+ Nombreux sont les oranais qui ont souhaité exprimer leurs souvenir ou leur nostalgie en utilisant l'art poétique Laissons leur la parole sur cette page qui leur est grande ouverte:


De Jacques TANVIER, une sorte de Pied-gris comme moi, qui s'esr expatrié à Oran après mai 68 et y a séjourné une dizaine d'années, y créant un cabinet d'architecte. Lui aussi a la nostalgie de cette Oranie:

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MON ALGERIE,

¨ PAYS DES ORANGERS EN FLEURS ¨.

 

 

 

 

Pays de mes rêves d’entant, tu as su marier le charme oriental à celui de l’Afrique,

Ton histoire mal définie aura souvent inspiré les convoitises, le profit et les passions.

 

Mais, tu resteras toujours dans le cœur de ceux qui garderont la fierté de t’avoir connu. Tes habitants avaient des accents et des écarts de langages aussi colorés que diversifiés, mais toujours démesurés.

 

Chez toi rien n’était simple, mais tout était possible, pour te définir avec des mots justes, je te peindrai aux couleurs de mon imagination.

 

Quand je prononce ton nom ¨Algérie ¨, mes souvenirs doucement me reviennent. Comment as-tu fait pour te montrer aussi impitoyable, lorsque tes enfants t’avaient désobéi, pour affirmer leur volonté de t’appartenir ?

 

Leur passion pour toi, un jour se déchaîna, et par amour et attachement, ils ont avec tristesse usée de violence pour te garder.

 

Quel est ton secret ¨ Algérie ¨, pour qu’aujourd’hui, nous t’aimions encore ? Es-ce le fruit du devoir ou du hasard, pour que les deux camps perdent autant de vies pour toi ?

 

La fertilité de ta terre a longtemps fait de toi, ¨ Le jardin de La FRANCE ¨, cette France qui ne t’a pas toujours ¨ Comprise ¨, et qui t’a même trop vite abandonnée, mais à qui tu cries toujours ton attachement,

 

L’amour qui vous a fait vous connaître, restera indélébile dans l’esprit et dans le cœur de ceux qui ont rempli les pages de cette aventure terrible, en ayant tout perdu.

 

Avec le temps, les sacrilèges partagés s’estomperont pour laisser place aux souvenirs.

 

Algérie, tu auras bercé les rêves des générations qui t’auront aimé, en se sacrifiant pour toi… ! Aujourd’hui, nous te saluons quand même…., ancien pays de France.

 

 

 

Montpellier 31 janvier 2007




 

Jacques TANVIER

¨

¨ ORAN ¨,

MA VILLE NATALE

 

 

 

 

 

ORAN, tu fus la ville qui me fit naître et apprécier l’âge de mes 25 printemps

Toi-même, tu es née en terre africaine, et tu symbolises « la douceur de vivre »,

Et pour la vie, tu y auras inscrit dans mon cœur mon attachement à ta terre.

 

 

Cité millénaire, tu auras su résister à tes séismes et aux ardeurs de ton  soleil,

Tes rues s’imprégnaient du cri des enfants et de la croyance de leurs mères,

Les échoppes de ton marché oriental y diffusaient l’odeur musquée des ses épices.

 

 

Dans tes murs ¨ ORAN ¨, j’y aurais planté mes racines, en y apprenant l’amitié,

C’était l’époque de nos ambitions, c’était l’époque ou nous bâtissions notre avenir,

C’était l’époque de nos amours à tous, c’était l’époque de nos jours heureux.

 

 

Aujourd’hui, la vie nous a séparée et quand je pense à toi, j’ai des larmes de regrets.

Mais vois-tu, les souvenirs de ces années de lumière resteront gravées dans mon cœur.

 

Si tu existes encore, dis moi que tu ne m’as pas oubliée, et dis moi que ce ne fut pas un rêve, mais une réalité.

 

 

 

 

Montpellier le 2 février 2007  

  

Jacques TANVIER




LA TERRE DES PARIAS.

 

 

Ce poème est dédié à tous les pieds noirs de France.

 

Pourquoi ce vent maudit sur vous se déchaîna…. ?

Pour qu’un jour, la mère patrie vous oublia,

Faisant éteindre dans vos coeurs, la flamme du bonheur.

Par quel méfait, cette punition vous condamna sans pudeur?

L’horreur de cette raison, ne fût-elle pas celle des erreurs ?

 

 

Erreurs venant de ceux qui dirigeaient votre destin,

Et qui détournèrent vos voies, déposées dans le scrutin,

Pour y imposer le satanisme pouvoir de certains.

Alors de catastrophes en catastrophes, tout arriva un beau matin,

Et ce fut en juillet, que l’exode vous fit perdre votre entrain.

 

 

A chaque famille déracinée,

Le vent de l’oubli éparpillait les pensées,

Pour qu’il soit plus difficile après pour exister…

Criez sans faire semblant, il faut vivre, il faut aimer….

L’amputation des origines s’est faite sur le chemin du déshonneur.

 

 

Par ceux qui vous firent les parias de l’histoire,

Au nom de quels méfaits, au nom de quelle l’histoire

Vous a t’ont coupé de vos racines, et banni de votre terre ?

Etait-ce, pour que les regrets rongent vos esprits et vos coeurs… ?

Quels sont ces démons capables d’autant d’ignominies….?

 

 

Vous tous aviez droit, au droit universel,

Qui est celui de posséder, de mourir, ou d’aimer,

Vous aviez le droit de vous défendre jusqu’au dernier,

Au risque que vos coeurs saignent et pleurent pour des années…

Et pourtant, c’est avec dignité que vous êtes resté debout devant l’adversité.

 

 

Montpellier le 7 février 2007

 

Jacques TANVIER




QUAND L’OISEAU BLEU

MEURT A MES PIEDS !

 

 

 

Comme dans un profond sommeil, je traîne seul ma solitude dans cette rue sans nom au destin morbide.

 

Pourtant, je t’ai connu toi l’oiseau  sortant de l’azure bleu du ciel, tu devais être à mes côtés pour me protéger.

 

Tu me disais être le symbole de mon bonheur et celui de la joie retrouvée, pourquoi m’as-tu quitté un jour de juillet.

 

Aujourd’hui je suis l’exilé, originaire du pays où soufflait le siroco, à cause de toi, je suis devenu l’un des parias de l’histoire.

 

J’avais foi en toi ¨ L’oiseau bleu ¨, je croyais à la parole des hommes, mais maintenant, j’ai le cœur serré et l’âme souillée par les incertitudes.

 

Par toi, comme dans un mauvais rêve, j’ai perdu ma terre natale en même temps que je perdais la mémoire de mes ancêtres.

 

Et c’est par ma détresse que l’envie de crier me vint, « Quand je t’ai vu mourir à mes pieds  toi l’oiseau bleu » qui incarné mon espérance et ma foi….,

 

Je venais de comprendre en te perdant, que j’enterrais à tout jamais le passé de mon enfance et celui de mes illusions perdues…… !

 

 

 

Montpellier le 22 août 2007.

 

Jacques TANVIER



De René Mancho à l'occasion de la Toussaint 2007:

A nos morts


Lorsque les chrysanthèmes fleurissent sur les tombes
Et que les bonnes gens honorent leurs défunts
Du lever du soleil jusqu’à c’que la nuit tombe
Me reviennent en mon âme odeurs et parfums
De mon pays , la bas ou je ne pourrai pas
Un bouquet à la main, une prière sur les lèvres
Rendre hommage à mes morts, non je ne pourrai pas
Alors monte en moi la rage et puis la fièvre.
Sous une humble photo, maigre consolation
J’allume une veilleuse et la petite flamme
Permet vers vous mes morts toute ma dévotion
Ma tristesse, ma peine et c’est la mort dans l’âme
Que mon esprit s’en va, vers les marbres ternis
De cet havre de paix qu’était Tamasouet
Où désormais, hélas, il ne m’est plus permis
De prier mes défunts sous le chant des mouettes.
Les larmes qui circulent sur les rides de mes joues
Me disent que peut être mon tour d’aller vers vous
N’est déjà plus très loin et qu’enfin finira
Cette séparation que des fous ont voulu


René
Avec toute mon amitié



C'était l'après midi .

On est allé s'asseoir un peu sur la terrasse.
Marie à dix-sept ans. Elle est née à Rouen
Dont elle a la beauté, mais de chez nous la rage.
Elle a les cheveux noirs tout comme sa maman,
Et des yeux qui foudroient les hommes à son passage.
Elle est venue vers moi en tenant à la main
Le gros album de cuir que je n'ai plus ouvert depuis
Tellement longtemps et dont le parchemin porte
Deux initiales qui sont celles de mon père.
Marie avait senti mon mouvement de refus.
En hésitant un peu, elle m'a tendu l'ouvrage :
" Montre-moi, a-t-elle dit, ceux que tu as connus.
" Parle-moi de là-bas; tu as tourné la page, mais
" Je voudrais savoir pourquoi, même aujourd'hui,
" Tu cache cette blessure. Parle-moi de ta terre,
" De ces années enfouies. Je garderai cela secret, je te le jure.
J'ai regardé l'enfant qui ne saurait jamais, en pensant
Que naguère au début juillet j'avais vu disparaître
Sur l'un des quais d'Oran, une jeune fille de son âge
Qui avait tous ses traits.
Marie je vais te dire la terre où je suis née.
Je vais te raconter
Un peuple disparu, une espèce morte, l'histoire d'un regret.
Tu sauras ce qui fût et qui ne sera plus: C'était un bout de plage,
Une rue, deux cafés, une place coloniale où j'ai couru enfant;
Sous le regard des grands qui mangeaient des beignets
En buvant l'anisette, le soir en chahutant.
Je sais routes et champs écrasés de soleil et aussi l'olivier.
Je sais les voiles blancs et les iouious stridents qui montent
Vers le ciel. Je sais l'amande, je sais la figue, je sais l'Orient.
Mes copines de classes; elles s'appelaient Simone, Aïcha, Isabelle,
Et les garçons Henri, Benjamin, Oum Saoud… Tout comme à
Barcelone on faisait le boulevard…Regarde il m'a souri…
Le dimanche, on partait un panier sous le bras pour passer
La journée à rire, à chanter. A midi, sur le sable on sortait la Mouna
-Qu'est-ce que c'est la mouna? Un jour je t'en ferais…
Au jour du Grand Pardon, de l'Aïd Srir ou de ta fête à toi
Ma petite Marie, c'était la même joie. Les Dieux devaient sourire
De voir Allah, Jésus, Jéhovah et Elie s'entendre comme jamais
Ils ne l'ont fait ailleurs. Sans même le savoir, sur ce morceau
D'Afrique on avait inventé une idée de bonheur qui chante encore
En moi comme une source magique.
Ce n'était rien Marie, qu'une terre bénie où la fraternité existait vraiment
Jusqu'à ce qu'elle ne soit qu'un rêve évanoui,
Comme un jouet d' enfant, piétiné par les Grands.


Texte dit par Marhe Villalonga sur France Inter
(auteur inconnu)


Oran,ma Ville


Si je suis près de toi, pourquoi te voir si lointaine ?
Ma mère , mon amie, tu seras toujours mienne
C’est toi, qui m’a vu naître, mon cœur garde encor
La chaleur de ton sein qui m’a rendu si fort !

Mon enfance défile sur un livre de toi
Eglise où j’ai fait ma profession de foi
Maisons, rues et squares tous empreints de mes rires
Ecoles et lycée ! Que j’aime vous décrire…

Comment parler de toi sans évoquer la mer
Mes rêves, mes loisirs, mes souvenirs si chers
Je m’évade quelquefois et viens hanter tes criques
Tes plages, ton soleil me rendent nostalgiques !

Oran, mon amie, j’ai le cœur un peu gris
J’aimerai te confier les secrets de ma vie…
Te présenter mes filles aussi jolies que toi
Revivre mon passé en te montrant du doigt !

Je ne sais pas si tu m’as oublié ?
Ni si cette peur est Amour ?
Je sais seulement que tu es restée
Je sais seulement que l’on m’a chassé


Roblid.


Oran 1962


   		La guerre d'Algérie éteignait tes soleils
                   Détruisait ton empire et toutes tes merveilles
                   Et la mer soulevée recouvrait par ses pleurs
                   Tes enfants consumés dans le feu du malheur

                   Les fusils des soldats en allés dans la nuit 
                   Déchiraient le silence et allumaient les cris
                   Et les matins baignés d'une pâle lumière 
                   Pliaient sous la lueur d'un désir éphémère 

                   Le bleu de tes étés se noyait dans le sang
                   Qui coulait tout au long des chemins innocents
                   Et la mort rougissait la terre du passé
                   Dans un présent perdu à l'horizon cassé

                   Des regards apeurés surgis du fond des têtes
                   Cherchaient dans le tumulte une impossible fête
                   Et des cœurs étonnés brisés de part en part
                   Tremblaient à l'avenir d'un douloureux départ



Alain Bentolila



RIVAGE D'ORANIE

Assis sur un rocher j'écoute bien souvent
L'enivrante chanson de la Mer et du vent.
La mer est à mes pieds, si bleue, belle et immense
Qu'elle me fait rêver : je la regarde et pense.
Elle étanche ma peine en douceur et sans peine
Quand parfois j'épanche ma douleur et l'entraîne !
Un vague murmure venant des vagues, oh!
Infini et vivant petit clapotis d'eau.
Monotone et prenant est son refrain qui traîne,
C'est la douce chanson d'invisibles sirènes.
Mais je regarde au sud, au-dessus de l'écume,
Une terre là-bas, apparaît dans la brume.
Cette mer caressant la côte d'Algérie
Vient rouler les galets de mon pays chéri.
C'est ma terre natale et c'était ma patrie :
Pour elle je n'avais que de l'idolâtrie !
C'est mon " Île " perdue, loin de moi, éthérée,
Ne sachant toujours pas si je la reverrai.
J'ai tout laissé là-bas, mes plus belles années
De l'autre côté de la Méditerranée !
Malgré qu'il m'ait trahi, malgré qu'il m'ait banni,
Je n'oublierai jamais mon pays d'Oranie.
Je n'oublierai jamais cette ville d'ORAN
Pour tous mes souvenirs, un hommage lui rends.
Je n'oublierai jamais son merveilleux rivage
Que j'ai souvent longé, à pieds ou à la nage :
De la 'Pointe d'Aiguille' aux criques de 'kristel',
Des genets du 'Cap Roux' au plat de 'Canastel' ;
Des Falaises d'Oran aux mains de 'Notre Dame'
Protégeant le 'Vieux Port' où j'ai fait de la rame ;
Du haut de 'Santa Cruz' au 'Rocher de la Vieille'
Où le paysage est une pure merveille ;
Du sable de 'Trouville' humecté par la mer
Où le soleil et l'eau se mariaient à la terre ;
Des plages 'd'Aïn el Turc', au bout du 'Cap Falcon',
De ses sables dorés frôlés de mon balcon ;
De ses fenouils de sable aux asperges du Phare
Qu'un jour m'y promenant, j'ai trouvées par hasard !
Et puis 'les Corales', aussi 'les Andalouses',
Et toi belle 'Île plane' que la mer épouse !
Et vous 'Les Habibas' en face du 'Cap blanc',
Vous reverrai-je un jour et pour tout dire : quand ?
Alors ces souvenirs qui viennent m'assaillir
Me font tergiverser : l'aimer ou la haïr ?
Car ayant tout perdu, de tout mon paradis,
Il ne me reste plus que son nom : ORANIE !
PERPIGNAN 2006.




Souvenir


Ceux qui, tragiquement, sont morts en Algérie,
N’ont plus droit que près d’eux, la foule vienne et prie.
Martinez, Dupont, Mazella ou Lévy,
Le seul crime commis fut de croire à la vie.

Un homme, grand par la taille est venu et a dit
« Ne craignez donc plus rien car je vous ai compris
Ce que vous vouliez faire, je vais le faire ici. »
Mais cet homme, si petit, un jour nous a trahi.

Alors nous qui sommes là, remplis de nostalgie,
Ayons une pensée pour parents et amis
Restés dans un pays ou personne ne prie
Pour ces hommes, ces femmes dont on a pris la vie.


Claude Sicsic - Octobre 2001


Tu étais née
Par delà les mers
Dans un paradis blanc
Où tout était amour et fête

Puis un jour
Un bel oiseau d'acier
T'a transporté là
Où tu serais jugée

Tous les regards
Convergeaient vers toi
Celle qui était bronzée
Celle qui venait d'ailleurs

Pourquoi ces regards ?
Pourquoi cette haine ?
Pourquoi tout ce mal ?
Tu ne comprenais pas

Tu as traversé le miroir
De la haine et du mal
Pour un signe amical
Pour une main tendue

Tu exorcises ton mal avec mal
Mais tu réussiras à vaincre
Par l'esprit..
Esprit indomptable
Sans loi, sans limite
Par l'amitié..

Seules libertés

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GUERRE
ENFER
PEURS
SUEURS
TUERIES
NUITS
HORREURS
DOULEURS
SANG
BOMBES
TOMBES
ATTENTATS
ASSASSINATS
POIGNARDS
FOLIE
CRIS
FUSILS
VIOLENCE
IMPUISSANCE
INNOCENCE
RACISME
SEISME
CORPS
MORTS
FEU
MALHEUREUX
FEMMES
FLAMMES
ENFANTS
PLEURANT
INJUSTICE
SE CACHER
S'ECHAPPER
SE FONDRE
FUIR

APATRIDE


Fanfan Daho





Poème d'un Beni Safien transmis par Antoine Tchoumino

Nostalgie.

Oh ! terre aimée loin de nos coeurs meurtris,
Terre sauvage et pleine de beauté.
Pendant presque deux siècles tes fils t'ont chérie,
Pour te rendre plus belle sont morts épuisés.

Tu faisais leur orgueil,
Pensant que jamais tu ne ferais leur deuil,
Ils vantaient tes mérites, tes vertus, leur foi,
Lorsqu'ils venaient ici et qu'ils parlaient de toi.

Et puis un jour le glaive s'est abattu,
Tel un fléau féroce,
Ne laissant pour salut
Que cette fuite atroce.

Moments inoubliables ces soirs là sur le port,
Etreintes poignantes et départs retardés,
Pour ceux qui tout à coup sentaient qu'ils s'aimaient fort,
Alors que jusqu'ici ils l'avaient ignoré.

Le voile peu à peu s'estompe et disparaît,
Découvrant un pays jamais pareil au nôtre,
Devinant des chagrins à jamais oubliés,
Des rides et des souffrances introuvables sur d'autres,
Des visages souriants sans aucune rancune,
Mais gardant dans les coeurs une grande amertume.

Claude PASTOR, 1965.


Dans un autre genre, ce poème écrit par le chansonnier Christian VEBEL, que nous avons longtemps entendu sur les ondes de Radio Alger, dans une émission qui s'appelait je pense: "les 3 baudets" avec Georges Bernardet ... et le 3° m'échappe.... mais a été retrouvé grâce à Robert Lidon: il s'agit de Pierre-Jean Vaillard.
Robert en profite pour me transmettre un autre poème de Ch. Bebel, bien connu mais que je n'arrivais pas à retrouver. Il est à la suite.




La babouche et le pied noir

Il était un petit pied noir
Qui logeait dans une babouche
Tous deux faisaient plaisir à voir
Marchant du matin au soir
La babouche autour du pied noir
Et le pied noir dans la babouche
La babouche dit un jour: » Pourquoi
Trainer ce pied noir avec moi ?
Marcher ensemble quel calvaire
Il est lourd…moi je suis légère
S’il voulait libérer les lieux
Seule, je marcherais beaucoup mieux. »
Dès lors, la babouche travaille
Pour blesser le pied, le tenaille,
Le comprime, fait tant d’efforts
Que le pied noir ayant un cor
Et prenant la mouche
Se retire de la babouche
Le pied noir, lui, s’est replié,
Bien sur, dans ses petits souliers
Mais il a poursuivi sa route
Et la plus étonnée, sans doute,
Fut la babouche qui n’a pas compris, mais vu
Que sans le petit pied noir , elle ne marche plus

Christian VEBEL
(Théâtre des 3 Baudets)


et de Pierre-Jean VAILLARD:


L’Algerie de papa,

Eh bien oui! C’en est fait des formules anciennes,
Et l’Algerie devient Algerie Algerienne.
Assez de colonies, et nous ne voulons pas
Voir se perpétuer « l’Algerie de PAPA ».
La roue tourne morbleu ! La vie est la plus forte.
Puisque Papa est mort, son Algerie est morte.
Le progrès est en marche; emboîtons lui le pas!

Si on disait, quand même, un peu « merci » à Papa !

On dit qu’il n’a pas fait tout ce qu’il eût dû faire.
C’est possible; après tout, nul n’est parfait sur terre.
Et pourtant, si Papa n’était jamais venu;
Où serait l’Algerie; chers messieurs de l’O.N.U.

Car avant que Papa n’invente l’Algerie,
La contrée s’appelait vaguement « BARBARIE »…
Souviens-toi, Mohammed! On y crevait de faim!…
Il me semble, à présent, qu’on s’y porte assez bien.

« Merci Papa « …Les gosses mouraient comme des mouches.
Or, Fatma, de nos jours, sait comment on accouche.
« Merci Papa »…Sans lui, cette population
N’aurait pas augmenté, je pense, par millions.

Te souvient-il des oueds où buvaient quatre chèvres
Et de ces grands marais où l’on crevait de fièvres ?
Regarde le jardin nommé « Mitidja »!
« Merci Papa! Merci Papa! Merci Papa! »

C’est lui qui vint bâtir ces villages, ces villes,
Et de l’école, aussi, t’apprit l’usage.
Il n’y a pas d’école partout!
Peut-être, mais avant, il n’y en avait pas du tout.

Au temps d’Abd-el-Kader les universitaires
N’existaient pas sur cette terre,
Et si Papa, toujours, n’avait pas mis du sien
Monsieur Ferhat Abbas serait-il pharmacien ?
Monsieur Ferhat Abbas, s’il n’était pas mort de fièvre
Irait pieds nus, sans doute, et garderait les chèvres
Je suis ravi qu’il soit habillé, comme moi.
Mais un peu de pudeur ! Un peu de bonne foi !

Etre civilisé comprend la politesse.
Savoir dire « Merci » n’est pas une bassesse.
Et si Papa n’est point toujours parfait,
Est-ce une raison pour oublier ce qu’il a fait ?

L’Algerie de Papa recule dans l’Histoire.
Admettons; mais Papa ne s’en va pas sans gloire…
Et si toi, Mohammed, quand il est arrivé;
Tu ne te nourrissait que des fruits du palmier;
Les temps ayant changé, maintenant que tu manges
De la viande et du pain, sans compter les oranges.
Et puisqu’il est question de partager tout çà
Avec les héritiers de ce bon vieux Papa.
Crois-tu que ce serait bien délicat

DE NE LEUR LAISSER QUE… DES DATTES?


Pierre-Jean VAILLARD. (Théâtre des 3 Baudets)





Photo Documentation Guy Montaner

et ci dessous de Robert Lidon





Pardon !


Pour avoir libéré les esclaves à Alger
Après que les soldats du Roi de France en aient chassé le Dey
Pour tous les marécages asséchés, transformés en vergers,
Pour les terres emblavées sur les sols empierrés.
Pour le nom d'Algérie que la France l'a donné.
Pour tous les chemins tracés et les rails posés
Afin que toutes les campagnes se rapprochent des cités.
Pardon pour les perles que furent Oran, Constantine et Alger
Que de jaloux pays nous ont tant enviées.

Pardon l'Algérie !
Pour avoir construit des écoles, des lycées, des facultés
Afin que les enfants puissent y être formés,
Pour ces barrages élevés, à des canaux reliés
Afin qu'à tous les robinets l'eau douce puisse couler.
Pour les dispensaires et les hôpitaux qui ont été créés
Afin que tes fils puissent y être soignés.
Pour le trachome éradiqué,
Pour les maladies infectieuses endiguées.

Pardon l'Algérie !
Pour toutes les gorges d'innocents tranchées
Pour le massacre d'Oran perpétré un 5 juillet.
Pour tout ce que tu as pris qui ne t'était point donné.
Pour les accords d'Evian que tu as bafoués.
Pour tous les lauriers dont tu t'es parée.
Pour avoir fêté une victoire que tu n'as pas gagnée.
Pour tous mes frères Harkis que ru as suppliciés
Pour le seul tort d'avoir voulu rester Français.

Pardon l'Algérie !
Mais si un jour, toi, peuple algérien manches retroussées,
A l'image de nos pères qui t'ont tout donné,
Tu te mets à rebâtir ces murs lézardés
Par ces vandales qui nous ont succédé
Alors, fier je serai d'avoir été ton frère,
Et si toi, l'Algérien, tronquant ton glaive pour l'aire,
Tu te mets à défricher comme l'avaient fait nos pères,
Et bravant les sauterelles, la sécheresse et la poussière
Recommences à semer sans regarder en arrière
Sans quêter des visas pour fuir la misère,
Alors je saurai que je suis pardonné,
Et pourquoi pas rêver dans un élan de paix
Qui t'amène à saisir le rameau d'olivier
À demander pardon à tes frères exilés,
Et reconnaître ensemble tous les bienfaits
Par notre France prodigués
Danièle Horta et Emilien Pastor
Poème paru dans la revue des anciens du Lycée Lamoricière
Et dans l'écho de l'Oranie N° 309
et largement diffusée sur le Net



MON BEAU PAYS DU NORD.


Je suis, tels mes parents, fier d'être né au nord,
Un pays méconnu juste au bord de la mer ;
Un pays dénigré et mal aimé à tort
Et pourtant un pays si extraordinaire !
Son chef-d'oeuvre voulu, la nature l'a fait
En fusionnant si bien le ciel, la terre et l'eau ;
Et c'est du succès de ce mélange parfait
Que mon pays du nord un beau jour est éclos !

Falaises et rochers, galets et golfes roux,
Dunes et sables chauds, tapis d'or de nos plages,
Sont saupoudrés de blanc lorsque la mer s'échoue
Et sont alors unis en un beau mariage !
Le vent du nord qui vient de la mer nous est doux :
Ce n'est qu'un souffle court son flux nous atteignant,
Comparé à ces vents mauvais qui rendent fou :
Le Mistral de Marseill', l'Autan de Perpignan !

Le soleil au-dessus de mon pays du nord
Dirige notre vie par toute sa magie ;
Il réchauffe nos cœurs et envahit nos corps,
Il dope notre esprit et crée notre énergie !
Au plus chaud de l'été, il dore les moissons ;
Il fait mûrir les fruits et rougir le raisin
Il sait pourtant doser sur nos peaux ses rayons
Pour ne pas nous brûler et conserver nos teints !

Notre terre du nord est si douce et légère,
Labourée, cultivée : labeur de nos aïeux,
Qui ont par leur travail su la rendre prospère
Quand elle était le lit d'un terrain rocailleux !
Les cultures du blé, des vignes et coton,
Les prairies, les jardins, les champs et les vallées
Et même les plateaux avec porcs et moutons
Étalent la force de notre volonté !

Notre esprit de progrès, de développement,
A modifié le sol, changé le paysage,
Améliorant la vie considérablement :
Voyez un peu nos ports, nos villes, nos villages !
Les gens du nord sont bons, accueillants, chaleureux,
Sous leurs airs suffisants, ils ont un très bon coeur
Et ils donneraient tout, étant très généreux,
Sauf leur identité, leur accent, leur honneur !

Ils ont le verbe haut, la parole facile,
Les phrases colorées venant de leur faconde !
Justement leur accent : il est indélébile
On le connaît partout aux quatre coins du monde !
Le parler imagé, de nous Français du nord,
Est fait d'un bienheureux mélange de cultures,
De nationalités, de langues et d'apports
Qui viennent enrichir aussi notre nature !

Et quand descend le soir, que s'allonge mon ombre
Sous le ciel infini où les astres scintillent,
Je parcours l'horizon et vois dans la pénombre
Que ma terre du nord est un joyau qui brille !
Ou quand très loin du nord, les yeux écarquillés,
Je vois dans les lueurs s'élevant vers le ciel,
De grands sapins de fer se mettant à briller,
Je me souviens du nord et des soirs de Noël !

Que verte est ma vallée quand l'herbe qui y pousse
Me permet d'espérer en faisant mon bonheur ;
Mais quand le vent forcit et qu'elle devient rousse
Pour ma terre du nord je crains un grand malheur !
Car quand le ciel rougeoie au-dessus de la plaine
Et que le vent de l'est ramène certains sons,
Je me demande si ces petits phénomènes
Ne sont pas le début de terribles frissons !

Et si j'étais un jour perfidement trahi,
Obligé de partir, d'éviter le tombeau,
Alors si je devais visiter cent pays,
Mon beau pays du nord resterait le plus beau !
Mais pour vous, quand je dis : " Mon beau pays du nord ",
C'est un malentendu, aussi je vous rassure,
Je suis, tels mes parents, fier d'être né au nord,
Au nord, oui mais au nord, de l'Afrique bien sûr !

Jocelyn PERPIGNAN - Oran 42/62 -


La vieille dame de st nicolas des biefs

1er couplet
Perchée la haut sur la montagne dans une maison délabrée
Jamais personne comme compagne jamais personne a qui parler
Malgré l’hiver malgré le vent et les intempéries du temps
Malgré la neige malgré le froid ca fait cent ans qu’elle vit là

Refrain
Et pourtant quand vient le printemps elle s’y sent très bien
Oubliant la rigueur du temps et le froid malsain
Le soleil chauffe encore son c½ur comme au bon vieux temps
Quand elle faisait la veillée le soir après la moisson

2éme couplet
C’était pourtant un beau village du temps ou elle avait vingt ans
Elle y dansait sur la p’tite place au son d’un bel accordéon
Et puis tout le monde est parti,c’est elle qui garde le pays
On vient la voir de temps en temps,en souvenir du bon vieux temps

Refrain
Si un jour vous montez la voir dans son beau pays
Vous verrez la vieille dame assis gardant ses brebis
Dites lui qu’on ne l’oubli pas et qu’on pense a elle
Entassé comme des sardines dans des hlm
Dites lui de rester la haut avec son troupeau
D’écouter le chant des abeilles et le bruit du ruisseau

3ème couplet
C’était pourtant un beau village,du temps ou elle avait 20 ans
Elle y dansait sur cette place au son d’un bel accordéon
Au son d’un bel accordéon
Paroles de Yves TRIVES de St Romain la Motte 42640
Né a oujda ( maroc )
Ps je la chante sur l’air de ( fait du feu dans la cheminée) Des compagnons de la chanson


1962 Une belle histoire
1962 Un triste départ…

Je m'en souviens, nous étions en Algérie,
Dans ton couffin, tu dormais les yeux fermés.
Allongée prés de toi, maman m'a souri,
Impatient, inquiet, je me suis esclamé. !

C'est notre bébé ? Chérie, notre poupon ?
Son regard, à cet instant, je le revois encore,
Serein, plein de tendresse comme un pardon,
Contre moi, ce jour là je l'ai serré très fort.

Quel beau spétacle, une mère et son enfant,
Avec, pour musique de fond, ton premier cri.
Quel merveilleux décor et pourtant,
Je m'en souviens, nous étions en Algérie

Oran, notre ville bruyante, tourmentée,
Vivre au quotidien dans l'indifférence,
Telle était cette longue et triste réalité
Un sombre destin pour notre France.

Tu ne pouvais savoir, dans ton couffin
Que la guerre dans les rues nous interpeller
Sécurité, barrages, contrôles sans fin
Nous vivions ces contraintes sans s'affoler.

Enfin, après tant de mois, d'attente,
La cigogne dans son nid a déposé
Tout prés d'une jeune maman impatiente
Ce cadeau du ciel, son nouveau né.

La douce fraîcheur de ce mois de Mars
Lentement s'en est allée, laissant au printemps
Avec sagesse et sérénité, sa légitime place.
Ainsi, démarrait notre nouveau feuilleton.

Dans la douleur, de ce stupide drame,
Trois mois après, sans l'avoir désiré
Sur le port, en retenant mes larmes,
J'avais fait ce choix, pour vous sécuriser.

Voilà ma fille, le doux récit de ta naissance,
Tu n'as aucun souvenir de cette Algérie,
Si, pour toi, ce pays n'a aucune importance
Maman elle, s'en souviendra toute sa vie.

Papa aussi ….. Pourquoi si tard ?...

Jacques septembre 2007



Je suis un auteur compositeur né en France mais issu d'une famille de pieds noirs d'Algérie de la région d'Oran et plus précisément du village de perregaux. Au travers de ce texte je n'ai pas voulu raconter un pays que je ne connais pas mais plutôt retrouver, sur les souvenirs des conversations de mes grands parents,de mes oncles et de mes parents, l'ambiance si poétique qui rythmait leur jeunesse mais aussi un peu la mienne. N'hésitez pas à me faire part de vos commentaires sur mon mail radiotaxi@hotmail.fr ou sur ma page Myspace : www.myspace.com/souvenirsdebabylone et, si vous avez aimé le texte, à le faire partager au plus grand nombre. Merci.
Jérôme El Malek


Exil

J’ai laissé mon soleil
Les rues blanches de chaux
L’air chaud et sensuel
De mon pays si beau

 

Et les orangeraies
Qui coloraient l’azur
Et les verts citronniers
Qui parfumaient l’air pur.

 

Ma maison chaleureuse
Le poêle de ma cuisine Aux odeurs savoureuses
D’orient et de quinine

 

Et le chant des cigales
Et les champs d’oliviers
La chaleur matinale
D’un éternel été.

 

J’ai laissé mon désert
Que je vois ça et là
Sahara, Sahara

 

Sirocco décadent
Et ses flammes de sable
Qui chantaient en cadenc
La langoureuse valse.

 

Oubliant ma mémoire
Et les miens et leur tombe
Pour une toute autre histoire
Où la pluie tombe en trombe

 

 

Là j’ai laissé mes rêves
Malgré moi sur le quai
Et le temps d’une trêve
Le bateau m’emportait

 

Rivage de l’enfance
Le rivage d’en face
est celui de la France
Celui du temps qui passe

 

Abandonnant la mer 
Ma méditerranée
Aux reflets si amers
Aux larmes si salées

 

Pour une tramontane
Air qui roule les "R"
Des villes et des montagnes
Froides comme la guerre

 

Quand j’ai perdu ma terre
Pour gagner ma patrie
Et rentrer dans l’hiver
En quittant l’Algérie.

 



Trois poèmes de Pierre RIO

*** Algérie chérie ***

 

Algérie, mon égérie

Je t’écris seul sans un cri

Dans ce sanglot de vie

Gardé au fond moi

Le cœur au désarroi !

Dans ma bergerie

Je bichonnais mes brebis

D’un bonheur sans limite !

L’amour et la foi y étaient …

 

Mon pays, mon pays

Ma douce litanie

Je meurs de nostalgie

Sur les méandres de mon cœur

Sur la maille du bonheur

Mon rêve est désenchanteur

Sous tes cieux infinis

Mon cœur, mon cœur

Il faut tout oublier …

 

Algérie ; mon pays

Histoire de ma vie

Ma chère patrie

Que j’ai chérie

La plume de ma main

Sur ce papier jaunis

Cherche les mots de jadis

En larmes de Bidaoui,

Je te les transcris

Dans le brouillard de mes nuits !





L’amour du désert

 

Ta magnitude

Désert Ténéré

Pèse sur la solitude,

Là, le temps arrêté

Sur ta plénitude,

Tes méharées

Côtoient la béatitude

Sous le ciel étoilé  

 

Terre d’incertitude,

Issues du passé

Loin des tumultes

Tes oasis hospitaliers

Accueillent de coutumes

Légende et passé

Amour et gratitude

Pain, sel et amitié …

 

Au cumul des allées

Ce soir sous la lune

Sous l’arc vénéré

La méharée sur la dune

S’affère au thé versé

Avec pour fortune

Les amis retrouvés

Ils prieront < Mohamed l’Illustre >

 

Le  21  04  2002    Rio    pierre




De Sidi-Bel-Abbès

à

Pico de Vera



Trompettes renommées,

Aux marches du palais

Sonnez-nous l’être-aimé

Celui qu’on attendait …

 

 

Prémisses des Odyssées

Cieux de Sidi-bel-abbès

Berceau de sa nativité

Merci d’avoir guider

L’enfant prodigue

Vers notre pays 

Sur les marches du rings …

 

Sa vie est l’élan

D’un cœur si grand 

Au sein de son vivant

Jusqu’au dernier instant

Dans la clameur et l’espérance

Espérance ;

Au requiem de Casablanca …

 

Ce dernier requiem

Pour tous ceux

D’un amour fraternel

Qui le portent au trépas

A son ultime sommeil

Au buisson éternel

Du repos solennel …

(Dédié  à  Marcel)

 

Rio  pierre  le  07  mars  1999



« ORAN ! »

« Oran !... »

Fut le cri

Du Marquis de Santa Cruz

A la vue de ton abrupte baie.

Et ce fut une prière :

Celle de ta Vierge dressée

Par une guirlande fidèle,

Dévote, rassemblant

Les flancs de ta montagne.

 

Face au vent du Nord,

Qui détrempe la Sainte

De nuages de larmes

Que ramène la nuit,

Tu mêles la mémoire et les songes.

 

Tu crois en une France, grande,

Qui ne sut te rêver,

Ni te dire, enfin,

Si ton père fut ce Maure,

Cet inquiet Levantin,

ou ce héros d´Alsace.

 

Tant d´hommes sont venus

Sur le flux de l´Histoire,

Portés sur tes rivages,

Libres de leur misère

Et fuyant le passé.

Leurs familles ont semé,

Pour tisser leurs coutumes,

Une langue nouvelle.

 

Que de croix ont plantés

Les journaliers rompus

De soleil,

Pour qu’enfin le désert

Pût se faire verger !

Et que d´enfants perdus,

Drapés dans la Bannière,

Plutôt que regretter

Leurs espoirs entêtés !

 

Tu connais ce tonnerre

Que gardent tes entrailles,

Et qui sut mettre en fuite

Jusqu’aux plus valeureux.

Tu ne crains la mer brave,

Ni les soleils brûlants

Que tu offres assagis

Aux enfants des rivages,

Qui dressent sur tes plages

Mille châteaux d´espoirs fous.

 

Mais un Homme est venu,

Aux desseins malhonnêtes,

Ajoutant à la Guerre une haine de plus,

Et, à la Vierge, là-haut, encore plus de blessures.

 

Alors, les patios se sont tus

Où bruissait la guitare.

Tes places se sont fanées

Où pleuraient les fontaines

Des rendez-vous manqués.

Puis ton Histoire niée

D´amours et de labeurs.

Sur les quais de douleurs,

Sonnent alors déchirantes

Les sirènes du départ :

Les vivants, vers leur sort incertain,

Les morts, vers le sûr infini.

 

Tu es ce que nous fûmes,

Et ton cœur bat en nous

Malgré l´oubli de tous.

Prie toujours pour les tiens,

Oran,  Oran, ma ville sacrée.

 

Carlos Galiana Ramos (*)

 

(*) Traduit de l´original en espagnol « ¡Orán ! » ,  inclus dans le livre « Españoles en Argelia – Memoria de una Emigración » de Juan Ramón Roca, par Marie-Hélène Carbonel  (auteur du roman « D´Une Rive, l´Autre – Chroniques Oranaises » - www.mhcarbonel.com ).


Le prince picard

Un prince picard rêvait à une princesse
Qui viendrait, dans sa vie, mettre un peu de bonheur,
Apportant son beau sourire et sa gentillesse,
Et chassant les soucis et la mauvaise humeur.
Il l'imaginait, secouant ses belles tresses,
Avec un sourire faisant battre son cœur.
Il voyait passer les heures et les saisons,
Inexorablement, sur le cadran solaire,
Dont il avait calculé la déclinaison.
Il demeurait, sentimental et solitaire,
Malgré les promenades sous les frondaisons,
En récitant des poèmes de Baudelaire.

Chassée du pays où l'on buvait l'anisette,
Autour d'une khémia, entre gens chaleureux,
Une princesse brune, aux jolis yeux noisette,
Arriva à Paris, où si souvent il pleut.
Sans trouver personne pour faire la causette,
Elle ressassait des souvenirs douloureux.
Sous les platanes du boulevard Saint-Germain,
Où les gens s'installent aux cafés en terrasses,
Elle avait froid, si loin du soleil africain,
Rêvant au beau ciel bleu, aux voiles des barcasses,
Aux jasmins, sur les quais du métropolitain,
En revenant chez elle, rue de Bellechasse.

Un jour, le Prince, suivant des amis pieds-noirs,
Se trouva dans une réunion militante,
Entouré d'Oranaises, et, sans le savoir,
Près de la jeune femme, dont la voix chantante,
Avec de beaux yeux sombres, racontait l'Espoir,
Et puis le Départ précipité, sanglotante.
Ému par son récit et par son éloquence,
Le Prince l'invita, ainsi que ses amis,
A retrouver le calme, et un peu d'espérance,
En son palais picard, au milieu des semis,
Parmi les champs et les fleurs du Nord de la France,
Et trouver, dans cette campagne, un peu d'oubli.
La Princesse lui raconta que son grand-père,
En Mil Neuf Cent Dix Sept, comme simple soldat,
Venu d'Algérie, pendant la Première Guerre,
Blessé en Picardie, fut ramené là-bas,
Pour quitter à nouveau cette si belle terre,
En Soixante-Deux, chassé par les fellaghas.

Elle s'installa dans le palais campagnard,
Dessinant et brodant, près de la cheminée.
" Pourras-tu rester dans mon royaume picard ? ",
Demanda-t-il à celle qui fut déracinée.
" Mais oui ", lui dit-elle, avec un tendre regard,
" Dans tes yeux bleus, je vois la Méditerranée…"

Nicole Marquet - octobre 2003-janvier 2008.
(nma.marquet@laposte.net)