L'un des premiers quartiers d'Oran dont il me faut parler est bien évidemment celui de La Marine parce qu'il est le plus ancien et le foyer historique de la ville.
Il est évident que je suis personnellement incapable de décrire ce quartier pittoresque, ses habitudes et sa vie toute particulière. C'est pourquoi je préfère céder la parole à ceux qui y ont vécu et en particulier à José Bueno qui a déjà beaucoup contribué à notre mémoire par ses interventions sur ce site.
Je me contenterai de quelques commentaires, et surtout de rajouter quelques cartes postales anciennes qui permettront de mieux imaginer ce qu'était ce quartier aujourd'hui en partie disparu



Mon quartier La Marine


Comment le définir, Où commençait--il ? Où finissait-il?. . . On y accédait en venant de la ville de la Place d'Armes par : la rue des jardins, la rue Philippe, les escaliers de la rue de Gènes, ou alors par la Rampe Valès et la rue Ximenès ou plus simplement la route du port ou en descendant la promenade de Létang. .

La Marine ne se limitait pas à la Calère, la Casa rota, el Callejon, el Cañon.. c'était aussi les places : République, Kléber, de la Perle, des Quinconces. C'était , l'église Saint-Louis, le marabout Sidi El Houari, le cinéma Familia, enfin tout ce qu'alors on considérait comme faisant partie de la Marine. Allez je vous emmène faire le tour de ma Marine. Vous allez voir les "marineros" sont supers sympas, ay mucha risa, ils sont naturellement burlon dès lors que vous n'êtes pas de leur rue. .


EL BARIO EL MAS VIEJO.

"Berceau de la Ville" la Marine est assurément le plus vieux quartier d'Oran. On l'appelait souvent "les bas quartiers", un terme assez péjoratif car semblant vouloir dire que "nous n'étions pas des gens bien?"
Il existait plusieurs quartiers au sein de la Marine. Chacun y tenait, une manière de s'identifier. D'abord La Calère, le plus vieux avec ses maisons blanches, construites à base de chaux et ses ruelles étroites. La Calère partait du bas de la rue de l'Arsenal et se terminait au jardin Welsford. Une particularité, on ne c irculait pas en voiture à l'intérieur du quartier à cause de l'étroitesse des rues ( la rue Darwin par exemple). La rue Barcelone était "l'artère principale, la rue de l'olivier, où habitait nombre de mes copains, les rues d'Alicante ou d'Almeida, les escaliers de la rue ?,je crois qu'il n'y avait pas de nom... qui passait devant "El Tereno" c'est à dire la Place Isabelle, traversait la Calère. Il est à noter qu"il existait une rivalité bon enfant entre la calera baja y la halta". Si quelqu'un parlait français , assurément il ne pouvait pas être du coin car seule la langue du castillan ou du valencien avait cours. Certes les puristes diront oui mais une langue "chapurra". Un nouvel arrivant avait vite fait d'être baptisé d'un surnom . La Basse marine, c'était la rue de l'Arsenal mais surtout la rue d'Orléans.



Quartier de notre amie Annie Chérubino, elle raconte:"Ma rue à moi c'était la rue "HAUTE " d'Orléans et j'en étais très fière. elle me semblait grande, large presque comme les champs Elysées que j'ai connus plus tard !!! et elle s'étirait jusqu'au port (du moins c'est ce que ma mémoire me dit).
En face de chez moi, la charcuterie CIRERA qui faisait le meilleur jambon au monde et surtout le meilleur boudin à l'oignon que l'on ait pu manger.
A côté, le callejon et puis le bar LE PETIT BALLON ou je rêvais devant le juke-box,- j'aurais aimé en avoir un chez moi - , puis un peu plus bas l'épicerie de SOLITA ou j'allais chercher le lait et qui nous donnait des bonbons , puis la place Emerat où était l'école primaire, la place Pologne où habitait ma grand-mère où nous dormions souvent avec mon frère et ma cousine Michelle et quand le matin le marchand de calentica passait nous nous précipitions pour en acheter;


la rue chère à notre amie Annie
La rue Charles Quint ou habitait ma tante,- je devais pour aller chez elle passer devant je crois une caserne - dans l'autre sens, ma rue à moi allait jusqu'à l'ancienne préfecture en passant par la place de la République où les jeunes faisaient les 100 pas le soir et que nous les gosses nous nous gavions de tramoussos et d'agua limon et nous moquions des grands qui draguaient.



L'église saint Louis, ancienne cathédrale d'Oran où nous allions au catéchisme, où nous passions des heures heureuses et insouciantes.
De ma rue à moi, on pouvait voir la mer et nous pouvions ainsi rêver. j'en ai gardé la nostalgie et même maintenant si le moral ne va pas, j'ai besoin d'aller voir la mer
l'univers de mes 14 ans c'était ma rue".


La basse marine :
La rue d'Orléans, partait de la Place de la République juste après les meubles "Aranzana", passait devant l'école Emerat, et descendait jusqu'au vieux port en passant devant l'école Emerat, la pouponnière, les places Nemours , Pologne et la caserne des douanes. Les bars du Luxembourg et Nautic offraient un super vue sur le port grâce à leur terrasse. La rue de l'Arsenal c'était surtout la rue du patronage de la Joyeuse Union lieu de rendez-vous de tous les jeunes de la Marine .
Après cette basse marine, on remontait jusqu'à la place de la République: sans aucun chauvinisme la plus grande place d'Oran, et l'une ou la plus belle, harmonieusement arborée. Elle offrait une superbe vue imprenable sur tout le port, sur toute la mer jusqu'à l'horizon: un spectacle dont on ne se lassait jamais et puis une qualité avec cet air de la mer... nous étions privilégiés... (pobrecitos otros barios, ils tournaient le dos à la mer..).
Elle était le rendez-vous journalier du traditionnel "Paséo", qui servait de prétexte, aux jeunes que nous étions, pour draguer, au moins des yeux, les guapas vêtues de leur belles robes de couleurs gaies et différentes.
- "Tu as vu comme elle m'a regardé dis .....ay ay ay comme elle est belle et quel sourire" .
Que de "piropos"lancés pour nos guapas d'anté... à leur passage, souvent surveillées du coin de l'œil par un frère plus âgé claro, une manière de vivre douce et simple tellement loin de celle actuelle, d'autres mœurs aussi…





C'était le lieu privilégié des bals populaires avec radio-crochet. C'est sur cette place que se trouvaient: l'ancienne Mairie d'Oran , le tribunal de commerce, le service des eaux. Il y avait les bars Albert et Cerdan (cousin du champion) le magasin de chaussures Benguigui. Un peu plus haut le bar rodriguez avec ses melsas et brochettes puis on arrivait à la place Kléber. La super et orgueilleuse bâtisse de l'ancienne préfecture rappelait qu'elle a été le théâtre de tous les rassemblements des oranais lors des périodes "chaudes". Le café glacier, le salon de coiffure de Codina, l'imprimerie Heintz et qui ne connaissait pas "Artéro" le réparateur et vendeur de vélos ou la boutique de Soriano spécialiste des articles de pêche..
La rue Charles Quint rue où habitait en dernier lieu notre chère "Angèle", partait de cette place et allait jusqu'au port. Elle permettait de rejoindre la promenade de Létang par les escaliers de Bastrana. La rue Philippe aboutissait sur cette place.





Saint-Louis- Cinéma Familia

Après ce quartier de la préfecture on abordait celui de Saint-Louis par le boulevard Oudinot. Le seul cinéma de la Marine "Le Familia" se trouvait sur ce boulevard. Une salle avec deux balcons, excusez du peu ! où étaient projetés ces bons vieux films de western et les films espagnols de Josélito ou Antonio Molina ou mexicains. Une salle de cinéma où on pouvait manger des pépites tout en regardant le film... les films étaient souvent accompagnés de commentaires, il faut bien reconnaître que le silence n'était bien respecté, pero que rissa siempré, c'était assez folklorique.
Sur ce Bd, la rue de la préfecture avec le bar le "Fougo" le lieu où on dégustait les moules en kémia avec la meilleure sauce du tout Oran. D'ailleurs il n'était pas rare de voir, derrière le bar au niveau des cuisine, des riverains venir avec une casserole ou un faitout chercher uniquement des moules pour les déguster chez eux.
Un peu plus haut le kiosque de Matéo qui proposait ses taillos et sa calentica que buena estaba, en face le bar Léon lieu mythique des joueurs de billard. A l'angle du Bd, la rue du vieux Château avec l'Oranaise de la famille Soriano, dont la notoriété n'était plus à louer tant la saveur et le délice de son agua limon et sa créponé, avaient largement dépassé les frontières du quartier. L'Oranaise a aussi fourni à l'ensemble de la Marine la glace pour les glacières. Peu de personnes disposaient, même assez tard dans le temps, d'un élément de cuisine de luxe : (tout comme la télévision un peu plus tard). un réfrigérateur. Au bout de cette rue, le Marabout Sidi El Houari patron de la ville pour les musulmans. C'est là que se trouve son tombeau, grand Imam très réputé, Né en 1350, mort en 1439 Il est vénéré depuis....
Chaque grande fête musulmane donnait lieu à des réjouissances et même des fantasias et oui !! .


Le centre du quartier :

la Place de la Perle on y arrivait par la rue de l'hôpital où se trouvait une salle de danse "chez Macia" (premier lieu où on commençait à flirter, avec " petite fleur et only you"...) ou bien par la rue Matelot Landini par le tunnel. La place de la Perle est semble-t-il la plus vieille place d'Oran. Elle fût habitée à une époque par des nobles espagnols . Plusieurs maisons ont d'ailleurs malgré le temps gardé un certain cachet. Au centre de la place, Maxime et sa calentica.
On remontait au petit santon par la rue Médine qui rejoignait celle de Tagliamento au bas de la Casbah . La rue Narbonne permettait de rejoindre le marché Honschott et un bain maur . Par la rue Pontéba on aboutissait pas loin de l'école Trinitaires, de chez les sœurs comme on disait alors.

Une autre partie de la marine avait son identité, les environs de la préfecture. Le Boulevard Stalingrad ( ex Molle) une artère aussi large que le bd Gallieni, al pueblo, bordé de magnifiques et immenses platanes rejoignait la Place des Quinconces. Sur ce bd, le bar l'Escale et surtout le "Platanium" le lieu de nos Surprise-Parties et des premiers amours de jeunesse, en tout bien et tout honneur.


Les rue Ténès et Trobriant étaient en parallèle et allaient jusqu'à celle des escaliers Bazinger au bas de la rue des jardins. Les jeunes qui habitaient depuis l a place Kléber et tout Saint Louis allaient pour la plupart à l'école Paul Doumer au bas du ravin Raz el Aïn. Il existait aussi pour les garçons à part l'école Emerat pour ceux du bas de la marine, l'école de la rue de Dresde, de Bastrana, celle privée de Saint-Louis. Pour les filles la rue Ménerville, et surtout Sédiman qui préparait les jeunes filles jusqu'au brevet élémentaire. A la sortie de l'école c'était un rite que d'assister à la sortie des filles, histoire encore de draguer avec les yeux les guapas...et parfois faire "des touches" ...

L'Eglise Saint-Louis ancienne cathédrale d'Oran était le lieu de rendez-vous de tous les fidèles. La chorale accompagnait toutes les grandes manifestations religieuses et notamment la messe de minuit avec Joseph Inesta à la baguette et Oscar un ténor qui faisait vibrer l'assistance au moment du "Minuit chrétien". Dans toute cette haute marine, les femmes allaient laver le gros linge les draps notamment "a la balsa" trois grands bassins recouverts, l'aire d'étendage revêtait chaque fois des couleurs multicolores et nos lavandières du jour malgré la dureté de ces travaux passaient de bons moments à rire ensemble , elles se donnaient d'ailleurs rendez-vous un jour donné.

A la Marine il existait des Patios où un grand nombre de familles vivaient, les plus connus,: Lasry , Olmo, Pastama, et le non moins important Colégio en haut de la rue Duvivier , juste à côté de la boulangerie Manchon, où ma mère et mes tantes préparaient la mouna pour Pâques
Des patios "angustias" en fait il y en avait partout. La forte population populaire de la Marine était en majorité de revenus modestes. Les Algériens se fondaient dans la population, ils parlaient aussi bien l'espagnol qu'un habitant du coin. Les femmes ouvrières les plus anciennes avaient commencé à travailler aux oranges disait-on , en réalité il s'agissait d'effectuer le tri pour le calibrage des oranges ou mandarines destinées aux grands marchés ou à l'exportation, dans des entreprises situées à la Place des Quinconces.
Plus tard les ouvrières travaillaient à l'Usine Bastos. Nombreux sont les souvenirs et les relations qui ont été établis, elles connaissaient rarement leur nom de famille et encore moins l'adresse , le prénom suffisait " tu sais jeannette la blonde, la cousine d'Arlette la grande flaca, " ces simples indications permettaient d'identifier la personne.
Les hommes, d'abord il y avait les pêcheurs puis, un grand nombre travaillaient au port avec l'éventail des métiers proposés que l'on pouvait exercer en fonction de l'instruction et des diplômes acquis, des aptitudes techniques ou manuelles pour d'autres . El Campamento de la rue de l'hôpital et l'hôpital Baudens employaient aussi beaucoup de civils.



Si, peu avait des moyens, cela n'empêchait nullement d'entretenir une ambiance rare. La marine était peuplé en majorité d'émigrants ou descendants espagnols, une réalité qui explique à elle seule cette ambiance particulière. Les odeurs de sardines grillées, des melsas, des brochettes, et des merguez invitaient partout à boire l'anisette. Les bars d'ailleurs rivalisaient avec leurs kémias, en proposant chacun sa spécialité : des escargots à la sauce piquante ou des moules, des beignets de boquerons et des olives y tramoussos claro partout. La majorité de la population se connaissait; il existait peu de véhicules , les déplacements s'effectuaient à pied, aussi ils s'accompagnaient du traditionnel "salud".





La Marine c'était ausi le quartier ou les surnoms assez burlons avaient cours.

Un défaut physique était vite remarqué et amplifié par un surnom. D'autres avaient tout simplement hérité du surnom du père ou de la mère , ainsi de père en fils : conejo, tchumbo, pelaya, moñato, follon, Cabollo, Malaga, Chacho, ou autre rigoletto ou la guapa gardaient le surnom.
Quessada ? connais pas, pero Bartolo el barbero claro, il habite à ce rincon de la rue . Martinez quien Martinez ? François ? ah si ya veo es el hijo de malaga (surnom) el que trabaja al puerto et là plus de problème, le renseignement est obtenu...
ou bien Jeannette la gorda, celle qui travaille à l'hôpital ou encore marie de louiso el pescatero ; ou Justico el jolatero, (il s'appelait garcia!!, des garcia ! no te digo il y en avait partout alors socato, négus, pépitte à l'oeil, pour les garcia , c'est bien plus facile ). En revanche si on parlait de Mme Hernandez (et il y en avait des Hernandez !!..) cela ne pouvait être que le magasin presse-tabacs du Bd Oudinot.

Les surnoms les plus connus :
- Mata Gato : il habitait à la calère ,- Tchoumino (de père en fils )- Filavoile ( Daniel rue d'arsenal) -Jaune d'Oeuf ( Jimmy gimenez) Pellaya ( Christian flaco como un palo) - Gomitao ( Christain ) Potagé (de la calera) Rigoletto (calère tambien de père en fils) Vedetta ( Robert Sanchez aussi appelé l'ange blanc porque estabas siempre con su costume blanc asta pa dormir ) Tazzle (pour Balthazar)M. Coin (se llamava Rincon) Samson ( pobrecito il était maigre como un stokefich no parecia na ) Tarzan (pour sa chevelure) Tragalapa y su amigo "ojospipi"(siempre lagañoso), des Cabollos à la pelle des Elvis no te digo chaque barios de la marina tiena lo suyo y compris les James Dean , ay que ver à la Marina si tu avais un blouson rouge comme à l'époque de J. Dean et que tu le gardais deux ou trois jours yasta tu étais vite baptisé
Ou bien plus encore si tu avais un défaut physique c'était cuit : Tony el Bisco ou boca torcia comme Pacalé , jeanot pata corta , Henrique choux-fleurs ( à cause d'oreilles certes qui prennaient l'envol heureusement qu'elles tenaient bon) , Chinico (un super goal, il avait les yeux un peu bridés) Malaguñio et son frère beaux yeux (on aura deviné qu'il avait de très petite yeux) Muruo ( janico) des Bartolos en veux-tu en voilà comme les "Néné" .....et j'en oublie......
chez les femmes il y avait la Conéja (rue d'orléan) Baby boop (una vieja destrossa ) la Beauté (pobrecita fea como un demonio ) Rose Marie cagnettes(pour ses jambes) ...... la Pépona ( hermana de Pépone) et puis Les Marie, la de : el pescatero, la viuda, l a gorda ,la flaca, la pequeña.....mucha burlesca , Raymond l'indien, (un personnage enigmatique)


Il y avait aussi des personnages marquants comme François "va et vient ". Je revois encore son sourire, il était si habile de ses mains, avec de la mie de pain, il créait des personnages. Avec un bidon d'huile et un manche à balais pourvu de cordes de crin de pêche il chantait.....et s'accompagnait avec sa "guitare".


Les réjouissances

A la marine c'était aussi pour Pâques une tradition de célébrer la "Jolata" c'était unique à Oran . Chaque quartier avait la sienne; cependant celle de la Calère était la plus importante. la jolata était un ensemble de vielles vaisselles en fer blanc, de bidons, de pots de conserves , de sommiers, le tout relié et ficelé . L'ensemble nécessitait plusieurs tireurs compte tenu du poids . Un bruit assourdissant accompagnait le passage de la Jolata, les habitants au passage, jetaient, cassaient la vieille vaisselle d'assiettes et verres conservés à cet effet, comme pour tourner une page.., se libérer des mauvais souvenirs..;etc chacun accomplissait ce rite en ajoutant une pensée.
(NdlR: Voir page complète sur ce sujet en cliquant sur le lien Jolata.)

La Fouguera , à la san Juan, prenait aussi une ampleur jamais égalée à Oran. Celle de la Calère se voyait depuis la pointe de Canastel !!!! du moins les flammes et la fumée claro, au bas de l'église Saint Louis, à la place Nemours, à la rue Tagliamento, vers la rue Ténès ou dans le quartier de la rue Madrid chacun avait la sienne .
Les derniers années seule la Calère continuait et invitait toute la marine à son feu et ses réjouissances, con siempré les fèves offertes soigneusement versées dans un cornet fabriqué avec du papier journal. Les chants populaires tels que : dicen que van a tirer todas la suegras a la mar (bis) y la pobre de la mia se esta poñiedo a nadar..)accompagnaient la fouguera et ensuite todo el mundo a la mar, al puerto pour se baigner que de rigolades alors....y siempre con la cancion : Que Baille (bis) maricon el que no baille et tout le monde bougeait sauter ... .
(NdlR: Voir page complète sur ce sujet en cliquant sur le lien Fouguera.)

Il faisait bon vivre à la marine de la rue Montebello à la place Pologne , de la rue Barcelone à la rue Ménerville, de la rue des Jardins à la rue d'Orléans, de la rue d'Arsenal au Puentecico de la place de la Perle de la rue Lodi à celle de Rome, du Callejon à la rue Ponteba...de la rue Sainte Marie à la rue d'alger..... La douceur de vivre à la "Marina" n'était pas une légende . Elle était bercée par une amitié naturelle, il n'y avait pas besoin de créer como haora des cellules de soutien psychologiques... s'il y avait un décès c'était toute la rue qui était en deuil. Avec leurs faibles moyens pour les plus démunis il n'y avait pas besoin de resto du cœur l'entraide était présente .
Ils donnaient sans se poser de questions et il leur arrivait de prêter des vêtements dans les grandes occasions pour ceux qui ne pouvaient pas se payer ce luxe pero siempré dans la bonne humeur . Certes il existait ceux un peu mieux lotis presque riches, mais ils étaient de la marine juste avec un poco mas de fantasia .

Un enfant de la Marine
Je suis né en 1942 à la rue de la vielle casbah, prolongement des escaliers du cinéma Familia , j'ai fréquenté l'école Paul Doumer, je suis allé au patronage et fait ma communion à l'église Saint-Louis, j'ai joué au foot avec la Jsmo ( j'ai eu la joie de porter le maillot de l'équipe de la calère avec Vincent, charlie rigoletto, jean-claude verra et d'autres ) j'ai nagé sous les couleurs de la Jus et joué en Hand avec le CMS . A Treize ans comme beaucoup de mes copains, je n'ai pu poursuivre mes études et j'ai commencé à travailler au port chez divers transitaires (Martal- Inglada, Desbrun..etc).J'ai vécu jusqu'à 19 ans, à la rue de l'Intendance rue perpendiculaire à la rue du vieux château, la rue où se situait le Marabout de Sidi el Houari, c'était juste derrière le Familia......Je suis, et je le revendique, un enfant de la "Marina". . .

J'ai certainement oublié de citer des lieux, des rues aussi, ya me se va un poco la cabeza con la eda...
je n'ai pas parlé des interminables parties de pignols, carelettes, Platicos (notre tour de France de cyclisme à nous) ou mas tarde de baby-foot , de nos équipes sportives représentatives de la Marine, la J.U.S 'basket, et natation, l'A.S.M.O et à un degré moindre la J.S.M.O pour le foot, la GMO et ses champions en natation et Hand , le CMS hand et ping-pong. Des disciplines sportives diverses.
On se rencontrait à l'occasion de matchs officiels, mais jamais en rivaux car on se connaissait , soit par nos fréquentations en école primaire, ou parce qu'on avait suivi l'enseignement du catéchisme au patronage jusqu'a accomplir la communion solennelle, ou plus tard parce que beaucoup d'entre nous exerçaient un boulot au port.

Mes grands-parents paternels, pêcheur, tout en bas de la marine, à la place Pologne (mon grand-père était pêcheur) avec deux oncles comme voisins. j'avais de la famille tantes et oncles, cousins germains : à la place des Quinconces, au bd Oudinot, à la Place de la perle ...des lieux différents qui me permettaient de connaître mieux le quartier.
Je n'ai que très peu cité les commerçants du quartier. Qu'il me soit permis d'en citer certains du Haut de la marine. Les épiceries de chez Amalia rue du vieux Château, Mme Padilla rue Ménervielle, le gros juif (! ) de la rue de l'hôpital, Teboul du bd Oudinot ( j'en profite pour dire que les oranais de la marine de confession israélite vivaient en parfaite harmonie et dans un respect mutuel avec l'ensemble de notre population, musulmans compris, nous étions tous des "marineros" )
Au bd Oudinot le garage Moya, le café de Paris en face chez Finou, Selva le droguiste, chez Jeanot le bar, "Mon bar" tenu par M. Arroyo (père de Fredy le champion et capitaine de l'équipe de France de volley), de me souvenir de la Cuadra de la rue matelot Landini, d'Erminia l'épicerie de la Place Pologne pour le bas de la Marine et José el tendero de la place Isabelle à la Calère, de la Pollera du Marché Honshott ( en phonétique: onchkotte) de nos instituteurs de l'école Paul Doumer MM Lijour, Régnier, Bonhore (bouzo) Dray, Darmon..Xech..Il y aurait tant de choses encore à raconter...
J'ai essayé de traduire dans ce texte de présentation de notre grand quartier, sans prétention, le sentiment qui m'a toujours animé: celui que partout à la Marine j'étais chez moi. La Marine reste dans mon cœur, une bien belle et grande famille.
José Bueno nov 2004

P.S : En 2003 en avril-mai , je suis retourné à Oran. J'ai revu mon Quartier, quelle émotion... bon nombre de rues ou bâtiments cités n'existent plus...la Calère a tout simplement disparu , il en est ainsi . Mais dans mon cœur cette jeunesse là, exprimée à travers ce texte sur mon quartier, personne ne me la prendra , elle reste mon souvenir le plus précieux de ma ville Oran.



Photos: collection cartes postales de JC PILLON
et J Bueno Mai 2003


Si les oranais sont tétus, ceux de la Marine le sont encore plus. Ce sont eux qui les premiers veulent retrouver leur quartier et comme une partie a disparue, ils tentent de le reconstituer pour mieux nous faire partager ce trésor qu'ils gardent en eux, "le lieu de leur naissance et de leur enfance"
Sous l'oeil d'une vierge qui a su arrêter le choléra, mais pas le travail du temps, ils nous expliquent en image....
Merci à tous ceux qui ont participé: Antoine, José, Francis, Henrique.... et les autres qui reconaitront leur contribution.
Comme pour la plupart des photos ci dessous, on peut agrandir cette vue insolite de la tour du sanctuaire en cliquant sur l'image.

plusieurs d'entre nous ont tenté de replacer les choses à leur place.... ( cliquer pour agrandir et mieux lire les détails)






Ce croquis à main levée, n'a d'autre prétention que de mieux nous faire comprendre où étaient ces fameux patios dont ceux de La Marine nous rebattent les oreilles ! En prenant comme point de repère l'école Emerat sur la photo précédente on peut tenter "d'imaginer..."

Quelques vues plus récentes de ce qui demeure:

Ce qui était probablement anciennement les Ets TOFFOLI
La réalité aujourd'hui
Tous les oranais connaissent la grande librairie papeterie HEINTZ qui se trouvait Bd Clémenceau. Nous y achetions les livres de classe neufs que nous ne pouvions nous procurer au grand marché de la rentrée ^place de la Bastille.
Mais tout le monde ne sait pas que l'imprimerie Heintz se trouvait à la Marine. Nouis devons à Francis cette photo du personnel. Peut être y reconnaitrez vous uine connaissance, parent ou ami....




La Marine de J-Y SALMERON

Après avoir visité mon site et celui d'HENRIQUE entre autres, Jean Yves nous fait le plaisir de partager avec nous ses souvenirs de La Marine:

ESTO ES MI VIDA !

Lettre à un voisin de la rue Baenzinger………
Au hasard des recherches sur des sites parlant de ma belle ville d'Oran, sur lesquels je recherche sans cesse des photos de mon quartier La Marine, où je suis né.
Je cherche encore plus intensément des photos de ce petit coin, situé entre la rue des Jardins et la rue Trobriant.
Ne voilà-t-il pas que je tombe sur un dessin de coin de rue où des personnages se tenaient devant un magasin : les établissements Toffoli rue de Trobriant. (On peut également voir ce dessin ci dessus)
En cherchant encore plus sur le site concerné, je trouve une photo où l'on voit un bout de la rue, celle où je vis le jour : la rue Trobriant.

Notre ami Henri Palles, créateur du site, a été mon voisin d'immeuble, mais vu mon jeune âge à l'époque, nous nous sommes uniquement croisés. Je lui envoie au travers de cette histoire, quelques souvenirs du quartier, car je suis sûr qu'ils sont en partie communs, ne seraient ce que par parents interposés, ou amis.

Je suis né donc le 12/07/1949 à Oran, quartier de la Marine, 4 rue de Trobriant, qui est aussi le 11 rue des Jardins, dans un appartement situé au premier étage de l'entrée du n°4.
Fils de Emile Salmeron et Marie Albors.
Mon père né à Oran, à la Calère, il en était particulièrement fier.
Ma mère née à la Londe Les Maures (VAR).
A cette époque, mon grand-père maternel, François Albors, né lui aussi à Oran, travaillait comme métayer dans le sud de la France.
Mes grands-parents paternels sont nés aussi à Oran.
Mon grand-père paternel Carlos Salmeron était sapeur pompier.
Ma grande mère, un monument de gentillesse.
Me voilà donc débarqué un mardi matin de juillet 1949, dans cette maison. Le premier petit enfant de la famille, je ne vous dis pas…..
Dès que j'avais un " pet " de travers, je passais de bras en bras, j'étais couvé, veillé, adoré.

Mes voisins de palier : Pepico, Anica et Jeannette, famille de pêcheur, très pauvre je m'en souviens.
A coté une dame âgée, qui vivait seule. Et qui recevait tous les soirs la visite de sa nièce, Francine d'après ma mère.
Toujours sur le même palier, mais en face, une partie importante de ma famille : tonton Raymond Albors et tata Jeanne née Hernandez, Louisette et Mimi (Emile Vidal) recueilli par Jeanne à la mort de sa mère. La fille de Jeanne, Louisette, était ma marraine.

A neuf mois de ma vie, le 22 décembre mon grand-père Carlos Salmeron décédait, puis 3 jours après,le 25, jour de Noël , ma marraine disparaissait aussi, à 17 ans , victime d'une longue maladie.
Triste époque pour ma famille ce Noël 1949.
Les Noël ont longtemps été craints chez nous, jusqu'à ce que les nouvelles générations fassent oublier ces moments terribles, et qu'on transforme la peine en grand amour.
La vie pour moi en ces lieus, de la rue Trobriant, est empreinte de milliers de souvenirs.
Les souvenirs, ce sont les mots, les images, les odeurs, les émotions, les visages Il n'est pas toujours facile de les mettre en bon ordre, quand ca se bouscule dans la tête.

Essayons.
Je continue dans la description du voisinage : à l'étage au-dessus, la famille Rochas, avec Hubert, un de mes camarades de jeux. Au même étage, une famille dont je ne me souviens plus du nom.
A cet étage la grande porte, ouvrant sur la rue des Jardins et son trafic, qui me donnait toujours l'impression de gronder.
C'était une porte de lumière, coté sud, contrastant avec celle de la rue Trobriant. Les univers du haut et du bas n'étaient pas du même monde à mes yeux. En bas le calme, le silence, l'humilité, et en haut l'agitation du centre ville proche.
A l'étage au-dessus, le fameux docteur Lamanovici, Roumain de naissance, établi à Oran.
Il avait une particularité : la couture !
Il a recousu mon front, ma lèvre inférieure et l'arcade d'une de mes sœurs, au hasard des jeux qui finissaient mal. Mon père parfois le conduisait pour le plaisir, la nuit dans ses tournées. Son fils Charlie était aussi un de mes camarades de jeu.

Les étages et les habitants ensuite se brouillent dans mes souvenirs. Je me souviens d'une grande terrasse, au sommet de l'immeuble, où je voyais ma mère, faire bouillir des lessiveuses de linges.
Au rez de chaussée de la rue Trobriant, il y avait un atelier de taxidermie, appartenant à M. Cabrera. Tout ce qu'il y faisait me semblait étrange, et je me souviens encore du regard ombrageux de certains animaux empaillés. C'était un homme très gentil.
Je me rappelle qu'en venant de la place des Quinconces, on rentrait chez nous par la rue Baerzinger (j'ignorais son nom en ce temps là), et on passait devant les établissements Toffoli, en tournant à gauche.
Au coin proche de la rue Trobriant, la laiterie avec des vaches, et ça sentait la laiterie, oui bien bien même … !
Mon cousin Mimi et moi allions y chercher le lait du quatre heures, pour " le café au lait ". Et on dégustait avec des " bonbonès ", nom espagnol du gâteau, en tout cas le nom que leur donnait en espagnol local, ma famille.
Celui qui avait la primeur était le gâteau rond avec un grand trou au milieu, et qui cuisait dans un moule avec couvercle, sur la gazinière. Quelle merveilleuse invention. Des noms de plats me reviennent aujourd'hui, " potajè ", " pimientone ", " migas ", " gaspacho ", mais je dois avouer qu'il a fallu que je sois adulte pour les apprécier. C'est toujours comme ça avec les gamins…

C'est dans la rue de Trobriant, que j'ai appris à faire du vélo. Un petit vélo tout vert.
Je me souviens avoir vu de la fenêtre de ma chambre, tomber la neige en 54.
Eloignons nous un peu de la rue Trobriant, et allons vers l'univers qui l'entourait.
Au nord le quartier du boulevard Odinot, où habitait mon cousin Jean-Marc Esposito. Lui aussi était un adepte de cicatrices, que recousait le docteur de la maison.
La librairie qui s'y trouvait, a pris une part importante pour le restant de mes jours : avec les BD qu'on y achetait (capitaine Garry, Battler Britton, les pieds nickelés etc..) j'ai appris à lire et à m'évader dans l'imaginaire. Cela ne m'a pas quitté.
Il y avait l'épicerie Touboul, avec le propriétaire toujours habillé d'une blouse grise. Ca sentait bon les anchois en baril, les harengs fumés, et tant d'autres choses.
En face la pâtisserie " scooter ", c'est comme ça que je l'ai toujours entendu prononcer par ma famille, et bien plus tard j'ai su que c'était Schroeter. Milles excuses, mais je crois qu'ils le savaient.

Le Familia, aahh le Familia, cinéma qui portait bien son nom. Tout velours rouge, style ancien. Je vais même vous dire quel air se jouait pour annoncer le début de la séance : La danse du Sabre.
Tiii i titiii ti i i titiiiiiiiiiiiii
Ca se pressait dans les rangées, quand on entendait cette musique !

Il y avait dans le coin, la charcuterie de " madame Charles ", je crois, admirée par Tonton Raymond qui disait : " dans ce magasin c'est tellement bien présenté, qu'on a envie de tout acheter ".
Les glaces du " Cojo " étaient connues aussi.

J'ai été baptisé à l'église St Louis, et ai commencé " mes études " chez les sœurs à cornettes. Leur méthode était si efficace en maternelle, que je n'ai pas eu besoin de faire une deuxième année, et je me suis retrouvé directement en CE1 à l'école Bastrana, avec M. Roux comme maître, sans faire de CP.
L'imprimerie Heintz, où avait travaillé Tonton Raymond, la place des Quinconces, la poste, la préfecture, voilà encore des souvenirs en vrac.
Situé dans une rue près de la poste, un magasin, la propriétaire s'appelait Arlette, une amie de ma mère, regorgeait de jouets et plein de chose encore. Vers Noël j'assistais aux tractations en espagnol de ma mère et de sa copine dans ce magasin, en riant intérieurement, car tout le monde pensait que je ne comprenais pas la langue. Cela a été longtemps mon secret.
Coté sud, c'est la rue des Jardins, longue montée, pénible par temps chaud. Au coin de la rue de Saida (je ne sais pas si c'est le vrai nom de la rue : c'est la rue opposée à la rue Baerzinger, avec des escaliers aussi, et qui possédait une petite épicerie) une vieille femme qui me saluait tout le temps : " mademoiselle Nicole ".
Les jardins perchés au-dessus d'un mur de 10 mètres, je ne les ai jamais bien vus.
Au dessus il y avait la rue de l'Aqueduc.
La " rue de juifs ", plus haut, empreinte des odeurs d'épices, grouillante d'activité, qui ne portait d'ailleurs pas ce nom là, mais qui regroupait une partie de la communauté Juive d'Oran.
M. Touati confiseur de ma connaissance y avait un magasin.

Arrivé en haut c'était la place d'Armes, point de départ vers le reste du monde, mais ça c'est une autre histoire.
En bas de la rue des Jardins, dans le virage, il y avait une sorte de grande cave, ou voûte, siège de la fanfare " Les Amis réunis ".
Mon père y jouait du tambour. Cette fanfare était partie en tournée aux fêtes d'Alicante en 1960 ou 1961.
Ceci reste pour moi plus qu'un souvenir, mais une vraie partie de moi-même, car quand dans les fêtes de village j'entends passer une fanfare, la sensation physique que je ressens est indescriptible, j'ai 5 ans à ce moment là.

Pour parler de mon père : fanatique de la JU Don Bosco, de Papa Tricot (qui lui a appris le tambour), de football (il a joué à l'ASMO), il a fait de la boxe, et tous les sports qui passaient par-là.
Longtemps a trôné sur le buffet, sa coupe de vainqueur de ping-pong. Elle est restée de l'autre coté de la mer.
Il n'y a que la guerre qui a stoppé son dynamisme.
A son retour il n'était plus le même. Anxieux, traumatisé je crois.
C'est vrai que combattre Rommel en Tunisie, débarquer plus tard en Italie, puis en Provence en voyant la France pour la première fois, puis remonter en Allemagne, se faire geler les pieds dans les Vosges, voir ses copains étriper par les mines, les obus, ça change un homme.
De condition modeste, ajusteur mécanicien à l'arsenal de Mers El Kebir, il a su avec ma mère nous élever dans l'honneur.

En 1956, avant la grande aventure de 1962, je suis parti vers l'Est d'Oran, habiter ailleurs, ceci est une autre histoire.
Certains bonsaïs, n'aiment pas qu'on les transplante…

Hasta luego ! Un ijo de la Marina !