Les polissoirs de Faÿ-lès-Nemours

Jean-Pierre HOFSTETTER

 

Après les articles sur les polissoirs de Souppes[1][1] et ceux de Poligny[2][2], pourquoi écrire encore un article sur les polissoirs néolithiques de notre région ?

 

Parce que la crainte du vandalisme ou de la malveillance a conduit peu à peu à leur oubli et aussi parce que la préservation du patrimoine n’a de sens que si ce patrimoine est accessible à tous.

 

Aujourd’hui, rares sont les personnes, amateurs ou spécialistes confondus qui peuvent prétendre retrouver à coup sûr plus d’un ou deux des polissoirs découverts sur la commune de Faÿ. Il suffit, en effet, de quelques saisons, voire d’une simple tempête (!) pour que la végétation les dissimule au regard ou rende leur accès quasi-impossible.

 

Cet article est donc un peu la synthèse de mes connaissances et réflexions sur les polissoirs de Faÿ déjà découverts pour la plupart il y a plus de cent ans mais qui sont tombés peu à peu dans l’indifférence et l’oubli.

 

Il semble que les polissoirs ont pourtant passionné un grand nombre d’auteurs, préhistoriens amateurs ou professionnels depuis DOIGNEAU, éminent pionnier de l’étude de la Préhistoire locale (1833). Peut-être que ce qui inspira ces auteurs est le paradoxe qui semble attaché à ce témoignage du passé imprimé sur des blocs de roches de plusieurs tonnes mais qui se perdent si facilement.

 

Ma formation de géologue m’avait amené à m’intéresser aux blocs de grès stampiens (voir encadré) qui entourent la vallée et je connaissais bien le polissoir « du Clos des Raves » à deux pas de mon domicile. Après la lecture de la monographie de Faÿ par NEVEU,  je me suis piqué au jeu de localiser tous les polissoirs qui y sont cités et éventuellement d’en découvrir ou redécouvrir d’autres.

 

Bien sûr, quand on parle de la préhistoire à Faÿ, il semble impossible de ne pas citer la grotte ornée de gravures rupestres dite « grotte Barbichon » mais ce sujet est tellement important qu’il mérite un article à lui tout seul. Contentons–nous ici de rappeler que les gravures qui s’y trouvent sont probablement mésolithiques et donc antérieures de quelques milliers d’années à l’époque qui nous intéresse aujourd’hui.

Dans la littérature sur le sujet, deux publications (1972) font référence : le mémoire de Monique OLIVE [3][3] et celui de maîtrise de Joëlle SOULIER [4][4].

Dans la première, on découvre surtout que de nombreux polissoirs ont apparemment disparus depuis leur découverte (P. BOUEX en comptait 83  dans un rayon de 25 km autour de Nemours en 1924, OLIVE en  a décompté 71 sans toutefois les retrouver tous. Certains ont été détruits (11) , d’autres ont été mal localisés au moment de leur découverte ou compté 2 fois, quelques-uns restent tout simplement introuvables (25).

Dans la seconde, l’auteur va au-delà du simple inventaire et des affirmations hypothétiques et elle suit une approche rigoureuse , analytique, géométrique et statistique et rapporte le résultat d’intéressants essais pratiques.

 

Figure 1 - Outils polis (musée de Nemours)

A ce stade, il est plus que temps de rappeler ce qu’on appelle un polissoir : ce sont des blocs de roches dures (en général des grès) portant des traces d’usure (rainures ou cuvettes) résultant de l’activité de polissage des armes ou outils de pierre. P. de MORTILLET (1927) en donne une description intéressante :

« Les polissoirs portent des cuvettes ovales parfois rondes à fond très uni et des rainures anguleuses en forme d’U ou de V évasés , plus ou moins longues. Les uns n’ont que des rainures, d’autres que des cuvettes, les plus nombreux ont à la fois des cuvettes et des rainures. On remarque sur quelque-uns, des surfaces planes polies. Les rainures sont souvent parallèles entre elles, d’autres fois, elles sont réparties très irrégulièrement sur la surface de la roche, quelquefois elles se coupent … »

 

Généralités géologiques

Les polissoirs de Faÿ comme ceux de Poligny se trouvent topographiquement sur la rupture de pente des vallées (ou talwegs) qui entaillent le plateau à une altitude avoisinant la centaine de mètres. Ceux de Beaumoulin et de Montuffé sont, au contraire, nichés au fond de la vallée du Loing (environ 50 m. plus bas). Cette différence et les implications qu’elle pourrait susciter a intrigué de nombreux auteurs. L’explication nous est fournie par la notice de la carte géologique de la région. La position stratigraphique de ces groupes est différente :

A Poligny et à Faÿ, les blocs sont des grès Stampiens ; l’équivalent des sables et grès d’Etampes qui constituent la plus grande partie du massif de Fontainebleau. A Beaumoulin, Bagneau et Château-Landon (Montuffé) ce sont des grès Sparnaciens qui ont été utilisés. Ils sont séparés du Stampien par des calcaires lacustres et le niveau « à chailles ». Un bel exemple de grès Sparnacien est l’éperon rocheux de Glandelles.

 

Descriptions extraits de la notice de la carte de Château-Landon

Les grès Stampiens sont composés de grains de quartz de 0.2 mm de diamètre moyen de forme assez irrégulière, émoussée, contenant de minimes quantités de tourmaline , zircon et rutile...

Les grès Sparnaciens présentent un aspect lustré du fait d’une composition titanifère. Ils peuvent contenir des galets assez petits de silex bien roulés.

 

Conséquence pratique

Les grès Stampiens et Sparnaciens diffèrent surtout par leur position plus que par leur composition. A l’œil nu, il est bien difficile de les différencier. La présence de petits galets de silex permet de caractériser les grès Sparnaciens mais ils ne sont pas toujours présents.

En général, les grès Stampiens sont peu indurés (peu silicifiés) et donc impropres au polissage à l’exception de la bordure méridionale du massif de Fontainebleau. Les 2 types de grès ont été exploités dans le passé comme matériau de construction et aussi pour la confection de meules.

 

Le problème de la hauteur des eaux au Néolithique

L’idée de l’inondation des vallées au Néolithique provient de Doigneau et a été relayée par Neveu. Elle s’appuie sur la remarquable constance d’altitude des polissoirs de Faÿ (105 à 110 m.) cette altitude correspond en fait à celle du sommet de la dalle des grès stampiens ici sub-horizontaux (en fait légèrement inclinée vers le sud). Non seulement il faut remonter bien avant l’apparition des premiers hommes pour trouver l’époque ou le niveau des eaux pouvaient atteindre cette altitude mais de plus il apparaît que celui-ci était sans doute encore plus bas que le niveau actuel au début du Néolithique.

 

Aujourd’hui ces terrasses sont parfaitement connues et datées. Voici un extrait de la notice de la carte géologique au 1/50 000e de la région qui décrit leur succession :

·                     ·       Hautes terrasses (alluvions Fx (correspondant à des dépôts du proto Loing au début du creusement des premières vallées (sur les hauteurs de Souppes à 30 ou 35 m. au-dessus du Loing actuel).

·                     ·       Premières basses terrasses (Fy ; au-dessus du niveau actuel) , secondes basses terrasses (sous le niveau actuel).

·                     ·       La fin du Paléolithique semble être marquée par une remontée des eaux jusqu’au niveau actuel (dépôts d’alluvions Fz).

 

La formation des dalles gréseuses dans  les sables Stampiens

(extrait du Bulletin d’information des Géologues du Bassin de Paris , Thiry,1988)

« Les silicifications paraissent donc liées à des écoulements de nappes dans les paysages entaillés actuels, en arrière des lignes de sources. Mais , si les silicifications sont en relation avec les zones d’écoulement de la nappe, les lentilles de grès observées sont situées au-dessus de la nappe, dans les sables… et correspondraient donc à d’ anciens niveaux de nappes … La nappe phréatique nourrie par les infiltrations dans les zones plus élevées s’écoule vers les lignes de source à la base des entailles d’érosion. Une première silicification se fait au sommet  de la formation sableuse.. L’incision du paysage par le réseau hydrographique se poursuit. La nappe s’abaisse … les dalles de grès sont soumises à des dissolutions à leur périphérie. Un second niveau silicifié plus profond est formé au niveau de la nappe phréatique… »


 

 

Relations entre la position géographique des silicifications de grès et d’éventuels résidus de nappes aquifères en équilibre dans les sables.

A Faÿ, les grès Stampiens ont une épaisseur réduite. La nappe phréatique actuelle s’est établie sous la base des grès dans le calcaire sous-jacent. Il est possible qu’à une époque plus ancienne (au néolithique) quelques sources aient subsistées au niveau de la dalle de grès permettant l’installation des populations et le développement d’ateliers mais le problème de l’eau n’est pas aussi crucial qu’il n’y paraît ; les polisseurs néolithiques recherchaient les grès durs et préféraient sans doute transporter de l’eau plutôt que d’utiliser des blocs d’une mauvaise qualité

 

Les polissoirs de Faÿ

Nous voilà maintenant mieux armés pour découvrir les polissoirs autour de Faÿ. Dans sa monographie P. NEVEU y signale quatre polissoirs (2 à la Grande Vente, un au-dessus de la ferme de Laveaux et un au Clos des Raves). J. SOULIER en étudie 3 (celui du Château d’eau qui correspond à celui nommé par NEVEU « de la ferme de Laveaux » celui du clos des Raves et celui dit des 48 Arpents ; un nouveau polissoir inconnu de NEVEU. M. OLIVE signale le polissoir d’Aufferville / Maison Rouge, le polissoir n°1 de la Grande Vente et ceux du Château d’Eau, du Clos des Raves et des 48 Arpents. Elle signale également (sans les avoir retrouvés) deux autres polissoirs ayant donné lieu à des publications : un dans la vallée Ragonde et un autre dit « du Parc » au nord de la rue du Château.

 

Il y aurait en fait 11 polissoirs sur le territoire de la commune de Faÿ :

 

Certains polissoirs ne sont pas véritablement à l’intérieur des limites de la commune mais il serait ridicule de les écarter ici :

 

Le polissoir du Jeu de Billes à Chaintréauville (P. BOUEX)

Le « polissoir » de la Croix de Fer (SOULIER, BARBICHON) à Ormesson (transporté au musée).

Le polissoir détruit dans une cour de ferme à Corbeval (OLIVE)

Le Polissoir de La Mai à Bougligny à proximité du groupe du Bois de la Grande Vente et de celui de la Pièce du Moulin.

Et surtout le polissoir d’Aufferville / Maison Rouge (à moins de 30 m. de ceux de « du bois de la Grande Vente » 1 et 3).

 

Cela fait un total de 16 polissoirs dans les environs immédiats de Faÿ.

 

 


Figure 2 : Localisation des polissoirs numérotés de 1 à 10.

(11 à 13 ne sont pas visibles sur la carte)

 


Chaque fois que cela a été possible le site a été localisé au GPS[5][5] avant d’être reporté sur la carte plan IGN au 1/25000e puis du cadastre de Faÿ au         1/5000e. Le relevé des coordonnées Lambert sur le terrain étant trop dépendant des talents cartographiques du « releveur ». La technologie DGPS permet une précision de 5 à 10 m. par temps clair. En revanche, la fonction « Altimètre » de l’appareil n’a pas été utilisée à cause de la trop grande variabilité des résultats obtenus (probablement due aux variations météorologiques).

Figure 3 - Localisation GPS du polissoir du Bois de la GrandeVente 3

 

Chaque polissoir repéré est accompagné d’une photo et d’un schéma ou apparaissent la forme générale du bloc et celles des surfaces de polissage ainsi que leurs dimensions.

 


 

Le groupe du Bois de La Grande Vente

Les deux grands polissoirs de la Grande Vente (LGV1 et LGV2) ne posent pas de problèmes de localisation particuliers.

Figure 4 - Photo du polissoir du bois de la Grande Vente 1

Figure 5 - Schéma du polissoir du bois de la Grande Vente 1

 

Le plus anciennement connu est LGV1. Il se présente sous la forme d’un bloc aux contours ovales avec une surface plane sub-horizontale. Il a la particularité d’être cassé en deux. NEVEU y voit l’action de carriers voulant exploiter le bloc car la fracture s’ouvre à partir d’une des rainures. Il est quand même surprenant de noter que la moitié Ouest du bloc ne montre aucune trace de polissage alors que la moitié Est montre 7 rainures de 30 à 80 cm de long et une petite cuvette.

Figure 6 - Photo du polissoir du bois de la Grande Vente 2

Figure 7 - Schéma du polissoir du bois de la Grande Vente 2

Le polissoir de La Grande Vente 2 est le plus spectaculaire et le mieux conservé du groupe. C’est une dalle triangulaire (1.80 x 1.85 m.) sub-horizontale présentant  11 rainures (en 4 groupes) et 3 surfaces polies bien conservées.

 

Pourquoi NEVEU l’a-t-il ignoré alors qu’il est parfaitement visible ? La réponse est sans doute qu’il n’est pas sur le territoire de la commune de Faÿ et que selon les principes de cet instituteur du 19e siècle il n’avait pas place dans sa monographie. Par la suite, toutes les personnes qui se sont intéressées aux polissoirs de La Grande Vente ont pensé qu’il s’était trompé en localisant ses deux  polissoirs.

 

C’est en relisant le paragraphe correspondant dans la monographie que j’ai réalisé qu’une des descriptions ne s’appliquait à aucun des deux polissoirs publiés à ce jour :  «… Il est maintenant incliné vers le sol et ses rainures en grande partie recouvertes par la terre forment avec le plan du terrain un angle d’environ 70 degrés … »  Il se trouve exactement à l’endroit et dans la position indiquée : à 100 m. du premier en longeant le bois et à 7 m. environ de la lisière du bois. Pourtant, ce troisième polissoir a été oublié pendant plus de 100 ans.

 

Il a fallu le dégager de la mousse et du lierre et terminer à la pelle pour faire apparaître la totalité des rainures  Sa forme générale arrondie évoque plus une boule qu’une dalle et son état de conservation est très médiocre. Sur la face inclinée on voit 5 petites rainures.

 

A proximité immédiate, on remarque une très grande dalle (4 à 5 m. de diamètre) sub-horizontale aux contours presque circulaires. Elle ne présente pourtant aucune trace de polissage.

 

Figure 8 -  Photo du polissoir du bois de la Grande Vente 3

 

Figure 9- Schéma du polissoir du bois de la Grande Vente 3

 

 

Le groupe de la Pièce du Moulin

Ce groupe de quatre polissoirs m’a été signalé par M.BENARD. Il a été également appelé groupe « du Bois de la Grande Vente Est » par certains auteurs.

 

Un polissoir (Pièce du Moulin 1) avait été retrouvé par M. BENARD juste après un incendie de la parcelle boisée. Il se trouverait « à 20 mètres de la lisière du bois à partir du coin Nord-Est ». A demi-détruit par l’incendie il aurait porté une grande surface polie et quelques petites rainures.

 

Au cours d’une visite récente de M. BENARD nous avons cru retrouvé le polissoir  1. Pourtant le polissoir que nous avons retrouvé ensemble montre une grande rainure peu profonde et une grande cuvette polie assez bien conservée. Elle semble striée par une dizaine de traits parallèles qui ne sont put-être d’origine naturelle. En comparant les notes de M. BENARD, nous avons compris que nous venions de redécouvrir un autre polissoir signalé par M. BARBICHON (Pièce du Moulin 2).

 

Figure 10 Photo du polissoir de la Pièce du Moulin 2

Figure 11 Schéma du polissoir de la Pièce du Moulin 2

Je suis retourné le week-end suivant sur ce site et cette-fois j’ai examiné attentivement les blocs voisins et là j’ai trouvé deux autres blocs en forme de boule portant des traces de polissage. Le premier montrent une grande cuvette d’environ 30 cm sur sa partie supérieure (Pièce du Moulin 3) et le second en porte deux plus petites disposées autour d’une dépression profonde en forme de croissant de lune (Pièce du Moulin 4).

 

Figure 12 Photo du polissoir de la Pièce du Moulin 3

Figure 13 Schéma du polissoir de la Pièce du Moulin 3

 

Figure 14 Photo du polissoir de la Pièce du Moulin 4

Figure 15 Schéma du polissoir de la Pièce du Moulin 4

 

 

 

Le polissoir du Clos des Raves

Le polissoir du Clos des Raves est normalement assez facile à retrouver toutefois il est maintenant partiellement recouvert comme on peut le voir sur la photo) par un arbre tombé en décembre 1999 et par des déblais récents extraits d’un trou voisin plus ou moins aménagé en abri rudimentaire (planque de chasseur ou cabane d’enfants ?).

 

Heureusement, la partie portant les 4 rainures et la petite cuvette est encore parfaitement visible.

Figure 16 - Photo du polissoir du Clos des Raves

Figure 17 - Schéma du polissoir du Clos des Raves (d’après J. SOULIER)

Dans son mémoire, J. SOULIER le nomme « Clos des Raves 1» car elle avait baptisé le bloc des 48 Arpents  « Clos des Raves 2 »

 


 

Le polissoir du Château d’Eau

Le polissoir du Château d’Eau est certainement le mieux connu et le plus accessible de tous. Il a été décrit par de nombreux auteurs depuis DOIGNEAU jusqu’à J. SOULIER. Il porte des rainures d’une longueur exceptionnelle (certaines atteignent environ 1 m.). Sa position sur la pente et son inclinaison laissent penser qu’il n’est pas en place. Il aurait glissé depuis le méplat correspondant au sommet de la dalle gréseuse (situés à 100-105 mètres d’altitude comme presque  tous les autres polissoirs du secteur).

Son appellation d’origine « polissoir de Laveaux » prêtant trop à confusion, c’est avec soulagement qu’on a vu se construire à proximité le château d’eau qui alimente Faÿ en eau potable et qui permet de lui donner un nom sans équivoque.

Figure 18 - Photo du polissoir du Château d’Eau

Figure 19 - Schéma du polissoir du Château d’Eau

 

Les polissoirs qui ne sont pas des polissoirs

Le polissoir des 48 Arpents n’est pas véritablement un polissoir d’après la définition donnée plus haut. C’est pourtant un bloc poli sur les 2 faces mais qui est interprété comme une meule « dormante » c’est à dire une meule ou le grain était écrasé à la main à l’aide d’un galet ou « molette ». Arraché par M. JOUSSET du champ où il gênait pour les labours, il est resté quelques années à la bordure du bois jusqu’à ce que M. BARBICHON le remarque. Celui-ci demanda et a obtenu du propriétaire l’autorisation de l’en « débarrasser ». Plus tard, M. BARBICHON en fit don au Musée de Préhistoire d’Ile de France où on peut le voir aujourd’hui à l’extrémité du palier du 1er étage.

 

Deux autres meules dormantes m’ont été signalées par M. BENARD. Il s’agit du bloc du Bois de Faÿ (625.225, 059.800) à l’est de celui des 48 Arpents et celui de la pièce de la Croix (623.025, 057.950) à l’ouest de Laveaux.. Toutes deux ainsi qu’une autre meule du même type trouvé au lieu-dit la « Croix de Fer » sur la commune d’Ormesson se trouvent au musée de Nemours.

 

Figure 20 - Photo du « polissoir » des 48 Arpents

Figure 21 - Schéma du « polissoir » des 48 Arpents (d’après J. SOULIER)


 

« Avis de recherche » ou « perdus 3 polissoirs »

 

Si vous ne savez pas quoi faire le week-end prochain et si les ronces, les taillis d’aubépines et les acacias ne vous font pas peur partez donc à la recherche des polissoirs perdus.

 

Le polissoir du Parc

En voici un qui semble facile …

Dans une position et à une altitude curieusement plus basse que les autres polissoirs « A 110 m de la porte cochère des communs en longeant le mur du parc et à 25 m. à l’intérieur du bois. ».  Il devrait être facilement repérable !

Malheureusement, toutes nos tentatives pour retrouver ce bloc dans le taillis d’aubépines et de ronces qui s’enchevêtrent à cet endroit ont été infructueuses. Il est surprenant que l’auteur (NOUGIER) donne des mesures à partir « de la porte cochère». On suppose qu’il parle de la ferme mais la porte « cochère » est aujourd’hui à l’opposé de la rue du château (à l’est). L’explication c’est qu’en 1923, il y avait une porte cochère à l’entrée qui a été détruite par la suite (communication orale de M. JOUSSET propriétaire de la ferme).

A l’endroit indiqué mais à 4 m. du chemin se trouve l’ancien four à briques. Il semble impossible que NOUGIER ne l’ait pas remarqué et ne s’en soit pas servi pour localiser plus précisément ce polissoir ! Il devrait porter 2 rainures qui se rejoignent dont une d’une trentaine de centimètres.

Il n’y a pas, dans ce secteur, de bloc portant des traces de polissage reconnaissables. Seulement un bloc avec des rainures naturelles liées à l’érosion dans le sens de la stratification (pas de surface polie) et un autre bloc portant une encoche allongée de 10 à 15 cm sur 1.5 aux angles droits et profonde de 1 cm qui ne paraît pas naturelle (se pourrait être une tentative de débitage).

 

Le polissoir de M.BENARD

Ce spécialiste de la préhistoire de Seine-et-Marne va publier très prochainement son propre inventaire des polissoirs et mégalithes de la région. Il connaît de nombreux polissoirs inédits à Faÿ : Celui de la pièce du Moulin mentionné plus haut et celui  « du Cassis » ou « de la Coulée aux Chevaux ». Il n’a pas été possible de retrouver celui de la Coulée au Chevaux malgré les coordonnées Lambert fournies par l’auteur et une photo du lieu datant de 1970. Réservés aux mordus de la machette…

 

Le polissoir de la vallée Ragonde ;

Ce polissoir devrait porter une seule rainure mais a été simplement localisé dans la vallée Ragonde (où doivent se trouver quelques milliers de blocs de grès pas toujours bien visibles).  Si la logique est respectée on devrait le trouver à une altitude de 100-110 m. Il suffit donc en théorie de suivre ce niveau tout autour de la vallée Ragonde avec une attention particulière pour les blocs présentant une face sub-horizontale.

 

On ne peut pas exclure que le trou gravé « au-dessus de la ferme de M. BRUN » au lieu-dit « Le Butet » soit  ce qui est appelé polissoir de la vallée Ragonde quoique en toute logique, il ne peut pas et n’a pas pu  être considéré comme un polissoir, il porte en plus d’une croix bien visible sur la photo, une demi-douzaine de petites encoches d’environ 10 cm. mais aucune trace de surfaces polies.

 

Figure 22 - Gravures d'un bloc dans la vallée Ragonde

 


 

Et sur les communes voisines ?

Le polissoir de la Croix de Fer (commune d’Ormesson) cité par J. SOULIER est du même type que celui des 48 Arpents. Il est du même type que le bloc des 48 Arpents c’est à dire une meule « dormante » et est exposé au musée de Nemours.

 

Figure 23 - Photo du polissoir de la Croix de Fer (Ormesson)

 

M. BENARD signale également un polissoir sur la commune de Bougligny aux limites de la commune de Faÿ non loin des groupes du bois de la Grande Vente et de la pièce du Moulin au lieu-dit « La Mai » (0622.500 , 056.700) à 2 rainures et 4 cuvettes en assez mauvais état mais ne l’a pas retrouvé.

 

Si vous cherchez dans les inventaires de bibliothèques vous trouverez probablement le polissoir « d’Ormesson » décrit en 1924 par BOUEX. Le polissoir du Jeu de Billes  est en fait à Chaintréauville (commune de Saint-Pierre) à proximité du chemin dit « de Chaintréauville à Ormesson ». Il est parfaitement visible au bord de la partie goudronnée du chemin des Sables à gauche dans le tournant en venant de Chaintréauville. Il comporte une surface polie assez mal conservée et une rainure unique, petite et peu profonde.

 

Dernière minute

Il y aurait un polissoir dans les bois situés entre Corbeval et Faÿ à l’Ouest de la route au sud de l’embranchement vers Foljuif. Il doit s’agir d’un polissoir à rainures. Il n’aurait pas fait l’objet de publication à moins que ce soit les débris de celui détruit dans une cour de ferme à Corbeval.

 


 

Localisation géographique des polissoirs

Nom

Statut

N° sur la carte

Rainures

Cuvettes

GPS (UTM31)

Lambert IIe

Lambert I (Olive)

Lambert II (Benard)

La Grande Vente 1

retrouvé ¡

3

7

1

473,351

622 662

622,65

622 650

5340,219

1057,102

57,11

1057,150

-

102

 

102

La Grande Vente 3

(nouveau ?)

retrouvé

¡

5

5

0

473,251

622 550

-

-

5340,152

1057,035

-

-

-

102

-

-

Le Château d’Eau

retrouvé

¡

1

11

1

474,533

 

623,77

-

5341,825

 

58,70

-

-

 

-

-

Le Clos des Raves

retrouvé

¡

2

4

1

475,815

 

625,07

623,840

5342,633

 

59,61

1058,720

-

 

-

104

Les 48 Arpents (musée)

retrouvé

ÿ

6

0

1

?

?

625,17

?

?

?

59,73

?

?

?

-

?

Le Parc

non retrouvé Ñ

7

2

?

?

?

?

?

La Vallée Ragonde

(douteux)

non retrouvé Ñ

8

1

?

?

?

?

?

La Coulée aux Chevaux (cassis)

non retrouvé Ñ

9

?

?

?

?

?

?

 

 

 

La Pièce du Moulin 1

non retrouvé Ñ

14

?

?

?

?

?

?

?

La Pièce du Moulin 2

retrouvé

¡

10

?

?

?

?

?

623,193

1057,214

La Pièce du Moulin 3

(nouveau ?)

retrouvé

¡

15

1

1

?

?

?

623,19

1057,21

La Pièce du Moulin 4

(nouveau ?)

retrouvé

¡

16

0

2

?

?

?

623,19

1057,21

 

Polissoirs proches (hors commune)

La Grande Vente 2

(Maison Rouge)

retrouvé ¡

4

11

 

3

 

473,186

622 487

622,41

-

5340,111

1057,020

57,02

-

-

102

-

-

Le Jeu de Billes

retrouvé ¡

11

1

2

?

?

626,20

?

?

?

61,0

?

La Croix de Fer

(musée)

retrouvé

ÿ

12

0

1

?

?

?

?

Corbeval

détruit Ñ

13

7

?

?

?

?

?

Bougligny (La Mai)

non retrouvé Ñ

17

2

4

?

?

?

622.500

1056.700

 

 


Remerciements

Je  tiens à remercier le Musée de Préhistoire d’Ile de France pour m’avoir autorisé à publier les photos des objets qui y sont présentés et M. Alain BENARD et le GERSAR pour m’avoir indiqué un des polissoirs de la pièce du Moulin et pour toutes les informations qu’il a bien voulu me communiquer.

 

Jean-Pierre HOFSTETTER est géologue de formation. Après une thèse de 3e cycle en Géologie Appliquée à Paris VI, il a exercé en Afrique  avant de devenir chercheur-enseignant à l ‘Ecole Nationale Supérieure des Mines de Paris. Il s’est reconverti dans l’informatique depuis 1990 et travaille maintenant comme chef de projet pour une grande société de services informatiques

 

Bibliographie

 

BOUEX P. – 1924- Le Jeu de Billes- Bulletin de l’Association des Naturalistes de la Vallée du Loing.

BOUEX P. –1927- Polissoir néolithique de St-Pierre-lès-Nemours.

DOIGNEAU E. –1884- Nemours et ses environs, Paris , imp. Garcet

MORTILLET P. de –1927- Inventaire des polissoirs néolithiques de France, L’Homme Préhistorique t. 14.

NOUGIER L. –1933- Note sur le polissoir du Parc – Commune de Faÿ-lès-Nemours – Bull. de la Société Préhistorique Française p.400.

NOUEL A. –1961- Les polissoirs néolithiques de l’Eure et Loir (région sud), du Loiret, du Loir et Cher et de la Seine-et-Marne (portion gâtinaise) Bull. de la Société Préhistorique Française, t.58.

THIRY et al. –1988- Modèle de silicification de nappe dans les dalles gréseuses. Bull. d’information des géologues du Bassin de Paris.

VIRE A. –1891- Les ateliers de polissage néolithiques de la Vallée du Lunain et le régime des eaux à l’époque de l’age de pierre polie – Bull. de la Société d’Anthropologie de Paris. T.2

 

 

 



[6][1] Bulletin d’Histoire Locale de Souppes sur Loing n°6 (1991)

[7][2] Bulletin d’Art et d’Histoire de la vallée du Loing n°2 (1999)

 

[8][3] Inventaire des mégalithes de Seine-et-Marne- mémoire de maîtrise- Univ. Paris I (1972)

[9][4] Etude d’une série de polissoirs de la région de Souppes (S&M) Univ. Paris I – mémoire de maîtrise (1972)

[5] Géopositionnement Global par Satellite – modèle eTrex Summit personal navigator de GARMIN



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

deuxième article sur les polissoirs de Faÿ :