La rue Lamartine.

Tous les oranais connaissent cette rue parallèle à l’avenue Loubet et donnant sur la place des Victoires. C’est au deuxième étage du N° 4 que nous avons élu domicile. (Je salue au passage Daniel VERIN qui a été mon voisin au N° 2 de cette même rue, avec balcon sur la Place des victoires, s'il vous plaît, de 48 à 50. Nous nous sommes rencontrés seulement sur le web en juillet 99 ! ) Ce n’était pas très grand, mais ça valait mieux que la « Villa Marie-Claire ». On était enfin chez nous et pour ces fameux deux ans fatidiques on s’en contenterait, car maman l'affirmait haut et fort: il n’était pas question de rester plus longtemps dans ce pays où l’on était des étrangers ! Cette réaction m’amuse encore aujourd’hui quand je sais le regret que nous avons tous eu de ne pouvoir y demeurer et d’y “faire” notre trou.
 
Quelques mois après notre emménagement:
ma soeur de 4 ans dans les bras de "fifine"
la bonne espagnole,
en compagnie de Khalia Bessaraoui
qu'il fallait appeler "Fatma"
 


La rue Lamartine
vue du balcon du 2°
en direction du front de mer

L'auteur et sa soeur en 1946
avec "Marie", autre servante espagnole "de passage".
Après l'indépendance, la rue Lamartine est devenue rue du sergent mizouni bouranane. (Renseignement communiqué par samir Kara, qui y a habité au N° 24 de 1967 à 1978)
Nous avons vite fait connaissance avec nos voisins; au troisième étage au dessus de chez nous il y avait le ménage DAUDET, puis au 4° sous la terrasse la famille ARRIGHI, ce sont les seuls noms dont j'ai le souvenir.
En Août 2003 une nouvelle pièce vient se recoller au puzzle avec l'arrivée d'un message de Philippe RANCHON dont toute la famille habitait également au 4° étage face à la famille Arrighi... Bon sang mais bien sûr....!


et en janvier 2005 un nouveau message:
"Je suis le fils d´Antoine Sancho marié avec Renée Masson. Nous habitions nous aussi Rue Lamartine nº4 au premier étage en montand á gauche.Je suis né á Oran en 1959 et j'ai vaicu aussi dans le meme imeuble que vous jusqu'en 1962 lors de l'indépandence. Actuellement je vis en Espagne á Barcelone.Je voudrais remercier Mr. Ranchon du cuatrième étage, car il a aidé mon père pendant la guerre d'Algèrie,lui il sait pourquoi.Faites lui parvenir mon remerciement S.V.P Part de ma famille a étudier aussi au Lycée Lamoricière et aussi nous avions une villa á Trouville. Nous avons donc beaucoup de points communs Je vous remercie de votre page,car j'ai appris beaucoup de choses de mon pays que je ne pouvais pas me rappeler etant donné mon age á mon départ(3 ans)."
Voilà qui complère encore mes souvenirs


La terrasse était équipée d'une buanderie et nous avions droit à la clef un jour par semaine pour faire la lessive et l'étendre. C'est là aussi que s e trouvait une cuve de quelques mètres cubes constituant la réserve d'eau de l'immeuble, permettant de pallier les coupures d'alimentation de courte durée.
Maman a vite repéré le pâtissier faisant le coin avec la rue d'Arzew, M. PAUTESTA était d'origine Montluçonnaise, comme elle dont un oncle était également pâtissier dans cette ville. Cela crée tout de suite des liens et rassure: on n'est plus tout seul! Pour ma part j'ai un souvenir merveilleux de ses meringues encore tièdes et de ses massepains.
Miracle du Net, imaginez vous que j'ai reçu à fin Mai 99 un message du petit fils de M. PAUTESTA qui rectifie d'ailleurs l'orthographe du patronyme que j'avais quelque peu écorché: les souvenirs d'un gamin de 10 ans n'enregistrent pas l'orthographe. Son oncle, Roger PAUTESTA, se souvient ancore de ma mère: formidable non ? (Vous trouverez dans ma page liens d'autres indications puisque Philippe GUARINOS s'occupe entre autres d'une page Web consacrée aux pieds-noirs.)
Début 2005, Lucien PEREZ me signale que M. PAUTESTA était son grand oncle puisque sa grand-mère était la soeur de Me PAUTESTA l'épouse de notre pâtissier.
Il raconte également une anecdote amusante: une de ses clientes était, un jour, venue le voir pour lui dire que, dorénavant, elle n'achèterait plus les croissants chez lui mais dans la pâtisserie qui jouxtait son atelier car ils étaient bien meilleurs. Or, c'est lui qui fournissait les croissants à cette pâtisserie, comme il le faisait pour beaucoup d'autres . Son épouse vendait également sur un étal au marché Michelet.


Cette rue Lamartine et ce quartier de la place des victoires semblent être particulièrement fréquenté puisque voici encore un témoignage de Christian JUAN en septembre 2005 qui cite les mêmes lieux:
De 1955 à 1957 j'ai travaillé comme apprenti à la boulangerie- patisserie Maccio. je connaissais le fabricant des croissants et dons vous m'apprenez qu'il s'appelait M. Pautesta. A cette époque il avait un petit apprenti Arabe assez gentil puisque tous les deux parfois nous retournions chez nous lui au village Nègre moi à Choupot. Mon premier vélo marque Gitane je l'avais acheté chez le marchand de cycles que vous nommez M. Bittard. A côté du fournil il y avait un petit magasin près du fleuriste et dons le mari de la dame qui tenait ce petit magasin était officier UT. Bien sûr que je me rappelle de l'épicier qui était Espagnol c'est là qu'on m'envoyait pour acheter la bouteille de bière d'un litre. Le cireur de chaussures je me rappelle parce que parfois je lui donnait mes sandales à cirer. J'ai peut être cuit des plats de votre mère puisque j'avais en charge la cuisson des plats des ménagères ( gateaux, dindes pour Noêl ) et que parfois je les brulais. Je posséde une carte postale prise de haut où l'on voit un bus à son arrêt près du cireur.Il me semble qu'une dame Mme Camille Benders qui écrit dans l'écho de l'Oranie soit de cette immeuble au dessus de la boulangerie Maccio et dont l'entrée était entre le fournil et le magasin. L'année passée au mois de mai je suis allé à Oran et je suis passé à cet endroit. La boulangerie est maintenant une pizeria, la boulangerie est à la place de l'atelier Pautesta et l'entrée de l'immeuble était remplie d'ordures. La brasserie qui faisait coin avac l'Avenue loubet est fermée. Il n'y a plus rien à la place.

En face, de l'autre côté de la rue il y avait un marchand de motos et cycles , M BITTARD dont je vois encore très bien l'atelier et le magasin,... Jean Boussomier ( qui a aussi habité la rue, ) m'a fait parvenir fin2003 un document qui n'a son importance que par le cachet de M BITTARD qui prouve d'ailleurs que l'Etablissement s'étendait sur 3 immeubles: le 3, le 5 et le 7 ! Pour voir le document:cliquer "ici"
(Sophie CARRERES , le 8/11/00 me donne le renseignement suivant: son papa natif de Choupot en 1939, a travaillé de 54 à 56 chez ce marchand de moto: Raymond MESLOT. J'ai cru remettre un peu de précision dans le brouillard de mes souvenirs... C'était une erreur: Meslot se situait rue Alsace Lorraine au coin de la place de la Croix Rouge, tandis que le magasin auquel je fais allusion est en fait celui de M.Bittard )
....encore que j'étais plus interessé par le couple de personnes âgées qui habitaient au 3° étage et recevaient assez régulièrement leurs petites filles qui devaient avoir mon âge.
Je pense qu'elles étaient pensionnaires car je ne les voyais que les week-end ou pour de courtes vacances et nous jouions à cache cache, faisant semblant de ne pas nous voir, d'un balcon à l'autre, mais...
De notre balcon nous pouvions voir une partie de la place des victoires et nous avions la vue sur l'immeuble du 73 rue d'Arzew qui faisait l'angle, au dessus du patisier. Dans cet immeuble vivaient en particulier Christiane DUCHATEAU dont j'ai fait la connaissance sur le Web, et également M. VEAUX, professeur d'Anglais à Lamoricière, dont la fille Monique ROUSSEAU-VEAUX fut également professeur d'Anglais au Lycée de jeunes filles. J'emprunte à cette dernière (et sans son autorisation...!) ces quelques anecdotes transmises par l'intermédiaire de Christiane DUCHATEAU
" Pour en revenir au 73 rue d'Arzew, la maison donnait à l'Est sur la rue Lamartine, au Sud, sur la Place des Victoires et au Nord sur le four du boulanger Maccio, sur celui du pâtissier Podesta (fournisseur de délicieux macarons) ainsi que sur la cour intérieure d'un immeuble voisin. On se serait cru dans le patio de la famille Hernandez avec les bavardages d'un étage à l'autre, les éclats de rire, parfois les chamailleries.
De la rue Lamartine sur laquelle donnaient nos balcons, montaient des bruits divers. On entendait le grincement des charrettes de marchands d'eau douce et leur appel ("a-agua"). A la demande ils venaient remplir votre bonbonne. L'eau du robinet était salée. Je me suis laissé dire, mais est-ce une légende, que les vieux Oranais lorsque l'eau douce de Beni-Badhel parvint en ville, ajoutaient une pincée de sel dans leur café. Les joueurs de mandoline, les chanteurs de rue, venaient régulièrement. On leur jetait quelques pièces de monnaie enve- loppées dans du papier. Il y avait aussi le rémouleur, le gitan qui recollait la vaisselle cassée, le marchand de chiffons, les vendeurs de glaces, d'oublies, de "calentica toraico" (orthographe non garantie).
En période de sécheresse, deux Arabes flanqués d'un taurillon enrubanné, descendaient la rue. Ils jouaient du tam-tam, agitaient des cymbales et sautaient en cadence. L'argent qu'on leur donnait était, disaient-ils, destiné à un marabout qui avait le pouvoir de faire tomber la pluie. Lors des fêtes de l' Aid-el-Kébir, les familles musulmanes sortaient dans les rues arborant leurs plus beaux atours et c'était un festival de couleurs.
Le marché Michelet au bout de la rue Lamartine assurait l'animation du quartier. J'y revois Tayeb, le sympathique marchand d'oeufs, le gros boucher Léon et sa brune épouse répondant au prénom de Carmen qui lui allait si bien, les yaouleds portant le couffin des ménagères. En tournant à droite après le marché, on rejoignait le square Lyautey établi sur un ancien ravin. A proximité, le Cours Fénelon se dissimulait dans un vaste parc ombragé de grands arbres. Mademoiselle de Teule ("Dudule" pour les espiègles) dirigeait cette institution religieuse de jeunes filles de bonne famille.
Notre belvédère favori était sans conteste le long balcon en façade des demoiselles Gibbal. Nous y étions aux premières loges. Mes parents se rappelaient avoir suivi de là, dans les années 1925, les festivités du Carnaval alors très prisé par la population. Les concierges des immeubles s'asseyaient sur des pliants au bord des trottoirs pour assister au défilé costumé. Un médecin farceur que je n'ai pas connu, les faits se déroulant avant ma naissance Ge crois qu'il s'appelait "Botella" mais rien n'est moins sûr), avait une fois, fait déguerpir ces braves gens en lançant derrière eux depuis l'étage, une poignée de boules puantes. Et tous sur le balcon de s'esbaudir à la vue des regards soupçonneux et courroucés échangés entre lesdits gardiens puis leur départ précipité.
Depuis ce même observatoire, j'aimais petite fille, à regarder passer le tram et ses wagons bringuebalants. Je pouvais rester des heures à suivre le vol fantasque des hirondelles nichant dans les interstices des balcons. Le matin, en rangs par deux, les pensionnaires de la "Jeune France" prenaient la direction du lycée Lamoricière. les ménagères faisaient leurs courses à l'épicerie Gomes que notre gros chien des pyrénées appréciait tout particulièrement (II allait y voler des noix dans le grand sac à l'entrée du magasin...) Au bas de la rue Mirauchaux, je situe la poste et le cabinet du dentiste Carceles (ses plombages et couronnes tiennent bon malgré la quarantaine d'années écoulées). Entre deux, une ruelle montait à pic jusqu'à la petite chapelle où régnait, entre autres, le père jésuite David de Beauregard (longue barbe blanche, sévérité redoutée des enfants du catéchisme). la rue passait devant l'échoppe en sous-sol du menuisier Vales. Mes parents faisaient souvent appel à ce vieil artisan, honnête, consciencieux, et tellement adroit. Mais, au fait, était-il si vieux? Ma jeunesse me faisait considérer tous ceux qui dépassaient la quarantaine comme très âgés.
Je n'ai pas oublié non plus, à l'Est de la place, une sorte de terrain vague clos de murs en ruines où s'installaient occasionnellement de petits cirques. le site fut aménagé, les murs rasés, le terrain goudronné, les plates-bandes cernées de bordures en ciment en forme de V et de O entrelacés (ville d'Qran). Je ne me souviens pas de ce qu'il y avait là à l'origine mais l'ai-je jamais su ? Toujours depuis le balcon Gibbal, nous pouvions assister aux défilés. J'ai encore en mémoire le spectacle désopilant d'un musicien de la fanfare trébuchant sur le rond-point et se retrouvant, jambes en l'air, semblant nager la brasse sur sa grosse caisse. Je revois, peu avant l'indépendance, ce cortège d"anciens combattants musulmans bardés de décorations, marchant en direction du Monument aux morts de l'avenue Loubet. Quelle leçon de courage car ils savaient qu'ils s'exposaient à être assassinés par le F.l.N. et sans doute l'ont-ils été. J'ai assisté depuis ce même balcon le 13 mai 1958 et dans les jours qui suivirent, aux manifestations d'un peuple enthousiaste hurlant son attachement à la France.(voir photo) De là j'ai entendu les concerts de casseroles montant de toute la ville. De là encore j'ai vu avec stupeur des fusils de soldats français pointés sur nous et des C.R.S. assommant des piétons qui tardaient à circuler.
Pour finir, j'évoquerai "mon" arcade avec la boutique du boulanger Maccio et son fournil encadrant la porte d'entrée de notre immeuble (l'un des ouvriers, Gaspard, serbe de naissance, était arrivé là on ne sait trop comment). Il y avait ensuite une épicerie dont j'ai oublié le nom, le fleuriste Alcaraz et, à l'angle de l'avenue Loubet, le café Soria, sans oublier Ahmed, le cireur de chaussures dont le fauteuil imposant s'adossait à un pilier. Est-ce sous cette arcade ou plutôt sous la suivante que mendiait un cul-de-jatte ? La "tante Thérèse" est morte et n'a pas connu l'exil. La "tante Angèle" et son neveu ont fini leurs jours à Biarritz. Toute une population a été dispersée aux quatre vents, dans l'indifférence, parfois la haine, d'une métropole ingrate. Un monde s'est écroulé. Quant aux joyeux locataires du 73 rue d'Arzew, ils sont, hélas, décédés pour la plupart. (Monique Rousseau Veaux)


A l’opposé de la Place des Victoires, en allant vers le front de mer, il y avait le Marché Michelet, un marché couvert et maintenant que nous étions autonomes* nous devions faire nos courses.(* j'avais écrit indépendant mais à la relecture, j'ai changé ce terme qui pourrait rappeler à certains de mes lecteurs, de mauvais souvenirs.) Ce marché m’a laissé un souvenir particulier car nous venions d’une région où il n’y avait qu’un marché hebdomadaire et encore se déroulait-il sur une place et non dans un local fermé. Ici il y avait en sous-sol le marché aux poissons en descendant une dizaine de marches, ce qui permettait sans doute d’y maintenir une certaine fraîcheur. On y trouvait toute sorte de poissons qui m’étaient jusque la inconnus, la mer étant assez éloignée de Chalon sur Saône, j’ai appris à manger du rouget, du mérou (la bas on disait méro) des crevettes roses des langoustines et des langoustes...
J'ai sans doute du y rencontrer Ramon VENZAL et ses fils Raymond Antoine Venzal qui y avaient un étal de poissons réputés de qualité. Arrivés en métropole en 62 ils ont continué le métier de poissonniers en ouvrant une poissonnerie, puis deux étals au marché de Béziers. Raymond est le beau frère de Edmond Mellina, lui aussi né à Oran en 1936 qui m'a rapporté ces détails.
Au dessus en gravissant une vingtaine de marches environ, se trouvait le marché proprement dit avec les légumes au centre, dans des étals aménagés en béton, et sur toute la périphérie les autres boutiques, épicerie et boucherie en particulier.
C’est donc là que nous avons fait la connaissance de Taieb le marchand de légumes qui refusait de servir ma mère parce qu’il y avait trop de monde et qui lui disait «reviens tout à l’heure ». Quand elle repassait devant son étal vide de clientèle il la hélait et sortait de sous ses cageots un sac de pommes de terre en disant: « Pour toi y-en-a des patates, toi tu es gentille, tu viens de France. Les espagnoles elles en auront pas ! »
Le couplet était sensiblement le même chez NACKACHE, l’épicier juif, qui avait toujours pour elle des oeufs frais et un beurre spécial (?) qu’il ne donnait soit disant pas aux autres et que son commis venait même livrer à domicile.
Et puis il y avait le boucher, Léon (TORDJMAN) et son épouse Me Léon qui tenait la caisse et prenait les commandes, et le commis Zouzou qui ‘arrangeait’ les clientes pour qu’elles aient toutes les meilleurs morceaux...!
Le nombre impressionnant de visiteurs de ce site m'a valu en fin 2002 un message de Me ATTHAR amir intime de Mireille la fille cadette de la famille TORDJMAN avec laquelle elle est restée en relation.

Je ne compte plus les nombreux oranais qui en lisant cette partie de mon histoire, m'ont adressé un message. Je pourrais presque mettre un nom sur chaque N° de la rue....! Je vous livre encore un message en date de juillet 2006 à propos du Marché MICHELET:
Je me rappelle qu'à l'entrée gauche ,qui descendait au marché aux poissons et à la volaille (car dès l'entrée c'était des poulets et des oeufs qu'il y avait), se trouvait un arabe avec de grands sacs en jute qui vendait des escargots de deux sortes des petits et des plus gros que maman achetait quelques fois et c'était beaucoup de travail pour les cuisiner car il fallait les faire jeûner etc... Au 1er étage (si l'on peut dire) tout à fait au fond du marché par rapport à l'entrée figurant sur la photo (car il y avait une autre entrée sur le côté face à la petite sortie de l'école maternelle de Laurent Fouque) se trouvait un marchand juif de linge de maison où maman allait toutes les semaines. Il y avait toujours un monde fou dans ce tout petit magasin mais le patron répondait à toutes ses clientes qu'il n'était pas seul à servir et leur vendait à crédit. Maman s'y rendait toutes les semaines car elle avait décidé de commencer à préparer mon trousseau et elle achetait régulièrement parures de draps brodés, serviettes éponges, gants...qu'on lui mettait de côté et pour lesquels elle venait verser de façon hebdomadaire ce qu'elle pouvait et qui était porté sur un grand carnet à la page qui portait son nom. Sylviane Quilès emmaly05@free.fr

Presqu'en face du marché Michelet, il y avait un marchand de produits frais et j'y ai fait la découverte de cette sorte de lanterne magique avec laquelle il "mirait" les oeufs, vérifiant leur état de fraicheur par l'importance de la poche d'air. Je n'avais jamais vu cela, puisque les oeufs étaient toujours venus des poules du voisin le jour même de la ponte.


Heureusement, quelques amis m'ont aidé à reconstituer cette rue Lamartine et tout dernièrement en octobre 2002 Roger ROMAN qui n'est pas internaute, mais m'a adressé une longue missive. Le marchand d'oeufs et volailles dont j'ai tant cherché le nom c'était Bellissima ! Roger habitait lui même très près au N°11 e t ses parents tenaient le "Bar Michelet".Dans le même immeuble apparamment Roger Gonzalez, entraîneur au GCO qui deviendra chroniqueur qportidf à l'"écho du soir". Tout à côté du N° 11 la boulangerie Salvador puis une droguerie et l'épicerie Karsenty... De mon côté à l'angle avec la Place des victoires l'horloger sourd Heitz et sur la rue d'Arzew un boucher avant d'arriver chez Chabert. ...Qu'il est difficile de reconstituer cela alors que nous étions bien jeunes et que les années ont passé...

Et voici qu'en 2004 se manifeste Gaëtan BELLISSIMA le fils du magasin de volailles et d'oeufs. Nous avons le même âge... Il a vécu au 13 rue Lamartine jusqu'en 62 ! C'est son père lui-même qui avait fabriqué l'appareil à "mirer" les oeufs !
 
L'immeuble du 4 rue Lamartine
Mon balcon du 2° étage
Le rond au rez de chaussée signale

l'emplacement de l'épicerie de Kadour
Photo prise en Mars 2000 par Chougrani 

Le marché Michelet photographié en 1983
Par Michelle Le Galès-Lavocat
au cours d'un pélerinage à Oran
 
Finalement le métropolitain (un peu innocent) du marché Michelet était le roi, bien vu de tous, y compris des pieds-noirs, sans avoir vraiment rien fait pour cela. C’est probablement à partir de ce moment là que nous avons commencé à nous intégrer et que maman n’a plu jamais évoqué l’idée de repartir.
Nous commencions à lire avec intérêt l’Echo d’Oran que le petit vendeur indigène avait balancé de bon matin sur le balcon du 2° étage avec une grande adresse, grâce à un pliage particulier qui lui permettait d’atteindre sa cible avec 99,99 % de réussite.
Nous ne nous sommes jamais habitués au café à l’eau salée et nous achetions, comme chacun nos bonbonnes d’eau douce aux marchands ambulants qui sillonnaient les rues avec leur carriole tirée par un âne en criant à tue tête: ‘‘agua agua’’ en attendant l’eau du barrage de Béni Bahdel qui est arrivée en 1952, et qui fut coupée de temps en temps, plus tard, à cause des événements que l’on sait.
 

Le petit vendeur de l'écho

Photo provenant de la revue Algeria
Ce barrage était situé au sud de Tlemcen et représentait une retenue d'eau de 63 millions de mètres cubes sur une étendue de près de 400 hectares ! Une conduite d'alimentation de 170 Km de long, une station de filtration au départ et une station de traitelent chimique à l'arrivée, permettaient de fournir à chacun des 300.000 oranais environ 200 litres par jour d'une eau d'excellente qualité, qui n'avait qu'un défaut pour les oranais, celui de fournir un "kaoua" insuffisamment salé, qu'il fallait donc assaisonner.
L'arrivée de l'eau douce fut néanmoins l'occasion d'une grande fête puisque la municipalité de l'époque (le Maire était M. Fouques Duparc) offrit l'anisette à toute la population sur la place Foch le 27 juillet 1952:
Rue Lamartine, à l'angle avec le Boulevard de Metz, il y avait souvent un marchand ambulant avec sa cariole. Il avait plusieurs articles: la barbe à papa, c'est assez commun, mais surtout les "piroulis" ces sortes de sucre d'orge pointus emmanchés sur un petit bout de bois, et surtout la célèbre "calentica", une spécialité oranaise qu'une de mes lectrices ( Françoise RUBIO )m'a remis en mémoire en me rappelant la recette: une sorte de gros flan fait avec de la farine de pois-chiches, dont le marchand découpait sur sa tôle une part qu'il servait sur un papier journal!
En face et en diagonale se trouvait la pharmacie SARRAMEGNA, officine tenue par la maman d'un camarade de classe dont je reparlerai plus loin.
Et puis, dans le dernier des quatre coins de ce carrefour s'est construit un immense parking à étages.Pas un de ces parkings payants comme on en trouve aujourd'hui dans nos centres ville, mais un vrai garage avec des emplacements loués à l'année pour éviter que les voitures restent dans les rues et ne ramassent sable et soleil. C'est là que quelques années plus tard il m'arrivait de me rendre pour "emprunter" la traction de papa et faire une petite virée avec les copains. (Je ne crois pas qu'il ait jamais été dupe.)




Je pense que c'est à ce terrain, futur parking, que fait allusion un visiteur de mai 2011:

Je viens de prendre connaissance de ton site et comme j’ai des souvenirs de cette rue je m’empresse de te les communiquer. Ces souvenirs se situent dans les années 50. J’avais des cousins , la famille Roldan qui demeuraient si ma mémoire est bonne au 21 de la rue. Le dernier tronçon de la rue avant d’aborder le Front de Mer. En face de leur immeuble il y’avait un petit terrain qui nous permettait de faire des parties de foot. Personnellement j’habitais rue Inkermann. A cette époque mon père avait un atelier de carrosserie rue de Nancy. Pour m’y rendre je passais devant le marché Michelet et je m’achetais une part de “calentica” quel délice. Avec les copains du quartier dont je ne me souviens plus des noms malheureusement nous allions jouer au ravin de la Cressonnière avant que le tunnel soit réalisé. Nous allions trainer et appris à fumer du coté des immeubles de la GETMAN. Tout ça est vieux pour moi qui vient d’avoir 75 ans mais tous les souvenirs dans ce quartier que j’ai fréquenté principalement avant mon incorporation dans l’armée en 1956 sont encore vivaces. Je faisais parti de l’équipe de volley de l’ACC (Athlétique Club Citroën) qui avait son terrain derrière la clinique du Docteur Larribère. Voilà une petite contribution à ton site qui permet de mettre ma mémoire en activité.
Amicalement - Jean Pierre Pascuito



En 1946, le front de mer et le square Lyautey étaient occupés par un jardin public qui portait, me semble-t-il, le nom de jardin des Falaises
     
 
Le jardin des falaises
Futur Bd Front de mer
L'auteur et sa soeur en 1948
 
Le jardin des falaises
Le cireur de chaussures
Ma soeur en 1946
 
Le jardin des falaises
Futur Bd Front de mer
L'auteur et son père en 1947


Le Bd Front de mer quelques années plus tard !


Habitants de la rue Lamartine, vous souvenez vous du commerce de vins et spiritieux "LATIL"?

Bonjour ami

Je m'appelle Anne Marie LATIL née en 1943 au 14 rue Lamartine et je viens de découvrir ce merveilleux trésor de souvenirs... je suis émue aux larmes et tous ces noms que j'avais oubliés...tous ces commerçants qui m'ont vue grandir....Tout est à nouveau si vivant...MERCI !

Le 14 était cet immeuble gris dont l'entrée était au 2rue de Dijon et qui se continuait en tournant sur la rue Alfred de Musset. Il y avait un petit magasin d'angle "Les vignes du Seigneur" où mon Grand Père Albert LATIL (aveugle) vendait des spiritueux et du champagne. Sadeck vendait des oeufs dans ses paniers sur les marches de ce petit magasin et ainsi la police ne pouvait le chasser car il était sur une propriété privé. Et puis il y avait de grands entrepots de vins et spiritueux tenus par ma tante Fernande LATIL et par mon Père Jean LATIL époux de Lucette Latil, tous trois décédés aujourd'hui.

Tous vos souvenirs sont aussi les miens.... mon grand Père LATIL a construit le N° 4 de la rue Lamartine puis, aprés l'avoir vendu, il a construit le N° 10 où mon Père est né et ensuite le N° 14 où je suis née.

Il y avait chez nous un jeune garçon que mes parents ont élevé en même temps que moi..Il avait environ trois ans quand une nuit de décembre il a frappé à notre porte...Il était nu, juste une petite chemise. Il était frigorifié et ne parlait que le marocain que ma mère parlait couremment. A cette époque là les choses se faisaient simplement nous l'avons donc déclaré comme adopté et il a vécu avec nous de longues années...C'est une belle histoire que je vous raconterai plus tard.

Il se nomme MIMOUN il a environ mon âge c'est à dire 68 ans. Ceux de la rue LAMARTINE ne peuvent pas ne pas se souvenir de lui. Comme il ne sait ni lire ni écrire et comme mon départ d'Oran a été précipité pour les raisons que vous devinez, je ne l'ai pas revu et je ne sais pas si il est mort ou vivant...MIMOUN c'était mon frère, et il m'appelait sa petite Princesse....

Vous voyez mon ami que mon histoire aussi est loin de la caricature de "ces riches colons qui se sont enrichis sur le dos des arabes".

L'Algérie c'était ma terre, mon histoire, ma maison et comme vous tous je suis pétrie de cette glaise. Cette vie c'est arrétée brusquement un jour sur les quais d'ORAN et je croyais avoir enfoui à jamais ces souvenirs si tendres à mon coeur et si douloureux... Mais ils sont là bien vivants...

BASE notre concierge, SADEK, M.NAKKACHE, Mme LAGUARDIA couturière, Catherine TUBIANA ma chère petite catherine qui habitait au troisième étage du 14 rue LAMARTINE qui était ma meilleure amie et que j'aimerais tant retrouver .... et tous les autres qui ont fait ma vie, mon autre vie, celle de ma jeunesse insouciante, cette vie écrite dans un autre livre que je croyais perdu et que je viens de réouvrir grace à vous.

Bien amicalement
Anne Marie LATIL - Mail
: ledu.am@laposte.net

J'aimerais recevoir des nouvelles de mes amis perdus....Comme catherine TUBIANA ou Pierrot SANTINI ou marie jeanne NAUDIN qui habitaient tous rue LAMARTINE. Il y avait aussi une petite Lucette (??) et Toinou BELLISSIMA que je trouvais très beau et qui me portait sur ses épaules...J'avais trois ans !

Qui peut me dire le nom de la sage femme qui habitait notre rue et qui nous a presque tous mis au monde ?

Qui sont les hommes de soixante dix ans ou soixante quinze ans qui ont connu Jean LATIL pendants les "évènements" ( qui sont devenus "une guerre") et qui nous ont marqués pour la vie.



Vous avez été intéressé !
Vous pouvez peut-être m'aider !
en m'apportant des documents ou des anecdotes

Ecrivez moi:
jcpillon@nordnet.fr