Un voyage solitaire...
... Un voyage réussi !!!



J'ai revu ma terre natale, fin avril, pendant près de quinze jours, pour la seconde fois.
J'avais revu le village de mon enfance, il y a trois ans, en mars 2002. Je n'avais passé que deux heures avec mes amis d'école primaire, de parties de foot, de jeunesse. J'avais promis de revenir.

Je l'ai fait. J'ai eu un accueil inoubliable, chaleureux. Attendu à l'aéroport de la Sénia, je n'ai subi aucun contrôle de douane. J'étais chez moi, à nouveau, brièvement, mais chez moi.
J'ai senti profondément dans les gens qui m'approchaient la nostalgie de notre vieille Algérie, celle où deux communautés vivaient en paix avant que les drames n'éclatent.



J'ai été choyé, invité constamment, ai dû refuser un grand nombre d'invitations. J'ai pu parler sans tabou de la situation algérienne, exposer mon point de vue qui est que 58 aurait pu voir une Algérie fraternelle et développée



La maison de Mamika


Je suis retourné seul, sans faire partie d'un groupe car je savais que j'étais attendu, parce que j'ai voulu revoir les lieux de mon roman, rencontrer les personnes qui m'ont inspiré. J'ai été hébergé par Mamika, l'épouse de Jean-Pascal des 'secrets douloureux que nous cachent les dieux ", Mamika que je n'avais pas revue depuis 1954. J'ai revu le Dahra et des vignes, la ferme de mon cousin Lolo, j'ai revu Kristel, ce village arabe cher à nos cœurs d'oranais.



Le dahra, les vignes


Le village de Kristel

J'ai revu Oran plusieurs fois, ai dormi une nuit au-dessus du Clichy, le rendez-vous mythique de notre adolescence. C'est à Oran que j'ai eu le plus bel embouteillage de ma vie, embouteillage qui m'a fait parcourir toutes les rues de la cité pour rejoindre le front de mer.
Le français est beaucoup parlé, les chaînes TV françaises sont regardées à la maison comme dans les endroits publics et c'est à Oran que j'ai vu le premier vol de l'airbus 380.

Oran a beaucoup changé. Plus propre qu'il y a trois ans, c'est une ville tentaculaire. J'ai pu déambuler dans la rue de la Bastille, avec ses amoncellements de légumes, ses étals de poissons. J'ai descendu la rue d'Arzew, flâné sous les Arcades, emprunté l'avenue Loubet. J'ai entendu… j'ai entendu… c'était loin, très loin….je me suis souvenu du 5 juillet 1962



J'ai parcouru mon village, chaque rue, ai été reconnu, interpellé. Mon village a beaucoup changé. Si ma maison natale est intacte, celle que mon père a construite en 52 est phagocytée par des constructions anarchiques et ces constructions se retrouvent partout.

Arzew est méconnaissable, son port pétrolier s'étend jusqu'à l'embouchure de la Macta. Des tankers mouillent au large, les torchères des raffineries brûlent sans arrêt. Le phare, lui, veille, immuable.


J'ai retrouvé cet amour de la langue française. Combien de poèmes ont été cités ! " Nous sommes heureux d'avoir été à l'école française " m'a dit un de mes amis qui dit aimer le christianisme. J'ai été surpris, mais le savais déjà, de la considération que les musulmans portent à la Vierge Marie et au Christ qui est un prophète pour eux et non le fils de Dieu.


Le tableau n'est pas toujours idyllique. L'Algérie a retrouvé la paix ; j'ai pu circuler sans crainte, faire des joggings tôt le matin, rencontrer des ouvriers matinaux qui me saluaient, et entendre ces chants d'oiseaux si nombreux que cela me semblait irréel. Je me suis baladé dans le souk grouillant de monde et de véhicules déglingués, qui roulent toujours.

Le GIA est éradiqué et les barrages fréquents sont des barrages de vrais gendarmes et militaires et l'on roule en toute quiétude.
Mais le chômage règne, les vignes sont regrettées, une voiture est hors de prix même si l'essence est bon marché (0,25 centimes d'euro le litre) et surtout, je le disais, l'urbanisme est anarchique. Mon village est enlaidi, les rues nouvelles sont sans trottoir, en terre et pour longtemps, je le crains.
J'ai visité le cimetière, ai regardé des tombes, des dégâts ont été faits, " le cimetière restera " m'a t-on dit.


Pour conclure, il faut conclure bien que j'aie mille autres choses à raconter, je dirai à ceux qui veulent revoir, comme moi, leur terre : n'hésitez pas, allez en Algérie, vous serez accueillis en frères, en amis, vous serez en sécurité… mais à ceux qui craignent de ne plus reconnaître leurs endroits familiers je dis : alors, n'y allez pas, gardez vos souvenirs.

Je n'ai pas visité le lycée Lamoricière, je suis passé tout près et je n'ai pas gravi les pentes du Murdjadjo vers la basilique. J'avais fait ces pèlerinages en mars 2002. J'ai souvent porté mon regard du Front de mer vers la vierge de Santa-Cruz et me suis dit que nombreux aimeraient faire comme moi.

Je n'oublierai pas la chaleur, l'amitié, l'hospitalité de mes amis algériens, leurs larmes la veille de mon départ.
Je rêve encore comme je le faisais en mai 58 en défilant avec les potaches du lycée Lamoricière jusqu'à l'avenue Loubet, à cette Algérie qui ne sera jamais.



Saint-Florent le 20 mai 2005
Jean Paul TADDEI

Nota: on peut agrandir les petites photos en cliquant dessus