La vie à Oran pour un ado:    Mes quinze ans.



Carte de la région en 1957 aimablement communiquée par C. Sid Cara



Mes quinze ans, c’était l’époque où nous allions à la piscine derrière l’Hôpital avec des copains ou en famille. Nous enfourchions nos vélos en sortant pour monter jusqu’à Santa Cruz, ou encore pour aller faire un golf miniature à Canastel! La montée des Planteurs était dangereuse car nous y croisions les petits arabes descendant à fond de train sur leurs "carricos", ces caisses à savons munies de roulements à billes qui atteignaient des vitesses considérables sans autre frein que l es pieds des conducteurs, pas toujours munis de chaussures !

La photo ci contre, transmise par Brigitte Guillemaud n'est qu'une pâle réplique métropolitaine de ce que pouvaient être ces engins tous monoplaces d'ailleurs !
   
C’étaient les sorties à la plage vers le Cap Falcon ou les Corales, encore en vélo puis quelques années plus tard avec la voiture de papa ! pas toujours au courant, ou celle d'Henri BRENOT, qui fut un temps secrétaire adjoint du bureau exécutif d'A.L.L.O.
ci contre, une vue du cap Falcon
C’était aussi tous les ans en Février le critérium cycliste de l’écho d’Oran, une épreuve renommée qui en tout début de saison voyait la participation de tous les ténors du cyclisme français et international de l’époque. J’y ai vu Jean Robic, André Darrigade, Gino Bartali, et peut-être même Louison Bobet... sur un circuit qui était attrayant et où le public était nombreux et enthousiaste. On ne parlait pas encore de dopage à cette époque

Tous les ans aussi ou presque nous avions la visite de la flotte américaine en Méditerranée, qui venait faire relâche à Mers El Kébir ! La ville était envahie de marins américains et je me souviens avoir mis un certain temps, dans mon innocence, avant de comprendre pourquoi il se formait une si longue queue de marins juste à l’angle de la clinique Cougniot ! On m’a expliqué qu’ils allaient rendre visite à Rosette, laquelle Rosette a du faire fortune puisqu’elle a déménagé de quelques dizaine de mètres en descendant la rue, dans une belle maison toute neuve, mais toujours close !
Sur ce sujet particulier, un de mes visiteurs, (Sam) raconte à sa façon les mêmes evénements vécus dans un autreb point chaud oranais: la rue de l'Aqueduc:BR> la rue en question je peux dire que je la connaissais bien et pour cause je suis né et ai habité pendant quatorze ans rue d'Ulm dans ce que l'on appelait alors le quartier juif; la rue de l'aqueduc était en contrebas de la rue d'Ulm et nous passions d'une rue à l'autre par les maisons, cela se faisait aussi depuis la rue des jardins qui remontait depuis l'ancienne préfecture vers la place d'armes ; ces maisons qui communiquaient entre elles avaient une énorme importance(comme les traboules à Lyon, en quelque sorte) ; la rue de l'aqueduc n'était pas du tout une ruelle mais une rue qui partait de la rue des jardins pour déboucher presque vers l'église St. André; elle était l'équivalent de la rue saint Denis à Paris ou de la rue Tubano à Marseille si vous voyez ; on disait meme en exagérant peut etre que l'on pouvait y accueillir une grande partie de la 6éme flotte américaine lorsqu'ils tiraient une bordée (peut etre l'origine éthyl mot logique ou est- il maux logique, yo qué sé, tché quel vocabulaire)du nom donné aux maisons closes venait-elle de là; toujours est il que lorsque les marins débarquaient en ville il y avait des inscriptions sur les murs qui ont subsistées trés longtemps "off limits to U.S. forces" (pas la peine de traduire) et la police pas les "gentils M.P." que l'on voit dans les films mais les "S.P." en général tout, sauf des minus gardaient les accés de cette rue et des rues alentour (parce qu'il y avait quelques autres maisons accueillantes a proximité mais plus cotées au guide miches-lin, notamment dans la rue des jardins mais plus discrétes) mais heureusement pour les bidasses qu'il y avait dans la population au toc-tone des ames charitables pour franchir ces obstacles en l'occurence les fameux couloirs entre les rues pré-citées et alors voilà c'est comme ca que j'ai apprécié mes premiéres cigarettes luky strike , Pall-mall(il y avait aussi des anglais qui mouillaient à mers el kébir, sans rancune pour 1940, ils étaient nos alliés avant et aprés); notre médecin de famille avait son cabinet dans cette rue de l'aqueduc et nous y passions trés souvent ; ma jeune soeur intriguée de voir l'affluence des messieurs qui faisaient la queue, souvent avec une dame devant la porte avec un joli tablier(noir avec de la dentelle si je me rapelle)et qui donnait un ticket d'ordre pour pénétrer à l'intérieur avait eu ce mot d'enfant : puisque c'étaient des messieurs seuls ils venaient surement se faire repasser leur chemise! cette rue m'a toujours fascinée avec le recul du temps à l'époque je ne savais pas trop ce qui se passait à l'intérieur mais vu la générosité des "touristes" que nous faisions traverser j'ai été mis au parfum par les plus grands.

 

La Place de la Bastille et la Poste d'Oran
 
Autre rituel d’une année scolaire, la foire aux livres de la place de la Bastille! Quest-ce que j’ai pu y passer comme temps a faire du troc pour obtenir des livres en bon état pour l’année à venir contre des livres abîmés de l’année précédente. C’était une véritable école de commerce que ce marché qui durait deux ou trois jours me semble-t-il et qui n’avait rien à voir avec les foires aux livres très institutionnalisées et policées que j’ai pu rencontrer plus tard pour mes enfants. Ici c’était vraiment la foire à la débrouille.
 
Le samedi ou parfois le jeudi après midi en période scolaire, c’étaient les aller et retour sur la rue d’Arzew, paséo permanent; toujours du même côté, celui des N° impairs je crois bien, et seulement sur la portion étroite, depuis le Boulevard Clémenceau jusqu’à la rue du cinéma Colisée (rue Elysée Reclus ?), la portion avec les arcades n’offrant plus du tout le même attrait.
On y retrouvait les copains et les copines de notre âge, ceux avec lesquels, on allait aux séances des Jeunesses Musicale ou à celles du CRAD. C’était l’époque de nos premières surprises parties, la découverte de la musique de Jazz, le Rock‘n Roll ... Il nous arrivait aussi d’aller en bande assister aux conférences de « Connaissance du monde ». C’est à Oran que j’ai fait la connaissance des MAHUZIER cette famille qui parcourait le monde avec des enfants en bas âges qui ont tous fait leur éducation sur les bancs d’un 4x4 au lieu de ceux d’une école. J’ai lu dernièrement dans un journal que l’un des fils poursuit l’odyssée familiale et continue à parcourir le monde dans les mêmes conditions que lorsqu’il était enfant.
 

La rue d'Arzew
vue depuis le Bd Clémenceau


Pour le jeune adolescent que j'étais, c'est aussi l'époque de la première cigarette, pour se donner des airs d'adulte. Et puis elles n'étaient pas très chères ces sigarettes ! car le tabac n'était pas soumis aux mêmes taxes qu'en métropole, pas plus que l'essence d'ailleurs.C'est donc grâce à BASTOS que j'ai pris cette fâcheuse habitude qui a duré plus de quarante ans et dont il m'a été si pénible de me débarasser.
Vous nsouvenez vous de ces fameux paquets aux couleurs bleu et or ? Il existait même des paquets de 30 cigarettes. C'est ceux qu'affectionnait particulièrement M. NOUVEN mon professeur d'allemand au rythme de 2 à 3 paquets par jour, même durant les cours.(*)
Ces cigarettes étaient fabriquées à Oran où se trouvait l'usine mère. La société s'était développée dans toute l'Algérie ey même au delà puisqu'après 62 je crois bien avoir trouvé la célèbre marque en Belgique. Cherchez dans votre "Petit Larousse Illustré" le mot Bastos et vous y trouverez la définition suivante: Balle d'arme à feu ! Cela proviendrait d'une déformation argotique de nos poilus, car BASTOS approvisionnait les troupes françaises en tabac durant la première guerre mondiale !

Encore une rectification qui me vient de l'un de mes lecteurs, Georges DOCTEUR de Toulouse: M NOUVEN, qu'il m'en excuse ne fumait pas des BASTOS mais des BRASILIENAS de chez JOB en pacquet de 27 ! Dont acte; décidément ma mémoire est parfois quelque peu fantaisiste !

L'intérêt du Web est qu'il permet les comparaisons et les interventions. Ainsi en décembre 2007 un lecteur, Georges ALIN, a semé le doute dans mon esprit en me disant que je devais faire une confusion: Les Brasilienas devaient être en fait des "Flores du brésil". Effectivement cette marque ne m'est pas non plus inconnue mais je voyait le paquet de couleur claire, voire jaune paille. Dans mon esprit lle paquet de Brasilienas était de couleur bleu (ce qui explique ma première confusion avec Bastos), Une recherche sur Internet m'a permis de retrouver un renseignement qui me conforte dans mon idée:
De JE D...
-----Monsieur Chabanis était un gros fumeur. Tous les jours que Dieu fasse il demandait à l'un d'entre nous : 
" va me chercher un paquet de Brasilienas à 71. 71 centimes bien sur.C'était des paquet de 25 clopes.Paquet bleu. En ce temps la les 
cigarettes ne coûtaient pas autant que maintenant. Ah si maintenant un instit demandait cela à un gosse
Merci à Georges Alin de m'avoir permis de retrouver ces détails



Images tirées de "Oran de ma Jeunesse, 1945-1962"
Avec l'aimable autorisation de Jacques GANDINI

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