Jean-Pierre SAEZ a laissé sur le Livre d'Or du site en octobre 2005 un message en forme de plaidoyer pour défendre de point de vue de ceux qui veulent revoir leur Oran et d'une façon générale leur Algérie.

J"ai pensé que ce message méritait de prendre place également sur cette page, ainsi que les réactions qui l'ont suivi:


J'habitais le 2, rue Mirauchaux qui en fait était l'immeuble qui donnait sur la place des Victoires, juste à côté du garage des Victoires. La pharmacie Causse bordait la place de ce côté à l'angle d'une rue qui montait vers la cité Perret. De la terrasse on avait en enfilade la rue Lamartine,et l'on voyait quelquefois par cette minuscule fenêtre ouverte sur la jetée du large passer l'El Djezaïr et autres paquebots qui nous emmenaient tous les deux ans en France (papa était fonctionnaire des impôts à la recette municipale de la rue Floréal Mathieu). De cette boulangerie des arcades, à l'angle de la rue d'Arzew et de la rue Lamartine émanaient les odeurs du bon pain. Une année était apparu le pain Duval, une belle boule à la mie tendre et légère. Au-dessus de la boulangerie, et au quatrième étage vivait la famille Navaro, dont l a fille Simone, une jolie adolescente aux cheveux blonds était mon amour secret, refuge de mes premières émotions sentimentales. J'ai bien connu Tayeb, le marchand d'oeuf et de légumes dont l'étal se situait à droite en rentrant dans le marché Michelet. J'ai aussi en mémoire la famille Rovira qui habitait un immeuble à doite en descendant la rue Lamartine, et qui vivait nombreux dans l'appartement situé à l'entresol. Je me souviens de ce mois de mai 1958, où les militants de l'Algérie Française avaient installé leurs hauts parleurs sur notre balcon. Mon grand père, d'origine belge, était un fervent gaulliste, et avait fabriqué une croix de lorraine, qui était au centre d'une ribamblle de drapeaux tricolores. J'avais comme voisin et amis, les frères Bénoliel, dont le Papa tenait un commerce de gros vers la place Karguentha. Je pourrais énumérer des heures durant ces souvenirs, qui sont revenus avec beaucoup de frâicheur lors de mes retours à Oran en 85 et 86, puis à trois reprises en 2001,2202, 2004.

Disons le autour de nous, levons les dernières réticences, ce pays est notre pays, nos racines, et je n'ai jamais au cours de mes déplacements trouvé un algérien qui aurait contesté cela. Bien au contraire. Ils nous manifestent respect et très souvent reconnaissance. Prenez un avion, allez à l'hôtel TIMGAD, là où était le magasion de chaussures André sur la place Villebois-Mareuil, vous serez accueilli par Zahr-Eddine CHEMLAL 00.213.41.39.47.87. qui est un ancien de Lamoricière et qui vous fera "mourir" de rire par ses anecdotes d'hier et d'aujourd'hui.

Un autre nom connu d'Oran, c'est le président de l'ASMO (notre O.M. oranais) qui est aussi un ancien de Lamoricière qui est fier et conscient de ce que fut notre présence en Algérie. Si vous voulez aller en voyage organisé, une seule adresse, l'Agence Fahli, Boulevard des Dames à Marseille qui organise des séjours de groupe avec une dimension humaine exceptionnelle. Les centaines de frères Pieds-noirs qu'il a emmenés, particulièrement ces cinq dernières années sont revenus enchantés. Alors n'hésitez plus seul, en famille ou en groupe allez prier notre Dame de Santa Cruz, mangez la mouna vers Canastel, (avec un boulevard Front de mer qui va jusqu'à la-bas) descendre vers Kristel, ou dévaller, malgré l'äge qui est le notre, les dunes de Bomo Plagge. Et dites vous qu'une chose, c'est que si des chose ont changé, regardez avant de partir l'état de nos vieux cimetières dans nos villages de France (de Métropole pour les anciens) avant de porter un jugement sur ceux de l'Algérie d'aujourd'hui. Remarquez seulement combien les arbres de la Places des Victoires ont poussé, et combien les distances se sont raccourçies. Interprétez ces images symboliques, vous ressentirez des raisons supplémentaires de revoir notre belle ville d'Oran. Cordialement à tous Oranais de souche ou de coeur.

Jean-Pierre SAEZ (2, rue Mirauchaux - Oran) - Ajourdh'ui Maire de Venelles - 13770 - Vice Président du Pays d'Aix. - dimanche 23 octobre 2005 10:29 -


Puis Jean Pierre répond à une amie visiteuse de ce site


Jean-Claude Pillon vient de faire paraître vos souvenirs oranais. Un grand merci pour ce moment passé place des Victoires. J'ai bien connu votre immeuble car j'avais une amie Calvo (le prénom m'échappe) qui y habitait sur la terrasse. Moi même je d emeurais un peu plus haut (rue de Lille) et c'est toute mon enfance que j' ai retrouvée dans vos récits....place des Victoires.... le boulanger....la rue Lamartine et le marché Michelet....Et oui les années passent mais les souvenirs de notre jeunesse restent...

Je vous envie d'être retourné à Oran.... un rêve qui me hante.... Hélas mon époux, Oranais aussi, refuse de s'y rendre et préfère garder des souvenirs intacts qu'il ne retrouverait plus.

Encore un grand merci pour ce retour dans mes souvenirs.
Paule Pagès épouse Sola



Je salue avec amitié oranaise votre époux. Je me permets de lui citer deux exemples de personnes qui refusaient de retourner sur les lieux de leur jeunesse. Tout d'abord mon épouse, originaire de Staoueli (à 22 km d'Alger) et qui la cinquantaine venue a ressenti ce besoin de revoir le village des son enfance, celui de ses parents et grands-parents, les uns d'origine alsacienne, les autres d'origine italienne. Mon Dieu, quelle émotion lorsqu'un vieil homme de 86 ans, lui a dit devant le magasin de légumes qui avait apprtenu à son grand-père alsacien et qui n'avait plus parlé français depuis plus de quarante ans: "Mdame, l'homme que je suis, l'homme que j'ai été, c'est à votre grand-père que je le dois." et de nous brandir le certificat d'études primaire qu'il conservait depuis toujours dans la poche de son veston et portant bien sûr la mention République Française - LIBERTE-EGALITE-FRATERNITE. En effet, en 1926, le grand-père SCHERTZ, chez qui ce jeune de 11 ans travaillati l'avait envoyé à l'école le matin et l'après-midi travaillait au magasin. Imaginez l'imotion de mon épouse ...et la mienne derrière l'écran du camescope.

L'autre histoire est celle de mon ami Claude Rochette, interné pour le combat de l'OAS en 62, instigateur de la réalisation de Notre Dame d'Afrique à Théoule sur Mer, et qui sur ma relation du sinistre qui avait affecté la vraie Notre Dame d'Afrique à Alger lors du séisme de mai 2003, a accpeté de m'accompagner, quelques semaines plus tard. Lui aussi me disait, jamais, jamais... et Mon Dieu quelle émotion en foulant pour la première fois depuis 41 ans le sol d'Algérie.

Dites à votre époux que tout arbre a besoin de racines pour vivre....et surtout transmettre. Oui, la symbolique de l'arbre de la place des Victoires doit être celle qui nous guide vers notre chère terre d'Algérie. Retrouver les lacets du Murdjao en montant vers Santa Cruz, quelle émotionEt au nom de quoi en serions nous privé. Notre dignité, la mémoire de notre passé , de ceux qui ont fait, l'Algérie, par leur sang, leur sueur et leurs larmes, pour retrouver nos morts. Allez y saans appréhension, ni rancune, car nous n'étions que les instruments d'une histoire qui nous a dépassé.
Cordialement. Jean-Pierre SAEZ