Notre accent:

 

 

Un sujet d'étonnement que de pouvoir 50 ans après reconnaître un pied noir et mieux encore un oranais simplement à l'oreille, au téléphone ou au milieu d'une foule….

 

Madame Maryse SAUREL m'avait offert en 91 un très joli poème que je vient d'exhumer de mes volumineuses archives et que je vous offre à mon tour de partager:

 

MON ACCENT

 

J'ai gardé mon accent.., celui d'une oranaise

avec lui, croyez-moi, je me sens très à l'aise.

C'est sûr, je parle mal.., sans trop me corriger.

Que voulez-vous, chez nous.., nous étions mélangés

en race, en religion.., chantant "La Marseillaise"

car nous étions tous liés par l'Algérie Française.

Rachel ou Consuelo.., Mohamed et Bernard

se bagarraient parfois, mais c'étaient des fêtards..!

même les plus instruits estropiaient les mots

dans un vocabulaire.., plutôt "fortissimo"!

Alors, c'est obligé qu'on garde cette empreinte.

Pourtant lorsque j'écris, c'est plus en demi-teinte.

"En Oranais je dis que je fais "Entention",

mais là, sur mon papier, j'ai d'autres munitions,

je réfléchis un peu et, le dictionnaire m'aide.

En parlant... ça va vite et les mots se succédent.

 

Bref! Je suis comme je suis, oui.., déjà je suis vieille,

pour ne pas m'écouter, bouchez-vous les oreilles.

C'est tout ce qui me reste avec mes souvenirs.

Laissez-moi mon accent, pourquoi m'en démunir?

 

Jeanne DARMON (81 ans)

ORAN-MARSEILLE (12-04-98) comptez donc 6 ans de plus !

(Poème offert au gendre, médecin, de Maryse GANDOLPHE-SAUREL)

 

 

A la suite de la diffusion de ce texte auprès de mes nombreux amis oranais, l'un d'entre eux a relevé le défi d'y faire une réponse:

 

C’est vrai que notre accent est très souvent tonique.

Que la main et la langue font un couple magique.

Aussi prompt à rafler les rafales d’anisette

Qu’à lâcher les bons mots qu’on a dans la musette.

Quand tu perds l’estylo au pied de l’estatue

Ils ne pigent pas grand chose ceux qui parlent pointu

Il coule, il dégouline comme une binagate

De balcons en patio, il fait la saragate

Ils sont deux à parler et tu crois qu’ils sont douze.

Mais il devient muet sous les coups des barbouzes.

C’est vrai que notre accent est très souvent tonique

Que la main et la langue font un couple magique.

Quand on nous volé notre ville d’Oran

Ils nous ont bien tout pris, sauf notre bel accent.

 

René  MANCHO

Décembre 2004