Trois pages pour illustrer ce sujet



Les témoignages des oranais de VO
Réflexions après le 05/07/2007
Dialogue entre Historiens


Un diaporama Transmis par Georges Vieville
6 et 7 avril 1960 -démobilisation



Je n'ai pas vécu moi même les évènements de mai 58 puisque j'étais déjà étudiant en métropole; je suis revenu une dernière fois à Oran à la fin des vacances d'été 58 pour une quinzaine de jours.... Le reste je ne l'ai vécu que de très loin.... mais certains amis m'ont tyransmis leur témoignage ou des documents que je me permet de rajouter au dossier.

En premier lieu cet appel du général CHALLE en avril 61 . Il fut diffusé à toutes les troupes mais peu d'exemplaires ont circulé parmi la population. (Eenvoi de Georges SANCHEZ)



Puis cette copie d'un N° pirate de l'écho d'Oran



(document Georges Pastor)
le texte de l'édiorial du Gal Jouhaud aurait été volontairement imprimé à l'envers afin de faire croire à un travail d'amateurs et égarer les soupçons des autorités et de la direction du journal. En réalité,l'impression aurait été faite par des personnels même de l'Echo d'Oran....!

Tout le monde sait aujourd'hui, ne serait-ce qu'à cause de la polémique qui s'en est suivie.... que le 19 Mars est le jour de la signature des accords d'Evian (j'aurais bien écrit désaccords...! ) qui ont marqué la fin de l'Aventure Française en Afrique du Nord. Ces accords ont bien sûr été contestés sur place par les français d'Algérie et par l'OAS:

Si la première page de l'édition des 8 et 9 avril62 évoque le oui massif du vote métropolitain, la dernière page marque, semnle-t-il un certain "désaccord"...!!!





Vague d'attentats OAS:

Le plus spectaculaire et le plus connu fut sans conteste l'incendie du port d'Oran:
Lundi 25 juin Explosions dans tous les coins. A 16 heures, incendie phénoménal...

document d'origine "Paris Match"


L'incendie dura plusieurs jours pendant lesquels les habitants du front de mer furent envahis de fumée et de suie.... Voici ce qu'il restait lorsque tout fut éteint!



3 mois avant, le dimanche 25 mars a eu lieu l'arrestation du Gal JOUHAUD dans un immeuble du Bd Front de mer alors qu'il déjeunait avec des amis dans l'appartement d'une jeune fille ,Claude Raymond. Appartement situé au 8ème étage du "Panoramic" ,grand immeuble du boulevard Front de Mer.Il possédait de faux papiers au nom de Gerbert.
. L'opération est bien montée et l'on croit pendant longtemps que l'action se situe plutôt à l'immeuble de la télé oranaise...

Un témoignage de cette journée nous est donné par Andrée : ( à moins qu'il ne s'agisse d'un autre évènement, car notre mémoire est capricieuse... )

C'était un jeudi,(NON un dimanche !) une de mes cousines était venue déjeuner à la maison – rue Saint Denis, il était prévu après le repas de partir voir un film au studio des jeunes.
Il faisait très beau ce jour là, un beau soleil déjà chaud dans un ciel bleu sans nuage nous avait permis de manger sur la terrasse.
Nous sommes parties avec nos petites pièces en poche pour acheter nos bonbons et payer nos places. Tout en sautillant dans la rue, nous avons bien compris assez vite qu'il se passait quelque chose d'anormal. Les rues étaient désertes devant la cathédrale, comme si l'été avait devancé l'appel et que tout le monde faisait une bonne sieste réparatrice avant d'aller faire « le boulevard » à la fraîche.

Seulement vers le début de la rue d'Arzew et peut être même un peu avant, il y avait des chars et des militaires qui nous ont crié « Rentrez chez vous » c'est un bouclage !!!
Ce mot de bouclage n'avait pas trop de sens pour nous, je me souviens avoir pensé à ce moment là, à la torture que m'avait infligé un coiffeur de la place des victoire à qui ma mère avait demandé une indéfrisable sur mes pauvres cheveux fournis certes, mais raides comme la justice – il m'avait placé des fils sur la tête qui pendaient d'un appareil qui m'ont chauffé le crâne pendant un heure … enfin Bouclage c'était un mot que je n'aimais pas.. la suite me fit jurer de garder mes cheveux raides jusqu'à la fin de mes jours.

Nous n'avons pas écouté les militaires et nous avons répondu, d'un air arrogant et décidé : Nous allons au Cinéma !!! une sorte de rébellion de 3 gamines stupides ..
Nous avons dû nous rendre à l'évidence … snif pas de cinéma .. le studio des jeunes était fermé. Impossible pour nous ne rebrousser chemin. Bouclage !!!
Nous avons continué notre route jusqu'à la Cité Perret: si nous ne pouvions rentrer chez nous, nous avions décidé de raccompagner chez elle notre cousine.
Le chemin m'a paru long, il faisait chaud, je me souviens que ça montait raide et je n'avais jamais autant marché à pieds de ma vie.. sauf en colo. Les rues que nous avons empruntées, je ne les connaissais pas. Nous avons atteints cette fameuse cité Perret vers 15 h environ - enfin je crois.

L'air furieux de ma tante nous a déjà fait sentir que nous avions fait plus qu'une bêtise,
La suite nous a fait comprendre qu'il faut quelquefois savoir rebrousser chemin. A peine arrivée dans cette cité nouvellement construite qui me semblait en carton pâte, la fusillade a commencé …………………..
Les gens étaient agglutinés dans les couloirs internes, il leur semblait que les murs des appartements ne supporteraient pas le feu nourri des mitraillettes.
Pour ma part, je me suis réfugiée comme à l'accoutumée, dans la baignoire, j'ai passé beaucoup de temps dans les baignoires à cette époque là, pas seulement pour me laver. J'avais réfléchi et pesé le pour et le contre, si les militaires étaient dans des tanks, la baignoire en acier devait être la bonne solution, pare balles. Ne riez pas SVP.

Les tirs ont duré longtemps à mon goût, une heure, deux heures, je ne sais plus.
Mes parents avaient la télé, mais pas le téléphone, impossible de les prévenir que nous étions en sécurité - sécurité , si on veut … bref ils étaient affolés et nous pas très fières de notre aventure. Par je ne sais quel miracle, ils ont appris où nous étions.
Mon père tard dans la soirée est venu nous chercher en voiture, il nous a ordonné de nous coucher sur le tapis de sol à l'arrière du véhicule. J'ai de ce voyage de retour à la maison, la vision des immeubles qui défilaient avec une perspective très particulière. C'est là je crois que j'ai commencé à avoir la tête à l'envers !!!

Je crois que ce jour là, mon père a bravé le couvre feu …
Andrée

Une journée bien triste

Le 5 juillet 1962 est sans conteste la pire journée qu'aient connue les Oranais qui étaient restés fidèles à leur ville. On évoque à mots couverts 3 000 voire 5 000 morts ou disparus. On n'a jamais compris pourquoi l'armée et la gendarmerie française présentes sur place, n'avaient rien tenté pour préserver la vie de ses ressortissants. Le général Katz aurait pu fournir quelques explications...
En tout cas, peu d'oranais osent en parler. C'est pour exorciser ce tabou que certains ont enfin osé évoquer ces souvenirs:

Françoise N. :
Je viens de lire les différents messages avec beaucoup d'émotion, nous remuons des mauvais souvenirs, l'incendie du port, le 5 Juillet, le frère d'Annie (je t'embrasse très fort Annie). Je ne suis partie d'Oran que le 10 Septembre 62. Je n'ai jamais oublié les moments où vissés sur le poste nous attendions les messages clandestins et surtout celui nous disant que c'était fini. Mes parents avaient loué une maison à Aïn el Türk et nous y sommes partis le 24 au moment de l'explosion des citernes d'essence du port. Chez nous rue Herzog, rue de Nancy c'était irrespirable. Mon père venait tous les jours travailler à l'hippodrome de St Eugène où il avait une petite unité de mise en sachets d'olives (mais son bureau était rue Herzog). Le 4 Juillet, un de ses ouvriers lui a conseillé de ne pas venir de la plage le jour de la fête de l'indépendance car on attendait des manifestations, il est donc resté avec nous. Sur le transistor nous avons entendu Radio Monte Carlo vers 14h, un bref message parlant de massacres à Oran (qui n'a pas été répété le reste de la journée). Papa a pris sa voiture malgré nos suppliques et est venu à Oran, inquiet pour ses frères et soeurs. Il a vu l'armée française sortir en camions dans les rues, il devait être 15 heures ... tout était fini ! Il a pu faire le tour de la famille et rentrer sans encombre. Il a eu plus de chance que d'autres. A Aïn el Türk, nous sommes restés sur la terrasse à voir défiler une foule immense qui criait "Djazaïr yah na ! " (L'Algérie est à nous), et en pensant à nos concerts de casseroles ... là l'armée française n'était pas loin et barrait les rues, ne leur laissant que la route qui menait à Bouisseville. Basta, j'en ai mal aux tripes !

Puis Bernadette Carmona s'exprime à son tour

Il faisait beau et nous partions faire des courses ma belle sœur et moi c'était le 5 juillet 62 ; Dans le bus nous étions les seules européennes mais nous n'avions pas peur et même nous discutions de l'avenir avec les Algériens. Nos courses terminées et comme nous étions place des Victoires nous avons fait un saut chez une autre belle sœur qui demeurait rue Raspail.

Et vers 12 h l'horreur: nous avons entendu tirer des coups de feu un peu de partout et ensuite ce fut des rafales de mitraillettes que l'on tirait sur les fenêtres et sur tout ce qui bougeait, cela a duré jusqu'à 3 h de l'après midi et des voitures passaient dans les rues pour signaler le couvre feu, mais nous, nous devions remonter sur Maraval où ma belle sœur avait laissé ses enfants, moi bien sur j'avais mon fils de 2 ans avec moi.

Nous avons entrepris avec la peur au ventre de remonter chez moi et nous voilà parties, à pieds bien sur, nous avons vu les douilles de mitraillettes dans les rues et les caniveaux.
Arrivé au cinéma le Rex il y avait un attroupement d'Algériens et là l'angoisse nous a prises a la gorge car les Algériens demandaient les papiers et faisaient monter les gens par catégories dans chaque camion (femmes, enfants, hommes) et quand vint notre tour un Algérien que nous connaissions du village nègre et qui se présenta comme commissaire de la révolution, ordonna de nous laisser passer. A nouveau les larmes ont coulé de la même peur, mais nous devions remonter toute la rue de Tlemcen chargées de courses et mon fils dans les bras sans nous retourner de peur qu'on nous tire dessus et ma belle sœur me disait: "si on doit mourir comme cela on le verra pas".

Arrivées à 300 m de chez moi un camion remplis d'hommes armés nous demanda ou on allait car c'était le couvre feu; nous lui avons expliqué que nous venions de la ville et que nous rentrions à la maison, ils ont dit alors qu'ils referaient le tour du pâté de maisons et que s'il nous retrouvaient ils tireraient à vue. Je ne nous vous dis pas comme les 300 m nous ont paru longs et arrivées devant la porte de chez nous le camion refaisait son apparition… Devant notre porte ma belle sœur s'est évanouie mais nous étions rentrées saines et sauves à la maison.

Le lendemain nous avons su que les camions qui transportaient les personnes à la sortie du Rex allaient à l'hôpital, escortés par des arabes armés jusqu'aux dents; là-bas le Dr LARIBÈRE les attendaient pour prélever tout leur sang afin de soigner les Algériens du FLN. Ces personnes exsangues étaient plus tard ensevelies dans des charniers. Quand je pense encore à ces malheureux et à la souffrance et la peur qu'ils ont du avoir de se voir mourir tout doucement, je me dit que ce jour là nous sommes nés une deuxième fois !

Le Dr LARIBÈRE faisait cela à ses propres compatriotes ! Mais malgré tout cela je suis restée à Oran jusqu'en mars 64 date de mon arrivée en France.
Bernadette CARMONA


Autre témoignage du 5 juillet

Entre le 2 et le 5 , il y avait dans le centre ville, un défilé permanent d'Algériens dont il est difficile d'évaluer le nombre. ( certainement plus de IOO.OOO). Ils n'arrétaient pas de manifester leur joie de manière hystérique. Au milieu de cette foule, les Européens , assez nombreux et en grande majorité des hommes, car les femmes et les enfants étaient certainement partis.
Inutile de te dire que l'athmosphère était lourde et qu'on commençait à prendre peur, car il n'y avait pas un seul militaire français à l'horizon ni policier .
Dès le 2 juillet, on avait livré l'Algérie clés en main, et on s'est retrouvé en pays étranger du jour au lendemain.
Ce qui devait arriver arriva:

Le 5 juillet, entre 11 h 3O et 12 h., au milieu de cette foule déchainée, un coup de feu est parti du coté de la place d'Armes et c'est à partir de là que tout dégénéra.
je ne peux penser que ce soit un européen qui ait tiré, car il fallait etre fou pour se promener avec une arme.
A cette heure-ci tous les européens se trouvaient dans les bars et restaurants et ce sont eux qui se sont fait massacrer sur place ou emporter dans des camions, direction le petit lac.
Cela a duré jusqu'à I5 OU 16 H. sans que les militaires français n'interviennent.

Pour ma part , je ne suis plus ressorti jusqu'au 9 juillet. Tout était rentré dans l'ordre et les manifestations étaient terminées.
Difficile de te dire le nombre de morts, mais je pense et c'est meme certain que le nombre de disparus a été nettement supérieur. A ce moment là, le chiffre qui circulait était de 3OOO.
voila ce que je peux dire de cette triste journée qui aurait pu etre moins dramatique si l'armée française s'était manifestée.

André.




Edmond MELLINA a mis 35 ans avant d'écrire cette page et encore 10 pour nous la faire partager sur ce site.

MON 5 JUILLET 1962 A ORAN




Nous sommes le 5 juillet 1997, c'est trente cinq ans après, que je me décide à écrire ma journée la plus mémorable vécue en Algérie, où au moins mille cinq cent ( peut être plus ) européens furent tués ou ont disparu ce jour la (je pense être loin de la vérité ).

Tôt ce matin là, je quitte la cité Lescure où, nous logeons depuis quelques temps ; je m'installe dans ma Vespa 400 et en route vers Bousfer pour y rencontrer un habitant de ce village, la ville d'oran est calme.

Lorsque je suis arrivé à l'adresse indiquée, on m'a annoncé que la dite personne était partie et n'était plus là ; il ne me restait plus qu'à revenir à Oran- c'est il me semble, la dernière fois que j'ai effectué ce trajet aller/retour de la corniche oranaise et des plages- pour rejoindre à la cité Lescure mon épouse, ma belle sœur et mon beau-frère, dans l'appartement du frère de ce dernier, rapatrié avec toute sa famille à Soissons par la VAN ( Verreries de l'Afrique du Nord ).

Au retour, après Mers-el-kébir, je suis arrivé à la marine, à hauteur de la manufacture des tabacs Bastos, au pied de la rampe Valés, sa pente étant assez rude et, le moteur de ma Vespa 400 un peu encrassé manquant de puissance, je décide de rejoindre la cité Lescure en faisant un circuit plus long, c'est là je crois, que le Seigneur a commencé à me protéger une première fois - car j'ignorai les terribles évènements qui se déroulaient au centre ville - ainsi je suis arrivé près du carrefour des rues de Mostaganem et du boulevard Clémenceau où se trouvait les peintures '' La Vve Côte ''.

Ce carrefour était bloqué par un ATO ( nouvelle police Algérienne ) arme au pied, j'ai garé la voiture boulevard Marceau devant les cycles Cadenne et à pied, je me suis approché à l'angle du bâtiment pour voir ce qui se passait, sur le square Garbé il y avait des mouvements de foule.

Sentant ma présence, l'ATO en faction s'est retourné et m'apercevant a dirigé sa mitraillette vers moi, fait des sommations pour que je le rejoigne, moi par instinct de conservation, j'ai couru vers la Vespa 400, sauté dedans, mis le moteur en route et en marche arrière pour me soustraire le plus rapidement possible de la ligne de mire du policier Algérien, j'ai engagé la voiture rue des moulins, pour arriver environ soixante mètres plus loin rue St-Michel au bas de laquelle un autre ATO bloquait celle-ci, le temps que ce dernier perçoive le bruit du moteur, je réussis à passer la 1° et m'engage rue Gulavski avant que cet autre ATO puisse me mettre en joue ; je parcours environ cent cinquante mètres et j'ai encore de la chance, car il y a une place entre deux voitures garées, je gare très vite la mienne et m'engouffre à une vingtaine de mètres de là, dans l'appartement de mon oncle Pépito, qui a déjà quitté Oran, et où logent depuis son départ son frère Robert et mon Père qui ont eu une matinée très agitée avec fouille au corps et coups de crosse de fusil par une patrouille de l'ALN.

La protection divine m'aidait encore, j'étais juste rentré dans cet appartement, qu'un groupe composé d'ATO, de soldats de l'ALN ainsi que d'autochtones excités, remontait le boulevard Marceau et emmenait de force tous les européens, jeunes et moins jeunes sans distinction qui étaient dehors, même sur le seuil de leur porte, une vrai rafle.

Mon Père et mon jeune oncle se mettaient à table, ils sont surpris par mon arrivée intempestive, je leur relate rapidement la situation, mon Père m'invite à me mettre à table avec eux, je le remercie, leur expliquant que mon épouse, sa sœur et mon beau-frère m'attendent à la cité Lescure distante de moins de huit cent mètres.

Plusieurs minutes plus tard, je ne saurai dire si trente, cinquante ou plus ce sont écoulées depuis mon arrivée, n'entendant plus d'agitation à l'extérieur, je me hasarde à sortir et prudemment, me dirige vers le boulevard Marceau situé à environ dix mètres de l'entrée de cet appartement.

Là, sur ce boulevard, sur le trottoir, j'aperçois un attroupement de personnes en grande discussion, parmi celui-ci, se trouvent plusieurs européens, plutôt des personnes âgées habitant là, ainsi qu'un capitaine et plusieurs soldats de l'armée française qui étaient cantonnés à environ deux cent mètres de là, au bout du boulevard Marceau, sur le plateau de la gare ; l'officier français qui venait avec ses hommes de libérer, des mains des Algériens, plusieurs personnes, explique à cet attroupement : << vous voyez, je viens de mettre en péril ma carrière militaire et avec ça le futur de ma femme et mes enfants, car nous avions ordre de l'Etat Major, que quoi qu'il arrive, il nous était interdit de sortir de notre cantonnement, mais témoin depuis l'esplanade de ce qui se passait, je n'ai pas admis ce que je voyais et pris l'initiative d'intervenir>> ; il venait de sauver beaucoup de personnes d'une disparition définitive, les personnes prises dans ces rafles étaient emmenées vers le petit lac et ont disparu, combien étaient-elles ?

Le calme semblant revenu, j'ai repris ma Vespa 400, fait par le boulevard Marceau, la rue Mostaganem, le trajet me permettant de rejoindre l'entrée accédant à l'appartement au 11° étage ; là dans la cage d'escalier, je trouve mon Epouse, sa sœur et mon beau-frère à labri derrière les claustras, car en bas dans la rue, régnait encore une grande agitation, des voitures patrouillaient avec sur leur toit des hommes de l'ALN couchés, l'un la tête vers l'avant du véhicule, l'autre vers l'arrière, armés de mitrailleuses qu'ils pointaient vers les fenêtres de l'immeuble.

Ils me racontent que, quelques heures auparavant, alors qu'ils venaient de rentrer précipitamment dés les premières agitations, s'approchant des fenêtres pour voir ce qui se passait, ils avaient été menacés par ces hommes armés et reçu l'ordre de fermer la fenêtre.

A l'abri au 11° étage, derrière les claustras, nous avons été les témoins de scènes étonnantes. De notre observatoire, nous avions une vue plongeante sur la gendarmerie nationale française, située sur le square Garbé ; les gendarmes étaient cloîtrés dans leur caserne, se gardant de s'aventurer à l'extérieur et, par la fente taillée dans le portail permettant aux services postaux de distribuer le courrier, observaient ce qui se passait dans la rue et sur le square.

A ce moment, nous voyons arriver dans le square, par la droite, un jeune militaire français, sûrement du contingent, avec un PM en bandoulière, un fourgon bleu marine qui auparavant appartenait à la police française, arrive sur les lieux, des ATO descendent, interpellent le jeune soldat, qui tente de leur expliquer qu'il a été laissé là, pour garder leur camion militaire qui avait déposé un groupe de soldats dans le secteur pour tenter de protéger des civiles européens, mais il n'a pas été écouté, les ATO lui ont arraché son arme des mains et à coups de pieds dans les fesses, l'ont embarqué dans le fourgon qui a démarré emportant ce jeune soldat, les gendarmes français, comme nous de notre observatoire ont été témoins de toute la scène, mais n'ont pas bougé ; qu'est devenu ce jeune militaire ? trente cinq ans après je ne peux pas vous répondre.

Trois jours après, le 8 juillet 1962, mon épouse, sa sœur et son mari, après avoir passé la nuit au fort de Mers-El-Kébir sous des tentes mises à la disposition des candidats au départ, quittaient Oran sur le porte avion Lafayette envoyé par les autorités françaises, il y avait là des centaines de familles, certains avançaient le chiffre de plus de trois mille personnes.

Les familles partaient, mais nous, agents de l'Etat étions obligés de rester sur place pour maintenir l'activité des arsenaux ou établissements régionaux militaires jusqu'à notre mutation en métropole.

Et voilà mon 5 juillet 1962 à Oran.
Edmond MELLINA.


Gilbert Garcia se souvient
Après quelques moments d'hésitation bien compréhensibles, Gilbert nous livre son témoignage précieux en espérant que cela encouragera d'autres "témoins" à parler eux aussi de leur 5 kuillet.

je suis né a Oran le 30 décembre 1942 à Ekmul. J'ai vécu à Delmonte très jeune, j'ai déménagé sur St-Eugène puis aux Castors. Je suis parti à l'armée en 1961. Après plusieurs affectations (Alger, Blida, Constantine et Bône) je fus autorisé par mon supérieur à effectuer un séjour à Oran avec un ordre de mission. Le 5 juillet 1962, nous avons décidé avec des camarades de quartier d'aller à la plage de Ain El Turk, dans la voiture que mon père m'avait prêtée. Dans celle-ci, il y avait Bernard Algarra, qui fit partie ensuite du groupe des Missiles que j'ai retrouvé plus tard à Paris. Au retour de la plage, il était environ midi, nous nous trouvions Bernard et moi, rue de Mostaganem près du Moulin Lanoë. Des musulmans en armes nous ont fait stopper et descendre du véhicule. On nous a dirigés vers le commissariat.
Avant de rentrer, on m'a donné l'ordre d'enlever ma chemise militaire; aussitôt entrés, on nous a roués de coups de barres de fer, on nous a fait monter sur une terrasse où il y avait à peu près une centaine de personnes. Mon ami et moi, étions maculés de sang qui ne cessait de couler, une femme qui était sur la même terrasse nous a donné un linge pour faire pression sur le crâne. Adossé contre la murette de la terrasse, nous étions blêmes et choqués de ce qui venait de se passer. Nous sentions notre mort prochaine.
Quelques heures plus tard, la porte de la terrasse s'ouvrit et je vis une personne que je connaissais. C'était Kadri Dida, mon ami d'enfance. J'eu la force de lui faire un signe de la main, il fut très étonné de me voir là et dans quel état. Je luis ai aussitôt expliqué ce qui venait de nous arriver, mon ami et moi, sans hésitation, il me dit: "Je vais faire venir une ambulance de Baudens et récupérer vos papiers que l'on vous a pris avant de monter sur la terrasse". J'ai mentionné à Kadri que je ne partais pas tout seul à l'hôpital, ne voulant pas laisser mon ami arrêté avec moi. Il a compris dans mon regard, qu'il n'était pas question de laisser Bernard là, et qu'il partirait donc avec moi.
Une demie heure plus tard, nous fûmes dans l'ambulance direction l'Hôpital Baudens. Mon camarade n'étant pas militaire fut soigné et conduit vers son foyer. Dans mon cas, je suis resté allongé pendant une heure sur une civière en attendant mon tour pour me recoudre le crâne. Un long couloir était jonché de civières, non loin de là, un colonel avait reçu une rafale qui lui avait crevé les deux yeux. Quand mon tour fut arrivé, on m'a rasé le crâne et fait des points de sutures sur mes plaies ouvertes. Je ne remercierai jamais assez Dida Kadri qui est décédé l'année dernière. Je fus dirigé dans une chambre avec transfusion. Gardé en observation pendant quelques jours, puis rapatrié sanitaire sur Marseille Hôpital Michel Lévy.
Après ce séjour, je fus envoyé à l'Hôpital des Jeunettes à Lyon. Après une convalescence forcé, je fus muté à Saint-Cyr l'Ecole près de Versailles. Ayant des vertiges et n'ayant plus d'audition de l'oreille droite, je fis un séjour à l'hôpital Dominique Larrey à Versailles où l'on m'a opéré de l'oreille sans résultat. J'ai été libéré des services, suite à cela, j'ai donc fait une demande de pension que le centre de réforme de Paris m'a refusée, prétextant qu'il n'y avait aucune preuve de ma blessure du 5 juillet 1962, et que pour eux, c'était un fait hors guerre et que ma surdité provenait d'une maladie. Donc, c'était à moi de faire la preuve de mes blessures. Quelle ironie !!!!
Etant déçu et démoralisé de cette triste décision, j'ai continué à faire ma vie en France et quelques années plus tard, je suis parti au Canada, où j'ai passé 15 ans. De retour en France, j'ai retrouvé un ami qui faisait partie des Anciens Combattants, j'avais auparavant eu le titre de Reconnaissance de la Nation, il me dit d'écrire au Ministère de la Défense des Hôpitaux à Lyon en leur donnant le parcours des hôpitaux que j'avais fait. Suite à cela, j'ai bien reçu les documents qui prouvent que j'ai bien été blessé et rapatrié sanitaire.

Grâce à votre site, que j'ai découvert, j'ai ressenti après toutes ces années, l'envie et le courage de raconter cette journée. J'espère que ce récit déliera certaines langues et que d'autres personnes, peut-être, témoigneront si ils ont vécu semblable événement.
Je vous remercie personnellement d'avoir créé ce site qui m'a permis d'ouvrir mon coeur.
G.Garcia


Les derniers jours

On peut relire sur ce sujet le témoignage de Didier Barcelona: "La vie d'un PN" dans le menu ci contre (en seconde position"

Tous n'ont pas quitté Oran au lendemain du 5 juillet et les témoignages de certains n'en sont pas pour cela moins émouvants...

 

MON  DÉPART  D’ALGÉRIE

 

 

 

 

 

Depuis l’âge de 12 ans je voulais être pilote de chasse mais il fallait que je m’engage dans l’Armée de l’Air !

 

Pour cela, en été 1961 je me rendis à la Base Aérienne BA 141 de LA SENIA, pour m’engager. La petite sauterie commença par une visite médicale. Je tombai sur une femme médecin, charmante d’ailleurs, qui après avoir fait tous les examens prévus, me pria de viser la sortie !

 

-        Pourquoi, lui demandai-je étonné ?

-        Parce que ! Tout simplement : vous n’entrez pas dans les critères médicaux  de l’Armée de l’Air, me répondit-elle avec un petit sourire !

 

J’étais trop léger de quelques kilos !

 

J’avais beau trouver ces critères absurdes, Dura Lex, Sed Lex, la loi est dure mais c’est la loi ! Elle m’invita vivement, si je conservais toujours l’intention de m’engager,  à prendre des cours de culturisme, ce que je fis : je m’inscrivis dans une salle de poids et haltères, à Saint Eugène.

 

Mais avant de grossir il fallait que je m’occupe ! J’entrai donc dans un bureau d’études et de dessin industriel dans un service de l’Armée de Terre (ERM), tout cela par l’intermédiaire d’un oncle qui était Capitaine dans la même Armée !

 

Au fil des semaines et des mois, je pris quelques kilos, juste assez pour entrer dans les trop fameux critères militaires. Un jour, me sentant assez lourd, je pris rendez-vous à la Base Aérienne pour le 6 juin 1962 ! J’habitais à l’époque aux ‘Castors des CFA’, un lotissement qui se trouvait juste en face de la cité de la Marine à Dar Baïda mais de l’autre côté de la route qui menait au ‘petit lac’.

Dans mon lotissement, depuis 1960, nous étions ‘visités’ par les gardes mobiles tous les 15 jours environ : c’est vrai qu’il y en avait quelques-uns dans ce lotissement qui faisaient partie de l’OAS et qui, avec l’aide de militaires de carrière, nous donnaient des cours de maniement d’armes et de lancers de grenades ! Ces ‘falsos’ de Gardes venaient avec des poêles à frire’, fusil à la hanche, pour découvrir bien sûr les armes cachées et par la même occasion ramasser de force tous les jeunes qui étaient à peu près en âge de faire le service (Opération SIMOUN).

 

Je dis les jeunes mais aussi les moins jeunes, puisqu’un jour au cours d’une de ces perquisitions, ma mère a failli se faire embarquer, tout simplement parce que l’un de ces ‘gardes de l’ordre public’, un lieutenant mercenaire qui voulait faire du zèle, après avoir renversé tous les paquets de pâtes, de farine et de sucre sur le sol de notre cuisine pour s’amuser et montrer son pouvoir, avait trouvé dans un tiroir de ma chambre, un « stac » qu’il considérait comme une arme de guerre très dangereuse et bien sûr il a confisqué ce lance-pierres sur-le-champ !

 

Aussi, dès qu’ils entraient dans le lotissement sans ménagement, nous les jeunes, nous sautions le mur de nos villas, traversions la route et allions nous cacher en face,  justement dans la cité de la marine !

 

Ainsi, le 1er juin 1962,nous fûmes avertis par quelqu’un de l’OAS, que nous allions être visités la nuit par les gardes mobiles pour récupérer tous les jeunes et bien sûr les incorporer d’office dans l’armée ! Moi, je voulais toujours être pilote, m’engager dans l’Armée de l’Air et non me retrouver, par hasard … dans les parachutistes ou autres !

Aussitôt je décidai de ne plus dormir chez moi et d’attendre le 6 juin : c’est comme cela que j’ai passé les 5 nuits du 1er au 6 juin 1962 dans une cave de la cité de la marine, sur un vieux matelas éventré, entre une cage d’oiseau sans oiseau, une poussette d’enfant sans enfant et un différentiel de voiture sans voiture !

 

Le matin du 6, mon oncle, qui était aussi surveillé, vint me chercher pour m’emmener à la Base : je n’eus que le temps de me changer, d’embrasser mes parents, de caresser mon chien et je ne partis, pour tout bagage, qu’avec ma carte d’identité !

J’appris par la suite qu’une ‘visite’ du lotissement avait été faite dans la nuit du 9 juin.

 

En arrivant à la Base, je tombai sur la même doctoresse ! Elle me reconnut et après la vérification des critères d’usage, j’étais bon pour le service ! Et c’est de cette façon que je quittai tristement notre Algérie natale en avion militaire, le 24 juin 1962, la veille je crois, de l’explosion des réservoirs du port !

 

Inutile de dire le drame qui se passa dans nos têtes et dans nos cœurs, quand nous passâmes au-dessus des falaises  d’ORAN : nous étions tous collés aux hublots, de part et d’autre de l’avion, en pleurant toutes les larmes de notre corps, et qu’alors, au-dessus de la mer, nous vîmes les côtes de notre si beau pays s’estomper dans le petit matin…

                   

Jocelyn PERPIGNAN

Si vous voulez en savoir plus sur la "carière militaire" de Jocelyn, et sur les conditions de son "reclassement" en métropole, cliques sur "suite"

Roland BOUCABELLE, originaire de OUILLIS, raconte sur son site les 48 h passées à La Sénia dans l'attente du départ. Signe du destin, c'est dans ces circonstances qu'il rencontre sa future épouse. Voir cette page http://roland.boucabelle.free.fr/epilogue.htm et par la même occasion visitez tout le site consacré à ce village.




D'autres n'ont comme souvenir de leur départ que quelques photos!


C'est ainsi qu'ils ont quitté leur pays !

Henri PALLES dit "Enrique des bas quartiers" vit aujourdh'ui et depuis longtemps en Australie, il est à ma connaissance l'un des premiers à avoir raconté son départ d'Oran, à la veille du 5 juillet, d'une façon aussi poétique. Il en a fait un site que je vous invite à visiter:
www.hotkey.net.au/~oranmessouvenirs


Les Français quittent l'Algérie....

Photos provenant de la collection de Jacques VILLARD

Francine aussi se souvient:

Vous savez, ce dernier jour je crois que je m'en souviendrais toujours, je travaillais à la base aéro navale de Lartigue, "donc le car militaire nous laissait place Kléber ,et maman m' attendait car les gardes mobiles et les fell... se tiraient dessus .donc nous sommes passées par la rue Lodi, par le tunnel et sommes arrivées Place de la Perle qu'il nous fallait traverser. et bien je crois que ce n'est pas le courage mais de l'inconscience !!!car les balles sifflaient de partout.... et c'est comme ça que le lendemain !!escapa ! escapa ! malgre que ce fameux car etait venu me chercher à 6heures du matin !!pour tout l'or du monde je ne serais pas sortie ,
francine de la place de la perle Que de souvenirs ,un seul mot et tout revient....


La trouille de Didier


pour moi la plus grosse c'est le 5 juillet sur le Boulevard Gallieni devant la compagnie des bateaux. Nous faisions la queue pour avoir une place sur un de ces bateaux qui n'arrivaient plus, et quand j'ai vu cette foule qui remontait, la hargne dans les gestes, la haine dans les yeux, là j'ai eu la trouille et nous sommes partis vite fait, sans courir, car sinon c'était lancer la " chasse" . Nous avons put être relativement tranquilles malgré les voitures qui nous croisaient et dont on pouvait voir les hommes armés, jusqu'au tir au pistolet, là la foule remontait, elle, du Ravin, et là nous avons couru dans l'avenue jules Ferry pour nous réfugier au dessus de l'épicerie Rubbio, en face de chez DEA. Je n'ai pas honte de dire que , OUI ce jour là j'ai eu peur, une peur incontrôlable, une peur plus grande que celle que j'ai eu à Ardaillon face aux rouges, et comme le dit René, que celui qui dit qu'il n'a pas eu peur, c'est un menteur.
DIDIER





Pour moi aussi le 5 Juillet est resté gravé dans ma mémoire ,car j'ai échappé miraculeusement à la tuerie quand je descendais de la gare vers mon domicile à la marine à midi.

J'ai traversé la foule en transe qui me faisait signe qu'il allaient m'égorger et je n'ai du mon salut qu'en me réfugiant dans des couloirs par bonds successifs . J'ai mis plus de 2 heures du centre ville à la marine en passant par la rampe Valès, et j'ai insulté au passage les militaires français qui étaient l'arme au pied devant le Lycée Lamoricière ,pendant qu'on se faisait massacrer !!

Triste souvenir! J'en ai des frissons chaque fois que j'en reparle .
CLAOUDIO


Le témoignage d'Antoine SARBONI "El Tchoumino"

Moi, je suis parti le 9 juillet 62 et j'ai le souvenir de ce 5 juillet. J'habitais alors rue de Joinville et je suis descendu à pieds avec les parents à hauteur de la Pouponnière.Il y avait une Jeep des Gardes Mobiles et plusieurs personnes du quartier demandaient des nouvelles de compatriotes disparus... A l'époque, j'étais loin de savoir que mon ami Gérard CHERUBINO allait disparaître ainsi que plueieurs personnes du quartier.
Arrivés au port de Plaisance, nous étions du côté du "Pilotage" en attendant de partir nous aussi. Mon père me demanda d'aller voir s'il y avait encore du tabac, près de chez MINGUEZ, je crois, celui qui faisait les sardines grillées.J'ai emprunté une pastéra pour traverser, puis foncé pour monter vers les petits escaliers près de l'ancienne pêcherie. Arrivé en haut je vis une voiture de gendarmerie ex-française puisque arborant le drapeau tricolore. Elle était occupée par 4 membres de l'ALN ou du FLN qui allaient arrêter une 4 CV verte, venant de la direction de Kébir. Le chauffeur m'interpella: -"Qu'est-ce que tu veux toi ?". Je n'ai rien répondu et l'en suis retourné vite fait avec la pastéra.... Mon père est resté avec son envie de fumer.
Par la suite, dans plusieurs récits j'ai vu qu'il était fait allusion à une 4 CV et je n'ai jamais su s'il s'agissait de la même, je me souviens seulement de la fumée qui sortait du pot d'échappement et de l'odeur d'essence.... Quand j'y pense, j'en ai encore froid dans le dos
El Tchoumino


Antoine complète son récit par le voyage du reste de la famille:

Mon père avait un bateau de 9 m, et il était prévu que nous devions partir en famille sur ce bateau, le St Michel, qui était amarré à l'ex Marine Nationale, puisqu'il était parti pour Kébir, un soir, alors que les réservoirs de pétrole du port brûlaient. Une nuit, nous avons volé un bidon de 200 litres de gaz-oil sur une grue de la jetée.
Le voyage était prévu à deux embarcations,: le St Michel et une autre plus petite, le Gilda et Pierre. Sur le bateau de mon père il y avait 3 ou 4 membres de l'OAS et au total cela devait faire une dizaine de passager, mon père ayant finalement préféré partir sur le courrier: "Le Phocéen". Il y avait donc mon frère Laurent, papa d'un petit garçon de quelques mois, mon autre frère Sauveur qui avait 15 ans et ma belle soeur. Ils avaient embarqué bien sûr un drapeau français et un autre espagnol...

Arrivés au niveaui des Habibas il fallait tourner le dos aux iles ca qui fut fait, mais alors que la nuit tombait, mon frère laissa la barre à un copain, qui n'était pas un expert en navigation,pendant que tous les autres essayaient de dormir !
Après 2 ou 3 heures de navigation, le "raspa queso" qui tenait la barre avait fait demi tour sans s'en rendre compte et s'exclama soudain: " Hourra, voici les côtes espagnoles...!" Mon frère qui connaissait bien les Habibas lui répond: " Mais tu es fou !ce sont les côtes d'Oran !"
Heureusement, après avoir redressé la barre (et la situation....) ils arrivèrent vite en vue de chalutiers espagnols qui les réapprovisionnèrent en eau qui commençait à manquer et ils purent enfin accoster à Alméria où la croix rouge espagnole les a pris en charge dirigés vers la France. C'est ainsi qu'ils arrivèrent en Avignon tandis alors que pendant ce même temps, avec mes parents nous attendions de rejoindre notre Patrie, La France !
Antoine, El Tchoumino.

Le St Michel amarré à Oran
Emile SARBONI (à gauche)
et José ALARCON<
E. SARBONI et Monique ALARCON
encadrant Ange SARBONI
(dans la bouée)


Durant cette période, il n'était pas si facile de quitter Oran et certains ont quitté leur pays sur un navire de la marine nationale au départ de Mers el Kébir:

Ce fut le cas de Ange Paul COSTANZO qui fit le voyage à bord du porte avion Le Lafayette.




L'accueil en Métropole....
Après avoir quitté leur pays "une main devant, une main derrière" comme on l'a souvent dit, ils ne sont pas toujours bien accueillis mes amis oranais. Le temps est passé.... 40 ans ....! et certains aujourd'hui acceptent d'en parler

je vous ai conté, il y a quelques jours mon arrivée à Oran, deb sept 54. Je vous ai dit que votre Terre était devenue chère, à mon coeur. Dans des réponses, dont je vous remercie, j'ai pu lire, en résumant, " chez nous c'était formidable, mieux que partout ailleurs, l'accueil était extraordinaire"...etc
Je dois, pour être honnête, dire que tout n'a pas été aussi facile que ça. D'abord, je vous ai dit que pendant 5 mois, nous avions été logé à 5 ( père, mère+ 3 enfants), dans une chambre à l'hôtel Magenta. Nous arrivions de Cherbourg et de Brest, où biensur nous ne vivions pas dans le luxe, mais où nous avions quand même une petite maison, avec 3 chambres, un jardin.
C'était donc pas facile, mais je ne vais pas me plaindre, beaucoup d'entre vous ont connu pire, quelques années plus tard.
Pas de télé, une radio, nous faisions de la tapisserie, une tapisserie énorme de scène de chasse au cerf, qui est encore dans mon garage!
Au lycée, j'entrais à Ardaillon en 4 ième, dans une classe dont tous les élèves étaient ensemble depuis au moins 2 ans, j'étais le seul "patos", on est dur à 13 ans, ça n'a pas été facile tout de suite! Et puis mes débuts en espagnol, moi qui n'avait jamais entendu le moindre mot de cette langue!! Toute la classe était pliée en 2, quand je me risquais à dire quelque chose. Mon professeur, Mr PASTOR, invalide, sans doute de la guerre d'Espagne, a vite renoncé à m'intérroger!! Une de mes plus grandes satisfactions, est actuellement de parler, de lire, de comprendre l'espagnol plutôt bien. Je lis même des livres en espagnol. Il faut dire que pendant 25 ans, j'ai passé mes vacances à Aguilas (Murcia) et que j'y ai beaucoup d'amis indigènes.
J'étais dans un monde nouveau, je ne me suis pas enfermé dans ma coquille, j'ai lutté, n'ai pas baissé les bras et à la fin de la 4 ième, ça allait déjà mieux, sauf......en espagnol!!!
Amitiés.Daniel


Fin septembre 1962 je suis chasseur alpin à Bourg St. Maurice(plan Simoun oblige). Ma mère et ma sœur sont mutées à Lyon. Elles me disent être place Carnot dans un hôtel. J'ai enfin une permission de 72 heures et je veux leur faire une surprise. Je débarque à Lyon, je fais tous les hôtels de la place Carnot pas de mère pas de sœur. Je commence à paniquer, le dernier hôtelier me dit :" allez donc voir au centre d'accueil de Perrache (gare de Lyon). J'y vais et je trouve enfin ma mère et ma sœur couchées à même le sol, honteuses et heureuses à la fois de me voir, j'ai pour la vie leurs larmes incrustées dans mes épaules. Ensuite elles sont transférées à Fourvière, dans un couvent, les femmes dans un immense dortoir et les hommes dans un autre et quand je viens en perm je ne peut rien partager. Elles finissent par louer une chambre dans un vieil apart. en centre ville. L'hiver 62/63, vous vous en souvenez!!!!! Maman lave un pull te l'étend dans la cuisine qui n'est pas chauffée. Le lendemain au saut du lit pour aller au boulot elle va dans la cuisine pour le petit dej. et......s'assomme avec le pull qui était gelé. Ceci dit nous étions vivants et en bonne santé alors le reste... Amitiés René

ah.... moi aussi je m'en souviendrai toute ma vie de mon arrivée en France, tout d'abord à Marseille  où l'on voyait sur les murs, "les pieds noirs à la mer" , puis après au Perreux(val de marne) nous étions 20 dans un appartement, celui d'une tante ...des voisins s'étaient plaints car nous étions trop nombreux!!!, puis ensuite près du bois de Vncennes-Paris...là.nous vivions dans une  petite pièce et un vague coin cuisine avec mes parents et ma soeur...que l'hiver 62 fut triste... une pièce minable  qu'on nous avait prêtée....nous n'avions pas de meubles...pas de WC... mes parents avaient acheté un water chimique (on l'avait installé derrière un rideau dans ce coin cuisine!).... et lorsqu'il était plein, ma mère sortait la nuit pour le vider dans une bouche d'égout qu'il y avait  tout près du trottoir....
mais j'arrête de parler de cette époque car la colère m'envahit....
Françoise


A mon tour de raconter notre arrivée en Métropole.
Dans un premier temps, nous avons débarqué avec une valise dans un hôtel minable de la rue Gay Lussac à Paris.
Nous étions trois et mangions pour tout repas, une tomate et un oeuf dur par jour.
J'ai cherché du travail, puisque mon père ancien commerçant n'avait pas trop d'instruction et ai eu la chance d'être reçue par un chef de service d'une humanité et d'une indulgence dont je me souviendrai toute ma vie (Son nom est Madeleine CHAUMERON ).
Reçue par elle, j'ai signalé que j'étais P.N et, alors que je venais chercher du travail, j' ai exhalé ma rancoeur et ma colère contre les pathos.
Cette femme a compris que j'étais blessée à vie et m'a embauchée.
Que Dieu la garde, je sortais de 1° et ne savais rien faire.
Durant une bonne année, elle a persévéré et fait preuve d'une patience infinie pour me faire former.
Au bout du compte, j'ai travaillé onze ans dans cette entreprise (Caisse de retraite IRPSIMMEC) et j'en suis sortie cadre.
J'ai appris le décès de cette femme.
Je ne l'oublierai jamais.

Plus tard, nous avons été hébergés par un oncle, cet hiver 63.
De l'Algérie j'avais ramené une paire de chaussure très découpée.
Il neigeait et j'avais les pieds trempés et glacés.
Mes collègues féminines, n'arrêtaient pas de me dire très bêtement" Oh Michelle, ne mettais pas ces chaussures, achetez des bottes" !
(Je n'avais pas un sou pour manger le midi ; ma mère pensait que le repas de midi était fourni par l'entreprise) !
Alors je répondais "oh, non c'est trop moche" !

Ensuite, ma soeur, mariée à un pathos adorable, a obtenu un appartement à Sarcelles et nous y avons été hébergés un an, le temps que mes parents obtiennent un prêt pour reprendre un magasin.
Sarcelles, vous connaissez ?
C'est là que certains loubards de banlieue refusent d'être logés, parce que c'est trop moche.
Ils oublient que ces HLM ont été construits à la va-vite pour loger les PN .

Tout çà n'est pas oublié............MAIS ON S'EN EST SORTI, Grâce à DIEU.
Michelle.


C'est vrai, qu'au début ça a été très difficile pour tout le monde, je me rappelle, nous étions toute la famille environ une vingtaine dans un appartement en attendant de trouver chacun quelque chose, et encore, je me rappelle à Marseille que ça n'a pas été facile car les marseillais, dès qu'on disait qu'on était pieds noirs ils ne voulaient rien nous louer; nous , nous avons eu une chance que nous avions une cousine marseillaise et c'est par elle que nous avons pu avoir quelque chose. Je me rappelle une fois on nous a meme traités de voleur.
Michelle du patio olmo



Nous sommes en août 2009: il y a 47 ans ! et pourtant un petit rien réveille les mémoires et les souvenirs amères:

Le petit rien c'est cette photo:


Peut-être était-ce le dernier voyage de ce conteneur après juillet 62 ? Nul ne le sait . Il a été photographié dans les Pyrénées, du côté de Font-Romeu: il est finalement assez bien conservé et il a ramené à la surface des souvenirs plus ou moins agréables:

Cette photo me ramène 50 ans en arrière. J'en ai vu, j'en ai fais charger, des containers de Georges Geniès. J'en ai fais débarquer, j'en ai fais embarquer. J'en ai même revu un au début des années 60 à Nimes. Mais là, Chapeau ! Je garde la photo dans mon armoires à souvenirs pour mes enfants. Mettre des images sur dees histoires racontées : rien de mieux. ( C.S. )

une interrogation survient: ( M.L )

Sans indiscrétion, que faisais-tu comme travail?

Ah M.L ..tu vas faire remonter à la surface des tas de souvenirs.
Voilà mon CV au cas où tu aurais un emploi à me proposer : (MDR)
De 1953 (j'avais 18 ans) à 1962, j'ai travaillé chez Georges GENIES. De 1953 à 1956 - date de mon départ à l'armée - j'étais employé de transit et de douane. Je m'occupais particulièrement de l'expédition pour la métropole des agrumes et primeurs qui étaient conditionnés dans une autre Sté qui appartenait à G.GENIES et qui se trouvait au 118 de la rue de Mostaganem.
Je passais le plus clair de mon temps sur le port d'Oran au bureau de la douane qui se trouvait juste au début de la Rte du port.

En février 1958, à mon retour de l'armée, Mr Géniès m'a repris mais comme fondé de pouvoirs. J'avais alors en charge la direction de la station de conditionnement d'agrumes de la rue de Mostaganem, charge à laquelle est venue s'ajouter le service "transit déménagements" que M. GENIES, pas fou du tout et sentant le vent tourner, avait créé en 1959. (eh oui, déjà).Voilà pourquoi la vue du container sur la photo envoyée par R.G. m'a touchée.

J'ai travaillé officiellement jusqu'au 31 juillet 1962 mais dans les faits, j'ai arrêté après le 5 juillet. Je n'ai pas mis le nez dehors du 5 juillet au 5 août 1962, date de notre départ pour Marseille.(Date également de notre premier anniversaire de mariage : 5/8/61 - 5/8/62) Voilà, 10 ans de ma vie en Algérie résumés en 10 lignes ( C.S. )


Merci de ces précisions. Peut-être as-tu connu un de mes oncles ( maintenant décédé) qui travaillait sur le port d'Oran, à la Transat: Ange VERDU?
Tu dis n'être pas sorti de chez toi du 5 juillet au 5 août 62,....et pour cause!
Seule un P N ( ou un P gris initié) pourrait le comprendre. ( M.L. )


Comme tu dis, M.
lorsque je suis arrivé à Nimes le 6 aout 1962 après une nuit passée à Marseille, j'avais les cheveux qui me tombaient presque sur les épaules et le premier coiffeur chez qui je suis rentré, lorsque je lui ai dit que j'arrivais d'Algérie ma posé cette question :
" y avait pas de coiffeurs dans votre pays?" Authentique !! ( C.S. )


La réflexion de ton coiffeur dénote bien la méconnaissance des faits se passant chez nous.
Ceci me rappelle les questions idiotes d'une coiffeuse parisienne s'adressant à ma mère:

" Tout le monde parle français en Algérie? Y a -t-il des des lieux de culte ou des églises en Algérie? "

Sans parler du refus d'un cafetier d'accepter notre monnaie en Savoie en 58! Sans conteste, nous étions des sous développés!
Bof, la c.....n'a pas de frontière. ( M.L. )


Un autre interlocuteur intervient:

QUAND JE SUIS PARTIE AU MOMENT de l'exode je me suis retrouvée à Marseille avec ma fille qui avait quelques mois et mes grands parents!! la croix rouge est venue me chercher car il n'y avait plus de place dans le centre d'hebergement et m'as conduit dans un petit hotel à minuit et là !!la patronne m'a enfermée dans une chambre à double tour avec mes grands parents et mon bébé me disant que nous étions tous des SAUVAGES QUI VENAIENT DE L'ALGERIE ! j'en rigole maintenant, mais à l'époque j'avais 21ans, je croyais que je ržvais et j'ai passé toute la nuit avec lmes grands parents enfermés avec mon bébé sans manger ni boire ! Heureusement que j'allaitais encore ma fille.
Incroyable mais vrai !!!!
En plus; avant l'arrive de la croix rouge, un homme était venu me proposer d'aller chez lui a Aix en Provence dormir. Je ne le connaissais pas du tout; j'ai refusé, et le lendemain en arrivant a Nice dans de la famille, je lis dans Nice Matin il avait ete arrêté: il emmenait les jeunes femmes venant d'Algerie chez lui, les violait et leur volait le peu d'argent qu'elles possedaient. Oiulaaaaaaa j'ai poussé un cri: je l'ai echappée belle; voila mon histoire....( J.M. )


La patronne de cet hôtel avait-elle conscience des risques qu'elle vous faisait courir? Pour la petite histoire, te souviens-tu du nom de cet hôtel.? On pourrait y apposer une plaque commémorant la c......humaine. ( M.L. )

M. il y a 47 ans, il etait minuit ! j'etais fatiguée j'avais passé deux jours a la Senia sans manger ni boire, j'avais avec moi deux personnes agées et mon bébé ! je n'ai pas eu le temps de voir le nom de cet hôtel; et puis accueillie si mal dans une chambre ou se trouvait un lit à une place que j'ai donné a mes grands-parents, moi je suis resttée assise sur une chaise sans dormir avec ma fille dans mes bras qui pleurait, enfermée a clef comme si on était des voleurs ou des sauvages comme l'a dit la bonne femme.... ( J.M. )

Eh oui! un prof de la Sorbonne, une femme, m´a dit devant toute la classe: vous devriez apprendre à prononcer bien le français, vous avez un accent exécrable....ma mère lui aurait répondu: "vec gloire et honneur."
Ce sont des petites misères, mais presque 50 ans après on s´en souvient encore.(L.S. )


Un autre ami nous fait part lui aussi de ses "problèmes d'intégration"...

Pour les souvenirs de notre "arrivée" sur ce sol, j'ai surtout le souvenir de mon entrée au lycée de Rodez, le premier jour au réfectoire, il y avait un autre petit PN, un 6ème, et des grands l'ont repéré, et lui ont retourné son assiette en lui promettant que ce serait ainsi toute l'année: il n'avait qu'à retourner dans son pays.

J'ai réagi avec mon sang chaud, et j'ai retourné la table en leur promettant que ce serait ainsi pour eux toute l'année, bref bagarre et convocation chez le proviseur. Ce "brave" homme m'a traité de sauvage et de toute une série de noms que vous connaissez bien, j e m'en foutais complètement, mais quand il m'a envoyé une baffe bien appuyée, ma "vitalité" a pris le dessus et lui, il a pris un bon coup de poing dans le ventre, le scandale!!!!!!!
Il a fait venir les gendarmes, et mon frère, et j'ai été exclu de cet établissement, mais les gendarmes ont prévenu mon frère, "ou bien j'allais en classe, ou je travaillais, ou j'allais en prison"
Comme il n'y avait qu'un autre établissement, et que les proviseurs se connaissaient, je n'avais pas beaucoup de choix, et c'est comme cela que je me suis retrouvé apprenti électricien; mais, car mon frère ne plaisantait pas sur le sujet, je devais suivre les cours de formations des apprentis ( niveau 6ème ) mais en plus il m'a inscrit au CNTE, ( bien connu à Vanves )et voilà comment je passais une bonne partie de mes dimanches à bosser pour préparer le BEPC par correspondance.

Il y a eu quand même deux personnes super avec moi, mon patron qui m'a "lancé" dans les dépannages d'électroménager, et l'instituteur du village qui suivait mes cours théoriques d'apprenti et m'aidait aussi pour les cours par correspondance.

Dire que j'ai des regrets de mon geste, ce serait mentir, ou alors oui, j'aurais du lui en mettre deux ou trois de plus pour le même prix. (D.B.)








Notre départ le 9 juillet: par Jules ESTEVE!

Le 5 juillet je me trouvais rue d'Arzew, "salle des jeux automatic" avec mon copain Norbert GARCIA et son frère Daniel.
A 10h45 descendaient du haut de rue d'Arzew des camions bondés d'arabes avec drapeaux,poussant des you you. A 10h50 arrive une jeep avec des hommes en uniformes militaires.En descend un militaire ou policier qui commence à faire la circulation angle rue de la fonderie et rue d'Arzew à hauteur du cinéma Régent. Il sagissait du musulman qui travaillait au cinéma Régent comme plaçeur. Les quatre autres soldats rentrent dans la salle des jeux et nous demandent de ne pas bouger, de mettre les mains derrière la tête. Un par un nous sommes questionnés sur la connaissance de caches d'armes dans le secteur. Nous avons les mains ficelés par des liens en plastique. Le tri commence à se faire.
Avec mon copain norbert, nous nous regardons dans les yeux et profitant d'un moment d'inattention de nos gardiens, nous montons rue de la Fonderie, rue de Salles et prenons à gauche vers la rue Bruat; là nous trouvons refuge au domicile de la famille GARCIA. Je vais attendre 20heures pour regagner le domicile de mes parents cité Perret au pont St Charles. Nous avons sauvé notre peau grâce à Dieu.
LE 6juillet mon père se rend au marché de la gare pour vendre le reste du poisson non vendu. Là le musulman qui travaillait au marché recommande à mon père de partir au plus vite et de ne plus laisser sortir les enfants. Le 7et 8 juillet nous nous dépêchons de mettre le maximum de vêtements + la machine à laver dans une 2cv fourgonette.
Ne trouvant plus de places aux messageries maritimes,mon frère Gilbert qui éffectuait son service militaire à la base de MERS EL KEBIR a demandé à son pacha de bien vouloir lui rendre un service. C'est ainsi que nous avons embarqué à bord de ce bateau "transport de matériel de guerre", le BLAVET.
avec 213 civils Nous y avons passé 2 nuits. Mon oncle RUIZ François qui nous accompagnait a dit à mon père à hauteur de la pointe de Kristel: "MIRA EMILIO SANTA CRUZ ES LA ULTIMA VEZ QUE PUEDE ADMIRAR ORAN.Nous remercions vivement ce patron de la base de MERS EL KEBIR. Le 12 juillet au matin nous accostons à Toulon vers 7h.
C'est le début d'une vie forçée qui commence en Métropole. Je remercie encore la marine nationale.




Et pour clore (momentanément) ce chapitre, ce très joli poème:

Mon frère


Si t’as pris la valise et parfois le cercueil
Et si tu marches droit malgré tous ces écueils.
Dans les plis du drapeau si t’as séché tes larmes
Et que vaincu mais fier t’as déposé les armes.
Si tu regardes devant sans oublier l’histoire
Et que de tes racines tu gardes la mémoire.
Si la vue d’une orange te transporte vers ailleurs
Ou la vie était douce et pleine de chaleur
Si tous ces morts pour rien hantent encore tes nuits
Et que parfois tu hurles pour pas qu’on les oublie
Si tu penses à tes pères qui traçaient les sillons
Et arrosaient la graine de leur transpiration
Si le soleil a fui mais qu’il est dans tes yeux
Et transforme ta voix en accent merveilleux
Alors redresses toi tu peux en être fier
Maintenant j'en suis sur, t'es un pied noir mon frère


René MANCHO - Janvier 2006


De la part d'Yvette d'un autre forum! cet autre poème qu'elle a composé.

5 Juillet 1962….5 juillet 2007
45 ans, toute une vie….

C’était fini, en ces jours lumineux,
Transparents, d’un été enfin calmé,
Chacun pouvait se dire le malheur
La douleur, la peine c’est terminé.

Nous partirons, mais avant respirons,
Allons une dernière fois pour marcher,
Parcourir les rues, regarder les maisons,
Toucher les murs et sentir ce vent léger.

Et remplir les yeux de tant de beauté,
Encore un peu s’arrêter quelques instant,
Des minutes de bonheur au temps volées,
Fragiles et légères en si doux abandon.

Et puis le bruit et les fous sont arrivés,
Brutaux, sans pitié, pétris de haine,
Ne respectant pas la trêve déclarée,
Ils ont, en peu de temps, tout saccagé.

La victoire n’était elle pas suffisante,
Leur joie devait elle, avec pareille hargne,
De mal et d’horreur, se faire triomphante
Ivres de vengeance, ils ont semé la peine.

Enlevés, tués, martyrisés les innocents
Caché la forfaiture, dissimulé le crime
Pour planter au fond du cœur des Parents
Le poignard encore chaud des victimes

Plaie ouverte plaie béante de souffrance
D’un mal jamais guéri et qui pleure en gouttes
Pour dire, à mots couverts, le vide de l’absence
Et la rage et la peine qui étouffent et dégouttent.

Reposez en paix Ô vous qui êtes restés,
Dans ce pays laissé, que vous avez aimé
Et, que nos pensées en ce 5 juillet d’été
Viennent caresser cette terre où vous dormez.

Avec tout mon respect et toute mon affection
Aux Familles qui souffrent toujours et pleurent
Le vide, à jamais comblé, de leurs chers disparus.

Yvette 3 juillet 2007


Un article de J-F PAYA:

Cet article n'étant pas un témoignage personnel des évènements survenus cette journée, mais une étude effectuée par l'auteur, je ne peux la publier sur cette page . Elle donne cependant des renseignements historiques dignes d'intérêt et de ce fait est accessible à ceux qui le souhaitent, et sous la responsabilité de l'auteur, en cliquant sur le lien suivant: "5 juillet-par J-F PAYA"

ou sur celui-ci: http://www.oranhlmcitedesjardins.com/jfpaya/1cinjuilletoran.htm