PATRIMOINE / Le voeu trahi d'Aucour

Un monument historique de la ville d'Oran se fait actuellement défigurer par une entreprise qui a pu obtenir le marché de réhabilitation de la place de la République sise au quartier de Sidi El Houari.
Il s'agit de la fontaine Aucour dont la construction remonte à la fin du XIXE siècle. Certes, ce monument non classé, mais porté sur l'inventaire des sites historiques de la ville, était dans un état lamentable. Au centre d'une petite place qui faisait face au siège de l'ancienne mairie d'Oran, cette fontaine est devenue un réceptacle d'immondices ces dernières années. Récemment, les jeunes du quartier, habitués à se retrouver en cet endroit, ont été surpris par une équipe de maçons qui a entamé les travaux de nettoyage dans un premier temps. Après information, il s'avère que le marché de la réhabilitation de cette place a été attribué par les services de l'APC d'Oran à une entreprise privée. Le chef d'équipe se déployant sur place n'établit aucun distinguo entre la réhabilitation et la restauration qui demande un savoir spécifique.
D'ores et déjà, le marbre massif façonné à la main a été endommagé. L'autre dégât visible à l'oeil nu concerne le portrait d'Aucour gravé sur du marbre et qui a été sérieusement endommagé. La ville d'Oran doit à Auguste Aucour, urbaniste et ingénieur des ponts et chaussées, le comblement de l'oued Errehi (les Moulins) en 1844, devenu avenue Malakof (nom du premier maire d'Oran) et par la suite Stalingrad. La veille de sa mort, l'aménageur notamment de la place de la Préfecture décidera de léguer la somme de 500 francs à la ville pour ériger un monument pour perpétuer son souvenir. Le 13 mars 1898, la fontaine portant son nom sera inaugurée lors de la fête du quartier.
Les deux lions en bronze qui l'ornaient avaient disparu au début des années 1970, nous déclarent des jeunes rencontrés sur les lieux. On affirme qu'ils existent jusqu'à présent, dans la villa d'un ancien maire de la ville d'Oran se trouvant à Es Sénia. Afin de les remplacer, l'entreprise chargée de la réhabilitation de la place a mis des bustes d'animaux en ciment. Le sort peu enviable des monuments historiques de la ville d'Oran rappelle l'urgence d'une audacieuse politique de restauration des sites historiques de la cité. Il est à noter que pas moins de quarante monuments classés, une première fois durant l'époque coloniale et une seconde fois en 1967, demandent à être restaurés et entretenus. Or, il se trouve que l'université algérienne ne dispense pas ce type d'enseignement très pointu et très prisé. Donc, le recours aux spécialistes étrangers reste incontournable.

par Ziad Salah

Ce texte transmis par mon amie Maryse Saurel provient d'un article du journal El Watan du 5 Mai 2000 et consulté sur Internet : www.elwatan.com/journal/2000/05/derniere.htm

Les photos de la Fontaine Aucour ont été prise en 1993 par M. Debil