La vie d'un PN Oranais

Les "souvenirs" de Didier Barcelona


L'enfance:

28 janvier 1947 à Oran, au 31 de la rue Jean Azémar dans le quartier de Choupot, la famille de Gines et Innocence Barcelona, accueillait le troisième fils, après Hubert, Gérald voilà Didier.
Comme bon dernier, j'ai profité de l'expérience de mes frères et des " erreurs " d'éducation qu'ont pu avoir mes parents avec mes frères. Ma mère, femme fière comme peuvent l'être les femmes Espagnoles, se débrouillait pour nous faire vivre avec seulement les revenus du salon de coiffure de mon père, place de la République dans le quartier de la Marine. De cette fierté, elle nous a aussi donné une éducation qui devait être l a meilleure par rapports aux voisins.

L'aîné attiré par la mécanique, suivra une filière qui avait son mérite à l'époque, l'apprentissage et les cours du soir ; le second, plus littéraire et artiste, passera par l e Lycée Lamoricière ; quant au dernier, surnommé soit " le jeudi " soit " le fouille merde ", attiré plus par la physique et surtout l'électricité est passé par Ardaillon.

Malgré cela, ma mère tenait à ce que j'aie aussi une éducation artistique, et comme le dessin et la peinture ne m'inspiraient pas, il me restait la musique. Je fus donc inscrit aux cours de solfège et de saxophone au conservatoire Municipal rue de la vieille Mosquée ou rue Paixhans ; ce qui faisait quand même un trajet important à travers la ville depuis Choupot, mais comme nous avions l'habitude d'aller au salon de coiffure de la marine cela ne nous dérangeait pas beaucoup dans nos habitudes. A cette occupation, s'est ajoutée une inscription à l'école de hand-ball de la GMO.

De la ville d'Oran, je connaissais bien des recoins, car ma curiosité naturelle, me poussait toujours à modifier les trajets et donc à découvrir ma ville ; cette découverte a " explosé " vers mes dix ans lorsque j'ai eu des patins à roulettes. Tous mes déplacements se sont alors effectués avec ce moyen de locomotion. ( J'étais peut être en avance sur la mode des rollers)

La vie à Oran était celle de beaucoup de pays méditerranéens, le temps n'avait pas l'importance que nous lui accordons maintenant, et le climat favorisait une certaine nonchalance qui cachait quand même une activité réelle.

Les "Evènements":

Les événements, sont venu contrarier ce qui aurait put se poursuivre encore de nos jours, la politique, les intérêts personnels, ou les ambitions ont poussé certains à des excès qui ont pu nous paraître justifiés sur le moment.
Il est très facile de faire la critique de l'histoire, quarante ans après, mais on ne peut oublier les faits vécus et encore moins les sacrifices inutiles.
C'est vrai que je n'avais que 14 ou 15 ans, mais comme dans tous ces types de conflit, les gosses sont entraînés, voire manipulés, et ils se trouvent engagés dans un mouvement qui n'est pas de leur âge et qui leur mange leur adolescence. L'actualité de tous les jours nous le jette à la figure dans les pays à conflits, et de voir des gosses engagés cela ne peut me laisser indiffèrent.

Il y a eu un engagement de ma part, qui n'était effectivement pas de mon âge, mais ma taille et peut être déjà une certaine maturité ont trompé et je me suis retrouvé là où je n'aurais pas du être.
Cet engagement m'a valu un premier séjour dans les sous-sols du stade municipal d'Oran, et un second en juin 62 dans le collège Ardaillon et comble d'ironie, dans la salle de classe que je fréquentais avant la fermeture du collège. Ces séjours n'étaient pas des vacances, j'ai servi de "punching Ball' à des gardes mobiles, et j'ai balayé la cour comme je pouvais entre deux interrogatoires.

La première arrestation a eu lieu dans le quartier de Boulanger, près de l'école annexe de Magnan, PISSIGURE ( ? ), nous venions juste de finir de coller des affiches, quand une patrouille de Gardes Mobiles m'a surpris et embarqué vers le stade Municipal Fouques Duparc, les coups ont commencé dés l'embarquement dans le camion. Nous avions affaire à des super héros, vingt hommes bien équipés contre quatre gamins menottés. Arrivés au stade le " déchargement " a eu lieu à coup d e crosse, et par le passage entre deux lignes des ces messieurs qui s'en donnaient à cœur joie. Dans le stade, nous avons rejoint une cinquantaine de personnes qui étaient assises sur le milieu du terrain. Il était environ 13h 30, et ils nous ont laissé au soleil jusque vers 17h, avec de temps à autre et suivant leurs humeurs, une volée de coups de crosse ou de coup de pieds.
Que s'est il passé exactement ? Je ne saurais le dire encore aujourd'hui ; mais un autre détachement de Garde Mobile a envahi le stade, il y a eu des discussions avec les premiers, discussions plus qu'animées, car ils se sont battus entre eux et finalement les seconds arrivés nous ont embarqués de nouveau dans les camions pour nous relâcher devant le petit jardin prés de Lamur.

Courant juin 1962, j'étais avec d'autres gosses, dans le quartier de Maraval, et nous jouions à tirer les sonnettes des maisons, jeu ô combien de notre âge, et qui n'avait absolument rien de vraiment répréhensible. J'avais bien vu qu'il y avait une patrouille de gardes mobiles, mais malgré ma précédente expérience, je ne me méfiais pas, car à ce moment-là je n'avais absolument rien à me reprocher. Ils nous sont tombés dessus en fonçant sur nous avec le GMC, et en nous mettant en joue, sachant qu'ils étaient près de faire n'importe quoi, y compris de tirer, sachant qu'ils jouissaient d'une certaine impunité, que pouvions nous faire ? Là, de nouveau les menottes, bien serrées, et d'une façon des plus vicieuse qu'il soit: les chevilles aussi étaient entravées par une paire de menottes qui croisaient celles des poignées ; il ne nous restait qu'une position possible, assise et le dos bien rond . Pour nous embarquer, une seule méthode pour les héros, nous prendre à deux et nous balancer dans un half track.

Le voyage, jusqu'à Ardaillon, n'a été que coups, insultes et même l'un des salauds, a uriné sur nous sous les rires des autres.
Un peu d'humanité quand même, pour nous débarquer et ne pas se salir, ils ont ôté les menottes des chevilles, mais cela n'a pas empêché les coups des continuer de tomber ; dans ce qui était le fond du réfectoire, nous avons eu l'ordre de nous déshabiller pour la fouille. Les vexations ont continué, en cherchant à nous pousser avec le canon d'un fusil dans le derrière, arrivés dans la cour, nous avons eu droit à une douche avec un jet d'eau, et pour couronner le tout, notre linge a été jeté aussi dans la cour mouillée, tout ce nous pouvions avoir dans nos poches, a été détruit à coup de crosse et de Rangers.

Après s'être rhabillés, nous sommes montés au premier étage, et nous devions entrer un par un dans une des salles de classes ; là nous attendaient d'autres glorieux personnages, un croc en jambe et nous étions plus qu'a leur merci. Pour dormir, nous avons été de nouveau menottés aux poignées, et une autre menotte à la cheville et au lit de camp.
Cette salle de classe était ma salle principale en quatrième, elle était reconnaissable, car il y avait une plaque commémorative pour un professeur mort au cours de la dernière guerre.
Vers les cinq heures du matin, c'est une estimation, car je n'avais plus de montre, ils sont venus chercher l'un d'entre nous, une demi-heure plus tard, un autre. Ils parlaient entre eux, mais de façon à ce que nous entendions bien ce qu'ils racontaient. " Il n'a pas voulu parler, tant pis pour lui de mourir aussi bêtement ". De telles phrases, dans la bouche de ces énergumènes, je garantis que cela fait peur.
A mon tour de les suivre, jusqu'au dortoir du deuxième étage, là sont installés en vrac des tables des salles de classes, les lits sont dans le même état, il fait froid, l'odeur du tabac froid enveloppe la pièce. Je sais que l'on peut dire que j'en rajoute, mais il a des images que je ne peux oublier et celles-là, elles sont plus que gravées.
Ces hommes courageux, défenseurs de la patrie, revêtus de l'uniforme français, attachent un gosse bras et jambes écartés à l'armature d'un ensemble de lits, et avant de poser la première question, c'est un bon coup de rangers sur les pieds et une série de gifles bien appuyées. Bravo messieurs la France peut être fiers de vous, vous avez fait du bon boulot, vous méritez des médailles.

Après un relevé rapide d'identité, c'est toute une série de question sur des personnes, ou des lieux, et à chaque réponse négative, c'est à dire toutes, les coups pleuvent. Contrairement à ce que l'on peut penser, mais dans ces moments-là, une certaine force peut nous habiter, en effet même si on a reconnu quelqu'un sur une photo, on ne la dénonce pas, car si les autres en face ne savent pas, il ne faut pas leur donner l'information, ils devront chercher encore. Celui qui est recherché ne doit pas connaître le même sort, et puis c'est aussi une revanche silencieuse face à ces brutes.
Combien de temps dure cette séance ? Le temps est long au début, mais après, quelle importance peut-on donner au temps dans ces conditions ? Une vieille gamelle avec de l'eau pour se laver la figure, et retour dans une autre salle de classe. Vers midi, distribution d'un bol de café et d'un bout de pain, et gare à celui qui en verse au sol, il a droit à une correction immédiate et les menottes serrées un peu plus. L'Etat Français n'accepte pas le gaspillage.
Dans l'après midi, j'ai nettoyé les escaliers qui allaient vers la salle de permanence au sous-sol, c'est très facile avec des menottes aux poignées, et une autre au pied qui t raîne une chaise comme boulet, sous les rires et de temps à autres des coups de rangers de ces salauds.
Le soir, une soupe ( ? ) du pain, et du maquereau au vin blanc, le festin, merci la France pour ta générosité.
Retour au " dortoir " dans les mêmes conditions.

Vers les deux heures du matin, un des gardes est venu me chercher, il m'a retiré les menottes, et m'a proposé de sortir d'Ardaillon par la grande porte qui donne sur le boulevard Paul Doumer, la tentation est plus que forte, mais il pue l'alcool et il a son pistolet à la ceinture, j'ai refusé, car je savais que ne n'avais absolument aucune chance de parvenir jusqu'au quartier européen, ou alors avec une balle dans le dos.
La journée du lendemain, la routine, interrogatoire, raclée, eau sale, du banal quoi ! " Les SS à de Gaule vont te faire la peau, tu ne sortiras pas vivant d'ici..... "

Pour balayer, je n'avais plus le boulet au pied, mais les pieds en compote et en progressant tant bien que mal dans les escaliers vers la salle de permanence, j'ai vu qu'elle était occupée par des gens en uniforme. Des gradés, mais pas avec l'uniforme Français, c'était un état major de l'ALN..
J'ai eu la confirmation quand l'ancien surveillant général arabe du lycée les a rejoint. La coopération c'est aussi cela, prévue par les Accords d'Evian.

Dans la cour, j'ai croisé une personne en uniforme et je la connaissais bien, en effet il avait été un soit- disant déserteur, une barbouze qui avait infiltré l'OAS. Et lui aussi me connaissait bien, il avait " hébergé " chez moi pendant sa " désertion ". Lui, savait bien ce que j'avais pu faire et pour cause, mais je n'ai pas compris sa " Rédemption, ", car il m'a fait savoir que ma mère et mon frère aîné étaient passé le matin même pour avoir des nouvelles. Vers les 16 heures, il m'a fait libérer et ce par la porte du coté d'Ardaillon, face aux réserves du musée. Ce type avait un surnom " la Colo " ou " L'Abeille ", il doit goûter sûrement à une retraite " méritée ". Je suis presque sur que beaucoup d'entre eux doivent bénéficier de points supplémentaires pour la retraite, du fait de leur participation " au maintien de l'ordre en Algérie "
Depuis ce jour, personne ne m'a levé la main, et si quelqu'un a voulu le faire, il ne cherchera plus à le faire.

11 juillet 62

Au cours de mon voyage en 1983, je suis retourné au collège Ardaillon, je l'ai visité, j'ai eu un accueil formidable et chaleureux, il est aussi évident que je ne pouvais relater le passé, mais je suis ressorti par la grande porte, et ce, avec un flash sur cette fameuse nuit, mais je l'ai fait peut-être pour chasser un cauchemar, mais non pour effacer la mémoire.
Toujours au cours de ce voyage, il y a eu un autre moment particulier, cela s'est passé sur le boulevard Gallieni, il y avait une foule incroyable, et là aussi j'ai fait un bond en arrière en pensant au 5 Juillet 62 où la foule s'excitait sur les PN qui faisaient la queue devant les compagnies maritimes.

Le 11juillet 1962, au matin, j'ai voyagé dans une 4CV qui appartenait au patron du bar du cinéma le Mondial de Choupot, j'ai oublié le nom de cet homme, je me souviens seulement que sa fille s'appelait Monette. Mes bagages : une valise avec un peu de linge, et une boite carrée de gâteaux avec une partie de mon train électrique et quelques-uns de mes petits soldats. Ma collection de voitures Dinky-Toys est passée au pilon sur la terrasse, environ 300 petites voitures.

Je suis "rentré" en France le 11 juillet 62, seul, j'ai fait un cours séjour à la Timone de Marseille et ensuite chez été "hébergé" à Nîmes. Je n'avais pas de nouvelles de mes parents restés en Algérie. Mon frère aîné m'a rejoint avec sa femme et ses gosses en Octobre à Rodez. Pourquoi Rodez ? J'avais gardé un contact avec un prof de maths d'Ardaillon et qui était de Rodez. M. B.

La métropole:

La rentrée scolaire a été très courte, le premier jour au réfectoire, des grands ont repéré un petit PN et ils ont décidé qu'il ne mangerait pas de l'année dans la même salle qu'eux. Pour prouver leur "supériorité" ils lui ont renversé son assiette. Comme j'ai le sang chaud, j'ai pris la défense du petit, et je leur ai donné une correction. Convoqué chez le proviseur, j'ai eu droit à un sermon dans le style " petit salopard de PN, nous vous accueillons et vous vous comporter comme des sauvages, ....." et là dessus il m'a giflé; par réflexe, je le lui ai rendu; sanction immédiate: viré du lycée. L'avenir était un peu sombre, car avec une telle réputation il ne pouvait être question de s'inscrire dans l'autre lycée.
J'ai donc choisi ( mon frère ne pas laissé beaucoup de choix ) de suivre des cours par correspondance et, de travailler comme apprenti électricien.

J'ai connu pour la seconde fois de ma vie les joies de la neige ( après l'éphémère neige de 1954), près du mont Aubrac durant l'hiver 1962. Joies vites déçues, car je me suis gelé au point qu'il a fallu m'hospitaliser. Apprenti à mettre des poteaux en terre et tirer des lignes ou encore à faire des installations dans des maisons et des fermes où quelquefois les gens ne parlaient pas français, mais un auvergnat incompréhensible, ( j'ai fini par acquérir quelques mots à force) le patron, Roger V., était un chic type et je corresponds toujours avec lui. ( Il faut dire qu'il avait été un des chauffeurs du général Salan avant la guerre d'Algérie ) Pour lui, les PN auraient du en faire encore plus.

Mes parents sont venus en Décembre 62, et Dieu sait que mon père était un brave type qui ne se plaignait jamais, mais avec le froid, la neige, le manque de moyens, les conditions de logement e t l'amertume, il lui ait arrivé de jurer surtout lorsqu'il n'arrivait pas à allumer le poêle à charbon et qu'il nous enfumait sans nous réchauffer. ( nous ne savions pas utiliser un tel engin )
Suite à divers concours de circonstance, nous avons déménagé en Août 1963 et nous nous sommes retrouvés à Rennes. J'avais eu malgré tout, mon BEPC et une année d'apprentissage. Dans une grande ville comme Rennes, je suis donc retourné au lycée, mais le cœur n'y était pas et je n'ennuyais surtout en cours de math, de physique ou de chimie. En effet fin décembre j'avais fait tous les exercices de l'année sur ces trois matières cela permettait aux copains de ne pas faire les devoirs puisque j'avais les résultats dans un petit carnet.

A Rennes il y avait une forte " colonie " de PN, et très vite je me suis buté avec eux ; ils étaient vantards ( en Algérie, ils avaient des terres, de l'argent, des voitures, etc. mais surtout du bluff ). Ils s'autorisaient à draguer les bretonnes, mais il ne fallait surtout pas approcher leurs sœurs, ils reconstituaient des bandes et même des opérations punitives dans d'autres quartiers. Cela ne me plaisait pas et je le leur ai fait savoir, et ce d'autant plus que j'avais remarqué un adulte qui était derrière tout cela. Cette personne je la connaissais d'Oran, elle travaillait à la Mairie d'Oran et habitait Maraval, et je ne sais par quelle opération du saint Esprit, elle se trouvait être propriétaire de deux bars et d'un hôtel à Rennes. (Je pense que certains " impôts de guerre " n'ont jamais été versés dans les caisses de l'Organisation )

Mon père a fini par trouver un salon à acheter à Saint Malo, et donc nouveau déménagement, nouvelle ville, pas d'amis ou du moins si, car s'est là que j'ai rencontré une famille PN du Sig ( eux aussi perdus ), et qu'il y avait une fille de mon âge. Elle est devenue quelques années plus tard mon épouse.
A Saint Malo, les touristes se régalaient à photographier les vieilles rues dans les murs, sans se douter qu'il y ait de la misère bien cachée. J'ai vécu avec mes parents dans un logement de 16M2, lorsque l'un d'entre nous voulait faire sa toilette, les deux autres allaient s'asseoir sur les marches de l'immeuble, et pour ne pas montrer notre dénuement, nous faisions cela le soir quand nous étions à peu près certains que personne ne monterait ou ne descendrait l'escalier.
Pour acheter son commerce, mon père a été aidé par l'État; je tiens à le préciser, il ne nous a rien été donné, il y avait un intérêt sur la somme empruntée. Comme l'État est un mauvais gestionnaire, mes parents ont payé plus d'intérêts que la valeur du capital ; une loi, je ne sais plus, a été votée et la dette a été " effacée ".

Nouveau départ:

Pour mes études, la situation était claire, je ne pouvais endetter plus mes parents, et donc j'ai travaillé comme électricien d'entretien sur des bateaux à quai, électricien était un titre, car il fallait certes refaire des installations, mais aussi nettoyer des cuves d'huile de foie de morues. ( pas raffiné cela va de soit )
Le salaire était de 150F par semaine de 45 heures, la richesse ; je ne sortais pratiquement pas pour ne pas être tenté et surtout pour ne pas dépenser. Je donnais l'intégralité de cette fortune à ma mère. Cette situation ne me plongeait pas du tout dans une quelconque mélancolie, bien au contraire je crois qu'elle m'a forgée le caractère et je sais me contenter de peu s 'il le faut.

Pour ne plus être à la charge de mes parents, j'ai décidé de m'engager dans la Marine Nationale. Là, j'ai repris des cours, en particulier en électronique et je me suis retrouvé aux USA en stage sur de nouveaux systèmes de radar et d'armes que la Marine venait d'acquérir.
Carrière assez rapide, car en 2 ans et six mois, j'ai acquis le grade de sous officier spécialisé entre autres dans ce qui s'appelle " la guerre électronique ". J'ai pas mal navigué sur différentes unités, y compris un stage en sous-marin, et comme détaché auprès du ministère des affaires étrangères pour la maintenance des matériels de transmission installés dans les ambassades françaises à l'étranger.
J'aurais pu poursuivre une telle carrière, ( j'ai préparé le concours d'officier technicien ) mais voilà j'ai participé pendant une semaine aux recherches du sous-marin la Minerve en Janvier 1968. J'ai été très déçu de la façon dont cela s'est déroulé. Les missions dans les ambassades devenaient pénibles, car je ne pouvais plus communiquer avec mon épouse, et je sentais trop la manipulation. J'ai attendu la fin de mon contrat de cinq ans un mois et quelques jours en 1971, et je suis parti avec le grade de premier maître. Il est vrai aussi que je me suis marié en 1969, que ma fille est née en 1970, et que je suis tombé amoureux de ma fille. Mon fils , lui est arrivé en 1975. Mon seul souci a été de toujours protéger ma famille et les miens de ce que j'avais subi.

Epilogue:

Voilà une tranche de vie d'un petit Pieds Noirs, le reste cela n'a été que travail pour arriver jusqu'à prendre en mains des entreprises comme DG, études pour augmenter mon bagage( une thèse déposée à l'INSA, et deux ans d'études à SUPELEC) ( le fait de les avoir fait en dents de scie me pousse à toujours en vouloir ), et engagements dans diverses associations comme secrétaire des anciens marins, j'ai aussi pris la tutelle des biens de mes neveux au décès de mon frère ( un enfer ), syndic bénévole de mon lotissement ( avec tout ce que cela implique comme don de soi, de patience, d'écoute et de formation juridique), président de parents d'élèves pendant 15 ans, et maintenant Personnalité Qualifiée auprès des conseils d'administrations des établissements scolaires ( désignation par le conseil Général et le Conseil Régional ).

Comme il reste encore un peu de temps disponible, je suis aussi écrivain public pour mes voisins ( courriers, CV, litiges etc..), ou bien sténo dactylo pour les jeunes du quartier qui ont des rapports ou même des thèses à mettre en forme. Les petits voisins connaissent bien la maison pour que je leur répare leurs jouets électriques ou autres.
Il me reste un créneau pour mes souvenirs, mon arbre généalogique, Internet où j'ai tout à apprendre et surtout depuis quelques mois j'ai rejoint, grâce à Jean Claude Pillon, les meilleurs amis du monde, mes compatriotes d'ORAN.

Ce contact, a permis de me libérer de certains secrets peut être pour apaiser mes souvenirs douloureux, mais surtout pour exprimer tout ce que je tais depuis presque quarante ans.



Didier Barcelona.
Pour me joindre: badidier@club-internet.fr