Ils se souviennent et en parlent librement:




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Les pèlerinages
Il suffit parfois d'un déclic pour enchaîner les souvenirs. Ainsi c'est Jocelyne qui ouvre le ban…

"Le Marabout"

Qui parmi vous a connu, le marabout qui passait une ou deux fois par an dans nos maisons (Boulanger ou ailleurs) faire l'aumône pour ses pauvres fidèles?.
C'était un chibani, basané, grand, maigre, édenté, il avait fière allure, était vêtu d'une gandoura, chéchia, turban blancs et tenait dans ses mains ridées un gros chapelet, qu'il égrenait. Il arrivait, sans s'annoncer. Maman était toujours impressionnée en le voyant, il récitait une prière en arabe et en même temps posait le chapelet sur nos têtes en disant "Le bonheur pour toi, ton mari, tes enfants et ta famille". Maman avait toujours en réserve, en prévision, des paquets de bougies (pour la mosquée), du vieux linge et un billet ; elle lui ouvrait toujours sa porte craignant qu'en cas de refus, il nous jette le mauvais oeil.

Vous souvenez-vous aussi, de l'époque où nous n'avions pas l'eau douce, mais de l'eau saumâtre, du marchand d'eau qui passait dans les rues avec son bourricot attelé à sa carriole chargée de fûts en criant "agua dulce".
Et plus tard, le marchand de plastiques qui faisait du troc en échangeant avec nos mères du vieux linge contre : bassines, cuvettes, pots...c'est ainsi que nous avons connu les premiers plastiques.
Du balcon de ma chambre, j'observais le balayeur des rues qui s'afférait, avec un balai composé d'un manche et de brins de je ne sais quoi attachés autour, avec une fil de fer, à faire des petits tas de ci de là et, lorsqu'il avait terminé la rue, les ramassait un à un, avec une pelle improvisée (un morceau de tôle), et les déposait dans un panier à roulettes.
Toujours du balcon, l'après-midi, je regardais passer les "Fatma", vêtues de draps blancs, ne laissant apparaître que leur oeil de cyclope ; leurs draps étaient si blancs qu'ils se reflétaient sur le plafond de ma chambre.

"L'Estropajo" (lavette d'alfa) qui servait de "scotchbritt".
Je me souviens, ça devait être à la fin de la guerre, mon père faisait des savons avec de l'huile et l'odeur un peu rance du savon est en train de me monter au nez.
Avez-vous connu cet arbre que l'on appelait "le sapindus", nous en avions un dans notre jardin d'Aïn Franin, ses fruits : des boules de la grosseur d'une noisette ; lorsqu'on les faisait tremper dans l'eau, ça moussait et nous nous en servions pour laver les lainages (comme le Mir).
Il y avait un autre arbre "le Caroubier", grand arbre (toujours à Ain Franin) dont les fruits étaient en gousses longues et épaisses, (un peu comme les haricots pape) à la peau marron, dure, dont la chair était très sucrée (un peu le goût du coing)

Jocelyne Estève.




……. et l'on enchaîne avec

J'ai connu tout ça sauf le marabout.

Mais à la marine il y avait des arabes qui passaient dans les maisons avec des genres de castagnettes en métal et ils étaient accompagnés d'un taureau qui avait un bandeau rouge autour des cornes. Ils balançaient un genre d'encensoir improvisé et disaient : Djaoui!Djaoui!. Je crois que c'était pour faire pleuvoir
Note du rédacteur: cette anecdote n'était pas une spécificité de La Marine, Je l'ai vu moi même en plein centre (rue Lamartine) et la première fois que nous avons entendu ce tintamarre, tout étonnés, Fifine, l'employée de maison espagnole nous a expliqué qu'il s'agissait de "la vache noire" qui effectivement était censée appeler la pluie mais comptait surtout sue la pluie de piécettes lancées des balcons, pour gagner sa vie !
La photo a été communiquée par Michel SOLER qui offre une récompense à tous les oranais qui reconnaîtront la rue..... (Michel Soler)

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Il y avait aussi le marchand d'escargots vivants qui poussait un genre de brouette avec un caisson plein d'escargots et il les vendait dans la rue. Il y avait aussi le marchand d'oublis, le marchand de calentica, de guimauve qui criait 10 sous le kilomètre. Sa guimauve multicolore était enroulait autour d'un bâton, le marchand de cacahouètes et de toraicos, le marchand de tchoubos qui parfois troquait ces délicieux fruits contre des vieux vêtements, le marchand de vaisselle, le marchand d'eau douce qui criait BARRELOT! celui qui criait : QUEQUE CHOSE A VENDRE! le Jolatéro qui passait pour réparer soit les lessiveuses trouées soit les lampes à pétrole pour cuire le manger! Le marchand de glaces avec son carter métallique suspendu à l'épaule et qui vous servait une glace prise entre deux gaufrettes rectangulaires en manipulant son appareil !
Note du rédacteur: voir à ce sujet les dessins de Roger ALFONSI représentant les petits métiers à Oran. Cliquer "ici"


A une certaine saison, on vendait aussi des arbouses dans un cornet , mais nous on les appelait des fraises.
Il y avait un arbre, l'aloès, dont on prenait les fleurs et on les faisait s'animer en les secouant! on appelait cela LES MARTICAS!
Et puis il y avait aussi le temps des cerfs-volants. C'était une sorte de compétition afin de savoir qui fabriquerait le plus beau cerf volant. On les fabriquait avec du papier de couleur qui servait à recouvrir les livres et les cahiers, et avec des roseaux.
On lui accolait une longue queue faite de chiffons noués ensemble.

Il y avait aussi le cerf volant du pauvre qui était fait sans roseau et avec un simple papier de cahier et on appelait ça le CAPOUCHERO ou un nom qui ressemble à ça mais dont je ne me souvient pas exactement.

Et puis aussi le temps de la JOLATA et de la FOUGUERA! mais pour en savoir plus sur ces deux sujet il n'y a qu'à visiter le site de Jean Claude il y a deux rubriques sur ces derniers racontés par notre bon ami José BUENO. (lien ici)

Deux anecdotes à ce sujet: les jours qui précédaient la jolata, les enfants de chaque quartier de la marine rivalisaient dans l'amoncellement de jolata dénichée un peu partout et jalousement gardé par des enfants afin que d'autres ne viennent pas leur voler.
Or un jour un brave dame de la rue de Lodi avait sorti son sommier tout fraîchement repeint afin de le faire sécher sur le trottoir. Voila que des enfants aperçoivent ce sommier, et lui attachent un corde afin de l'emmener à la Casa Rota dans le dépôt de la rue de l'Arsenal. Et j'ai vu la propriétaire du sommier courir armée d'un balais, derrière son sommier que les enfant traînaient dans la rue.
Deuxième anecdote: les enfants ne trouvant aucun abri pour mettre toute leur jolata en sécurité jusqu'au jour J, une brave dame, toujours de la rue de Lodi, a ouvert grande les portes de sa salle à manger, car elle habitait un rez-de-chaussée qui donnait directement dans la rue et elle a invité les enfant à entreposer leur jolata dans son appartement après avoir poussé les meubles pour faire de la place car cette jolata était imposante!

Enfin j'allais l'oublier, il y avait aussi le marchand de MARGAILLONS!
Si d'autres ont des souvenirs qu'ils les relatent!
Antoine ORSERO




Des précisions: "aguovender" (prononcez le r)
je pense que cela venait de l'espagnol "tchapouron" d'Oran : alguo à vender : que nous traduisions nous autre à choupot par " quelque chose à vendre"
il s'agissait pour la plupart d'un marchand de casserole et bassine,qui faisait du troc. ou des fois vendait tout simplement sa marchandise à nos parents.
François SANCHEZ Voir aussi le dessin de Roger Alfonci: "click"




Djaoui, Djaoui, les escargots, je n'ai pas connu
Les Oublis, c'était devant le Prisunic."trac a trac"
La Calentica : il y avait un marchand devant chaque marché, ils avaient une sorte de "carico" ... Ici, dans le midi, nous avons la "Cade", c'est la même recette, mais plus fine 1/2 cm, là-bas,elle était d'au mois 3cm.
Les : guimauves, tchoumbos, je ne m'en souviens pas
Par contre, les amandes, dans des petits cornets de papier, très fins, qui étaient délicieuses, étaient vendues devant le Prisunic aussi.
Tu viens de me rappeler les glaces dans des gaufrettes.
Le Jolatéro aussi. il y en avait un qui criait (phonétiquement) "A govender la camisa de su mujer".
les marchands d'arbouses...je n'ai pas connu...
Les "Martetas" (mot typiquement oranais" )nous les prenions dans la main gauche et avec la main droite nous tapions sur le bras gauche en chantant "santa la marteta chicoteta"(traduction...makach...) et les étamines se mettaient à danser.
Le cerf-volant, on le fabriquait comme tu le racontes.
Les fougueras de la saint jean, sur chaque place de quartier. Je ne connaissais pas non plus le marchand de margaillons.

Mon grand père paternel avait une usine de crins et alfa et exploitait les palmiers nains et l'alfa pour en faire des liens pour les récoltes et des cordes de toutes dimensions ; il en exportait en Angleterre pour faire du papier. Il avait inventé ses propres machines, pilon, fileuses, scies mécaniques, c'était un ingénieur. il avait des brevets d'invention. Dans les carnets de ma tante, elle raconte comment étaient travaillés ces matières premières. Si ça vous intéresse, je pourrai vous le communiquer.
Joselyne ESTEVE




Tout naturellement on en revient aux jeux de notre enfance

en parlant des jeux il y avait les osselets que ma grand mère me gardait quand elle avait du gigot elle demandait toujours a la bouchère de m'en garder, puis aussi la marelle nous choisissions une pierre de marbre assez usée afin qu'elle glisse mieux, et ce n'était pas la même marelle que celle de France la nôtre était toute en rectangle avec 6 cases; nous nous arrêtions a la quatrième et nous repoussions après la pierre,
et puis nous avions le jeu des balles nous jonglions avec 3 et les plus fortes quatre ou même cinq, les jeux on en trouvait partout et avec pas grand chose je me rappelle d'un môme qui avait une boite en carton avec du sable dedans, il faisait payer (combien j'en sais rien) et il y avait un fil qui dépassait, je vois toujours les garçons qui tirait lentement et se mettait en colère quand il ne trouvait rien, ou alors c'était le gros lot, un stylo, une voiture enfin ce que le môme avait décidé de mettre !!!
les pignols aussi, on pouvait même jouer a souffler dedans
les jeux on ne faisait que ça et avec presque rien !
après c'était les jeux de garçon et là par contre j'ai moins de souvenir: le pitchak etc etc
Josseline POUDEVIGNE

Pour compléter les jeux énumérés pas Josseline, en voici quelques autres: -Aros qué quéma -la toupie dont il fallait remplacer le clou et couper la camora! -les néblis -les cartelettes -le canouti un tricotage de laine qu'on faisait avec un roseau taillé en dents ou avec des épingles à linges nouées -le bourro flaco -el tossino -le gatico avec les cartes (on chantait: gabilane, gabilane, à soubil et à bajare...) -la bresca et le quinzette avec les cartes espagnoles et au patronage on jouait: -au ballon militaire -à la petite guerre -au drapeau lyonnais -à la madré -les plaquettes quand aux plats renommés: -le potajé -le caldéro -le scalette (bouillabaisse du pauvre) -la macaronade, -la paella -le couscous etc...
Antoine de la marine


Dans les souvenirs quelqu'un n a parlé de fleurs ,et je me suis souvenu de l'époque où on partait tôt le matin avec les copain et un bon casse croûte au printemps pour ramasser les fleurs aux planteurs, et l'on revenait en fin de matinée chargé de Boutons d'or ,de marguerites, de glaïeuls sauvages (que je n'ai plus trouvé sauf aux Baléares) ,de bleuets ,de "monjica"-(une espèce de tulipe basse sombre à fleurs retournée comme une clochette et que je n'ai jamais retrouvé,) et surtout une fleurs qu'on trouvait sur les immenses fleurs aloès et qu'on appelait des " marticas " parce que quand on la tenait et en tapant sur le poignet la fleur "dansait "
(à rapprocher du récit de Jocelyne Estève plus haut, qui parle de "martetas"

ce sont des vieux souvenirs ,et si je commet des erreurs ,que ceux qui se souviennent mieux me reprennent
Claude GARCIA

Antoine: Et les batons de St Joseph, tu les a oubliés?
Claude: EXACT On appelait çà phonétiquement "les barica san josé " une tige bien droite et des petites fleurs blanches tout le long




….. et les souvenirs continuent

Et puis il y avait les patates douces que l'on faisait cuire au four du boulanger ou à l'étouffer ou encore en tranche comme les chips et on les faisait frire avec du sucre ;c'était délicieux. mon épouse en fait quelque fois à l'étouffer et on se régale.
Il y avait aussi les taillos . Les dimanches après midi on se réunissait en famille et on allait chez le marchand du coin pour acheter un rouleau de taillos bien chaud qu'on dégustait avec un bon café. Pour la Saint Jean on faisait des fèves sèches bouillies au cumin, bien salées et bien poivrées c'était délicieux! Il nous arrive encore d'en manger avec les Oraniens des Bouches du Rhône qui a une équipe formidable!
Les arabes vendeurs ambulants de cacahouètes vendaient aussi des TCHOUFAS sorte de toutes petites graines ressemblant à des pommes de terre et avec lesquelles les espagnols font l'AGUA TCHATA! A suivre!
Antoine de la Marine




La boisson délicieuse que l'on trouve en Espagne et surtout à Alicante ce n'est pas la Tchata, qui veut dire nez écrasé, mais ORCHATA ...
A Oran je ne connaissais pas, mais l'Agua limon tout le monde s'en souvient, avec une boule de créponné dans le verre, dans l'un des kiosques de la place de la Bastille ou devant la cathédrale.
Henri VERDU




Et chacun de se souvenir…

Oui je me rappelle aussi lorsque les arabes passaient avec leur charette, ma mère aussi, échangeait du linge contre la vaisselle. Quand à la caroube, il y en avait beaucoup à Misserghin
Oui ce sont tout des bon souvenirs, qu'est-ce qu'on a pu jouer. On jouait à la corde aussi, au tour de france avec les capsules de bouteile, à cache cache etc. C'était le bon temps ou nous avons passés une bonne jeunesse. Je ne sais la jeunesse actuelle s'est amusée ou s'amuse comme nous l'avons fait.
Michelle GUILLOU de la Marine




C'est en parlant de fleurs, je me souviens queje cueillais des petites fleurs jaunes en formede campanule, et je mordillais la tige qui avaitun petit goût acidulé. Ici en Espagne j'en voiselles poussent au bord des talus, il y a aussi des marguerites des champs des glaïeulssauvages.
Tout les dimanches matin il a un marchand qui vend des chúrros tout chauds, et les jours de marché aussi mais ici on ne les appellepas des taillos mais des chúrros.
Liliane NOLASCO




Les cinémas

Moi j'allais dans tous les cinémas!Je n'étais pas raciste! Là où il y avait un bon film, là j'étais. Je suis même allé au RIO Rue d'Arzew et le cinéma qu'il y avait place d'Armes dont je me souviens plus du nom, ainsi qu'au TIVOLI, LE RICHELIEU, et bien sur tous les très célèbres cinémas d'Oran. Je suis même allé au cinéma LE STUDIO DES JEUNES vers le Richelieu par là.

Et j'ai été projectionniste de cinéma à la JU.On passait les meilleurs films d'aventures et de cow-boy comme le dernier des fédérés. Quand il y avait des scènes d'amour , enfin des baisers quoi, je mettais la main devant le projecteur afin que les gamins ne voit pas ce passage. Je les entendais crier et siffler dans la salle! Et le Dimanche matin , je me faisait une avant première dans la cabine de cinéma afin de voir si le film passait bien et pour repérer ces scènes interdites à l'époque.

Je me suis régalé et le samedi soir en été, cinéma en plein air. On tournait le projecteur en directiondu mur de la cour où était peint un écran et on sortait tous les fauteuils.

Je me rappelle que le cinéma LE FAMILIA avait brulé plusieurs fois et je me souviens aussi qu'on prenait les places les moins chères c'est à dire celles qui étaient tout à fait devant et dès que la salle s'éteignait, on courait pour rejoindre les places arrières.

Que de bons souvenirs!!!!!

Antoine ORSERO




Cinéma paridisio ? Vous rigolez ou quoi ? C'est nous qui l'avions inventé ! Rappelez vous, à Bouisseville, les jets d'eau accompagnés de la musique qui trotte dans ma tête. Le ciné en plein air, dont la salle cernée de bougainvilliers, était séparée en deux : Devant les jeunes, bancs de bois Derrière les adultes, chaises métalliques pliantes. Le film commençait et des terrasses on pouvait suivre les images et capter les dialogues de temps en temps, en fonction du vent. Quand un film passait, dans lequel Presley ou Bill Halley ( et les cometes) chantait, on se levait et dansait dans la contre allée. Les étoiles étaient au-dessus de nous ! Quelle merveilleuse jeunesse nous avons eu !
Michelle LE GALES




tu as raison Antoine et l'eldorado aussi c'est pour celà que par la suite on allait a l'empire et au rialto et au régent il y avait aussi l'alhambra l'alcazar l'olympia le régina a bel air.
bernadette




Anecdotes de la Marine

A la marine il y avait un lazaret, sorte d'étable pour mettre les vaches en quarantaine quand elle venait d'être débarquées des bateaux. Elle prenaient à pieds le chemin du lazaret qui était situé Rue de Matelo Landini et ce deouis le port, précédé du MANTSO! Bien entendu le chemin emprunté était parsemé de bouses de vache.Or dans une d'elles, toute fraîchement pondue, tout près du Lazaret, donc au beau mileu des habitations, l'un de nos jeunes camarades avait planté un énorme pétard!Quand il a éclaté, je ne vous dit pas les murs des maisons! Il ne manquait plus que la deuxième couche.


Rue d'Orléans , à la marine, il y avait la famille Ambrosino qui habitait l'une des maisons les plus cossues de la marine. Juste en face il y avait la Rue Matelot Landini qui rejoignait cette rue d'Orléans pour aller ensemble atteindre la Place de la République. Donc juste en face , sur la rue Matelot Landini , il y avait un parapet et on pouvait facilement apercevoir le balcon de l'appartement des Ambrosino. Or ceux-ci avaient un perroquet qui était toujours au balcon. Nous, les gosses nous lui apprenions tous les plus gros mots et les pires insultes de la Marine. Ce qui a fait que ce perroquet répétait sans cesse ses mots toute la journée au désarroi de ses mâitres.
Antoine

Une petite mise au point de Jean Michel Ambrosino:

en réalité ce perroquet appartenait aux voisins du dessous de mon oncle Ernest, Mr et Mme Chasspoul. Il reproduisait toutes les grossièretés apprises des enfants du quartier et chantait même les premières paroles de la Marseillaise. Quant au parapet qui se trouvait en face de notre maison oú les gamins enseignaient le chapurlao au perroquet et le femmes du patio Malagá "(déformation de Manégat, nom du propriétaire), venaient prendre le "petit soleil", son nom local était "la paretica", bien entendu.




Des remèdes bien oranais...

quand nous étions enrhumé ma mère nous mettait de l'huile GOMMENOLE( je ne connais pas l'orthographe exacte) dans le nez et les oreilles et quand nous avions mal à la gorge, de l'alcool camphré légèrement chauffé et répandu sur un papier journal entortillé, place dans un foulard et qui nous entouré le cou. ça nous décollait la peau mais ça faisait du bien pour le mal à la gorge. On nous barbouillait aussi la poitrine avec de l'alcool camphré.Ma grand mère avait un remède spécial: elle nous faisait avaler un sucre trempé dans la teinture d'iode! Il arrivait aussi qu'on nous faisait des ventouses. Enfin pour parler encore de ma grand mère: elle avait un truc très efficace contre les engelures car là-bas j'en ai eu et ça démange et ça fait mal.Elle me faisait me laver les mains au pétrole tous les soir avant de me coucher et elle me mettait des gants. Et bien au bout de cinq jours les engelures avaient disparu§ A la marine il y avait l'AMERICANA qui en fait était une soeur de ma grand mère paternelle. Cette AMERICANA était la guérisseuse officielle de la marine. Elle enlevait le soleil, elle soignait ce qu'on appelait la-bas le PATCHAO (excusez l'orthographe) et avec des prières et des incantations elle enlevait tout bobo! Elle était très réputée!
Antoine ORSERO

C'est vrai qu'avant on souffrait d'engelures aux orteils: c'était douloureux et gênant. Mon Père achetait une sorte de tubercule ( style P de terre ) , il coupait une fine tranche et nous frottait avec la partie douloureuse. Ca faisait une sorte de pommade blanchâtre et c'était très efficace. Quelqu'un se souvient-il du nom de cette " patate" ?? Pour les problèmes de digestion ou de mal au ventre, il y avait me semble-t-il les sachets de lithinée que l'en délayait dans un verre d'eau, il y avait aussi l'élixir parégorique ! Pour étancher la soif, il y avait bien sûr l'antésite ( je ne suis pas sûr de l'orthographe ): on versait qques gouttes dans de l'eau.
Charles PICOT

Il s'agissait des "Lithinés du Dr Gustin", présentés dans une boite en métal, bleue et dans laquelle je gardais mes images gagnées à l'école. un aveu : il y avait très peu d'images dans cette boite
Claude SICSIC


est ce que vous vous souvenez des fameuses ventouse, quand j'étais petite j'étais carrement attirée vers ce bocal ou ma mère allumait un tampon d'alcool a bruler le mettait dans la ventouse et vite elle posait la ventouse sur le dos de la personne malade et je voyais la peau se gonflait et devenir presque violette selon le degré de la toux de la personne elle en mettait 6 ou sept je ne m'en rappelle plus après c'est moi qui aidait ma mère a les enlever j'aimais le son "pschittttt" quand on appuyait sur la peau souvenir souvenir!!!
Josselyne POUDEVIGNE

Dans cet ordre d'idée des cataplasmes avec graines de lin soupoudrés de farine de moutarde souvenirs cuisants s'il en est quant à la teinture d'iode contre la toux ma mère en mettait quelques gouttes dans un verre de lait chaud sucré
Jalinet

Le bleu de méthylène qui s'en souvient.Eh bien moi oui avec toutes les angines que je me suis payées, mon père ne connaissait qu'un remède " le bleu de méthylène". Quand je voyais arriver le baton avec le coton au bout je savais pour qui c'était.
Liliane MARTIN

ma grand mère faisait des cataplasmes avec du pain et de la farine de moutarde je te jure que quand elle l'enlevait qu'est ce que ca faisait du bien oulalalalala, quand on avait mal a la gorge elle nous badigeonnait la gorge en autre avec du bleu de méthylène nous passions dans la semaine d'un couleur a l'autre
Josselyne POUDEVIGNE

ENCORE plus fort, j'ai en mémoire à choupot d'une tres vieille Mémé, qui s'appelait Mme Martinez et qui était parente avec la famille Scotto Pugliese ( armateur).à la Marine. et qui nous soignait" l'impatcho" et nous enlevait le "soleil", avec une vieille boite qu'elle retournait pleine d'eau et qui si nous avions pris un coup de soleil, toute l'eau remontait dans le bidon et Oups... nous étions guéris. pour "l'impatcho" elle se servait de son foulard et nous faisais un tour de passe passe sur le ventre et un autre coup sur la tête.Je pense qu'elle faisait aussi des prieres , mais là j'ai un trou de memoire.(peut-être les coups de foulard sur la tête ont fait leurs effets. Nous appellions ces personnes des guerisseuses.
François SANCHEZ

ma grand-mere pratiquait egalement l'impatcho que et effectivement il y avait des prieres qui accompagnaient les passe-passes du foulard mais ces prieres la, ne pouvaient etre apprises seulement que le jour du vendredi saint
Henri PALLES

Mon Frère m'a parlé de boite ronde contenant de la "coco": il mettait cette poudre dans de l'eau. Moi j'ai connu plus tard des petites boites de coco qu'on mettait dans la bouche et par un petit trou on pouvait sucer cette poudre ! ( Ne pas confondre avec la coke !!! mdr )
Charles PICOT

j'avais mon arrière grand mère qu'on appelé aouelita que j'adorais avais ce don et tout St Antoine et les environs venaient se faire enlever soit pour eux soit pour les enfants les empachos ou une entorse ou bien les angines,je la voyait faire et j'étais ébahie par son savoir faire surtout qu'elle était aveugle et connaissait tout le monde par le son de leur voix. mon aouelita s'est éteinte paisible un soir en dormant.
Bernadette CARMONA




Carnaval

Je viens de fermer les yeux et mes souvenirs me transportent quelques années en arrière, comme dans un film........ et là je me vois jeune beau...comme nous l'étions tous à 18 ans.... c'est la fin de la journée....je suis avec une bande de copains et nous sommes tous en train de nous jeter des confettis sur la figure, tout le long de la rue d'arzew.....en visant bien évidemment les filles.... qui se font un malin plaisir de participer à la rigolade....en nous bombardant également avec les leurs ... et cela va durer deux bonnes heures...... car en ce temps là.... les filles devaient rentrer avant 19 heures à la maison.... nous aussi d'ailleurs......et oui c'était un Jour de Carnaval c'était le jour du mardi Gras....et chez nous nous n'avions pas une fête comme le Corso à Nice.......ni le carnaval à Rio..... mais nous nous amusions autant si non plus.
François SANCHEZ




Samedi soir à Oran

Bien que choupotois, le samedi soir, nous descendions avec nos copains, danser je crois que cela s'appelait l'A.B.C., rue du fondouk, pas trop loin de la Place des victoires,et là je ne te dis pas Les rocks, les tcha tcha endiables que nous nous faisions. Je dis bien le samedi soir, car c'était le seul jour ou nous pouvions rentrer après minuit, mon père m'autorisait à sortir ce soir là et crois moi j'en profitais.... et pourtant j'étais un garçon....hé oui, les temps ont bien changé... Il est vrai qu'à cette époque , à 18 ans, nous n'étions pas encore majeur et sous la coupe de nos parents. ( garçons et filles).
François SANCHEZ




Quelques souvenirs d'Oran :

pêches et autres

La pêche


Tous les oranais ont entendu au moins une fois le mot GABOTE ou Gaboté en espagnol ! Le Gabote c'est le gobie de la famille des Blennies! Contrairement à ce que l'on croit, ce poisson est très fin et comestible!On le préparait en beignets mais pour cela il fallait qu'il y en ait beaucoup! C'est surtout les petits de couleur marron claire que l'on préparait en beignets! Il en existait des plus gros, noirs qui étaient excellents en friture ou même en soupe! Ici, en France on trouve le petit marron mais pas le gros noir, en tous les cas je n'en ai jamais vu à la pêche. Ces poissons sont si voraces qu'ils mordent même à un hameçon sans appât.
La blennie n'est pas comestible! elle est visqueuse et très dure! De plus elle est très farouche et attaque quand on veut approcher un doigt ! Ces poissons vivent assez longtemps hors de l'eau et il m'est arrivé, quand j'étais gamin d'en ramener à la maison et de les faire vivre plusieurs jours dans une bassine avec de l'eau douce!
Avec mon oncle qui était un vrai RASPA QUESO, j'allais pêcher au CAVAILLO ou CABAILLO ! C'était un rocher très en pente et très dangereux à descendre. Il plongeait dans la mer à hauteur de la décharge de Monte Christo! Les poissons étaient obèses et il y avait de très belles pièces! Mon oncle, le RASPA QUESO, ne pêchait qu'avec des cannes en roseau qu'il confectionnait lui-même et pour le moulinet, il mettait une bobine de fil en bois à la place et ça marchait du tonnerre de Dieu! Il perçait le roseau longitudinalement de part en part et passait le crin à l'intérieur sur la partie la plus fine du roseau et le sortait en bas sur le côté à hauteur de la bobine sur laquelle il l'enroulait ! Il confectionnait ses propres bouchons à partir de bouchons en liège de bouteilles et il les taillait en boule ! Il enfonçait une allumette et il avait ainsi un flotteur made in RASPA QUESO ! Il n'utilisait que des hameçons suédois assez long et assez gros car il ne recherchait que les poissons de grandes tailles. Ces hameçons sont introuvables aujourd'hui !

Il n'utilisait que de la pâte faite avec du pain dur que tous les boulangers de la marine lui donnaient et du fromage que les épiciers de la Rue de Lodi lui donnaient : croûtes de fromages et vieux fromages qui commençaient à fermenter ! Il mettait tout ça dans des pots en verre et il le laissait pourrir. Il fallait un masque à gaz quand il ouvrait le bocal où grouillaient des tas de vers!
Je me régalais avec cet oncle qui a beaucoup marqué ma jeunesse et qui m'a donné cette passion!

C'est simple on allait camper sur la plage de la Fontaine des Gazelles ou de Damesme plusieurs jours avec toute la famille! On était sûr de manger du poisson à midi! Aussitôt la tente plantée, ma tante sortait le fourneau à pétrole et la poêle et attendait le poisson que mon oncle attrapait sur la plage même! Des marbrés qu'il prenait avec des petits vers de sables qu'il récoltait en creusant un trou dans le sable !

Quand le port de guerre de Mers-El-Kébir était en cours de réfection, on allongeait les quais et pour ce faire, les camions venaient déverser dans la mer des tonnes de roches et de terre. Mais le samedi , les travaux étaient suspendus et des marres importantes d'eau de mer restaient au milieu de la terre pendant tout le week-end ! Mon oncle connaissait le gardien du chantier et il nous laissait passer le samedi et le dimanche ! Nous faisions un massacre de gros mulets et d'autres poissons qui étaient restés prisonniers dans les marres et qui mordaient à l'hameçon sans appât, tant ils étaient affamés !

On s'est beaucoup amusé !

En méditerranée il y a beaucoup de mulets ! Il y a le mulet du large qui est plus comestible bien que je n'aime pas ce poisson et il y a le mulet des ports qui pénètre même dans les sorties d'égouts !
Si je ne mange pas les mulets, en revanche les gabotes je les mangerais si j'en avais l'occasion! A propos des mulets savez-vous qu'à Martigues on fait la fameuse poutargue avec les oeufs de mulet et c'est excellent et très cher!

Les poissons qu'on ne mangeait pas non plus c'était les SALPAS ou SAUPES car ils ne se nourrissent que d'algues et ça ne leur donne pas un goût très avantageux ! . Une fois, à Marseille j'ai vu des grosses Salpas vendues au vieux port et l'écriteau disait: DORADE RAYEES! Ils nous prennent pour qui ces patos?
Le mulet et la salpa étaient considérés comme du poisson juif et je ne sais pas pourquoi !
Je crois que c'est parce que les arabes qui attrapaient ce genre de poisson au port allaient le revendre à la rue des Juifs! Mais c'est un avis tout à fait personnel !

On rejetait les gabotes à la mer car les adultes ne s'intéressaient pas à ce poisson. Ils allaient à la pêche avec l'espoir d'attraper quelque chose de plus intéressant et quand un gabote s'accrochait par mégarde à l'hameçon au lieu et place du gros poisson espéré, de rabia il rejetait le gabote à la mer ! Mais nous, étant gosses, nous attrapions ce poisson et nous le gardions car nous pensions être des champions de la pêche !

La meilleure façon d'attraper des SALPAS c'était de bromédger avec des feuilles de choux écrasées et mélangées à du sable et l'appât était fait avec des portions de clémentine et même de la peau de clémentine ! Mais on pouvait se servire de pâte de pain mélangée à du fromage.
On pouvait aussi utiliser MOKO, une algue vert claire et assez grasse !
Le problème c'est que souvent il y a des CASTAGNAS ou CASTAGNEAUX , petits poissons noirs et voraces qui vous prennent l'amorce sans que puissiez vous en apercevoir ! Quand ils se manifestent il vaut mieux changer de coin de pêche ! Ici comme il n'y rien d'autres à pêcher que des salpas et encore minuscules, alors je m'amuse à les prendre avec de la pâte de farine à laquelle je mélange un peu de parmesan râpé! Il m'arrive dans de bonnes années de pêcher avec cette méthode des OBLADES et des SARS, mais maintenant c'est plutôt rare.

En revanche j'ai pêché en Corse et en Espagne et là j'ai fait un massacre de grosses OBLADES, de SARS, de PAGEOTS etc... Il y a deux années en arrière, j'allais à la pêche en zodiac la nuit au large de Marseille avec un voisin oranais ! A chaque fois nous revenions le panier plein de BEZOUGUES et de PAGEOTS et la dernière nuit que nous avons pêché, nous avons pris plus de 10 kg de ces poissons en 3 heures ! Je ne sais pas si ceux qui ont travaillé au port d'Oran se rappellent concours de pêche à la dorade qui se pratiquaient tous les dimanches devant la gare maritime! Il y avait d'énormes dorades dans le port et, chose bizarre elles se pêchaient avec un gros morceau de gruyère alors que c'est un poisson carnassier!
Moi j'aimais bien pêcher la palomine avec de la sardine car c'est un poisson étonnant qui se défend avec vigueur quand il est ferré! Mais ici ! OUALOU palomine! ça n'existe pas! Ce sont des poissons pieds-noirs!

Il y a aussi un autre poisson qu'on appelait TAPA COULO! C'était le nom de la sole, je crois

Au port d'Oran, il y avait le veau marin, sorte d'otarie qui vivait dans port et se régalait de sardines et anchois car le port en était plein! Un jour, étant gosse, je pêchais sur la jetée ! Il a sorti la tête de l'eau devant moi et m'a regardé ! Quand j'ai vu cette tête toute noire avec des grands yeux globuleux et cette moustache, j'ai eu tellement peur que je me suis enfui laissant là tout mon attirail de pêche!
Les pêcheurs lui faisaient la guerre mais n'ont jamais réussi à l'attraper!(voir aussi en page 4)
La-bas, comme ici d'ailleurs, il y avait l'ALACHE sorte de grosse sardine qui nous servait d'appât, mais nous ne la mangions pas! Ici, alors qu'elle existe, j'en suis sur, je ne l'ai jamais vue!
L'un de mes autres oncles qui était navigateur et avait un bateau de pêche, attrapait des poulpes et les faisait sécher à la fenêtre suspendus à une ficelle comme pour le linge à sécher! Je revois encore ces images!



Le pinocho

C'était une sucette glacée: verte ou rouge ou jaune que les marchands de glaces vendaient dans des kiosques à la marine! En fait c'était un glaçon en forme de bâton trapézoïdal avec au bout un petit manche en bois et c'était parfumé avec du sirop de menthe ou d'autres fruits!C'était moins cher que les glaces traditionnelles

Le marchand de glaces ambulant servait surtout ces glaces entre deux gaufrettes rectangulaires! Il avait un petit appareil à la main; il introduisait une première gaufrette, puis la glace qui prenait la forme de la gaufrette et il mettait par-dessus une deuxième gaufrette. Il n'y a que là-bas que j'ai vu ça!
Réponse d'une "pécheuse de Gabote"...:

Bon, allez, il va falloir que les femmes (pêcheuses dans l'âme) s'y mettent pour éclaircir cette histoire de gabotes.
J'adore la pêche et toute petite, mon père pour avoir la paix et pouvoir lui-même pêcher, m'a donnée un bout de roseau, du fil et un hameçon.
Quand ma ligne cassait, je me débrouillais toute seule, me trouvais un hameçon et au besoin en faisant des noeuds, remontais ma ligne.
Inutile de vous dire que mes seules prises vers l'âge de 7 ans se résumaient à des castagnes et des gabotes !
Mais venons en au fait, ces poissons ayant une grosse g.., avalaient l'hameçon tout de go jusqu'au gosier.
Pour récupérer l'hameçon il fallait un dégorgeoir (que je n'avais pas) ou alors trifouiller la glotte de ces pauvres gabotes pantelants.
Ne désirant pas absorber des proies si faciles..... et peut être truffées d'hameçons, je les rejetais aussi à l'eau.
Peut - être le même réflexe animait-il les autres copains ?
Michelle.

Les souvenirs d'un autre jeune pécheur

Il est quatre heures du matin.Dans un silence religieux,comme pratiquement tout les dimanches,nos trois compères fourbissent leur matériel.Sac d'appats,hameçons,lignes et bas de lignes,casse croùte,le tout soigneusement rangé.Chacun portera son sac en bandouillère avec ses propres cannes à peche.Cannes à peche dites-vous? Non, chez nous,cela s'appelle des roseaux! Fait de bambous,emmanchés par section.Pour la peche aux "gros" ils pouvaient atteindre des longueurs impressionnantes.Quant aux moulinets n'en parlons pas:des bobines de fil de couturière fixées par un simple clou au manche du roseau!
La veille, je suis allé quémander chez nos voisins les restes de vieux fromages,d'ailleurs mis en réserve à mon intention.Hé oui,point de peche sans "bromedge" Voici la recette: prenez du pain rassis,mouillez le abondamment,incorporez toutes les vieilles croutes de vieux fromages qui dégagent des odeurs nauséabondes,(il le faut ça attire le poisson, surtout les gros)pétrissez.mouillez,pétrissez...jusqu,à obtenir une boule d'environ deux kilogs.Ceci servira d'appat(traduisez "bromedge")qui sera lancé par fragment à la volée pour attirer le poisson.. ...... Nos trois compères sont enfin prets.J'ai dejà mis mon beret basque,mais j'aurai pu mettre aussi mon casque colonial.Comme d'habitude il fera beau et chaud.Avec précaution nous refermons la porte; ma mère,mes deux soeurs dorment.Mon père ouvrira la marche.Moi je donne la main au vieil Antoine,ami de la famille de longue date.Plus qu'un ami,le vieux réfugié républicain espagnol,plutot le grand-père.!!!Parce que le vrai qui me reste,lui ,est à Paris.Il nous écrira un jour "vivement que cette guerre se termine,parce qu'ici on commence à manquer de tout" ,Il ne comprendra jamais pourquoi son fils de marin s'est établi en Algérie avec femme et enfants.
le vieil Antoine a peine à marcher.Il faut dire qu'il est venu nous rejoindre depuis la rue de Bastia! Il est passé devant le Rex,descendu la rue...........débouché sur la place karguenta,emprunté la rue.... et alsace lorraine,passé devant la place de la bastille,continué sar route jusqu'au coq hardi(juste en face de la boulangerie Busquet) vous voyez?....Non? L'épicerie Benguigui,celui chez qui on achète le lait frais du matin,avec plein de crème qui déborde du brot,celui qui tient son petit carnet de crédit ouvert à tous?ça y est, vous y etes ? il n'a plus que quelques dizaines de metres à parcourir rue jalras et le vieil homme pourra grater discrètement aux volets du rez de chaussée.
Nous sommes partis de bon matin avant le jour(c'est aussi les paroles de la chanson que je chanterai plus tard uniforme para sur le dos.) passons devant mon école Paixhans,et mon futur lycée Lamoricière.Tiens, déjà un car de la Sotac! Petit vichy,le petit ane vagabonde dans le jardin,attaquons la descente de la rampe valès,promenade de Létang,Là, dilemne: doit-on descendre jusqu'au quartier de la Marine ou prendre tout de suite les escaliers qui débouchent sur la route du port en contre-bas?C'est selon!attaquons maintenant la route de la corniche,on franchit le tunnel, à clair voie sur notre droite,nous surplombons le fort Lamoune,encore un effort nous y sommes ,Pas très loin,notre lieu de prédilection.Sur le bord de la falaise une petite entrée naturelle taillée dans la roche,chemin étroit usé par les passages successifs des habitués des lieux.Mais chemin risqué, presqu'un à-pic,la mer est à peut etre trente mètres en dessous: Ce lieu est baptisé "El Révalson"par qui ? qui sait! Tout en bas,il y a une grotte immense (souvenir de gamin peut etre) qui nous protège du vent ou de la pluie et devant ,au bord de l'eau une roche plate, ma place à moi,sur laquelle je peux m'assoir,les pieds dans l'eau. Il fait jour enfin!Vite l'attirail du pecheur est deballé.On bromèdge et dejà la faune aquatique s'agite.Un petit bout de crevette sur l'hameçon et à moi la friture, à eux les gros.Du haut de mes dix ans,j'ai dejà l'expérience,mon roseau est petit mais ma foi est grande :demoiselles,"sargues" dorades,etc...pas les gabottes.le tri est sélectif,et les trop petit seront remis à l'eau..délicatement.Les jours où la mer sera par trop agitée,on pechera au loin.Et ce sera une bataille furieuse,car la palomine n'a pas la réputation de se laisser prendre sans combat.Il me faudra l'aide du grand père qui nous retiendra,moi et mon roseau qui plie..plie..mais ne rompt pas.
Fin d'après-midi,il nous faut rentrer.Chargés d'un butin impressionnant,le retour est triomphal.Carmen,notre bien aiméé concierge, à qui je dois les rudiments d'Espagnol qui me permettent aujourd'hui de me débrouiller,est dehors avec une voisine .elles tchatchent assises sur leur chaise,au bord du trottoir.Elles nous ont vus de loin,et ne manquent pas de rameuter le voisinage!Ma mère fait la distribution,tout le monde en profite.Mais elle prend soin de ne pas distribuer ces pauvres palomines.C'est, dit-elle, un poisson bleu et un poisson bleu ,ça donne de l'urticaire!....CQFD !.Dernier acte, on sort l'anisette,Grand Père ne repartirait pas sans cela ....D'autant qu'il a encore une longue marche à faire pour rentrer vers Eckmuhl !Quant à moi j'ai droit au seul fortifiant autorisé (le dimanche n'est pas le jour de la sacro sainte cuilléree d'huile de foie de morue) La recette est somme toute assez simple: prenez un demi verre de sidi brahim,ou de mascara ,oui ....si vous voulez,deux cuilllérees à café de sucre,rajoutez un fruit.une demie peche est très recommandée.Moi j'aurai préféré un abricot,parce que seul le pignol est homologué et que demain y a école..........................
J.BRESSOLLES

autres souvenirs en vrac...

Les charrettes arabes avaient un frein qui était constitué d'une manivelle qui faisait se déplacer deux ou quatre espadrilles venant frotter la circonférence des roues !

Pour ce qui était des culottes courtes que tout garçon portait, elles étaient taillées, certes, dans des pantalons du père ou du grand-père, mais quand le fond s'usait, les mères y cousaient une pièce de tissu carrée, dont la couleur importait peu !

Les cartables étaient souvent de vieilles musettes militaires !

Pendant la guerre et même après, les garçons avaient le crane rasé pour éviter les pillojos à l'école.

J'ai connu la maternelle chez les Trinitaires d'Oran : on avait droit tous les jours à un verre de lait frais et les plus sages avaient en fin de semaine une médaille énorme avec un ruban rouge qu'ils portaient fièrement toute la semaine accrochée aux vêtements. Ces trinitaires avaient un bonnet d'âne pour les plus indisciplinés et c'était toujours les mêmes qu'on voyait au coin, le bonnet sur la tête et un roseau à la main ! Ces religieuses avaient un claquoir dans les mains qu'elles faisaient claquer pour se lever, avancer, se taire etc.

Antoine de la Rue de l'Arsenal
(à suivre)




A PROPOS DU "STUDIO DES JEUNES".

Et par rapprochement physique le Patronage N.D de France
Ce cinéma est souvent évoqué dans cette rubrique ( par exemple par Marcel AURIERE, avec qui j'aimerais entrer en contact) et je le comprends, ayant habité non loin de là, rue Adolphe Cousin, je le fréquentais bien sûr et nous le côtoyions aussi puisque dans le même site se trouvait le Patronage N.D de France et aussi la J.O.C.
Il y a à cela une explication.
Le "Studio des jeunes" plus couramment appelé "BAZOOKA", vous en souvenez-vous? était une émanation de la Centrale d'Action Catholique, qui était une finalité de l'Évêché.
La Centrale d'Action catholique, dont les bureaux étaient situés 13 rue Bruat, était dirigée par Monsieur Lageste.
Monsieur Lageste était l'animateur, aidé de sa famille au complet, du Bazooka.
C'est lui bien sur qui faisait la programmation des films, et qui participait au fonctionnement et à la discipline générale de l'établissement. Sa femme et sa fille avaient pour tâche principale la tenue du kiosque à friandises. Le fils aîné était, lui, était préposé à la projection des films, aidé en cela pat l'ami Stalle. Quant au au plus jeune, c'était l'électron libre qui parfois faisait (gentiment) le désespoir des parents. Car il était toujours à l'affût d'une blague à faire. Mais il faut dire, que nous faisions les boute-feu, par derrière.
 
Et si vous faites travailler vos mémoires, vous devez vous souvenir, qu'il y avait un préau et un grand local au fond de ce préau. C'était le siège du Patronage Notre-Dame de France. Animé, lui, par l'abbé Lafarge, puis par la suite par l'abbé Gonzalez. La J.O.C. se trouvait dans le petit bâtiment à droite du préau et on y accédait par une petite volée d'escalier. On y accédait aussi par la rue de Salle, au coin de la rue Bruat.
 
Il faut penser que la famille Lageste passait tous ses jeudis et dimanches après-midi à l'organisation et à la marche du Bazooka.
Il fallait le faire. Trouverait-on encore ce dévouement, à l'heure actuelle?
 
Y-a-t-il quelqu'un qui aurait des nouvelles de cette famille admirable? Que sont-il devenus? Où se trouvent-ils? Qu'elles sont leurs coordonnées.
 
J'ai eu l'occasion de passer de l'autre côté de la barrière (ou des barrières) et de "travailler" à la marche générale de ce cinéma destiné à la jeunesse, surveillance, dehors et dans la salle, vente de friandises, mais aussi à la cabine de projection. Sans parler de l'entretien de la salle et à la modernisation d'autres salles dans la ville.
Tout ceci, en bénévole. Avec d'autres, tous issus, ou presque du Patronage. Mais Monsieur Lageste avait des petits gestes de temps en temps qui nous faisaient chaud au coeur. 
Je vous parlerai plus tard du Patronage Notre Dame de France. Après avoir regroupé les différents éléments de ma mémoire.
Mais si, entre temps d'autres mémoires se réveillent...?
Michel GONZALES   


En parlant de cinéma, nous nous souvenons tous qu'une partie d'entre eux appartenaient à la famille CASTELLI (René Castelli était en classe avec moi à l'école des Falaises. - JCP ) Antoine Orsero nous propose une petite devinette:
En ce qui concerne les Castelli du cinéma, une petite devinette souvenir. Quel était le morceau de musique qui était joué juste avant le levé du rideau dans les cinémas Familia, Empire et tous les autres de la famille Castelli?

Allez agitez votre mémoire!

Je ne vous donne pas directement la réponse, ce serait trop facile...
Cherchez et si vous ne trouvez pas, cliquez sur "réponse"

 



Rappelez vous TISS METAL Une usine qui se trouvait Avenue de Sidi Chami, Robert SANCHEZ nous propose quelques souvenirs en image où peut-être vous trouverez des visages connus.
Cliquez: "TISSMETAL"


Ce matin dans un échange, Roger Alfonsi m'a rappellé la grande droguerie Vve.Cote en haut du boulevard Clémenceau. Et ce qui est arrivé à mon oncle est remonté dans ma mémoire. Chez Vve Cote tu trouvais tout et même le reste. Les poules de mon oncle dés qu'elles pondaient un oeuf elles le picoraient et se le tragaient sans vergogne. Mon oncle eu donc l'idée d'acheter chez Vve COTE des oeufs en plomb qu'il peindrait en blanc et qui feraient perdre cette mauvaise habitude à ses poules. Il fonce chez Vve COTE et trouve porte de bois. Enervé d'avoir fait ce chemin pour rien, il tambourine violement à la porte. Au bout d'un moment en petit vieux, cassé en deux et se tenant les reins arrive. -Ola compadre, dit mon oncle, tienes usted huevos de plomo - No hombre, répond le vieux, que son rumatismos....
René MANCHO



Une arrivée à Oran en 1954

Buenas noches, ce soir me viens l'envie de me remémorer mon arrivée à Oran, début sept 54. Si visiblement le sujet vous ennuie, c'est pas difficile, SAUTEZ et Passez à la rubrique suivante..., sans prendre la peine d'aller plus loin. Je ne vous en voudrai pas, écrire me fera déjà du bien, du moins je le pense!
Nous avons, mes parents, mes frères (2) et moi, passé une année à Cherbourg, après des années passées à Brest dont nous sommes originaires et mon père, officier de marine est désigné à Mers el Kébir. Nous le savons depuis 2 mois. J'ai passé tout l'été à rêver (j'ai 12 ans 1/2), moi qui ait passé toute ma jeunesse à lire des romans sur l'Afrique, l'Algérie, la Légion, l'Indochine...."L'escadron blanc", je l'avais lu 5 fois ....au moins!! Mes oncles, mes grand-pères, mon père....étaient tous militaires, avaient parcouru le monde....Que la France était grande et belle en couleur violette sur les cartes murales de nos classes....

Nous voilà donc tous, debut sept 54, sur le quai à Marseille, devant notre paquebot, l' "El Mansour".Bientôt nous sommes à bord, Marseille s'éloigne et le château d'If, disparaît à l'horizon. Je ne vais pas vous dire la traversée, vous la connaissez! Certains sont malades, pas moi, ça me permet de poursuivre mes rêves.
Nous devons arriver le lendemain vers midi, mais dès 7 h du matin, je suis à l'avant, scrutant à m'en faire mal aux yeux, que ces dernières heures semblent longues!!! D'autres passagers m'ont rejoint et enfin la terre apparaît dans la brume, incertaine. Des gens autour de moi disent "tiens, la Montagne des Lions", mon coeur bat, mes lectures de "Tartarin de Tarascon" ne sont pas loin, puis "le Murdjardjo", "Santa Cruz", "Canastel", tous ces noms inconnus qui bientôt vont me devenir familiers. Oran se dévoile, blanche, lumineuse, des immeubles qui me font déjà penser que l'Algérie ne sera peut-être pas tout à fait celle que j' imaginais...Le bateau accoste, les porteurs se ruent à bord pour trouver quelque tâche, nous descendons et je foule pour la première fois cette Terre, qui me deviendra si chère!
Un ami de mon père, officier lui aussi, est venu nous attendre avec une voiture "marine". C'est la Rampe Valès qui me paraît longue, longue, le Petit Vichy, les lions, la synagogue et l'hôtel Magenta, près de la place Kargentah et des TRCFA, hôtel où nous allons être logés à 5, dans 1 chambre pendant 5 mois.
En bas de l'hôtel, ça grouille de monde!! Les fellahs qui attendent le bus pour Sidi Bel Abbès, Mascara, Tlemcen....des poulets, même des chêvres, des moutons..... Les porteurs d'eau avec leurs outres, leurs gobelets de cuivre...des femmes voilées ( je n'en avais jamais vu ). En face des échoppes, des bars où je l'apprendrai plus tard on boit l'anisette accompagnée de kémia et de caracoles....Que de mouvement, d'odeurs....que Cherbourg, Brest sont loins.

Voilà mes 1 iers souvenirs d'Oran, qui allait devenir si chère à mon coeur. J'y suis resté jusqu'en 61, même si les 3 dernières années, je les aies passées en pension au Prytanée Militaire de La Flèche ou militaire, j'y revenais pour toutes les vacances, les permissions jusqu'au départ de mon père en juillet 61.
Je vous ai sans doute rasé, mais ça m'a fait du bien. Je ne vais quand même pas être plus long, je vais me servir une 2 ième .......anisette.
DANIEL


Un pélerinage à Oran en 1989

Je suis retourné en Algérie, à Oran , en 1989. Soit 27 ans après mon départ de Juin 1962, par La Sénia , dans une Caravelle nommée " Navarre ". Il y a des noms que l'on ne peut oublier.

L'année de mes 40 ans , je ne sais pas ce qui m'a pris, mais un envie dévorante , de retourner à Oran, m'a envahi et ne m'a plus lâché.
Le voyage a commencé à Nice , où ma femme et moi sommes partis chercher un visa. Un immense tampon, en langue Arabe, prenant tout une page du passeport , m'a donné un avant goût du pays. Un matin du 24 juillet 1989, 4 personnes attendaient l'embarquement dans la file du ferry " Le Corse ", à Marseille : ma femme, mes deux filles de 12 et 6ans, et moi même, un peu incrédule de ce qui arrivait. S'il existe des gens qui pratiquent la lévitation, ils doivent connaître les mêmes sensations, celles qui m'envahissaient ce jour là. Je ne touchais pas terre. Le " Corse ", mis le cap au sud ouest, et très vite la Méditerranée nous entoura.
Nous fîmes connaissance de gens en grand nombre à bord . Si nous avions du accepter toutes les invitations qui nous furent offertes, nous n'aurions rien vu du pays. C'est avec regret que nous dûmes en refuser.
La nuit arriva, l'anxiété grandissait en moi, celle des retrouvailles avec ses racines.

Quand nous fumes en vue des cotes, je cherchais vite à reconnaître des sites et des lieux.
Je me saisis d'une caméra, et commençais à filmer.
Une vision extraordinaire apparut dans le viseur : un dauphin jaillit hors de l'eau . Quel accueil !
Je regarde souvent cette image, pour me rassurer d'une hallucination éventuelle.

Le débarquement fut très long, 3 heures.
Quand je pris la porte de sortie du port d'Oran, tout me revint à l'esprit : la route pavée, la rampe Valès, le rond point de la Préfecture, la place des Quinconces, la rue des Jardins, l'hôtel de ville, la Place d'Armes, tous ces lieux où baigna mon enfance. Je roulais dans tous les sens, la rue Philippe, l'école Bastrana , l'église St Louis, le jardin Westford , suivirent .
Comme je l'ai écrit déjà, je suis né rue Trobrian, et à l'âge de 6 ans, nous sommes partis habiter la Cité Les Castors ou Cité Jourdain, au numéro 347. C'est là que débuta et finit mon adolescence à Oran, en Juin 1962
J'avais hâte de retrouver cette maison.
Je retrouvais bien vite la rue, où résonne encore les voix des Guillou, Sanchis, Rebiscoul, Gomez, Cortez, Pedemonte, Roux, Reyna, Ricaud, Mondou, Figueroa, Laouari, Dearo, Bouteiller, Roman…
Je sonnais au portail, une dame âgée ne parlant pas français, nous ouvrit, et après quelques explications données, et le concours d'un maçon qui œuvrait dans le jardin, nous voilà assis dans le salon ( mon ancienne chambre).
De la famille de la dame âgée arriva ensuite, et nous voilà invités à un couscous. Nous refîmes le monde, parlâmes de la guerre, de la paix, et de l'envie des peuples à vivre tranquilles. Nous étions des gens simples, normaux sans haine ni violence, autour d'une table.

Je voudrais ouvrir une parenthèse au sujet de la maison de mon père : dans les mois difficiles de 1962, mon père quitta ( provisoirement croyait-il) l'Algérie en novembre, en laissant sa maison à un ami à lui qui avait des problèmes de logement. Ce " bon ami ", revendit la maison pour son compte à lui, aux personnes qui l'occupent aujourd'hui. Celles ci croyaient que j'étais de descendant de Mr L.., le " bon ami " de mon père.
Je tenais auprès des braves gens qui occupent aujourd'hui cette maison, à dissiper les doutes. Si Mr L.., installé à Lorient je crois, lit ces lignes qu'il sache le mépris que j'ai aujourd'hui à ce sujet envers lui. Fin de la parenthèse..

Nous quittâmes la Cité Jourdain avec regret. Nous allâmes ensuite vers le cimetière Lamur, où tous mes ancêtres reposent . Un vieil homme, le gardien, retrouva une fiche manuscrite de Décembre 1949, où figuraient à quelques jours d'intervalle, la date de la mort de mon grand-père et celle de ma marraine. J'ai retrouvé les tombes..

En retournant en Algérie, j'avais aussi décrété que je ne connaissait pas le pays, et qu'il fallait que je le connaisse comme jamais auparavant. De plus, beaucoup d'amis voulaient que nous retournions sur leurs lieux de jeunesse et de souvenirs. Aussi, le périple continua par.. Gardhaia aux portes du Sahara, et oui tant qu'à visiter, visitons.
Paysages merveilleux. Nous passâmes par Tlemcen, Ténes, Bourguika, Médéa, Lagouat, Zeralda, Alger, la petite Renault 5 bardée de ventilateurs, avec un porte bagage débordant, recouvert d'une bâche blanche, commençait à en avoir assez. Pas nous…
Nous arrivâmes à Alger 2 jours avant le départ du bateau vers Marseille. Je salut Ahmed qui se reconnaîtra , ainsi que son épouse, qui nous offrirent un couscous de rêve sur la plage de Zéralda
La Casbah, a été la dernière image que nous avons de l'Algérie, provisoirement….
Jean-Yves SALMERON




Charles Galiana, issu de la célèbre famille des distillateurs de "la blanche" a vécu à Oran une partie de sa jeunesse avant de rejoindre son Espagne natale. Il nous transmet quelques souvenirs plus spécialement en images. On peut trouver quelques billets de la Banque d'Algérie dans la page consacrée à ce sujet (A voir)

mais aussi ce magnifique buvard:


ou ces billets d'entrée à la corrida des 13 et 14 mars 1954:

Ou encore cette affiche de la Corrida de novembre 1954:






Pélerinage à Oran en 2004

Jean Paul MARCHAND s'est rendu à Oran en Mai dernier. Il m'écrit :"Mon message ne reflète que ma vérité amère parfois et souvent souriante. C'est la vie. Ce qui est passé ne reviendra pas. J'ai passé des moments exceptionnels en retrouvant mes souvenirs.
Que ce pays est beau"
Voici son compte rendu

Compte rendu de voyage en Algérie du 2 au 9 Mai 2004

 

Je me suis rendu en Oranie dans le cadre d’un voyage organisé conjointement par une agence de Marseille, et par un groupe de pieds noirs de la région. Etant basé à Paris je me suis occupé seul de l’obtention du visa au Consulat d’Algérie dans le 19° arrondissement. Nous étions finalement 60 oranais à un titre ou à un autre désireux de retrouver des sites et des images qui nous rappelleraient notre passé, 42 ans après notre départ précipité de l’été 1962. Moyenne d’age 60 ans avec des « jeunes » de 40 ans et des anciens de 75 ans. Le voyage vers Oran par ligne se fait par ligne régulière d‘Air Algérie et dure 1 heure 30 minutes. Nous sommes partis vers 12 heures de Marignane sur un vieux Boeing 737 hors d’age, dont le niveau sonore est élevé. En Algérie on avance d’une heure en cette période. 12 heures en France c’est 11 heures à Oran. L’aéroport de Es Sénia ressemble à celui d’Agadir 20 ans auparavant. Il a du être acheté clés en main dans les années 1970 et rien n’a bougé depuis. Il est sale et délabré. A l’arrivée les formalités sont assez longues et nous nous retrouvons à charger nos bagages dans un car qui a au moins 30 ans d’age. Une ambiance bon enfant est de mise. Nous démarrons précédés et suivis par 2 véhicules de gendarmerie vers notre hôtel à Ain el Turck, à l’ouest sur la côte oranaise. Nous traversons Oran sans y pénétrer vraiment et nous dirigeons par la corniche vers notre but en traversant Mers el Kébir. Rien n’a changé du paysage avec l’Ile Plane au loin, le tunnel et la Dent de la Vieille. La côte est superbe. Nous plongeons depuis la route côtière vers l’hôtel en contrebas. Il y a des constructions partout et surtout en bord de plage. Elles sont très souvent précaires et inachevées probablement par manque de moyens immédiats. L’hôtel est de niveau très moyen, avec des chambres simples sans téléphone et équipées de 2 prises de courant seulement, et un restaurant pour le petit déjeuner et le dîner. Il n’y a que 2 lignes téléphoniques dont l’une depuis une cabine à pièces située dans le hall. Nous sommes gardés par des policiers plus les gendarmes qui nous ont escortés. D’emblée on nous met en garde contre le risque qui existe de s’aventurer seuls sur la plage en contrebas. Nous sommes invités en ville par une connaissance du gérant et c’est toujours escorté de 2 voitures de gendarmerie sirènes en marche, que nous nous rendons dans Oran. Vers 20 heures tout le monde est à l’hôtel pour le souper et il est hors de question de sortir ensuite. Les policiers qui couchent à l’hôtel sont responsables de la sécurité du groupe pendant son séjour.

 

Premier jour : le lundi matin nous changeons de l’argent à l’hôtel (1 euro = 100 dinars) et nous partons vers 9h30 vers le cimetière de Tamaschout à Oran, destination plébiscitée par le groupe. Il y a des policiers et gendarmes supplémentaires qui nous attendent car l’endroit est connu pour être dangereux à cause de son étendue connue des voleurs de touristes qui s’y sont déjà manifestés. Chacun se précipite vers l’emplacement des tombes connues ou estimées. L’aspect est celui d’un lieu non entretenu mais non profané. Il faut d’abord repérer les carrés, marcher dans les herbes à écarter pour lire les noms, les tombes sont affaissées naturellement, des croix de bronze manquent. Les chapelles sont debout mais à l’abandon. Les résultats des recherches sont variables. Jusqu’au moment où le gardien nous signale qu’il dispose des relevés manuels par année des décès, par année et mois dans des cahiers 21x27 d’époque. Il est très serviable et on repart de sa loge avec des renseignements précis. Je retrouve en 5 minutes par ses indications la tombe du grand père presque intacte. Je me demande pourquoi ces cahiers périssables n’ont pas encore été numérisés et saisis sur des tableurs pour permettre des recherches par tris. Voilà un beau sujet de travail de numérisation en local. Après 3 heures sur place le signal du départ est donné. Beaucoup n’ont rien trouvé et projettent déjà d’y revenir. Un groupe de 309 personnes projettent alors de visiter Carteaux, Gambetta, St Eugène à pied et part encadrés de policiers. Il vont faire 20 kms à pied en s’arrêtant partout où un membre veut voir quelque chose. C’est la mauvaise méthode. Pour ma part je choisis de déjeuner avec le reste du convoi du côté de la rue d’Arzew. On nous descend en car à la mairie et la troupe se rend dans un snack très propre avec le reste des policiers qui nous surveillent constamment. Prix du repas 500 dinars. Nous commandons un taxi à 3 qui arrive après 30 minutes. Les policiers discutent avec le chauffeur et nous enjoignent de revenir place d’Armes avant 18 h où le car attend pour reformer l’escorte vers Ain el Türck. Nous passons l’après midi à St Eugène et Victor Hugo. Je retrouve tous les lieux que je voulais visiter. A chaque fois le scénario est le même. Vous frappez à la porte, vous expliquez qui vous êtes en français ou en arabe via le chauffeur du taxi et on vous ouvre la porte pour que vous visitiez l’intérieur. On fraternise très vite, on s’embrasse, on raconte notre histoire à des jeunes éberlués, on boit le café, on veut nous inviter à manger. Dés que l’on rencontre un ancien on retrouve des souvenirs communs et la conversation se poursuit en espagnol. C’est la buena vida. Des locutions hispaniques reviennent : A voir si 

(a ver si), il se croit trop (se lo cree mucho) lache lui du fil (déjale hilo) elle lui donne à la patte (lo que gusta darle a la patta) celui là c’est un pignol, les tchancla (les savattes,) plus boloso que lui, je suis tchalé, la calentica caliente, l’estropajo, quitte toi la veste et mets toi le manteau etc …  Il n’y a pas la moindre trace d’agressivité ou de rancœur parmi les gens rencontrés. Ce qui gène les recherches ce sont ces constructions nouvelles partout. Victor Hugo et le petit lac qui étaient le bout du monde en 1960 sont complètement urbanisés. Détour par l’hippodrome et nous voilà à St Eugène, sa place, son kiosque, ses 3 cinémas tous disparus. Le taxi s’arrête dés que vous voulez revoir quelque chose. Après 3 heures de balade, on redescend vers la mairie. Coût : 1500 dinars. Une misère. Nous laissons le double au chauffeur. Dans Oran partout des jeunes désoeuvrés dans les rues. Une circulation intense sur les artères du centre : Avenue de Saint Eugène, rue de Mostaganem …

 

Deuxième jour, visite impromptue de la mairie où le maire, alerté par le bruit dans le hall nous ouvre les portes des salles. Visite à pied à 4 et seuls cette fois-ci de la Calère, l’ancienne préfecture, la rue d’Orléans. La rue de l’Arsenal est coupée à moitié car un glissement de terrain a tout emporté. Tout est très sale, des détritus partout, des façades décrépies, aucun entretien des parties communes des immeubles. Par contre à l’intérieur des appartements tout est nickel. Visite de l’église de Saint Louis devenue bibliothèque coranique. Aucun problème. Déjeuner à la pêcherie : petits rougets frits, calmars, soles. Un festin pour 600 dinars. Partout des discussions avec les gens qui nous saluent des balcons. L’après midi quadrillage en taxi et à 4 de Gambetta, et du centre. Arrêts, visites d’appartements, pleurs, émotions diverses, les occupants qui nous retiennent …       

 

Troisième jour : en taxi de la Mairie vers Saint Cloud rebaptisé de son nom d’origine : Gdyel. Il y a l’autoroute vers Arzew. Tous les 5 à 10 Kms barrage filtrant de gendarmes. Arrivée à Saint Cloud je repère en 20 minutes la maison du grand père. Toujours le même accueil. Je photographie tout et surtout les carrelages qui du dire de tout le monde, sont le déclencheur de la mémoire enfouie. Ensuite visite du cimetière et là c’est le choc. Au bout d‘un chemin qui n’est plus fréquenté un spectacle d‘horreur : toutes les tombes ont été visités depuis longtemps, les chapelles debout ne contiennent plus rien, les autres sont écroulées, le marbre en petites plaques, les bronzes, les cercueils ont disparu. Tout a été vandalisé ou récupéré. Il ne reste que les grosses dalles intransportables. Partout des débris, des arbres qui sont tombés sur les tombes qui ne sont plus identifiables. Il ne reste plus rien de la notre. Certains noms sont encore lisibles car gravés dans la pierre : Leslin, Jaeger, Perrand. Le choc. Au fond la tombe des Boussommier est dans le même état et méconnaissable. Les 4 arbres qui la bordaient ont disparus.

 

Quatrième jour : le matin Santa Cruz l’incontournable, avec montée en car vers la basilique gardée par l’armée.

Visite de la Vierge de Santa Cruz, la véritable. La crypte est gardée. Dépose de cierges trouvés sur place. Grosse émotion. Vue magnifique sur la rade et Oran. L’après midi visite d’Oran en long et en large en taxi. Le chauffeur connaît toutes les rues en version française. On repart vers Arzew à la demande d’un membre de notre équipe de 4 personnes. Déjeuner chez Germaine qui est restée sur place en 1962. Coût 1000 dinars pour des plats de poissons. Ballade et notre ami du cru est ovationné car on l’a reconnu. Retour vers 18 heures à la Mairie. Les autres ont visité Bel Abbès. De retour à l’hôtel je discute avec un groupe d’ouvriers qui couche aussi sur place. Ne parlant pas l’arabe du coin, le français et à peine l’anglais. Ce sont des syriens de Damas venus comme ouvriers pour peindre les constructions locales. Alors que le taux de chômage des jeunes est très fort localement. On m’explique : manque de formation professionnelle. Ailleurs ce sont des chinois qui

construisent des groupes qui rappellent nos cités des années 1960.    

 

Cinquième jour : vendredi tout est fermé : jour de la prière. En car vers Mostaganem par Arzew, Damesme et son complexe pétrochimique, la Macta, Port aux Poules, les Sablettes. paella sur place et visite de la ville toujours escortés de gendarmes et policiers. Toute la vigne de la plaine de St Cloud a été arrachée et on voit de timides tentatives de transplants. Partout dans les champs des chardons bleus en pleine forme, des oueds à sec, des bergers en burnous avec leurs troupeaux de moutons faméliques, des figuiers de Barbarie. Sur les places des villages des ficus, la mairie et l’église devenue mosquée avec des cigognes dans leur nid. Rien n’a changé. Et partout des nuées d’oiseaux avec une densité disparu en France : chardonnerets, verdiers, linottes, alouettes, tourterelles, s’ébattent en bord de route.  Visite de Bouisville, les Andalouses, Bou Sfer. La côte est pleine de constructions très prés de la mer. Au loin les Habibas. Je retrouve la villa de mon oncle intacte sur la plage. Passage devant un hôtel 5 étoiles qui vient d’ouvrir. La grande majorité de l’hôtellerie est encore privée en Oranie. L’été il faut réserver longtemps à l’avance pour trouver de la place. Il y a une classe sociale très aisée en Algérie.

 

Sixième jour : visite du quartier Saint Pierre et retour à Saint Cloud pour voir le Maire qui m’autorise à consulter les archives d‘état civil qui sont stockées là depuis 1848. Je me promets de revenir dépouiller tout çà. Matériel requis : appareil photo numérique et disque dur de stockage ou portable. Voilà une 2° mission que pourraient se fixer quelques Saint Cloudiens généalogistes ce qui est mon cas. Ensuite visites de cimetières de Kléber , Sainte Léonie, Renan, berceaux de la famille. Partout le même spectacle qu’à St Cloud. Je retrouve la tombe de mon oncle intacte (pourquoi ?) à Renan de l’autre côté de l’autoroute. A Kléber le maire a fait couler du béton pour sceller les ouvertures des caveaux visités. A Ste Léonie un natif fait ses besoins dans une chapelle. Les cimetières ne sont repérables qu’aux cyprès de l’entrée et nous avons mis 3 heures à les trouver en taxi. Partout autour une forte urbanisation les cache. Ensuite route vers Kristel, sa plage, sa source, le balcon de Canastel tous lieux intacts à part les constructions. Le coin est toujours aussi sauvage et comme les fusils de chasse ont été confisqués suite aux événements de la décennie écoulée, la région est pleine de gibier dont des hordes de sangliers qui dévastent tout. La beauté naturelle de cette route côtière est équivalente aux abords de l’Esterel ou à celle de Marseille à Cassis. Retour vers la Mairie par le boulevard du Front de Mer et la cueva del agua. Passage devant le nouveau Sheraton en construction. Certains ont passé la journée au stade du FCO

avec des anciens de leur équipe. A l’arrivée méchoui et ambiance survoltée.

 

Septième jour : lever à l’aube et décollage à 8 heures locales vers Marignane. En sortant de l’aéroport on se croit en Suisse tant les abords sont propres par rapport à Oran. Je reviendrai comme dirait Mac Arthur.

 

Conseils :

 

1) attention aux caméscopes et appareils photos numériques. Préférer les appareils photos jetables.

Pas de PC portable pour décharger le numérique. Des cartes mémoires à ramener pleines.

2) circuler à 3 ou 4 seuls, à moins avec un policier, pas de bijoux voyants, ou en taxi sans problème si le chauffeur est « agrée » par la police

3) coins chauds car « pleins de racaille » dixit les policiers : quartier Saint Pierre, la rue d’Arzew, la place de la Bastille, les arcades, la Poste, Relizane, les marchés en plein air, le cimetière d’Oran, le village nègre

4) ne changer que 20 euros par jour ce qui suffit pour la journée

5) faire développer les pellicules et tirer les photos sur place. Coût 17 euros pour 5X24 poses. En France 17 euros pour 24 poses. 5 fois plus cher.   

6) presque pas de possibilité de payer en carte bleue. Il faut aller à l’agence de sa banque à Oran retirer la somme requise. Arriver avec du liquide en billets de 10 et 20 euros.    

7) ne pas s’attendre à retrouver tel quel ce que l’on a laissé. L’urbanisation est galopante.

8) se procurer un plan d’Oran version 1953 et travailler ses itinéraires et les endroits à visiter en version française puisque les taxis parlent le même langage. Se souvenir des numéros de rues des maisons à visiter. Idem avec le plan 1953 d’Oranie pour les villages de l’intérieur qui ont changé de noms. En vente sur Internet.

9) se procurer sur Internet un lexique des nouveaux noms de villages et de rues

10) avoir le n° de concession au cimetière d’Oran qui est très grand. Pas de souvenirs vagues.

11) et toujours le sourire et toujours très polis. Salam aleikoum avant toute chose. Le maître mot c’est « pas de problèmes ».  

12) pas de vin à table sauf commande expresse. Lui préférer le thé à la menthe qui est excellent.

13) les policiers et gendarmes sont très concernés par votre sécurité. En groupe, vous êtes suivis des yeux n’importe où. Si vous voulez absolument aller dans un endroit qu’ils déconseillent, vous pouvez signer une décharge valable un seul jour.  

 

 MARCHAND Jean-Paul (jeanpaulmarchand@wanadoo.fr)


Jean Paul devrait nous envoyer quelques photos pour illustrer ses propos.



A Delmonte avec Bernard Zimmerman

j'ai eu un sursaut en tombant sur les photos de la place de Delmonte ! La place de mon enfance. Dans le boulevard Pasteur, nous jouiiions, à l'heure de la sieste des parents, à faire descendre les rapides du caniveau à des allumettes coloriées, chacun la sienne, la transat avant la lettre, quoi. En été, pas une goutte d'eau ne tombait du ciel, évidemment ; le courant de nos régates, dans le caniveau, c'était l'évacuation des eaux usées d'une laverie "industrielle" au coin de la rue en amont... Aucun d'entre nous, que je sache, n'a attrapé de maladies infectieuses, bon, l'eau était savonneuse, ça devait protéger... Nos parents "dormaient la sieste" sur leurs deux oreilles, et tout le monde était content.
J'y retourne.

Bernard...
....qui rajoute quelques jours plus tard:

En ces temps de commémoration du débarquement de Normandie, ce serait intéressant de rappeler la présence des soldats US à Delmonte, il y avait un camp sur l'avenue de Sidi Chami. Trois ou quatre, de Louisiane, venaient à la maison parce que l'un d'entre eux s'appelait comme nous. Ils jouaient aux cartes avec mon père, avec ces cartes US différentes des cartes espagnoles que nous connaissions. Je me souviens comme si c'était d'hier soir la nuit où ils sont venus faire leurs adieux, en grande tenue ; ils étaient beaux. Ils ne connaissaient pas leur destination, je sais depuis mes études d'histoire, que c'était le débarquement en Sicile.

Amitiés
Bernard



L'Oran d'après 62...

Le témoignage particulièrement clair et sans concessions de Jacques TREMINO

Cher compatriote, Au hasard d’une lecture j’ai découvert le site sur Oran et lu votre article. J’ignore si les quelques souvenirs que je vous apporte enrichiront vos souvenirs ; ils datent des années 63 jusqu’au début 65 et valent ce qu’ils valent… J’ai quitté Oran en juin 1962 dans l’affolement général, sur un bateau surchargé, le jour de l’embrasement du port plongeant la ville durant 2 jours dans une épaisse obscurité. Parti seul en France à 18 ans rejoindre la famille maternelle, . Après maintes déceptions et une inadaptation,je suis retourné, chez mes parents en Avril 1963 à Oran où mon père avait conservé son travail. J’ai été très bien accueilli par mes anciens camarades de classe algériens qui ne comprenaient pas le départ massif des Européens ; opinion partagée par la majorité musulmane dans son ensemble. Elle disait que nous étions les enfants du pays, que notre place était ici et non ailleurs et qu’il nous fallait revenir de cette France qui s’était jouée de nous (Réf. aux deux communautés confondues, européenne et arabe) et nous avait abandonnés… Les quelques métropolitains arrivés après l’indépendance, au titre de la coopération se sont mal intégrés et ont vite recherché le contact des Pied-Noirs, creusant ainsi un peu plus le fossé entre les communautés. Ils n’étaient pas appréciés de la population autochtone qui voyait en eux des néo-colonisateurs venus faire du fric en Algérie mais ne dépensant pas un radis. « Ils viennent avec, dans leurs bagages, leurs boîtes de sardines et leur fromage et n’investissent rien ici, disaient-ils. Par contre vous, vous étiez les enfants du pays et tout ce que vous gagniez le dépensiez et l’investissiez ici, parce que cette terre était autant à vous qu’à nous ». Sic Et encore : « De Gaulle est le grand responsable de cette situation. Nous voulions plus de droits, de considération, mais pas d’une indépendance. Il nous a fait un cadeau empoisonné et seuls nous ne nous en sortirons jamais » Sic. Les étudiants pour leur part disaient : « nous avons appris à parler, à penser français. Nos auteurs de référence sont français, nos dictionnaires également, tout comme l’écriture. Au tout début de notre scolarité on nous a appris : nos ancêtres les Gaulois… Demain on va nous demander de penser autrement, d’oublier les fondements de notre culture, de parler, d’écrire en arabe mais quel arabe, puisque nous parlons divers dialectes en Algérie et sommes incapables de nous comprendre avec les Tunisiens ou Marocains »… Nous sommes la génération des sacrifiés, nous qui nous étions élevés à votre niveau, nous qui avons usé nos fonds de culottes avec vous, sur les mêmes bancs »… Et chez les anciens, les plus sensés disaient : « On a vécu côte à côte auprès de nos frères qui nous comprenaient, parlaient notre langue, (les Pied-Noirs), qui construisaient des maisons, des immeubles, des routes, des voitures… Les Algériens ne sont pas prêts à prendre les rênes du pays, c’est beaucoup trop tôt, il nous faudra bien des années encore !... Vers qui va-t-on se tourner pour le faire marcher si vous ne revenez pas ? Les autres nations ne sont intéressées que par notre pétrole et se fichent de nous. De plus nous ne parlons pas leur langue et leur culture est différente. A qui va-t-on faire appel ? Aux Russes, aux Américains, à d’autres nations arabes… ? A leur désespoir, à leur déception du moment a fait place la résignation. Après les premières heures d’euphorie, est venu le moment de vérité. Ils savaient que leur Etat manquait de tout et surtout d’argent, qu’ils étaient abandonnés de tous... Sans parler des dissidences et jalousies qui commençaient à éclater même entre membres du FLN au pouvoir… On a vu s’ouvrir quantité de magasins qui ont commencé par liquider les stocks de marchandises et faute d’argent ne plus pouvoir se réapprovisionner. Tout manquait… Le centre ville d’Oran partait à la dérive. Les rues ne brillaient pas par leur propreté… Dix mois seulement avaient suffi pour donner cet aspect de désolation, d’abattement, de saleté et de misère… Les grappes d’étudiants algériens qui recherchaient le contact de leurs condisciples européens étaient les premiers à railler la situation et à raconter la dernière blague hilarante mais criante de vérité ! Le déclin n’a fait qu’empirer, le désespoir aussi. Les villes avaient été assiégées dès le début de l’indépendance par une population rurale gonflant un peu plus celle des villes où se faisait jour une certaine anarchie. Dans les immeubles, les coupures d’eau, de courant devenaient fréquentes... Les salaires n’étaient plus versés régulièrement aux fonctionnaires et militaires ajoutant un peu plus au désespoir ! Dans les autobus, tout était prétexte aux incidents entre certains jeunes algériens exaltés, comme ne pas payer le transport sous prétexte qu’ils avaient participé à la révolution ou l’interdiction aux jeunes filles de s’exprimer en français parce qu’il y avait un ‘Roumi’ à leurs côtés et que ces ‘pitites pitains’ avec leurs nénés à l’air voulaient monter qu’elles savaient parler ‘francèse’… Les visages se fermaient alors, les voix se taisaient, les yeux se baissaient et la terreur s’installait pour le reste du trajet. Personne n’approuvait, surtout pas les jeunes femmes ayant cru à la ‘libération de la femme’ ni les chibanis qui vous lançaient des regards entendus. Mais la très grande prudence restait de rigueur et personne n’osait affronter l’œil du perturbateur… De juillet 63 à janvier 65, j’ai travaillé pour une compagnie française en attente de mon appel sous les drapeaux. C’est de cette époque que me sont apparues les grandes difficultés du pays et son impossibilité à pouvoir, avant longtemps, se hisser à un niveau décent. Les campagnes, les vignes si vertes avaient été désertées sous prétexte que ces dernières avaient été plantées par les colonialistes et qu’un musulman ne devait pas boire une goutte d’alcool… (Mais dans les bars, les P.N demandaient des boissons alcoolisées que buvaient aussi nos amis d’enfance arabes. Ou bien encore les pères venaient déguster l’anisette à la maison et repartaient à quatre pattes chez eux…) Cette désolation, ce marasme, j’avais fait part de ce constat à mon ami d’enfance arabe. Il savait que j’avais raison, il reconnaissait la justesse de mes critiques et il était contrit de ce cahot que traversait l’Algérie nouvelle. Mais dès cette époque, une majorité d’Algériens voyait son salut dans l’exil vers la France… Je garde de ce second séjour passé là-bas un sentiment de malaise, de regrets, d’abandon et de fracture sociale pour les deux communautés. J’ai compris, au début, que nous aurions pu nous entendre quelques années encore. Il aurait fallu pour cela que le pouvoir en place ait d’autres visées, donne des gages de sécurité et ne se contente pas seulement de vains rappels à la radio invitant ses enfants pied-noirs à réintégrer le pays et qu’une majorité des nôtres revienne !.. Situation d’attente certes, car il nous aurait fallu partir un jour, mais beaucoup plus tard et dans d’autres conditions... Cette terre n’étant plus la nôtre, nous aurions peut-être appris à nous en détacher ou à travailler en étroite collaboration avec eux… Nous sommes les bâtards de l’Histoire. Nous avons eu la naïveté d’avoir un drapeau à la place du cœur et de nous croire français. Et nous avons commis également des erreurs à cause de cela. La France elle, nous avait reniés depuis longtemps et on ne l’intéressait plus. Entre les Algériens et nous, le choix avait été vite fait. Nous devions rentrer dans les rangs et la remercier de nous avoir ouvert ses portes. Les misères, les sacrifices, les privations de nos ancêtres n’avaient servi à rien. Nous avons subitement émergé d’une illusion qui n’appartenait qu’à nous ! A nous de prendre notre destinée en mains ! De retour en France je pense toujours à ces deux périodes assez déstabilisantes de ma vie. Et depuis, je ne sais jamais où me situer sinon nulle part. Je n’ai jamais réussi à fixer mes racines… Pour me remémorer mon Algérie natale, à 25 ans, je suis allé passer mes vacances en Espagne afin de retrouver la terre, le soleil, l’eau qui me manquaient. Au premier instant, j’ai retrouvé les senteurs des fleurs de mon enfance que j’avais oubliées. Moment magique ! Mais l’Espagne n’était pas l’Oranie, même si je maîtrisais la langue de mes ancêtres ! Et je pense que nous, Pieds-Noirs, avons une identité spécifique que nous ne pouvons trouver nulle part ailleurs. Nous sommes la fusion d’un patchwork de cultures et de pensées. Malheureusement les évènements auxquels nous avons été confrontés nous ont meurtris et nous n’avons pas pris suffisamment de recul pour embrasser la nouvelle vie qui s’offrait à nous. A vouloir trop vite nous insérer, prendre une nouvelle identité, nous avons commis des erreurs grossières… Il m’est arrivé de rencontrer quelques compatriotes et d’afficher mes origines. Comme par hasard tous étaient nés sur un bateau arrivant ou quittant l’Algérie ! Et tous avaient leurs grand-parents natifs de France. J’ai compris un peu trop tard que j’étais seul à porter le lourd fardeau de ma solitude et que tout ce qui précédait n’était peut-être qu’une utopie de mon esprit. Peut-être aussi est-il préférable de fermer pour toujours ce drame atroce qui nous étreint et auquel nous donnons de faux accents de désinvolture par la truculence de notre langage imagé, surtout quand nous voulons cacher nos sanglots. Meilleurs souvenirs chers compatriotes qui vous êtes, peut-être, mieux acclimatés en France que moi…
Jacques Trémino




Bonjour la Cie, Ce matin, je me suis rendue au marché du "Cours Lafayette" de Toulon. Marché célébré par Bécaud dans sa chanson "Les marchés de Provence" (voici pour 100 francs, du thym de la garrigue, un peu de safran et un kilo de figues etc...) où j'ai trouvé des "Pêches de vigne" et j'ai eu un pincement au coeur en les voyant, Oran est revenue subitement dans ma mémoire. Vous souvenez-vous de ces pêches vertes et rouges en forme de petites citrouilles. J'en ai acheté 6...pour le plaisir...(8euros le kg).. et avec Jo, nous les avons dégustées avec cérémonie, même goût sucré. A Oran, il y avait aussi les "Pêches de Bous-Fer" qui étaient succulantes et les grosses à peau jaune et velues "mélocoton" que l'on trouve encore en Espagne (celles qu'ils mettent en conserve, au sirop). Les cerises, en dehors des Bigarreaux, il y avait les jaunes/oranges. Nous avions des fruits magnifiques. Mes cousins, colons de Relizane, avaient des champs à perte de vue d'Orangers, de pomelos (dont ils avaient ramené les souches d'Amérique du Sud) et de melons, ils avaient été en Espagne, avaient acheté des melons jaunes et verts, s'étaient installés sur une place et, après avoir ouvert leurs melons et recueilli les pépites, avaient offert, aux passants, tous leurs melons. De ces pépites sont nés de beaux melons sur notre terre. Et nos Cantaloups n'étaient-ils pas bons? Nous avions tout...le soleil et l'amour du bien faire. et je ne suis pas chauvine... ça sentait bon la Provence, ce matin au marché..j'ai acheté mon Basilic, des haricots "coco" (pour faire ma "soupe au pistou") des olives noires de NYONS aux herbes de Provence...des melons de Cavaillon...des abricots avec lesquels je viens de faire ma confiture à la vanille, gingembre et pignons...des fraises "garriguette" et des fleurs de courgettes que ma fille va nous préparer, en beignets, demain, pour la fête des Pères.

Jocelyne Estève




Les Tonneaux de chez SENECLAUZE....

Les caves Sénéclauses étaient immenses et occupaient tout un paté delimité par la place Hoche, la rue Kimburn, le rue de Verdun, la rue de Lesseps et la rue Dufour.
Les tonneaux debaroulaient la rue Arago jusqu'à la place des Victoires, mais plus d'une fois ils étaient montés jusqu'à la rue de Mostaganem, pour dévaler ensuite toute la rue de l'Alma, jusqu'à la place Hoche.La rue de l'Alma etait bien plus pentue que la rue Arago et les tonneaux étaient innaretables, ils prenaient de la vitesse et des trajectoires incroyables. Ce genre d'action se déroulaient souvent de nuit et comme toutes les ampoules étaient cassées,les tonneaux n'étaient visibles qu'au dernier moment.

René Mancho

Je me souviens qu'un jour les tonneaux descendaient la rue ARAGO et il y avait des militaires du contingents(les petis patos)qui ne pouvaient pas nous voir,au bas de cette rue puisque je crois c'était les barricades, bref et tout d'un coup j'ai entendu de grands cris, c'était les tonneaux qui leur airvaient dessus!!!!!!!!!la suite je ne sais plus.
BISOUS ARLETTE

Pour revenir de l'école L Fouque , j'empruntais la rue qui passait devant les caves , celle d'où ,dans la pénombre, on pouvait voir et entendre les tonneliers qui cerclaient les tonneaux de chêne. ( Ce spectacle me fascinait, tout comme d'ailleurs celui d'un soudeur à l'arc qui travaillait près de la Place Hoche. Je regardais émerveillée et sans aucune protection visuelle ,les arcs sortant de son appareil à souder). J'ajoute que lors de mon voyage à Oran en mai 83, bien que plus du tout en activité, de ces caves fermées s'exahalaient encore une forte odeur de vin.
Michelle.




Nos voitures.

Vous souvenez vous de cette voiture extraordinaire sortie au milieu des années 50 ? Elle fut la perle de la marque SIMCA



La publicité disait: Simca Vedette "Régence", modèle 1955, V8 et 13 cv fiscaux ("...vous atteindrez le 100 en moins de 20 secondes !"). 998.000 francs...

Plus modeste peut-être je me souviens que nous avons changé la dernière "Traction" familiale par une peugeot 403 - comme celle de Columbo....- Sauf que celle de Columbo c'est une 403 Peugeot décapotable.... je me marre Je me souviens, la dernière année de mon séjour à Oran, en 57 avoir rôdé la 403 familiale en allant à la plage tout l'été avec des copains: Falcon, les Andalouses, Bous Sfer....! L'année suivante, j'étais étudiant à Lille mais mes parents étaient encore à Oran Ils ont décidé de venir en avion et mon père avait expédié la 403 par un cargo de la Cie LE BORGNE. Je suis allé récupérer la voiture à Marseille et les parents à Marignane... Au retour je suis revenu passer une quinzaine de jours à Oran avant la reprise des cours. La voiture a été déposé chez L Borgne à Marseille mais elle a mis su temps pour revenir à Oran: le bateau a été détourné pour aller évacuer un chargement de munitions à l'étang de Berre où il y avait un incendie. La voiture a été déchargée pour mettre les munitions en cale et les marins étaient si pressés de quitter la zone qu'ils ont reposé la voiture sur le pont afin de s'éloigner du quai le plus rapidement possible... Mar calée, la voiture est tombée dans le port durant la manoeuvre ! Evidemment tous les bagages étaient à l'intérieur....! Je ne vous dis pas ce que nous avons récupéré 10 jours après quand la voiture est revenue à Oran. Certaines valises s'étaient ouvertes et avaient perdu une partie de leur contenu. Tout sentait la marée... y compris une paire de chaussures de marche que j'avais acheté duran,t les vacances et que ne j'avais pas encore mises. Elles sont restées à sécher sur le balcon de la rue Lamartine pendant toute la fin de mon séjour et j'ai quand même pu les porter en métropole pendant l'hiver 58 avec chaque fois l'impression de sentir la mer...! ... et donc d'avoir un souvenir méditerranéen.
Jean Claude




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La Danse du Sabre de Katchatourian