Un récit transmis par René Laugier, dit Lauranais,

                      ‘’ Le ravin blanc ‘’

 

Nous étions à la mi-septembre.. Nous dormions mieux. La sieste n’était plus obligatoire et après le repas de midi, nous jouions au sept et demi tous les trois, notre cousine, José et moi. Je sortis à mon tour dans la rue. La chaleur maintenait toujours son emprise, mais le soleil semblait moins agressif. Je lançai un regard tout le long de la rue. Elle était calme et paisible. J’essayai de repérer mes camarades. Ils m’attendaient devant la villa des Honnard à l’ombre de l’unique palmier du jardin qui étendait ses longues palmes jusque dans la rue. Seuls les piaillements des hirondelles voltigeuses perçaient le silence de l’après-midi. A leurs cris, vinrent s’ajouter des raclements de gorge. José et François-Loup étaient assis sur le trottoir qui bordait le « patio roto », juste devant le petit appartement de la Seña Carmen. Leur jeu consistait à amonceler des pierres ou des graviers qu’ils récoltaient dans le caniveau.

Ils faisaient gravir ces collines miniatures à des boîtes d’allumettes chargées de terre, comme s’il s’agissait de gros camions remorques. Ils les conduisaient de leurs petites mains potelées dans un mouvement ascensionnel qui les faisait décoller au-dessus des monticules. José semblait bien se débrouiller et son bras ne semblait pas trop le gêner. Je le soupçonnais même d’exagérer son handicap pour recevoir plus d’attention de la part de la famille.

Plongés dans leur monde, ils accompagnaient le circuit de vrombissements rauques qu’ils produisaient en forçant leur voix au point de la casser.

Quand la chance voulait qu’ils capturassent une sauterelle égarée, ils l’attelaient à leur « véhicule » improvisé. Les soubresauts de l’insecte, tentant de bondir, faisait chavirer la boîte d’allumettes qui se renversait perdant son chargement. Cela les faisait rire aux éclats et ils se pressaient de recommencer le manège jusqu’à l’épuisement de la pauvre bête. Quand cette dernière ne réagissait plus, et qu’exténuée se couchait sur le flanc, ils la dételaient et la plaçaient délicatement  dans la boîte qui se transformait ainsi en corbillard.

Lucien, Habib, Christian et moi, avions déjà préparé notre après-midi. La veille, après une secrète concertation, nous avions décidé d’aller prendre un bain du côté du port. Il était coutumier à Oran de cesser d’aller à la mer à partir du quinze août. Cette date coïncidait avec le début des vendanges. Au lendemain du quinze, les plages étaient désertées à presque quatre-vingt pour cent. Il y avait encore quelques baigneurs, mais la plupart était les amoureux. On disait «  ceux qui fréquentaient ».

Je rejoignis mes acolytes. Sans aucune concertation, nous disparûmes  de la rue Bernardin et dévalâmes à toute allure la rue Beauharnais en direction du centre-ville. Si nos mères nous recherchaient, elles penseraient que nous jouions à la « montagnica », le terre-plein situé entre la rue de Mostaganem et la rue Réaumur, où nous avions l’habitude de traîner nos fonds de culottes. A notre retour, elles nous gronderaient pour avoir disparu du territoire qui nous était imparti et  avoir échappé ainsi à leur surveillance. Elles nous sermonneraient pour avoir déchiré nos espadrilles et ensanglanté nos genoux. Elles nous menaceraient de ne plus nous laisser jouer dans la rue. Elles nous puniraient d’un coup de savate au postérieur. Mais  toutes ces colères ne seraient pas bien sérieuses. Et les sentences seraient appliquées avec tant d’amour que nous prenions le risque de les subir.. Et puis cela faisait partie des comportements habituels.

--T’y as pris une serviette? demanda Lucien entre deux inspirations.

Nous courions de plus en plus vite. La pente de la rue accélérait notre rythme et nous entraînait au-delà de notre contrôle...

La crainte de nous trouver face à face avec un véhicule freina notre élan.

--Moi, j’ai rien, répliquai-je, sans ça ma mère elle aurait compris.

--Moi non plus, j’en ai pas, répéta Habib, ma grand-mère elle m’aurait pas laissé sortir sinon...

Nous étions rue Arago. Nous ralentîmes notre course, et nous finîmes par marcher. Nous étions essoufflés.

--Moi, j’ai dit à ma vieille qu’on allait se baigner au port, déclara Christian, fier de la confiance que lui faisait sa mère, et elle m’a laissé prendre une serviette. J’ai même pris mon maillot!

--Purée! t’y as de la chance toi! Ta mère elle te dit rien, lâcha Habib avec admiration.

--J’aimerais avoir une mère comme ça, souligna Lucien entre les dents, toujours aussi taciturne.

--C’est pasque vot’ vieille elle vous prend toujours pour des gosses.

Christian avait pris l’habitude de désigner ses parents par le terme de « mon vieux » et « ma vieille ». Il voulait imiter ainsi les plus grands qui utilisaient ces qualificatifs pour manifester leur indépendance dans leurs actes et leurs décisions. Le cinéma y était aussi pour quelque chose!

--Ah!Ah! Tchéquia! ricana Lucien, quien hablo! Tu crois pas que t’y es un adulte non? Ta mère elle te prend pour un grand, et t’y as à peine douze ans!

--Non, je vais bientôt en avoir treize!

--C’est ça, et nous prenant à témoin, tu vois, à treize ans, c’est un homme non?

--Bon! Ca suffit! Vous n’allez pas commencer à vous disputer, interrompis-je, ou on va au port ou on va pas?

La conversation s’éteignit et nous traversâmes la place des Victoires en direction du Bd Laurent-Fouques. Le trafic était intense et la foule considérable. Le tram qui venait de Gambetta se dandinait dans un fracas métallique en franchissant le carrefour. Au passage, il faisait grincer les rails brûlants et sa sonnette aigrelette tintait allégrement. Au loin, du côté des arcades, le marchand d’eau lui répondait en faisant tintinnabuler les clochettes de cuivre de son outre en peau de chèvre. Les coups de klaxon intempestifs faisaient courir les passants qui traversaient hors des passages cloutés. La TSF du Majestic lançait dans la cohue, les trémolos de Tino Rossi qui susurrait « Cerisier rose et pommier blanc ».

--Mais où c’est qu’on va? demandai-je, on n’avait pas dit qu’on allait au port?

--En bas d’EGA. Y a un vieux bateau tout rouillé et on pourra monter dessus pour faire des plongeons, répondit Habib. Et puis ça sera plus court, pour le retour.

En effet, le temps nous était compté. Il nous faudrait être de retour dans le quartier avant sept heures. C’était l’heure du débarbouillage.

--A ouais, c’est vrai. Je suis déjà allé avec mon frère, confirma Christian.

                                                      

Nous marchâmes à vive allure entre les passants et les voitures. Quand nous traversions la chaussée au mépris de la plus élémentaire prudence, des coups de klaxon rageurs nous rappelaient à l’ordre mais nous n’en avions cure. Nous longeâmes le Front de mer, descendîmes la Route du Port et arrivâmes à hauteur de l’usine thermique. Nous la contournâmes, et dévalâmes en sautant de pierre en pierre la pente accidentée du ravin blanc. Habib, toujours en tête, bondissait tel un cabri avec la légèreté d’une plume. Ses pieds ne semblaient pas toucher terre! Les branches des genêts nous fouettaient au passage et les petites fleurs jaunes que nous arrachions dans notre course, volaient autour de nous comme une ribambelle de papillons d’or. Les flots de la méditerranée n’étaient plus qu’à quelques mètres. Il faisait une chaleur piquante et nous étions trempés de sueur. Nos chevilles griffées par les asparagus et irritées par les orties, nous brûlaient.

--Purée, je vais me taper un « capousson » que je te dis pas! déclara Lucien avec extase.

Le parfum des genêts se mêlait à la forte odeur des algues. Et cela éveillait en nous une exaltation indescriptible. La pente du ravin se terminait par un promontoire abrupt qui dominait la mer d’au moins trois mètres. De tendres vaguelettes ourlées d’écume venaient se diluer contre la petite parois, faisant jaillir des gerbes de gouttes bondissantes. A environ une vingtaine de brasses, la proue rouillée d’un navire de la dernière guerre émergeait des flots et pointait son nez lépreux vers le bleu du ciel.

Une bande de mouettes criardes juchées sur le métal terni nous surveillait du coin de l’œil. Renfrognées, elles se préparaient à l’envol, devinant qu’elles devraient bientôt nous céder leur place. 

--La paille au cul au dernier arrivé! défia Christian en commençant à se déshabiller.

Nous nous débarrassâmes le plus vite possible de nos vêtements, sans prendre le soin de les ranger. Ils tombèrent pêle-mêle, sur la terre grise du ravin, entre les touffes de genêts et les bouquets de «  »margaillons » »..

Christian avait enfilé son caleçon de bain avant de quitter la maison et il fut prêt le premier. Il se lança dans l’eau du haut du  promontoire, les jambes pliées contre sa tête pour faire une « bombe ». Le plouf fut si retentissant que des éclats d’eau montèrent jusqu’à nous. Mille perles translucides et éphémères nous éclaboussèrent, nous faisant sursauter. Ce  rafraîchissement inattendu amplifia notre enthousiasme... Nous nous dépêchâmes d’enlever nos slips.

--Elle est bonne! nous révéla Christian en pataugeant dans l’eau frisante.

--Siffle, pour voir si elle est bonne! lui proposai-je du haut du promontoire.

--Qu’est-ce tu veux que je te siffles « La cucaracha » ou « Maître Pierre »? Et il se mit à siffler redressant la tête au-dessus de l’eau. Il n’y avait aucune hésitation dans l’exécution de son morceau.

Nous en déduisîmes que l’eau était vraiment tiède.

--Purée, nous on a le cul blanc, mais Habib, il est noir de partout! s’écria  Lucien, dissimulant mal la raillerie de sa voix.

--Hé! couillon de mes deux, t’y as vu le tien!? On dirait une tâche de « halib » (lait) dans un tas de « Khara » (merde), rétorque Habib. ET il s’élança tête première dans un superbe plongeon à la Alex Jany!

Lucien et moi étions les derniers. Mais je savais que notre camarade était peu hardi. Il s’approcha du bord pour évaluer la hauteur et un éventuel danger. Il pourrait y avoir un rocher et le plongeon pouvait se transformer en drame.

A mon tour, nu comme un ver, je sautai dans la mer. Lucien là-haut réfléchissait toujours. Je m’enfonçai dans le liquide bienfaisant, entouré d’un nuage de bulles pétillantes.

L’eau était suave et je ressentis sur ma peau un bien être délicieux. D’un coup de talons je remontai vers la surface et j’émergeai. A ce moment un grand éclaboussement éclata devant moi. Lucien s’était décidé. Je m’élançai vers l’épave en donnant à mon crawl toute la puissance dont j’étais capable. Christian et Habib du haut de la proue criaient:

--La paille au cul au dernier! La paille au cul au dernier!

Je ne fus pas le dernier. Mais Lucien non plus!

Je me hissai sur la masse métallique en prenant soin de ne pas m’érafler avec les aspérités écailleuses qui hérissaient l’épave. On nous avait toujours mis en garde contre une blessure avec un objet rouillé. On pouvait attraper le tétanos!

--Lucien! Lucien! c’est pour toi la paille!

--Allez vous faire voir, cria-t-il vexé.

Il vira de bord et se mit à nager vers le large.

--Ou tu vas? criai-je pour couvrir la rumeur des vagues.

--A la Cova al Agua! bredouilla-t-il entre deux aspirations. Et il accéléra la cadence.

Une traînée d’écume le suivait créant un remous moiré derrière lui.

--Ah!Ah! A la Cova l’Agua! ricana Christian! Cuila y se prend pour Johnny Weismuller!

Il mit ses mains en entonnoir autour de sa bouche et lança dans la direction du nageur vaniteux:

--Bloffa! Ni t’y arrives pas à cent mètres d’ici!

--Purée, y va loin, constata Habib autant admiratif que dubitatif.

--Mais que vous êtes Burros! Vous croyez qu’il va aller A la Cova al Agua. Tu sais où ça se trouve? Tu dois aller jusqu’à Gambetta! Il dit ça pour se moquer de nous.

--Ouais, déclara Christian convaincu, c’est pasqu’il est vexé d’avoir eu la paille au cul, alors, il fait le mac!  Quel con!

                                                       

Tous trois, en équilibre instable sur la pente de la proue, nous agrippant à un reste de bastingage, nous observions Lucien dont la silhouette rapetissait à vue d’œil. Nous étions quelque peu gênés Habib et moi, car nous étions nus.

--Regardez, dit Habib, ma parole, il y va!

--T’y es fou, y va être crevé dans cinq minutes, pronostiqua Christian.

--Allez, on le suit, proposa Habib.

--Vas-y si tu veux te noyer, moi, je vais m’entraîner au plongeon, annonça Christian, résolu.

--Moi aussi, dis-je avec du regret dans la voix, je reste avec Christian.

D’un même élan, nous nous élançâmes par-dessus bord dans un triple plongeon.  L’eau jaillit dans les airs, créant un feu d’artifice d’écume et de diamants liquide un instant illuminés par le soleil.

J’avais pris trop tard ma respiration et je remontai affolé. Je toussais à en perdre les poumons et l’eau salée bloquée dans ma gorge me fit vomir.

--Il a bu la tasse! cria Christian assez fort pour qu’on l’entende jusqu’à Mers-El-Kébir.

--Hé! Regardez! Lucien y s’est arrêté de nager. Il fait la planche.

--Je vous l’avais dit, ponctua Christian.

--Moi, je le rejoins, s’écria Habib en s’élançant vers le large dans un crawl parfait et rapide.

Je m’essuyai les yeux emplis de larmes. Je m’ébrouai et débouchai mes oreilles en faisant ventouse avec les paumes de mes mains. Je regardai dans la direction de Lucien. J’évaluai la distance. Deux cent mètres, peut-être plus. Ca faisait loin pour moi. N’avais-je pas le cœur fragile? !

La mer était d’huile et aucun remous ne frisait à la cime des courtes vagues. Je me reposai allongé dans l’eau les yeux plongés dans l’infini de l’azur. Je réfléchissais.

--Moi, j’y vais pas, me confia Christian, après on est crevé, et il faut revenir, et puis pour rentrer à la maison, il faut traverser toute la ville presque. Je vais faire de la sous-marine.

Je l’écoutais les yeux mi-clos à cause de l’éclat du soleil. Il avait raison.

--Je reste moi aussi.

Christian surgit sur ma droite, ses yeux porcins à demi-fermés, crachant l’eau salée sur mon visage.

--Purée ! Jean-Claude! si tu vois sur la coque, là en dessous, y a des moules qu’on dirait des assiettes!! cria-t-il à mon oreille entre deux borborygmes.

Je me redressai et repris la position verticale. Nous brassions l’eau par petits coups et battions des pieds en même temps pour nous maintenir à flot.

--Montre! Montre! réclamai-je enthousiaste.

--Prends une bonne goulée d’air et suis-moi!

Je me préparai à plonger. J’avais la crainte de ne pas pouvoir ouvrir les yeux sous l’eau. J’étais assez sensible à l’ardeur du sel. Avant de nous enfoncer dans les profondeurs, nous jetâmes un coup d’œil vers nos deux aventuriers. Comme l’avait prévu Christian, nos deux camarades faisaient la planche côte à côte à une centaine de mètres de nous. Probablement épuisés ils reprenaient leur souffle en se laissant bercer par les flots.

--T’y as vu, souligna Christian d’une voix sarcastique, je te l’avais dit, c’était une bola! Regarde-les, ils sont crevés. Et ils ont dû se dire eux aussi, qu’après ils devraient revenir et qu’ils seraient complètement vidés! Allez viens! On va chercher les moules!

Il se replia comme un ver, et piquant de la tête, il disparut sous l’eau. J’en fis autant.

Le bruit de la surface s’estompa et fit place à une sourde rumeur. C’était comme si j’avais du coton dans les oreilles. Christian devait être devant moi se dirigeant vers la paroi de l’épave. Je n’osai pas ouvrir les yeux. Mon cœur battait la chamade et le silence m’enveloppa. Je battais des pieds et poussais énergiquement l’eau vers l’arrière pour tenter de descendre. J’ouvris les yeux. D’abord ce fut un brouillard opaque qui m’empêcha de distinguer ce qui m’entourait. Je fus rassuré: les yeux ne me brûlaient pas! A mesure que je descendais la lumière devint moins vive mais les contours du fond apparurent plus distincts. La surface de la coque surgit devant moi. La réserve d’air de mes poumons commençait à s’épuiser et je sentais que je n’aurais pas la résistance suffisante pour m’approcher de l’épave et observer les coquillages qui devaient s’y agripper. La masse sombre et ondulante du bâtiment reposait sur un fond de roches et de sable. Des anémones rouge sombre et les longs filaments translucides des « vermicelles » maintenaient dans un écrin vivant les restes du navire. J’aperçus la silhouette noire de Christian qui s’accrochait au bastingage immergé. Dans un mouvement de ralenti cinématographique il me fit signe d’approcher. Du doigt il me montrait quelque chose sur la paroi. Mais j’étais top loin de lui et je ne pouvais plus résister à l’urgence de remonter pour faire provision d’air. D’un coup de talon magistral, je filai vers la surface à la conquête de l’oxygène. Je fus surpris d’émerger aussi rapidement. Je jugeai que la profondeur en ces lieux ne devait pas dépasser les dix mètres. Christian apparut à son tour:

--Purée, qu’est-ce que tu fais?

--J’arrive pas, je m’étouffe! répondis-je en toussant.

--Mais c’est pasque tu as plongé trop loin du bateau. Viens! On va remonter sur la coque et on va plonger debout tout le long de la paroi.

Lucien et Habib, renonçant à leur défi revenaient vers nous à petites brasses.

 

Du haut du bastingage incliné, nous bondîmes, les pieds les premiers, raides comme des cierges.

Cette fois j’avais bien inspiré. J’ouvris les yeux tout de suite. Nous glissâmes vers le fond dans un nuage de bulles fines et irisées.

Christian me fit signe de m’agripper au rebord d’une brèche ouverte sur le flanc du bateau. Ce devait être probablement un trou occasionné par une torpille ou tout simplement par un écueil.

Je remontai légèrement vers mon camarade. Il me toucha l’épaule et me montra la surface de la coque. Il ressemblait à un clown: les paupières démesurément écarquillées, la bouche gonflée comme celle d’un  trompettiste et des bulles d’air qui s’échappaient par ses narines. Je devais sûrement offrir le même tableau!

J’approchai mes yeux de la surface de la paroi du navire. Dissimulée par des algues brunes et visqueuses, j’aperçus toute une grappe de moules noires et luisantes. Je n’en croyais pas mes yeux. Elles étaient énormes. Chacune d’elles devait être large comme ma main. La taille de ces moules était sûrement exagérée par la vision subaquatique. Je dirigeai mon regard vers Christian. Je hochai la tête pour lui faire comprendre que je voyais les coquillages et que j’étais étonné par leur taille. A bout de souffle et satisfait de mon incursion sous-marine, je remontai vers la surface.

--Alors, qu’est-ce que vous faites? lança Habib qui venait de nous rejoindre.

Il fut bientôt suivi par Lucien. Ce dernier avait le visage exsangue et je devinai qu’il était épuisé.

--Y a des moules contre le bateau dis-je, elles sont balèzes comme ma main.

--J’y vais! Et prompt comme une murène, Habib disparut sous l’eau en croisant Christian qui émergeait. Ce dernier sortit la main hors de l’eau et nous montra un coquillage.

--Visez-moi un peu ça! Des comme celles-là j’en ai jamais vu de ma vie!

Il tenait bien empoignée dans ses doigts serrés, une moule large d’au moins quinze centimètres et longue de vingt.

--Putain! lâcha Lucien, avec trois comme ça on peut faire un caldero!

Comme il n’avait probablement pas la force pour monter sur le bateau, il consacra le reste de son énergie pour rejoindre le bord de la petite falaise. Il s’allongea sur le dos et en donnant de petits coups de pieds, il s’éloigna de nous dans un sillage d’écume, les yeux fermés et la respiration courte.

Habib remonta. Autour du cou il avait enroulé une couronne de moules enchevêtrées dans leurs byssus. C’était une pêche miraculeuse eu égard à la taille des coquillages.  Cet amas de moules devait bien peser trois kilos. Nous encadrâmes l’habile pêcheur pour examiner de plus près ces extraordinaires mollusques.

--T’y as vu ça? c’est pas croyable! m’exclamai-je, m’adressant à Christian, quand je les ai vues sous l’eau je croyais que c’était la profondeur qui les déformait.

Habib appuya de l’indexe sa narine gauche et souffla par la narine droite l’excédent d’eau et de mucosité qu’il avait dans le nez. Un jet de liquide jaillit et choisit comme cible l’épaule de Christian.

--Putain de ta race! cria ce dernier furieux, tu te mouches sur moi, sale con!

Et il se jeta sur l’agresseur avec l’intention de l’enfoncer dans l’eau. Mais Habib était sur ses gardes et avec une agilité de torero, esquiva l’attaque. Il riait à gorge déployée et la couronne de ses dents laissait apparaître une langue rose.

--Si je t’attrape, je te noie, cria Christian, les lèvres pincées par la colère. Ses yeux porcins avaient rapetissé et presque disparu sous ses sourcils roux.

Il ne cessait de se laver le sommet de l’épaule avec de l’eau de mer comme si la souillure dont il avait été victime refusait de disparaître. Je ne pus m’empêcher de rire à mon tour. Mais je ne fus pas aussi rapide que Habib. Une main, à la force décuplée par l’offense, s’abattit sur mon crâne. Je m’enfonçai dans l’eau. Par réflexe, j’eus le temps d’aspirer une goulée d’air. Je remontai, riant toujours. Christian semblait s’être rasséréné, satisfait d’avoir soulagé son irritation.

--Oh! cria Habib, Lucien il est déjà au bord. On y va?

Nous tournâmes la tête dans sa direction. Lucien se hissait péniblement sur le promontoire qui déterminait le bord du ravin. Il parvint non sans mal au sommet de la plate-forme en s’agrippant aux pierres et aux touffes d’herbes. Puis il s’affala dans les broussailles, complètement éreinté.

A notre tour, nous nous dirigeâmes vers le bord. Il y avait bien une cinquantaine de mètres à parcourir. Habib, malgré le handicap que pouvait créer le produit de sa pêche, nous devança assez rapidement dans un crawl « Tarzanesque ». Pour ma part, j’économisai mon énergie et imitai Lucien. Christian glissa sa moule dans le repli de son maillot et dans un remous sauvage fila le train à Habib dans l’espoir de le rejoindre et d’assouvir sa vengeance.....

Quelques minutes plus tard, nous rejoignîmes Lucien. Nous nous allongeâmes près de lui non sans avoir revêtu nos slips, Habib et moi.

Nous reprenions lentement notre souffle. Les yeux fermés sous la chaleur du soleil nous ne parlions plus. Nous attendions que les rayons sèchent notre peau et que nos poumons reprennent leur rythme habituel. Les irritations occasionnées par les épineux lors de notre arrivée s’intensifièrent sous l’action du sel et l’ardeur du soleil. Nous nous grattions avec délice pour calmer cette véritable échauboulure, mais nous ne faisions qu’envenimer notre état.

Le premier à ouvrir le bec fut Christian:

--Alors, les artistes, dit-il à l’intention des deux nageurs vaniteux, vous avez vu la Cova el Agua??

--C’est pasque j’avais peur qu’il se fasse tard, couillon, répondit Lucien sans ouvrir les yeux.

--Ouais, c’est pasque tu te crois au cinéma; Y se prenait pour Tarzan...Ah!Ah!Ah!

--Ferme-la, cagneux! que t’y es même pas capable de faire vingt mètres dans la mer.

--Et toi fanfaron t’y es même pas capable de faire de la sous-marine.

--Vous allez la mettre en veilleuse tous les deux! ? murmurai-je dans un valeureux effort.

Habib se redressa et défit le chapelet de moules qu’il avait arraché à la coque du bateau. Nous nous redressâmes à notre tour. Nous étendîmes chacun la main pour essayer de saisir la moule qui nous paraissait la plus grosse.

--Pas touche, dit Habib en mettant ses coquillages hors de notre portée.

--Purée! fais voir une, merde! dit Christian.

--Ouhalou! Toi, tu en as déjà une, alors qu’est-ce tu veux de plus?

--Mais c’est pour comparer!

Habib trifouilla son collier et finit par nous faire don d’une moule à chacun, mais il conserva celles qui lui parurent les plus grosses. Nous avions tous les quatre les yeux rougis par nos plongées répétées. Ca piquait et les larmes brouillaient notre vision.

--Vous croyez qu’on peut les manger? demanda Lucien qui, comme nous tous, devait commencer à ressentir la faim.

--Ahoua ! Peut-être, mais pas crues en tous cas! répondit Habib prudent.

--Ni même cuites je les mangerais, moi, dit Christian. Vous êtes fous ou quoi! Mon père y m’a dit que les coquillages qui vivaient sur du métal c’était dangereux. Tu peux attraper la typhoïde.

--La typhoïde! La typhoïde! N’importe quoi! releva Lucien. Donne-moi une autre moule Habib je vais vous monter moi si je peux pas les manger.

--Et celle-là que tu as?

--Je la garde pour la montrer à mon frère………………………

--Bon, tché, le temps y passe et y faut qu’on rentre, annonça Habib. Si mon oncle il rentre avant moi, je suis bon pour recevoir la treja.

Cette constatation déclencha en nous l’inquiétude du retard. Mais c’était surtout la faim qui nous poussa à nous rhabiller rapidement. Le cri des mouettes satisfaites d’avoir repris possession de leur perchoir nous rappela à la réalité de l’heure…………….

Nous nous levâmes d’un même élan et commençâmes à remonter le sentier. Habib, silencieux tout à coup, prit la tête de notre file. La rumeur des vagues s’estompait doucement à mesure que nous nous éloignions du bord de mer. Les rayons du soleil perçaient nos tricots et nous chauffaient la peau. La transpiration fit son apparition au-dessus de nos sourcils. Puis les gouttes s’intensifièrent et la sueur se mit à raviner nos visages. La bouche à la fois amère et salée réclamait à boire.

--Purée! que j’ai soif! dit Lucien dans un souffle.

--Tu m’étonnes, souligna Christian, surtout avec la moule que t’y as mangée, encore plus. Sans compter la chiasse que tu vas avoir.

--Ferme-la, va, tu dis que des « bourras », rétorqua le mangeur de moules.

Nous grimpions. Les brûlures de nos jambes nous obligeaient à nous arrêter le temps nécessaire pour nous gratter vigoureusement accentuant ainsi l’inflammation. Habib était parvenu au sommet du sentier qui rejoignait la route. Il s’arrêta pour reprendre son souffle et pour nous attendre. Il brandissait au-dessus de sa tête le chapelet de coquillages qui ne gouttait plus, asséché par la chaleur de l’air.

--Hé Lucien! lança-t-il du haut de la corniche, si tu arrives le premier je te les donne toutes.

--Il a peur de sa grand-mère, lâcha Lucien dans un murmure alors que nous peinions sur la pente.

--Vas-y, dis-je, passe devant et prends-les.

--Oui, vas-y, souligna Christian, de toute manière il les mangera pas....et moi non plus.

--Ni moi, ajoutai-je pour montrer que  j’étais aussi raisonnable.

Lucien accéléra son allure et nous dépassa allègrement. Il semblait avoir récupérer son souffle.

Arrivé à la hauteur de Habib, nous le vîmes étendre le bras pour s’approprier le cadeau.

Mais d’un mouvement giratoire de plus en plus accentué, Habib fit tournoyer le chapelet de moules et le lâcha dans les airs en direction de la mer. Les moules claquant entr’elles comme des castagnettes s’envolèrent dans l’azur, planèrent un instant dans l’air et tombèrent dans l’eau.

--Mais qu’il est con! lâcha Lucien, furieux. Mais t’y es con! merde! pourquoi tu les as jetées?

--J’avais pas envie d’avoir ta mort sur la conscience, dit  Habib en riant.

…………….La faim nous tenaillait de plus en plus et la soif venait ajouter à notre souffrance. Au moment où nous accédions à la route, légèrement en contre-bas, se dessinant dans le bleu des flots qui dansaient en arrière plan, nous aperçûmes un figuier de barbarie.

--Regardez! cria Lucien en désignant du doigt le cactus. Y a des chumbos!

Nous redescendîmes la pente sur une dizaine de mères. Le sable du chemin s’élevait en petits nuages autour de nos jambes enflammées..

Nous fîmes le tour de la plante en prenant soin de ne pas trop nous en approcher. Les pelles larges et grasses dressaient autour d’elles des épines défensives redoutables. Elles semblaient protéger et défendre les fruits jaune orange qui couronnaient leurs bordures.

La faim qui nous martyrisait s’intensifia. A portée de nos bouches, nous avions de quoi calmer notre fringale. Hélas nous n’avions aucun couteau pour nous permettre de couper sans nous blesser les figues juteuses et rebondies.

--Et comment on va faire? demanda déconfit, Christian.

Nous regardions la plante sans réagir. Mais au fond de nos méninges nous tentions d’élaborer un plan d’attaque, sinon un moyen d’accéder à ce fruit si bien défendu. Habib inspecta les lieux en un large panoramique. Il fit quelques pas et se mit à plier la branche souple d’un genêt voisin. Il finit par la casser, la défit du surplus de ramilles et s’approcha du figuier. Il entreprit par petits coups secs de détacher un chumbo de la plante.

--Tape plus fort, conseilla Lucien.

Mais le fruit était solidement attaché et la souplesse de l’outil entravait l’intervention. Je cherchai au fond de ma poche et sortis un mouchoir.

Je le pliai en plusieurs couches de telle sorte qu’il puisse tenir entre mes doigts tout en me protégeant la paume.

--Arrête, laisse-moi faire, je vais essayer de l’arracher.

--T’y es maboule, tu vas te remplir d’épines, me mit en garde Habib.

Il cessa de donner des coups au figuier. Je m’approchai de la pelle la plus extérieure à la masse du cactus et pris délicatement une figue dans ma main protégée par le mouchoir. J’accentuai graduellement ma prise et me mis à faire tourner le fruit tout en tirant vers moi comme si j’agissais sur un tire-bouchon. Le fruit  finit par se détacher. Mais sentant son poids dans le creux de ma main j’eus un réflexe malheureux.

La figue tomba au pied de la plante et roula contre sa base hérissée d’épines défensives et d’insidieuses aiguilles invisibles.

--Merde, lança Lucien, tu l’as lâchée!

Habib s’approcha et à l’aide de la branche de genêt fit rouler le fruit vers nous.

--Et maintenant annonça Christian, très sceptique, comment tu vas faire pour couper la peau?

--Avec une pierre, précisa Lucien.

Je ramassai avec précaution la figue et la tins dans le creux de ma main tendue, toujours protégée par le mouchoir. C’était un beau fruit jaune et gonflé. Les petites boursouflures sombres qui tapissaient son écorce laissaient entrevoir de fines et redoutables aiguilles. Lucien s’était muni d’une pierre à l’aspect granitique qui offrait une arête assez tranchante.

--Tiens-la bien, je vais la couper.

Il se mit à frotter le fil de la pierre sur une des extrémités du chumbo. Un jus jaune s’échappa de la blessure. Pendant que Lucien officiait, je me rendis compte du ridicule de l’opération. Avant d’avoir pu manger, chacun, une figue, le temps écoulé nous mettrait dans un retard considérable et nos mères se rendraient bien compte que notre escapade. La punition serait inévitable. J’allais faire part de mes réflexions à mes camarades, lorsque derrière nous une voix à l’accent indigène nous demanda:

--Houala! qu’est-ce que ti fais là?

Nous nous retournâmes d’un bloc. Au-dessus de nous, sur le chemin de terre, se tenait un « chibani » (vieillard) habillé d’un ample sarouel gris et coiffé d’un chèche rouge. Sous le bras, il tenait une natte roulée. Il devait probablement se préparer à la prière du soir.

--On voulait manger un chumbo, répondit Habib!

L’homme déposa son petit rouleau sur l’herbe et descendit vers nous. Il avait le visage poupon et profondément creusé par des rides profondes. Son teint bistre ne reflétait aucune transpiration.

Il avait les yeux plissés, face au soleil, et il nous regardait avec un sourire narquois.

--Ti voulais manger des chumbos à six heures de l’après-midi?

Nous nous regardâmes discrètement, interloqués par cette constatation.

--Ti sais pas, il est six heures?

--Oui, on allait partir, dis-je quelque peu inquiet.

Je me demandai pourquoi il intervenait. Peut-être ce figuier lui appartenait-il. Mais c’était ridicule, nous étions hors d’une quelconque propriété.

--Si tu veux manger des chumbos, ti dois les prendre après le soleil il est couché.

--Ah! Bon? dit Christian de plus en plus décontenancé.

--Eh Oui! Ou alors ti les prends li matin, bonne heure, avant le soleil y brille.

Je tenais toujours le fruit à moitié écorché dans la main. Nous regardions notre interlocuteur, impressionnés et dubitatifs.

--Et maintenant c’est défendu de les cueillir? demanda Habib, avec l’intonation d’une voix de bébé.

--Ci pas difendu. Mais lis épines avec li soleil elles sont comme ça.

Et dressant sa main, face à nous, il écarta les doigts vigoureusement reflétant l’image des aiguilles du cactus sur la défensive.

--Si ti prends li chumbos avec le soleil ti te piques partout houala!. Ti reçois même des aiguilles dans la figure et dans lis yeux. Avec l’air qui vient de la mer ti reçois tout plein partout des aiguilles.

Je commençais à croire que c’était vrai.

Des ulcérations se manifestaient aux plis de mes doigts et le visage commençait à me démanger. J’avais dû recevoir quelques aiguilles lorsque j’avais détaché la figue. L’homme nous écarta d’un léger mouvement et s’approcha du cactus. Il mouilla son indexe avec sa langue et le dressa au-dessus de lui.

--Ti vois, li vent y vient de derrière le figuier, alors ti reçois toutes lis ipines qui volent. Il parlait d’une voix éraillée en roulant les « r » et n’utilisait que le tutoiement. Il contourna le figuier de barbarie, dos à la mer, et dit:

--Là, ti vois, li vent y me donne dans li dos, et lis épines elles volent vers toi. Moi ji suis tranquille. Après ti attends le soleil y disparaît, et alors les épines i font comme ça.

Et dressant à nouveau sa main aux doigts tendus et écartés, il ramollit leur tension et referma lentement les phalanges rappelant ainsi une fleur qui se ferme.

--Alors ti peux prendre le chumbo dans ta main y ti pique plus Houala! Ti es encore jeune! Ti  connaisse pas la nature.

Il revint vers nous. Il nous dévisagea tour à tour.

--Li chumbos ti li ramasses li matin di bonne heure, ou li soir après li soleil y si couche!

Il dépassa notre groupe, gravit d’une manière alerte la pente, reprit son tapis et s’en alla d’un pas tranquille vers le lieu de sa prière.

Nous le regardions pantois et admiratifs.

--Purée! au moins j’ai appris quelque chose aujourd’hui, lâcha Lucien.

--Tché! dis-je en jetant le fruit, on part....

Arrivés à la hauteur de la rue de Bitch, exténués par nos ébats marins et notre course citadine, trempés de sueur et assoiffés, nous nous précipitâmes sur la fontaine publique. Pendant que l’un d’entre nous tenait appuyé le poussoir de cuivre, les autres se désaltéraient à longues gorgées, se mouillant le visage et s’éclaboussant les espadrilles.

Lorsque nous fûmes rassasiés, nous entreprîmes de nous laver consciencieusement la figure, le cou, les bras et les jambes avec l’eau douce. Nos mères étaient assez futées pour deviner nos éventuelles escapades à la mer; et plus d’une fois, le sel qui résidait sur notre peau nous avait trahis.

Quand l’une d’entre elles se doutait que nous avions désobéi et profité de leur crédulité pour aller nous baigner à la mer, elle nous prenait le bras et déposait délicatement le bout de sa langue sur notre peau. Le goût du sel séché dénonçait notre mensonge et c’était la punition assurée.

--Purée! c’est dommage que tu as jeté les moules, regretta Lucien en s’adressant à Habib.

--La moitié elles étaient pourries!

--C’est pas vrai!

--Oui! Oui! je te jure.

--Heureusement que j’en ai gardé une dit Christian en sortant triomphalement se sa poche une énorme moule noire…………

 

                

                                       

 

                                                        FIN

 

 

 

                                                                                                               L.R

 



Il s'agit en fait d'un extrait d'un livre intitulé:"Histoires d'Algérie" écrit par un Oranais,Jean-Claude Martinez, ancien instituteur à Oran,qui est né et a habité à St-Pierre, 28 rue Bernardin, non loin de chez René qui habitait au au 7 de la rue Pierre Aymes où il est né et a vécu 20 ans environ,avant de partir aux Castors de la DCAN, à St-Eugène/Dar-Beïda.
Ce livre "SUPERBE" comporte 600 pages et raconte la vie d'un petit Oranais dans les années 40 à 62.Il est en vente aux éditions:
"Mémoire de Notre Temps" _ Parc du Belvédère_ Bât:F1_Avenue Marius Carrieu. 34080 Montpellier_(ou 34030 Montpellier_BP 6030-cedex 01).
Il est vendu 30 ?uros + 4 Euros de frais d'envoi(reçu sous 4 à 5 jours environ).
e-mail de Martinez: jcmartinez@free.fr Il vaut le coup d'être lu