Les grandes vacances.

Les premières années, il n’était pas question de rentrer en métropole pour les vacances d’été. En 1947 mon père nous a emmenés vers un climat plus rafraîchissant rappelant celui de la France: Chréa, dans le sud d’Alger. Je ne saurais dire quelle est l’altitude de Chréa, mais il est vrai qu’en plein été il y faisait plus doux et je crois même que l’hiver on pouvait y faire du ski. Nous y sommes restés tout un mois avec maman mon frère et ma soeur, papa ayant regagné son travail à Oran. Nous avons vite fait de nous faire des amis. J’ai souvenir de Madame HUERTAS dont l’époux était bâtonnier à Sidi Bel Abbès. Elle passait ses vacances au même moment que nous
   
avec un fils me semble-t-il et sa soeur célibataire. Maman est restée très liée pendant longtemps avec cette famille que nous allions visiter parfois à Sidi Bel Abbès. Nous y avons ainsi découvert la fête de Cameron et visité les quartiers de la Légion toujours ouverts au public à cette occasion.
Profitant de ce séjour dans l’Algérois nous avons visité pour la première fois les gorges de la Schiffa , la vallée des singes, où l’on pouvait voir des singes en liberté au bord de la route. J’ai eu la peur de ma vie lorsqu’une guenon presque aussi grande que moi m’a sauté dessus pour s’approprier mon goûter que je ne mangeais pas assez vite ! Cette vallée est devenue plus tard un repaire de fellaghas!
 
A cette époque, nous ne rentrions en métropole que tous les 2 ans et papa cumulait alors 2 mois de congé. Nous prenions le bateau et les premières années, avant que je ne découvre le mal de mer, ce voyage était extraordinaire: nous nous amusions comme des petits fous entre gamins, parcourant le bateau du haut jusqu’en bas, visitant tous les ponts. Et puis l’après midi il y avait dans le salon des premières classes les courses de petit chevaux, le jeu de société que tout le monde connaît, mais le tapis de jeu était le sol du salon et les chevaux mesuraient 50cm de haut.Pour corser le jeu on pouvait faire des paris comme au tiercé. maman me donnait l’équivalent de 50 F d’aujourd’hui probablement, et je jouais jusqu’à avoir perdu toute ma fortune!
 
La gare maritime
vue de la promenade de Létang
La nuit sur un bateau en Méditerranée au mois d’Août est merveilleuse, il y fait doux et le ciel est magnifique. On entend parler en métropole de nuit des étoiles filantes une ou deux fois dans l’année et tous les passionnés se précipitent dehors pour voir des nuages...! Pour ma part je n’ai jamais vu une étoile filante depuis mon retour en France mais sur le bateau durant ces traversés estivales, qu’est-ce que j’en ai vu ! Et j’en ai fait des voeux... qui ne se sont jamais réalisés.

Plus tard, mais j’étais déjà arrivé à Lille pour mes études, mes parents ont pris l’habitude de faire le voyage en avion. Seule la voiture prenait le bateau. Elle partait sur un cargo de la Cie LE BORGNE un ou deux jours auparavant et j’étais chargé de la récupérer à Marseille et d’aller attendre le reste de la famille à Marignane. Inutile de dire que la voiture était bourrée de bagages, il ne restait plus qu’un maigre bagage de cabine pour le transport aérien.

Cela nous a valu une petite mésaventure: A l’automne 58 nous sommes tous rentrés par avion laissant la voiture aux bons soins du transitaire à Marseille. Elle ne devait rentrer par un cargo que 8 jours plus tard, ce qui n’était pas une affaire. Mais un jour à midi papa nous apprenait la nouvelle, la voiture était tombée à la mer ! A la dernière minute le cargo qui la transportait a du se détourner vers l’étang de Berre pour aller charger une cargaison de munitions qui risquait d’exploser à la suite d’un incendie dans les stocks d’essence.
Pour ce faire, la voiture a été déchargée afin de faire un peu de place en cale et d’y stocker les munitions, puis la voiture a été rechargée sur le pont. Dans la précipitation à évacuer un lieu peut-être dangereux, elle n’était pas encore calée et au cours de la manoeuvre de débordement elle est passée par dessus bord. Il semble que le coffre arrière se soit ouvert et que certains vêtements sont remontés à la surface ...!
Le transitaire étant bien assuré, une opération de renflouement a été effectuée et nous avons récupéré l’ensemble de nos biens quelques jours plus tard, après un séjour de 48 h par 5 ou 6 m de fond dans l’eau du port. Je vous laisse imaginer l’odeur et l’aspect de beaucoup de choses. J’avais pour ma part acheté une magnifique paire de chaussure « Le Trappeur » en passant à Grenoble et je ne les avais pas encore mises. Elles sont restées plus de 2 mois exposées à l’air et au soleil sur le balcon de la maison avant de perdre leur odeur de marée.



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