top pieds noirs
Les premiers pas dans Oran.

Je dois convenir que notre première vision de la ville d'Oran depuis le pont incliné du bateau nous a plutôt surpris.
Où était le panorama idyllique tracé par les conducteurs de chars qui nous avaient libérés?
  - Les dunes ? pas le moindre grain de sable
  - Les palmiers ? peut-être quelques uns au sommet de cette falaise....
  - les chameaux ? n’en parlons pas.
Ils ne pouvaient pas avoir menti à ce point;
  - Et le soleil alors ? Inexistant !
Il pleuvait et il a plu comme cela pendant une semaine complète, C’est un phénomène que je ne me souviens plus avoir à nouveau rencontré durant tout mon séjour oranais.
Nous étions attendus par le nouveau patron de mon père qui nous a souhaité la bienvenue avant de nous conduire dans une villa achetée par St Gobain et transformée en Pension de famille pour tous les immigrants car, nous l’ignorions encore, mais il était très difficile de trouver un logement en ville. Cette villa située 112 rue d’Arzew s’appelait "Villa Marie Claire". J’en garde les souvenirs d’une vie communautaire, entre métropolitains, une période assez pénible, somme toute par manque d’intimité et de vie de famille, et sans aucun contact réel avec les Français d'Algérie.

Nous qui avions été habitués à vivre dans une petite ville, de 40.000 habitants à l’époque, et dans un pavillon particulier, nous étions transplantés dans une cité énorme, de 250 ou 300.000 habitants avec des immeubles modernes de 10 étages, grouillante de monde et de vie. Il y avait de quoi être dépaysé. Je me souviens du tramway qui passait rue d’Arzew, tirant sa remorque, et débordant de monde. Il était difficile d’y trouver une place assise et il y avait souvent une grappe humaine accrochée aux marchepieds. Il faut avouer que, métropolitains et provinciaux qui plus est, nous nous sentions un peu perdus dans cette agitation permanente.


   
 
L'arrêt des tram
Place de la Mairie
 
L'arrêt des bus
quelques années plus tard

Nous aurions aimé pouvoir nous évader vers la campagne: sans être riches, nous avions été habitués à une certaine aisance: mon père avait même acheté une traction avant Citroën 11 Cv début 39. Elle était encore toute neuve, après avoir échappé aux réquisitions de l'occupant allemand en passant la guerre dans un garage camouflé sous un immense tas de fagots. Mais bien sûr il n’avait pas été question de lui faire faire le voyage puisqu’à l’époque c’était le voyage Aller que l’on effectuait avec une petite valise. Même les meubles sont restés en Métropole, en garde meuble jusqu'à notre retour, puisque notre séjour en principe ne devait pas excéder 2 ans. Et puis on nous l'avait décrite cette Algérie, comme un pays de cocagne où l’on pourrait acheter une belle américaine en descendant du bateau..! Il aura fallu attendre 1948 pour trouver une bonne occase, et 1950 pour toucher la "traction" commandée dès 1947.
Entre temps il y avait une bonne vieille 402 PEUGEOT appartenant à la Verrerie, un modèle "familiale" avec strapontins, pour laquelle il avait été instauré un tour de rôle chaque week-end. Mais en s’arrangeant bien avec d’autres familles on pouvait sortir presque un dimanche sur deux ! C’est comme cela que nous avons fait nos premières ballades autour d’Oran et découvert Santa Cruz, Misserghin, la forêt des Planteurs et même Sidi Bel Abbès...
Néanmoins ma mère commençait à déchanter et parlait très sérieusement de rentrer en Métropole, lorsqu’au bout de 6 mois nous avons enfin trouvé un appartement.

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