Chaque quartier avait ses animations, parfois identiques d'un quartier à l'autre, parfois plus typiques à certains quartiers. Nous avons déjà évoqué La Jolata et la Fouguera,plus spécialement à la Marine. Parmi les patronages qui ont été partout la distraction de notre enfance et de notre jeunesse car il n'y avait pas de télé, ni de club de judo ou de tennis pour les plus jeunes... A la Marine il y avait La JU: La Joyeuse Union.


La JOYEUSE UNION



Sans vouloir empiéter sur les sites déjà consacré à la JU et à Don Bosco par notre ami Antoine ORSERO, sites que nous vous conseillons de visiter
La Marine et la Joyeuse Union

leur auteur apporte ici un éclairage complémentaire très intéressant.



Qui de la marine n'a pas connu ou fréquenté le patronage de la marine LA JOYEUSE UNION ?
Appelés par Monseigneur SOUBRIER, évêque d'Oran, les salésiens, destinés à l'éducation de la jeunesse, débarquaient en 1891 en Afrique du Nord. Dès leur arrivée à Oran, premier objectif, ils fondaient l'école - maîtrise St Louis et ouvraient à la rue Ménerville, dans l'ancien tribunal du quartier de la marine, le premier patronage Nord-africain.

Les élèves de l'école-maîtrise ou du patronage qui, une fois leur vie d'écoliers terminée entraient dans les bureaux ou ateliers, avaient besoin plus que jamais de direction et de secours moraux car c'est à cet âge que les passions s'éveillent. Les abandonner à eux-même au moment de la crise eut été compromettre leur formation à peine ébauchée. Aussi créé-t-on pour eux un nouveau groupement sous l'appellation " LA JOYEUSE UNION "

C'est la même dénomination que St Jean Bosco, fondateur des salésiens, alors jeune étudiant, avait donné à la Société qu'il avait fondée en 1831 à CHIERI en Italie, parmi ses compagnons de classe et dont les membres s'engageaient entre autres : à fuir la mélancolie et à rechercher au contraire les anecdotes, les plaisanteries les plus capables de susciter parmi eux une franche gaîté.

LA JOYEUSE UNION inaugurée à la rue Ménerville le 8 Décembre 1895 démarra bravement avec 5 membres.
Puis vinrent les heures douloureuses. Frappés par la loi sur les congrégations sous le ministère COMBES, les salésiens quittèrent ORAN. Ils revenaient deux ans plus tard et retrouvaient, rue Ménerville, sur la borne-fontaine de la cour, les mots qu'ils avaient peints au minium en Juin 1903 au moment d'être chassés " mani militari " : " Nous reviendrons… "
En 1909, le nombre de jeunes gens augmentant d'année en année, il fallut chercher un local plus vaste. Les salésiens le découvrirent au 14 Rue de l'Arsenal : une maison à deux étages et qui elle-même devint vite trop exiguë pour abriter les nombreuses sections du patro : théâtre, musique, chorale, jeux, basket, natation, gymnastique, ping pong, volley, hand ball, cinéma, kermesse, confrérie de St Vincent de Paul, bibliothèque, catéchisme, chapelle…
A ces activités viennent s'ajouter les cercles d'études et le tirage d'un journal bi-mensuel " L'UNION ", qui retrace la vie familiale de cette pépinière.



Le N° 215 de janvier 1924
La page de publicité de ce numéro



Les activités du Patro


En arrivant à ORAN, les prêtres salésiens, amenèrent dans leurs bagages depuis Marseille, LA PASSION DU CHRIST, drame évangélique écrite au début de l'année 1900 par le chanoine BERENGER, curé de St VICTOR à Marseille, et LA PASTORALE AUDIBERT décrite ci-dessous.
Ces deux œuvres ont été interprétées à Oran jusqu'à l'indépendance, puis en Métropole.

A Oran c'est au patro, dans la salle de théâtre que les représentations ont eu lieu chaque année et plusieurs semaines de suite. Elles étaient ouvertes au public mais les enfants y assistaient chaque semaine en attendant de devenir à leur tour acteurs.
Moi-même j'ai commencé à danser dans le ballet des enfants à La PASTORALE, puis figurant et même l'un des Rois Mages.

Pour la noyade de Chichourlé, les machinistes avaient confectionné deux longues vagues en bois posées sur des roulettes. Les enfants se disputaient le privilège d'être les manipulateurs de ces vagues, bien cachés sous une table !
Pour la petite histoire, une année, pour faire plus vrai, nous avions voulu un vrai âne qu'un voisin nous a prêté ! Pour faire monter l'âne sur scène et ensuite le redescendre sous scène était désopilant ! L'âne ne voulait rien savoir
Il faut dire que sous la scène nous nous habillions et nous nous maquillions ! Il y avait une trappe qui permettait au diable d'apparaître sur scène en poussant un grand cri, avec tonnerres et éclairs, entouré de vraies flammes.

La Passion était plus sérieuse et les chants étaient accompagnés par un vrai orchestre !
Elle a été jouée certes au patro mais aussi dans certains villages oraniens et à l'Opéra d'Oran.
Les décors étaient magnifiques et avaient été peints par un très célèbre peintre de l'Opéra d'Oran dont le nom m'échappe.
Mes amis Guy MONTANER et MATHIAS RUIZ ont été également acteurs de ces deux pièces.
Dans LA PASSION, j'ai commencé dans le Corifé, puis dans la foule, soldat romain et enfin centurion.
Les femmes n'étaient pas admises le rôle féminin dans LA PASTORALE était tenu par un homme. Ensuite il y a eu une certaine évolution

Pour être inscrit au patro il fallait avoir 6 ou 7 ans. Une fois inscrits nous étions fidèles jusqu'au départ d'Oran.
Pendant les grandes vacances des abbés salésiens venaient prêter main forte aux prêtres et coadjuteurs pour amuser et surveiller les nombreux enfants qui fréquentaient pendant cette période le patro : grands jeux dans la cour du patro et sur la colline de Santa Cruz,, colonie de vacances à St Augustin, Bouisseville, sorties hebdomadaires vers une plage plus ou moins éloignée !
Tout le monde trouvait son compte puisque les activités étaient nombreuses et variées.

Après l'exode, les anciens metteurs en scène du théâtre se sont installés à Toulon et nous formions un petit groupe de nostalgiques entre ceux de Toulon et ceux de Marseille.
En 1964, l'un de ses anciens lança l'idée saugrenue de relancer les représentations de La Passion ; Nous l'avions pris pour un fou puisque nous étions démunis des costumes, de salle et tous les acteurs étaient éparpillés dans toute la France.

Il leva le défi et il écrivit à tous ceux dont il connaissait le point de chute : le Jésus d'Oran était à Bordeaux, l'autre acteur était à Paris ou à Strasbourg, peu importe, tout le monde a répondu présent ! Les rôles ont donc été adressés à tous ces amis et une répétition générale a eu lieu à Toulon dans la sacristie de l'église St Pie X.
Les costumes nous ont été gracieusement prêtés par le patronage salésien de Ménilmontant !
Ensuite nos femmes ont réalisé les costumes que nous avons actuellement.

La première représentation de LA PASSION a eu lieu en 1965 à l'Opéra de Toulon devant des machinistes éberlués et ironiques qui regardaient ces fous venus d'ailleurs interpréter une pièce religieuse avec un fort accent dans une salle où ne se joue que des opéras profanes.
Ces mêmes machinistes sont devenus ensuite de vrais amis qui se mettent en quatre pour nous aider.
Depuis la Passion est donnée à TOULON mais elle a été aussi jouée à Marseille, Nîmes, Montpellier, Perpignan, Pau, Grenoble, Lyon, Nice, Monaco, et même en Italie.

Puis en 1968, nous avons créé LA JOYEUSE UNION DON BOSCO qui est la fusion des deux patronages salésiens d'Oran : celui de la marine et celui d'Eckmuhl Le Cercle Don Bosco.
Le siège social est à Toulon et nous avons environ 700 membres répartis en France et même à l'étranger.
L'avenir est incertain car les anciens disparaissent peu à peu et leurs enfants nés en métropole et qui n'ont pas été baignés dans l'atmosphère du patro, ne suivent pas.




La Pastorale


Plus tard nous avons renoué avec la représentation de LA PASTORALE :

Il existe des dizaines de Pastorale en Provence la plus célèbre et la plus jouée est La Pastorale Maurel. Mais elle est tout en provençal et donc difficile à comprendre pour nous Pieds Noirs.
La pastorale Audibert a été créée en 1896 à Marseille sous le titre LA NAISSANCE DU CHRIST par Jean François AUDIBERT
Elle a été importée en 1924 à Oran par les pères Salésiens qui venaient de Marseille pour fonder le patronage de la Marine.
Depuis elle n'a cessé d'être représentée à Oran jusqu'en 1962 et depuis 1975 en France ;

Pour La Passion nous avions réussi à ramener les textes et les partitions d'Oran, mais pas ceux de La Pastorale !
Alors, l'un des membres de la JUDB a recherché dans l'annuaire tous les Audibert de Marseille et finalement il est tombé sur l'un des arrière-petits-fils de Jean François AUDIBERT ! Après quelques palabres, il a réussi à obtenir le texte et les partitions et c'est comme ça que nous avons renoué avec cette tradition !

C'est certainement l'unique Pastorale qui est jouée avec des costumes bibliques qui sont ceux utilisés dans les anciennes représentations de La Passion !
De plus elle est interprétée entièrement en français avec des chants traditionnels de Provence !
La Pastorale Audibert comporte 5 actes :

-1 : LE DOUTE ET LA FOI :
Il est minuit, on entend le chœur des Anges qui annoncent la grande nouvelle. UN SAUVEUR NOUS EST NE !
Satan, fou de rage, apparaît sous les yeux horrifiés de Chichourlé, endormi près de son troupeau. Satan réveille le bohémien et lui ordonne de défendre son règne.
L'Ange apparaît aux trois bergers : Michel (le ravi), Chichourlé (le simplet) et Luc (l'incrédule) .



-2 : L'ASSEMBLEE- LA TENTATION :
Au village le grand conseil se réunit et après l'annonce faite par Michel, tous les habitants s'apprêtent à partir pour Bethléem.

Luc, pris par le doute, résiste mal aux tentations présentées par Pharès le bohémien. Chichourlé le sauve une première foi.



-3 : LE DERNIER ASSAUT -LE CRIME :
Luc, le faible Luc, ne résiste plus et suit Pharès. Ce dernier dénoncé par Chichourlé comme fils du diable se venge et le noie.
Mais des pêcheurs attrapent un gros poisson avec l'aide de tout le village et découvrent Chichourlé vivant dans le poisson.
Les bergers et les pêcheurs, subjugués par ce miracle, reprennent le chemin vers la crèche avec encore plus de foi et d'enthousiasme.



-4 : PARJURE-LE CHATIMENT :
Luc, tenaillé par le remord, rejette malgré tout le serment fait à l'Ange. Son châtiment sera terrible, puisqu'il devient aveugle.
Cependant le SEIGNEUR, qui dans son infinie bonté lui a déjà pardonné, le protège de Satan qui sera terrassé par Saint Michel.



-5 : LA CRECHE-LA CONVERSION :
Moment merveilleux pour les bergers qui arrivent devant la Sainte Etable. Tous adorent l'ENFANT JESUS qui fait des miracles : Père Simon et Mère Simonnette se réconcilient, Pancrace le meunier sourd retrouve l'ouie. Mais tout le monde s'inquiète de l'absence de Luc.
Pendant que Chichourlé part à sa recherche, Luc arrive accompagné de Pharès. Desespéré par sa trahison, Luc s'effondre et demande pardon. Il recouvre alors miraculeusement la vue. Eperdu de bonheur, il demande également grâce pour Pharès. Ce dernier, bouleversé, retrouve la paix. Chichourlé retrouve avec frayeur le bohémien converti.
Le Messie reçoit alors le dernier hommage de son peuple réconcilié !

Antoine ORSERO


Fin 2008, Antoine nous a fait le grand plaisir d'installer sur Outube les différents actes de la Pastorale:

Utilisez les liens suivants:

Intéressant aussi pour ceux qui sont loin et ne l'ont jamais vue ou jamais plus depuis ORAN http://www.youtube.com/watch?v=vj4aBCYOXdw (1) http://www.youtube.com/watch?v=F31qFzdx45s (2) http://www.youtube.com/watch?v=V8XNJiKcQuQ (3) http://www.youtube.com/watch?v=tZvlEyjxnwc (4) http://www.youtube.com/watch?v=0KmyWZMTD7U (5) http://www.youtube.com/watch?v=72N1_aO5ZZI (6) http://www.youtube.com/watch?v=8pAv2w5VBng (7) http://www.youtube.com/watch?v=NzVqu0ahJJw (8) http://www.youtube.com/watch?v=JYf9Ox5UiI8 (9) http://www.youtube.com/watch?v=_f99jP874uQ (10) http://www.youtube.com/watch?v=e1WX8taB9yU (11) http://www.youtube.com/watch?v=o1tMNChp_xs (12) http://www.youtube.com/watch?v=iTthUYWBQEo (13) http://www.youtube.com/watch?v=2cFUQjRmlMs (14)