortissants civils désarmés et pacifiques les laisse se faire massacrer par des éléments étrangers sans intervenir (sauf cas rares et isolés).
-----Si on doit reparler du 17 octobre 61 à Paris qui a eu lieu en pleine guerre d'Algérie alors que le FLN était encore "l'ennemi officiel" pourquoi pas de cette journée occultée par l'historiographie gaullienne et FLN, qui a eu lieu après la fin supposée de toutes les hostilités et en voie d'effacement de notre histoire avec son millier de victimes identifiables et appelées hypocritement "disparus".
-----D'autre part cette journée fut un des actes fondateurs de l'Etat Algérien dans sa composante militaro-mafieuse manipulatoire et provocatrice dont les effets sont plus que jamais présents à ce jour.

J-F Paya