Saint Eloi à St Eugène


Une Saint Eloi à la Cie Algérienne de Tracteurs, importatrice Caterpillar, John Deere, tracteurs Société Française Vierzon, etc...
rue Ste Claire Deville à St Eugène à Oran.
Par Roger Alfonsi



Cet événement qui précédait les fêtes de Noël était un moment privilégié de notre société, et probablement unique à Oran, quant à son ampleur, et surtout les moyens mis en oeuvre.
Jugez en : Quelques jours plus tôt une grande fébrilité s'emparait du personnel, mais plus particulièrement des officiants, à savoir les mécaniciens, l'ensemble Atelier Magasin . Tous nos mécanos en prise directe avec notre clientèle les "Colons", comme on disait alors avaient noués des liens très étroits, et en retour, ces derniers se montraient prodigues sur leurs contributions en nature à nos festivités, et certains venaient de fort loin communier à la fête.
De Sidi-bel-Abbes, de Mascara évidemment, affluaient des fûts de ce qui se faisait de mieux en matière de Vins, de Perregaux , Rio-Salado, et de Relizane les cageots d'Oranges, de belles Thomson évidemment.

Le Clou c'était en provenance de Nemours, ou de Beni-Saf (je ne sais plus) et des frères Macia, là encore pas très sur, mais pêchées dans la nuit des cageots de sardines, rougets, gambas, e t petits supions (un régal ces bestiaux à la "plancha", l'encre en prime pour les lèvres). Il y avait des porcelets, et poulets d'origines oubliées, je n'ai jamais vu de moutons du moins pendant que j'y étais de 50 à 56.
L'Anisette Gras ou Phenix, quelques fois Cristal "of course", les olives cassées, petits oignons, mersa (rate farcie), les traditionnels boccasillos, tout cela était payé par la caisse noire de l'entreprise (pas celle qui alimente les divers partis politiques de notre bonne France). Il faut que je vous précise que cette caisse noire servait aussi pour les cadeaux "Mariages, Naissances, Décès etc."; elle était alimentée par la vente de ferrailles de récupération, mais surtout par la vente des énormes caisses d'emballage de Moissonneuses Batteuses John Deere. Ces caisses étaient utilisées pour l'édification de cabanons à la Cueva del Agua à la Tejera (il existe aujourd'hui une amicale des anciens de la Tejera), aux Cagnarettes, à la verticale de Canastel, et peut être ailleurs. Nos concurrents Massey Harris, Mac Cormick International, etc . en fournissaient également.

Pour en revenir à notre bon St Eloi, la fête débutait aux aurores et se finissait le lendemain aux .......devinez... aux. aurores également. Autour de braseros où grillaient, sardines, rougets, supions etc...il y avait pour Miss Flemming, éternelle migraineuse, et "british" sur le bout des ongles, un petit morceau de poulet, que lui mitonnait Monsieur Fichet, chef d'Atelier, pour le reste chacun goûtait à son propre plaisir.

St Eloi à la C.A.T n'aurait jamais été qu'un St Eloi parmi d'autres, s'il n'y avait eu Jacques Vidal. J.V. hélas aujourd'hui disparu, n'était autre que le réputé Chef d' Orchestre d'après guerre probablement, le N° 1 du département; notre Jacques Hellian. Il était notre responsable outillage à la CAT, et son comparse Guillem accordéoniste dans la même formation était lui Chef Magasinier . Comme deux individus même doués ne font jamais qu'un duo et non un orchestre, ces deux braves incorporaient le restant du groupe, donc nous avions et pour nous tout seuls, le Must Musical du moment, les meilleurs mets "Bio", et une ambiance à nulle autre pareille, le tout "Gratos" comme on dit aujourd'hui .

Tout le personnel, hiérarchie confondue s'investissait dans cette fête... Combien d'amourettes, plus ou moins sérieuses se sont nouées. d'autres finissant par une union en bonne et due forme devant Mr le Maire, n'est- ce pas Gisèle. (Tu sais à qui je pense aujourd'hui, je t'embrasse) .Vers le soir nos familles se mêlaient à la fiesta. Les "Bolas", plaisanteries si vous voulez, fusaient et les rires contagieux déridaient les plus coincés, mais je ne me souviens plus d'eux.
Je revois des figures typiques de la CAT, en voici quelques unes, et pardon à ceux que j'oublie.; Papa Schmidt, chef comptable homme débonnaire, tirant infatigablement sur sa bouffarde, la gentillesse même; Fichet, aux petits soins avec notre Miss Mary, le seul peut être Frangaoui de la Société, chic type, oui très chic type; Canicio, représentant doyen, je crois, familièrement appelé Grégoire, dont le Sonotone, se mettait à vibrer des qu'il était question de promos, commissions etc ...et muet le reste du temps ? Le petit par la taille mais Gourou incontesté des réglages sur M.B et autres matériels, le père (il y avait aussi le fils) Riquelmer; qui ne se souvient de Saez, l'homme à tout faire, chauffeur livreur, disponible jour et nuit, ronchonnant tout le temps, d'un dévouement hors du commun et souvent chahuté; mon bon ami et collègue Christian Durieux, véritable feu follet, à l'affût de la moindre opportunité.... il saura de quoi je veux parler .... mais motus. Je n'ai pas oublié mon excellent ami Bonillo, lui aussi n'est plus là, sa mère tenait le café de la rue Ste Claire Deville, et il a été mon magasinier à Sidi-bel-Abbes et je salue au passage Georgette, son épouse; et Rodrigue, pour les amis, mais Rodriguez, ténébreux, brave parmi les braves; je ne peux pas l'oublier, lui Amoros, transfuge des anciens distributeurs des Tracteurs Société Française Vierzon, un véritable "as" du monocylindre, et bon vivant d'après mise en route.

C'est fou, ce que mes souvenirs remontent au fur et à mesure que j'évoque ce passé, des noms, des faits. Combien serez vous à me lire, et à communiquer par la pensée à ces moments à jamais perdus.
A vous tous, je dédie cette longue page de souvenirs, ainsi qu'à votre descendance, mes voeux les meilleurs pour 2001, un recueillement pour ceux qui ne sont plus la . Que ceux qui n'ont pas eu la chance de connaître ces moments, qu'ils sachent aussi que si nous savions nous amuser, nous n'en étions pas moins des bosseurs, nous ne connaissions pas encore les 35 heures, ni les 5 semaines de vacances, que nous travaillions le samedi matin, et qu'en fin d'année nous faisions des heures sup j usque tard dans la nuit en participant à l'inventaire, tout cela pour, allez devinez, "une fortune".
Je vous embrasse tous et toutes, si vous aviez des photos de ce que je viens d'évoquer, vous me combleriez.

Roger ALFONSI
e Mail anet37@wanadoo.fr


Retour au menu des récits de Roger