Pourquoi je ne retournerai pas à Oran.

 

 

            En précisant en préambule que je m'interdis de suspecter quiconque d'avoir moins aimé Oran que moi, je me permets de vous livrer les réflexions que m'inspirent quelques reportages, tant journalistiques que personnels, des voyages effectués par des Pieds noirs sur le lieux de leur naissance.

 

            - "Un accueil formidable" :

Comment pourrait-il en être autrement dans un pays sinistré depuis l'Indépendance qui voit arriver ses premiers "touristes".

 

            - "J'ai retrouvé ma maison (ou mon appartement) très bien entretenue et ceux qui l'occupent me l'ont fait visiter en me disant que j'y serai bienvenu en toutes circonstances" :

Je n'ose imaginer la réponse d'un juif, exilé aux U.S.A. en 1943, à ceux qui vivent dans l'appartement parisien dont il a été spolié pendant la dernière guerre (peut être avec leur complicité).

 

            - "Nous avons été reçus en grandes pompes par les autorités de la ville" :

Peut-être, mais que faisaient elles le 5 juillet 1962 ?

 

            - "Je voulais que mes enfants connaissent l'endroit où j'ai vécu" :

Qu'y a t'il de commun entre l'Oran d'avant 62 et celui que je vais leur montrer ? Pendant plus de quarante ans j'ai prétendu que nous vivions dans un lieu béni des Dieux. Leur aurais-je menti ?

 

            - "Je suis retourné au lycée Lamoricière" :

 Sans mes copains et mes profs dispersés et perdus de vue ce n'est qu'une nécropole plus porteuse de chagrins que de joies.

 

            - "Pourquoi êtes vous partis ? Revenez" :

Ceux qui posent la question devraient connaître la réponse, quand à leur souhait ma réponse est dans le titre de ce billet.

 

            Je n'ai pas voulu polémiquer en écrivant ces quelques lignes mais simplement mettre en ordre quelques réflexions personnelles parfois confuses.

            Quand bien même je serais le seul à les avancer, cela m'aura fait du bien de les exprimer.

 

            Amitiés confraternelles.

 

                                                                                                            Jean Deluc