La vie mondaine oranaise.


Le théatre ou plutôt l'Opéra
"Oran de ma jeunesse" de J. GANDINI
Notre séjour oranais a été une chance énorme pour toute la famille, et le début d'une ascension sociale que nous n'aurions pas connue en métropole. Ma soeur, plus jeune que moi n’avait pas été inscrite à l’école publique, mais comme les jeunes filles de bonne famille, elle a fréquenté dès notre arrivée le Cours Fénelon, rue de Nancy. On y retrouvait toutes ces demoiselles de la bonne bourgeoisie oranaise, qui se devaient par ailleurs d’apprendre les bonnes manières: quoi donc de plus naturel que de fréquenter également les cours de danse de Madame Maillan (pas Jacqueline... mais une autre). Et tous les ans, à la fin de l’année scolaire, le théâtre municipal ouvrait sa scène au Gala de Danse de Me Maillan. Toute ironie mise à part, c’était un très beau spectacle que celui qui était monté chaque année. Une sorte de comédie musicale dansée par des jeunes filles de 3 à 18 ans qui pour la plupart ne se destinaient pas à cette profession.
ci dessous deux documents offerts par Marie Claude SIMON, qui illustrent ces spectacles auxquels elle a elle même participé en 1958.



Dans un tout autre registre, je me souviens des beaux jours de la Foire Commerciale d’Oran qui se tenait dans le cadre du Parc Municipal, cette oasis de verdure créée de toute pièce non loin de la piscine, avec un petit lac, des pédalos et des cygnes. J’y suis allé accompagner mon père car les Verreries de l’Afrique du Nord y tenaient un stand et j’ai souvenir d’une démonstration catastrophique d’assiettes en verre incassables !... Défaut de trempe sans doute, je ne le saurai jamais, toujours est il qu’au moment où le bonimenteur a lancé son matériel en l’air pour en prouver la solidité c’est toute une série d’assiettes qui est partie en éclat en retombant au sol tandis que le public lui était pris d’un formidable éclat de rire.
A cette même époque de la foire il y avait des galas de variétés le soir et la foule oranaise se pressait pour y entendre les vedettes métropolitaines; j’ai encore en mémoire un gala de Dario Moreno chantant « Si tu vas à Rio ! ». Puis ces spectacles se sont déplacés vers le théâtre de verdure inauguré au « Petit Vichy »

Pour mes parents il y avait l’abonnement aux tournées Karsenty. Cela faisait très chic! C’était un peu du spectacle parisien qui venait jusqu’à eux et pour rien au monde ils n’en auraient loupé une séance. C’était une soirée de grande liberté pour les ados. Nous savions profiter de l’absence momentanée des parents. Et d’ailleurs même lorsque j’étais plus jeune, des garderies étaient organisées entre famille, et nous étions confiés à la surveillance des aînés, mais c’était déjà l’occasion de faire mille et une bêtises.
Et puis dans les années 50 ?... il y a eu la réouverture des arênes. Oran, ville espagnole, possédait des arênes qui ne servaient plus depuis longtemps. Il était temps de renouer avec la tradition taurine si l'on ne voulait pas que le privilège d'organiser une Féria ne disparaisse à tout jamais.


C'est ainsi que j'ai eu l'occasion d'assister au grand retour dans l'arène de Luis Miguel Dominguin et que j'ai pu avec un certain plaisir je l'avoue assister à plusieurs corridas avec mise à mort. J'y ai vu toréer à cheval une femme célèbre à l'époque et dont j'ai bien sûr complétement oublié le nom !... j'avais fini par me convaincre qu'il s'agissait de Conchita Cintron bien sûr mais un afficionado averti m'a informé qu'elle avait cessé de toréer en 1951, bien avant la réouverture des arênes en 54. Cet ami, Georges Pastor a même reconnu son frère Robert sur la photo de Luis Miguel ci contre.
J'ai également appris à cette occasion à déguster une fois de la viande de taureau de combat ( ou du moins ce que l'on nous a vendu comme tel !) mais je n'ai pas su personnellement en apprécier toute la saveur.


Vue aérienne des arènes d'Eckmühl

Daniel VERIN, déjà cité plus haut puisqu'il a été mon voisin rue Lamartine, a déménagé un moment au lotissement des arênes à Eckmühl, juste en deça de la photo aérienne. Il se souvient également: " Oh combien de corridas nous avons vues en passant sous le portail, avant que tout commence..."

Luis Miguel Dominghin en 1957

La vie oranaise, pour un jeune provincial métropolitain, c'était aussi une vie en plein air bien sûr, loin des intempéries continentales, mais aussi beaucoup plus libre qu'en métropole.
Nous fréquentions beaucoup les cinémas. J'en ai cité quelques uns plus haut, en évoquant ceux de la famille CASTELLI, mais il y en avait bien d'autres, le RIALTO, le COLISEE, l'IDEAL par exemple, mais aussi une salle chère à mon coeur parce que l'une des premières salles climatisées je crois, qui nous a présenté le premier ou l'un des tout premiers films en relief 3 D qu'il fallait regarder muni de lunettes avec des verres spéciaux vert et rouge.-Je veux parler du CENTURY.-

B L... m'a rappelé quelques détails concernant ce cinéma:Le Century appartenait à Monsieur Martial ARGENCE (compagnon soldat de mon père durant la seconde guerre mondiale au 66° d'artillerie) et ses initiales étaient moulées sur le plâtre blanc au dessus de l'écran. Il était sur la rue Jacques, parallèle au Bd Galliéni, à côté de la rue Faure où se trouvait l'entrée de service du Prisunic. Comment oublier, lorsque âgé de 9 ou 10 ans, j'y avais trouvé un billet de 5.000 francs (de l'époque) trempé d'eau, qu'un livreur avait laissé tomber sur la "rigole" (le caniveau).
Les informations se complètent lorsqu'en 2003 Michel GONZALES me permet de rectifier l'orthographe du nom de M. ARGENCE (et non ARGENS) et me signale qu'il possédait aussi le Mogador, l'Idéal, le Lynx et qq petites salles dans les faubourg ainsi que le cinéma de Mers-El-Kébir.
Michel y a lui même travaillé et occupait une fonction de maintenance et travaux neufs de matériels de projection, travaux électriques...
Voir photos du hall du century et du personnel aimablement mises à disposition par Michel Gonzales: Cliquer sur photos


Au sortir du Century, dans la rue Schneider il y avait le "SANTA LUCIA", un petit restaurant à la façade bleue grande ouverte sur la rue et disposant, fait assez rare à l'époque, d'énormes vivariums où l'on pouvait voir de très belles langoustes. Mes yeux d'enfant sont bien souvent restés grands ouverts et ébahis par ce spectacle.

Il m'aura fallu attendre 2011 pour avoir des nouvelles de ce fameux restaurant !
C'est Jules ESTEVE qui me transmets quelques photos:


en costume gris avec cravatte noire le patron du restaurant SANTA LUCIA rue schneider à oran M Carmelo SCUDIERI (Napolitain



Repas avec le personnel du restaurant en compagnie de Mr & Mme SCUDIERI,mes parents M & Mme ESTEVE,son neveu auguste PARDO



Noël au Santa Lucia: à gauche ESTEVE Emile à droite Carmelo SCUDIERI derrière le père noel avec le fils de auguste PARDO au fond de la salle un serveur.
M. SCUDIERI est resté 3mois aprés l'indépendance jusquà la vente du restaurant et a terminé sa vie à MARSEILLE.





A Oran, d'autres endroits m'ont laissé un souvenir vivace, les nombreux cafés, bars ou brasseries où l'on pouvait déguster entre copains la sacro-sainte anisette (GRAS, CRISTAL... ?) accompagnée de la célèbre et traditionnelle kémia plus ou moins riche selon le lieu (moules, cacahuètes, fèves, crevettes...) Mes lieux favoris: la terrasse de la brasserie du MAJESTIC parce qu'elle se situait à proximité immédiate de mon domicile, au bord de l'avenue Loubet ou encore le Café Riche pas loin des locaux de l'Echo d'Oran.

Vous avez été intéressé !
Vous pouvez peut-être m'aider !
en m'apportant des documents ou des anecdotes

Ecrivez moi:
jcpillon@nordnet.fr