Pèlerinage à Oran en 1983

Par Michelle LE GALES-LAVOCAT



Comme tous ceux qui ont été déracinés à un moment ou à un autre de leur vie, j'ai souvent eu le désir de retrouver mon passé, de rechercher mes racine. A fortiori comme la plupart des Pieds Noirs obligés d'abandonner un foyer et un pays où se sont écoulées leur enfance et une adolescence heureuse et ensoleillée, j'ai eu envie de revoir ces lieux, de retrouver les senteurs d'orangers, le goût de l'agualimone et de la calentica... et comme la majorité d'entre eux, j'ai du me contenter de mes souvenirs, qui fort heureusement restent tenaces et supportent sans trop faiblir l'érosion du temps.
Incapable de vivre en dehors de ces sensations, j'ai plus d'une fois tenté une thérapie palliative: le voyage au Maroc, et j'en suis revenu encore plus insatisfait et malheureux, car si le goût, l'ouie et l'odorat ont pu s'y retrouver, le toucher et la vue sont restés sur leur faim. Je n'avais pas revu ma rue, mon quartier, tout ce qui faisait le quotidien de ma jeunesse.
Un jour peu-être, si Dieu veut, je ferai ce voyage imaginé plus d'une fois, mais aujourd'hui mon cœur déborde d'émotions: ce voyage, je viens de le faire par procuration en suivant les pas de Michelle LAVOCAT, aujourd'hui Michelle LE GALES, qui nous raconte son pèlerinage à Oran en 1983. Je lui laisse volontiers la parole, même si je ne peux m'empêcher d'y ajouter mon grain de sel de temps à autre.


"Comment décrire ce pèlerinage au pays de mes ancêtres ?
Dans cet avion qui me ramenait CHEZ MOI, j'étais heureuse et impatiente, et quand Oran est enfin apparue à travers mon hublot, j'ai su que j'étais pétrie de cette terre d'Algérie, parce que toutes mes cellules s'agitaient ...!
J'y suis restée huit jours pendant lesquels j'ai pleuré toutes les larmes refoulées en moi depuis 22 ans.
Mon époux a tout compris et tout accepté. Il a réalisé que mon rêve de jeunesse brutalement interrompu serait toujours là et que je ne pourrais jamais l'oublier. Pour le cadeau qu'il m'a fait, je ne l'en aime que plus ! "


Le même rêve occupe encore souvent mon esprit, et chez moi, c'est ma fille cadette, fille du Nord née en 73, pure Arrageoise donc qui se sent responsable d'entretenir la flamme vacillante du souvenir, en montrant sa curiosité pour le pays de mon enfance, et même en se lançant dans la réalisation de plats de là-bas dont elle va chercher les recettes sur le Net. C'est ainsi qu'après m'avoir vu ému par le récit et les photos de Michelle, elle a consacré un samedi complet à la confection d'une Mouna, qui m'a presque fait pleurer de joie; mais revenons sur les pas de Michelle...

 
"Alors que je révais sans arrêt de mon propre immeuble, c'est l'appartement de ma grand-mère que j'ai voulu revoir en premier Nous avons été reçus par une Algérienne qui a appelé une matrone sans doute destinée à nous dissuader de réclamer quelque chose. Lorsqu'elle a compris ma démarche, elle n'a eu de cesse de se dire très pauvre et, lorgant sur mon collier, m'a demandé de l'argent. Il faut quand même pas pousser !"
 
Vue de l'immeuble où vivait
ma grand mère, Me Joséphine VERDU
rue de Nancy
  
;
Vue de l'édifice situé face au front de mer, à côté de la rue du Colonel Moll. A l'époque, un jardin se trouvait sur le terre plein que vous voyez en construction.
Je me souviens d'une cressonnière dans une sorte de ravin, avant que l'on ne construise le tunnel sur la descente du port et la liaison vers la rue Murat.
Cet immeuble avec son dôme vert était bien connu de tous les oranais. Une partie n'appartenait-elle pas à la famille SENECLAUZE qui doit sa fortune à l'exportation des vins vers la métropole. La partie droite de ce pâté de maison donnait sur la rue Monge. Au N° 18 au 2° étage habitait l'un de mes amis, Jacques Govin. Son père, René, ingénieur ICAM était directeur des Verreries de l'Afrique du Nord.
 
cliquer sur la photo pour l'agrandir
   




Michelle LE GALES-LAVOCAT
mlegales@aol.com
Jean Claude PILLON
jcpillon@nordnet.fr