Vu par ma fille



"Ce sacré Casse-pieds noirs !"
 
« Je suis un travailleur immigré! Je m'étais bien juré de ne jamais rester dans le Nord, heureusement je suis dans le Pas-de-Calais ! Comment j'en suis arrivé là? C'est toute une histoire!!! » s’exclame Jean-Claude... C'est avec cette fameuse voix à la fois chaude et grave, un timbre capable de vous donner des frissons au creux de l'échine, que Jean Claude remonte le passé et se souvient de ce qui a fait de lui un pied-noir d'adoption... Né le 25 Février 1939 à Chalon-sur-Saône de la rencontre d'une Berrichonne et d'un Dauphinois, Jean-Claude est ce que l'on pourrait appeler un Bourguignon par accident...





L'arrivée à Oran par le bateau

Sur cette photo de René Bail, Annie Bensoussan a reconnu ses parents dans les 2 personnes de dos à gauche. Son papa M. NOUCHI avait deux laboratoires photo, l'un rue du général Joubert et l'autre rue Hyppolite Giraud.









Hasard de la vie ou simple coïncidence, la famille de Jean-Claude a été libérée du Joug de l’ennemi par un régiment de char en provenance d'Oran. Oran qui était la prochaine destination de ce voyageur invétéré qu'est Jean-Claude... A entendre les soldats décrire Oran la magnifique, cité de sable, de soleil, de palmiers et de chameaux, c'était une vision idyllique de l’avenir.
 

Jean Claude à 3 ans 1/2
avec son frère aîné.


Souvenirs de guerre.
Enfant de la guerre. Jean-Claude, âgé d’à peine quelques mois, monte au front. Certains partent la fleur au fusil, mais lui c'est dans un hamac suspendu entre les portières de la Traction-avant qu'il accompagne ses parents à Munster. Ayant probablement oublié qui était l'ennemi, il s'oublie quelque peu sur la tête de son frère installé sur la banquette arrière... Cet écart de conduite a sans doute marqué l'entrée de Jean-Claude dans le monde des enquiquineurs professionnels.
L’Afrique du Nord: la grande désillusion.
Au terme d'un voyage de trois jours, à bord du "Commandant Lépine", vieux rafiot déséquilibré, Jean-Claude a mis le pied en terre algérienne sous une pluie diluvienne. Il n'a vu ni sable, ni soleil, ni chameaux, ni palmiers, mais a contrario des immeubles de huit étages et autres édifices formant une ville toute blanche... Adieu l'exotisme, la dure réalité se faisait déjà sentir... L'heureux globe-trotter était Sans Domicile Fixe. Réfugié durant six mois dans une pension de famille, Jean-Claude et sa famille firent connaissance avec les différentes communautés peuplant Oran (espagnols, français, pieds-noirs, juifs, arabes) Il mène une vie plus libre que celle de la France métropolitaine (plage, soleil, sorties en bandes de copains ... ) mais aussi plus agitée puisque le 1° novembre 1954 ont lieu les premiers attentats marquant le début de la guerre d'Algérie. Après des études sur les bancs du lycée Lamoricière d’Oran où il côtoie le futur PDG de France 2: Jean-Pierre Elkabach, il obtient son Baccalauréat.



                    La cathédrale                                         La marine et le port de plaisance

Un O.AS exilé :
Au cours de ce que l'on appelle désormais les événements d'Algérie, Jean-Claude voit plusieurs ses copains mourir dans les attentats quasi quotidiens. "Quand on vit cela, on devient autant pied noir qu'un vrai pied noir car petit à petit on prend parti... " dit-il souvent en parlant de cette époque. Afin d'éviter d'être en contacts trop étroits avec ses amis d'alors (Tous ou presque de l’Organisation de l'Armée Secrète), c'est Lille qu'il choisit pour y poursuivre ses études et rentre ainsi à L'ICAM. A cause de l'éloignement, il se croit OAS dans l'âme et s'enflamme à chaque fois qu’il parle de l'Algérie... Fort de la promesse: "De Dunkerque à Tamanrasset...", il décore sa chambre d'étudiant d'un gigantesque portrait du général De Gaulle ... qu'il déchire le jour ou le général déclare "l'indépendance dans l'interdépendance".
    Pied-noir il est, pied-noir il reste
Le 2 mars 1964, Danièle et Jean-Claude se promettent amour et fidélité pour toute leur vie, et installent leur foyer à Arras pour une durée prévue de deux ans, qui se prolonge en plus de trente ans.... Ainsi le Châlonnais par accident, pied-noir d'adoption devient Arrageois... La grande fierté de cet ex-pigeon voyageur est d'habiter le Pas de Calais et non le Nord, nuance! Pestant constamment contre les températures trop basses, le manque de soleil, la pluie, la grisaille, (caractéristiques d'un hiver nordiste), cet éternel râleur en profite toujours pour évoquer avec nostalgie ces lointaines contrées qui ont bercé son enfance... Tant et si bien que Mers El Kébir, Colomb-Béchar,Ghardaïa... n'ont plus aucun secret pour ses interlocuteurs... pour moi non plus d'ailleurs car ce "sacré casse-pieds noirs" n'est autre que mon père!

Françoise PILLON

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