Les polissoirs de Faÿ-lès-Nemours
Jean-Pierre
HOFSTETTER
Après les articles sur les polissoirs de
Souppes[1][1] et ceux de Poligny[2][2], pourquoi écrire encore un article
sur les polissoirs néolithiques de notre région ?
Parce que la crainte du vandalisme ou de la
malveillance a conduit peu à peu à leur oubli et aussi parce que la
préservation du patrimoine n’a de sens que si ce patrimoine est accessible à
tous.
Aujourd’hui, rares sont les personnes, amateurs ou
spécialistes confondus qui peuvent prétendre retrouver à coup sûr plus d’un ou
deux des polissoirs découverts sur la commune de Faÿ. Il suffit, en effet, de
quelques saisons, voire d’une simple tempête (!) pour que la végétation les
dissimule au regard ou rende leur accès quasi-impossible.
Cet article est donc un peu la synthèse de mes
connaissances et réflexions sur les polissoirs de Faÿ déjà découverts pour la
plupart il y a plus de cent ans mais qui sont tombés peu à peu dans
l’indifférence et l’oubli.
Il
semble que les polissoirs ont pourtant passionné un grand nombre d’auteurs,
préhistoriens amateurs ou professionnels depuis DOIGNEAU, éminent pionnier de
l’étude de la Préhistoire locale (1833). Peut-être que ce qui inspira ces
auteurs est le paradoxe qui semble attaché à ce témoignage du passé imprimé sur
des blocs de roches de plusieurs tonnes mais qui se perdent si facilement.
Ma formation de géologue m’avait amené à
m’intéresser aux blocs de grès stampiens (voir encadré) qui entourent la vallée
et je connaissais bien le polissoir « du Clos des Raves » à deux pas
de mon domicile. Après la lecture de la monographie de Faÿ par NEVEU, je me suis piqué au jeu de localiser
tous les polissoirs qui y sont cités et éventuellement d’en découvrir ou
redécouvrir d’autres.
Bien sûr, quand on parle de la préhistoire à Faÿ, il semble impossible de ne pas citer la grotte ornée de gravures rupestres dite « grotte Barbichon » mais ce sujet est tellement important qu’il mérite un article à lui tout seul. Contentons–nous ici de rappeler que les gravures qui s’y trouvent sont probablement mésolithiques et donc antérieures de quelques milliers d’années à l’époque qui nous intéresse aujourd’hui.
Dans
la littérature sur le sujet, deux publications (1972) font référence : le
mémoire de Monique OLIVE [3][3] et celui de maîtrise de Joëlle SOULIER [4][4].
Dans
la première, on découvre surtout que de nombreux polissoirs ont apparemment
disparus depuis leur découverte (P. BOUEX en comptait 83 dans un rayon de 25 km autour de
Nemours en 1924, OLIVE en a
décompté 71 sans toutefois les retrouver tous. Certains ont été détruits (11) ,
d’autres ont été mal localisés au moment de leur découverte ou compté 2 fois,
quelques-uns restent tout simplement introuvables (25).
Dans
la seconde, l’auteur va au-delà du simple inventaire et des affirmations
hypothétiques et elle suit une approche rigoureuse , analytique, géométrique et
statistique et rapporte le résultat d’intéressants essais pratiques.

Figure 1
- Outils polis (musée de Nemours)
A ce stade, il est plus que temps de rappeler ce qu’on appelle un polissoir : ce sont des blocs de roches dures (en général des grès) portant des traces d’usure (rainures ou cuvettes) résultant de l’activité de polissage des armes ou outils de pierre. P. de MORTILLET (1927) en donne une description intéressante :
« Les polissoirs
portent des cuvettes ovales parfois rondes à fond très uni et des rainures
anguleuses en forme d’U ou de V évasés , plus ou moins longues. Les uns n’ont
que des rainures, d’autres que des cuvettes, les plus nombreux ont à la fois
des cuvettes et des rainures. On remarque sur quelque-uns, des surfaces planes
polies. Les rainures sont souvent parallèles entre elles, d’autres fois, elles
sont réparties très irrégulièrement sur la surface de la roche, quelquefois
elles se coupent … »
Généralités
géologiques
Les
polissoirs de Faÿ comme ceux de Poligny se trouvent topographiquement sur la
rupture de pente des vallées (ou talwegs) qui entaillent le plateau à une
altitude avoisinant la centaine de mètres. Ceux de Beaumoulin et de Montuffé
sont, au contraire, nichés au fond de la vallée du Loing (environ 50 m. plus
bas). Cette différence et les implications qu’elle pourrait susciter a intrigué
de nombreux auteurs. L’explication nous est fournie par la notice de la carte
géologique de la région. La position stratigraphique de ces groupes est
différente :
A
Poligny et à Faÿ, les blocs sont des grès Stampiens ; l’équivalent
des sables et grès d’Etampes qui constituent la plus grande partie du massif de
Fontainebleau. A Beaumoulin, Bagneau et Château-Landon (Montuffé) ce sont des
grès Sparnaciens qui ont été utilisés. Ils sont séparés du Stampien
par des calcaires lacustres et le niveau « à chailles ». Un bel
exemple de grès Sparnacien est l’éperon rocheux de Glandelles.
Descriptions
extraits de la notice de la carte de Château-Landon
Les
grès Stampiens sont composés de grains de quartz de 0.2 mm de diamètre moyen de
forme assez irrégulière, émoussée, contenant de minimes quantités de tourmaline
, zircon et rutile...
Les
grès Sparnaciens présentent un aspect lustré du fait d’une composition
titanifère. Ils peuvent contenir des galets assez petits de silex bien roulés.
Conséquence
pratique
Les
grès Stampiens et Sparnaciens diffèrent surtout par leur position
plus que par leur composition. A l’œil nu, il est bien difficile de les
différencier. La présence de petits galets de silex permet de caractériser les
grès Sparnaciens mais ils ne sont pas toujours présents.
En
général, les grès Stampiens sont peu indurés (peu silicifiés) et donc
impropres au polissage à l’exception de la bordure méridionale du massif de Fontainebleau.
Les 2 types de grès ont été exploités dans le passé comme matériau de
construction et aussi pour la confection de meules.
Le
problème de la hauteur des eaux au Néolithique
L’idée de
l’inondation des vallées au Néolithique provient de Doigneau et a été relayée
par Neveu. Elle s’appuie sur la remarquable constance d’altitude des polissoirs
de Faÿ (105 à 110 m.) cette altitude correspond en fait à celle du sommet de la
dalle des grès stampiens ici sub-horizontaux (en fait légèrement inclinée vers
le sud). Non seulement il faut remonter bien avant l’apparition des premiers
hommes pour trouver l’époque ou le niveau des eaux pouvaient atteindre cette
altitude mais de plus il apparaît que celui-ci était sans doute encore plus bas
que le niveau actuel au début du Néolithique.
Aujourd’hui ces
terrasses sont parfaitement connues et datées. Voici un extrait de la notice de
la carte géologique au 1/50 000e de la région qui décrit leur
succession :
·
·
Hautes
terrasses (alluvions Fx (correspondant à des dépôts du proto Loing au début du
creusement des premières vallées (sur les hauteurs de Souppes à 30 ou 35 m.
au-dessus du Loing actuel).
·
·
Premières
basses terrasses (Fy ; au-dessus du niveau actuel) , secondes basses
terrasses (sous le niveau actuel).
·
·
La
fin du Paléolithique semble être marquée par une remontée des eaux jusqu’au
niveau actuel (dépôts d’alluvions Fz).
La
formation des dalles gréseuses dans
les sables Stampiens

(extrait du Bulletin d’information des Géologues
du Bassin de Paris , Thiry,1988)
« Les
silicifications paraissent donc liées à des écoulements de nappes dans les
paysages entaillés actuels, en arrière des lignes de sources. Mais , si les
silicifications sont en relation avec les zones d’écoulement de la nappe, les
lentilles de grès observées sont situées au-dessus de la nappe, dans les
sables… et correspondraient donc à d’ anciens niveaux de nappes … La
nappe phréatique nourrie par les infiltrations dans les zones plus élevées
s’écoule vers les lignes de source à la base des entailles d’érosion. Une
première silicification se fait au sommet
de la formation sableuse.. L’incision du paysage par le réseau
hydrographique se poursuit. La nappe s’abaisse … les dalles de grès sont
soumises à des dissolutions à leur périphérie. Un second niveau silicifié plus
profond est formé au niveau de la nappe phréatique… »
Relations
entre la position géographique des silicifications de grès et d’éventuels
résidus de nappes aquifères en équilibre dans les sables.
A Faÿ, les grès Stampiens ont une épaisseur réduite. La nappe phréatique actuelle s’est établie sous la base des grès dans le calcaire sous-jacent. Il est possible qu’à une époque plus ancienne (au néolithique) quelques sources aient subsistées au niveau de la dalle de grès permettant l’installation des populations et le développement d’ateliers mais le problème de l’eau n’est pas aussi crucial qu’il n’y paraît ; les polisseurs néolithiques recherchaient les grès durs et préféraient sans doute transporter de l’eau plutôt que d’utiliser des blocs d’une mauvaise qualité
Les
polissoirs de Faÿ
Nous
voilà maintenant mieux armés pour découvrir les polissoirs autour de Faÿ. Dans
sa monographie P. NEVEU y signale quatre polissoirs (2 à la Grande Vente, un
au-dessus de la ferme de Laveaux et un au Clos des Raves). J. SOULIER en étudie
3 (celui du Château d’eau qui correspond à celui nommé par NEVEU « de la
ferme de Laveaux » celui du clos des Raves et celui dit des 48
Arpents ; un nouveau polissoir inconnu de NEVEU. M. OLIVE signale le
polissoir d’Aufferville / Maison Rouge, le polissoir n°1 de la Grande Vente et
ceux du Château d’Eau, du Clos des Raves et des 48 Arpents. Elle signale
également (sans les avoir retrouvés) deux autres polissoirs ayant donné lieu à
des publications : un dans la vallée Ragonde et un autre dit « du
Parc » au nord de la rue du Château.
Il
y aurait en fait 11 polissoirs sur le territoire de la commune de Faÿ :
Certains
polissoirs ne sont pas véritablement à l’intérieur des limites de la commune
mais il serait ridicule de les écarter ici :
Le
polissoir du Jeu de Billes à Chaintréauville (P. BOUEX)
Le
« polissoir » de la Croix de Fer (SOULIER, BARBICHON) à Ormesson
(transporté au musée).
Le
polissoir détruit dans une cour de ferme à Corbeval (OLIVE)
Le
Polissoir de La Mai à Bougligny à proximité du groupe du Bois de la Grande
Vente et de celui de la Pièce du Moulin.
Et
surtout le polissoir d’Aufferville / Maison Rouge (à moins de 30 m. de ceux de
« du bois de la Grande Vente » 1 et 3).
Cela
fait un total de 16 polissoirs dans les environs immédiats de Faÿ.
Figure 2 : Localisation des polissoirs numérotés de 1 à 10.
(11
à 13 ne sont pas visibles sur la carte)

Chaque
fois que cela a été possible le site a été localisé au GPS[5][5] avant d’être reporté sur la carte plan IGN
au 1/25000e puis du cadastre de Faÿ au 1/5000e. Le
relevé des coordonnées Lambert sur le terrain étant trop dépendant des talents
cartographiques du « releveur ». La technologie DGPS permet une
précision de 5 à 10 m. par temps clair. En revanche, la fonction
« Altimètre » de l’appareil n’a pas été utilisée à cause de la trop
grande variabilité des résultats obtenus (probablement due aux variations
météorologiques).

Figure 3 - Localisation GPS du polissoir du Bois de la GrandeVente 3
Chaque polissoir repéré est accompagné d’une photo et d’un
schéma ou apparaissent la forme générale du bloc et celles des surfaces de
polissage ainsi que leurs dimensions.
Le groupe du Bois de La Grande Vente
Les deux grands polissoirs de la Grande Vente (LGV1 et LGV2)
ne posent pas de problèmes de localisation particuliers.

Figure 4
- Photo du polissoir du bois de la Grande Vente 1

Figure 5 - Schéma du polissoir du bois de la Grande Vente 1
Le plus anciennement connu est LGV1. Il se présente sous la
forme d’un bloc aux contours ovales avec une surface plane sub-horizontale. Il
a la particularité d’être cassé en deux. NEVEU y voit l’action de carriers
voulant exploiter le bloc car la fracture s’ouvre à partir d’une des rainures.
Il est quand même surprenant de noter que la moitié Ouest du bloc ne montre
aucune trace de polissage alors que la moitié Est montre 7 rainures de 30 à 80
cm de long et une petite cuvette.

Figure 6
- Photo du polissoir du bois de la Grande Vente 2

Figure 7 - Schéma du polissoir du bois de la Grande Vente 2
Le polissoir de La Grande Vente 2 est le plus spectaculaire et
le mieux conservé du groupe. C’est une dalle triangulaire (1.80 x 1.85 m.)
sub-horizontale présentant 11 rainures
(en 4 groupes) et 3 surfaces polies bien conservées.
Pourquoi NEVEU l’a-t-il ignoré alors qu’il est parfaitement
visible ? La réponse est sans doute qu’il n’est pas sur le territoire de
la commune de Faÿ et que selon les principes de cet instituteur du 19e
siècle il n’avait pas place dans sa monographie. Par la suite, toutes les
personnes qui se sont intéressées aux polissoirs de La Grande Vente ont pensé
qu’il s’était trompé en localisant ses deux polissoirs.
C’est en relisant le paragraphe correspondant dans la
monographie que j’ai réalisé qu’une des descriptions ne s’appliquait à aucun
des deux polissoirs publiés à ce jour : «… Il est maintenant incliné vers le sol et ses rainures
en grande partie recouvertes par la terre forment avec le plan du terrain un
angle d’environ 70 degrés … »
Il se trouve exactement à l’endroit et dans la position indiquée :
à 100 m. du premier en longeant le bois et à 7 m. environ de la lisière du bois.
Pourtant, ce troisième polissoir a été oublié pendant plus de 100 ans.
Il a fallu le dégager de la mousse et du lierre et terminer à
la pelle pour faire apparaître la totalité des rainures Sa forme générale arrondie évoque plus
une boule qu’une dalle et son état de conservation est très médiocre. Sur la
face inclinée on voit 5 petites rainures.
A proximité immédiate, on remarque une très grande dalle (4 à
5 m. de diamètre) sub-horizontale aux contours presque circulaires. Elle ne
présente pourtant aucune trace de polissage.

Figure 8
- Photo du polissoir du bois de la
Grande Vente 3

Figure 9- Schéma du polissoir du bois de la Grande Vente 3
Le groupe de la Pièce du Moulin
Ce groupe de quatre polissoirs m’a été signalé par M.BENARD.
Il a été également appelé groupe « du Bois de la Grande Vente Est »
par certains auteurs.
Un polissoir (Pièce du Moulin 1) avait été retrouvé par M.
BENARD juste après un incendie de la parcelle boisée. Il se trouverait « à
20 mètres de la lisière du bois à partir du coin Nord-Est ». A
demi-détruit par l’incendie il aurait porté une grande surface polie et
quelques petites rainures.
Au cours d’une visite récente de M. BENARD nous avons cru
retrouvé le polissoir 1. Pourtant
le polissoir que nous avons retrouvé ensemble montre une grande rainure peu
profonde et une grande cuvette polie assez bien conservée. Elle semble striée
par une dizaine de traits parallèles qui ne sont put-être d’origine naturelle.
En comparant les notes de M. BENARD, nous avons compris que nous venions de
redécouvrir un autre polissoir signalé par M. BARBICHON (Pièce du Moulin 2).
Figure 10
Photo du polissoir de la Pièce du Moulin 2

Figure 11
Schéma du polissoir de la Pièce du Moulin 2
Je suis retourné le week-end suivant sur ce site et
cette-fois j’ai examiné attentivement les blocs voisins et là j’ai trouvé deux
autres blocs en forme de boule portant des traces de polissage. Le premier
montrent une grande cuvette d’environ 30 cm sur sa partie supérieure (Pièce du
Moulin 3) et le second en porte deux plus petites disposées autour d’une
dépression profonde en forme de croissant de lune (Pièce du Moulin 4).
Figure 12
Photo du polissoir de la Pièce du Moulin 3

Figure 13
Schéma du polissoir de la Pièce du Moulin 3
Figure 14
Photo du polissoir de la Pièce du Moulin 4

Figure 15
Schéma du polissoir de la Pièce du Moulin 4
Le polissoir du Clos des Raves
Le polissoir du Clos des Raves est normalement assez facile à
retrouver toutefois il est maintenant partiellement recouvert comme on peut le
voir sur la photo) par un arbre tombé en décembre 1999 et par des déblais
récents extraits d’un trou voisin plus ou moins aménagé en abri rudimentaire
(planque de chasseur ou cabane d’enfants ?).
Heureusement, la partie portant les 4 rainures et la petite
cuvette est encore parfaitement visible.

Figure 16
- Photo du polissoir du Clos des Raves

Figure 17 - Schéma du polissoir du Clos des Raves (d’après J. SOULIER)
Dans son mémoire, J. SOULIER le nomme « Clos des Raves 1»
car elle avait baptisé le bloc des 48 Arpents « Clos des Raves 2 »
Le polissoir du Château d’Eau
Le polissoir du Château d’Eau est certainement le mieux connu et
le plus accessible de tous. Il a été décrit par de nombreux auteurs depuis
DOIGNEAU jusqu’à J. SOULIER. Il porte des rainures d’une longueur
exceptionnelle (certaines atteignent environ 1 m.). Sa position sur la pente et
son inclinaison laissent penser qu’il n’est pas en place. Il aurait glissé
depuis le méplat correspondant au sommet de la dalle gréseuse (situés à 100-105
mètres d’altitude comme presque
tous les autres polissoirs du secteur).
Son appellation d’origine « polissoir de Laveaux »
prêtant trop à confusion, c’est avec soulagement qu’on a vu se construire à
proximité le château d’eau qui alimente Faÿ en eau potable et qui permet de lui
donner un nom sans équivoque.

Figure 18
- Photo du polissoir du Château d’Eau

Figure 19 - Schéma du polissoir du Château d’Eau
Les polissoirs qui ne sont pas des polissoirs
Le polissoir des 48 Arpents n’est pas véritablement un
polissoir d’après la définition donnée plus haut. C’est pourtant un bloc poli
sur les 2 faces mais qui est interprété comme une meule « dormante »
c’est à dire une meule ou le grain était écrasé à la main à l’aide d’un galet
ou « molette ». Arraché par M. JOUSSET du champ où il gênait pour les
labours, il est resté quelques années à la bordure du bois jusqu’à ce que M.
BARBICHON le remarque. Celui-ci demanda et a obtenu du propriétaire
l’autorisation de l’en « débarrasser ». Plus tard, M. BARBICHON en
fit don au Musée de Préhistoire d’Ile de France où on peut le voir aujourd’hui
à l’extrémité du palier du 1er étage.
Deux autres meules dormantes m’ont été signalées par M.
BENARD. Il s’agit du bloc du Bois de Faÿ (625.225, 059.800) à l’est de celui
des 48 Arpents et celui de la pièce de la Croix (623.025, 057.950) à l’ouest de
Laveaux.. Toutes deux ainsi qu’une autre meule du même type trouvé au lieu-dit
la « Croix de Fer » sur la commune d’Ormesson se trouvent au
musée de Nemours.

Figure 20
- Photo du « polissoir » des 48 Arpents

Figure 21 - Schéma du « polissoir » des 48 Arpents (d’après J. SOULIER)
« Avis de recherche » ou « perdus 3
polissoirs »
Si vous ne savez pas quoi faire le week-end prochain et si les
ronces, les taillis d’aubépines et les acacias ne vous font pas peur partez
donc à la recherche des polissoirs perdus.
Le polissoir du Parc
En voici un qui semble facile …
Dans une position et à une altitude curieusement plus basse
que les autres polissoirs « A 110 m de la porte cochère des communs en
longeant le mur du parc et à 25 m. à l’intérieur du bois. ». Il devrait être facilement
repérable !
Malheureusement, toutes nos tentatives pour retrouver ce bloc
dans le taillis d’aubépines et de ronces qui s’enchevêtrent à cet endroit ont
été infructueuses. Il est surprenant que l’auteur (NOUGIER) donne des mesures à
partir « de la porte cochère». On suppose qu’il parle de la ferme mais la
porte « cochère » est aujourd’hui à l’opposé de la rue du château (à
l’est). L’explication c’est qu’en 1923, il y avait une porte cochère à l’entrée
qui a été détruite par la suite (communication orale de M. JOUSSET propriétaire
de la ferme).
A l’endroit indiqué mais à 4 m. du chemin se trouve l’ancien
four à briques. Il semble impossible que NOUGIER ne l’ait pas remarqué et ne
s’en soit pas servi pour localiser plus précisément ce polissoir ! Il
devrait porter 2 rainures qui se rejoignent dont une d’une trentaine de centimètres.
Il n’y a pas, dans ce secteur, de bloc portant des traces de
polissage reconnaissables. Seulement un bloc avec des rainures naturelles liées
à l’érosion dans le sens de la stratification (pas de surface polie) et un
autre bloc portant une encoche allongée de 10 à 15 cm sur 1.5 aux angles droits
et profonde de 1 cm qui ne paraît pas naturelle (se pourrait être une tentative
de débitage).
Le polissoir de M.BENARD
Ce spécialiste de la préhistoire de Seine-et-Marne va publier
très prochainement son propre inventaire des polissoirs et mégalithes de la
région. Il connaît de nombreux polissoirs inédits à Faÿ : Celui de la
pièce du Moulin mentionné plus haut et celui « du Cassis » ou « de la Coulée aux
Chevaux ». Il n’a pas été possible de retrouver celui de la Coulée au
Chevaux malgré les coordonnées Lambert fournies par l’auteur et une photo du
lieu datant de 1970. Réservés aux mordus de la machette…
Le polissoir de la vallée Ragonde ;
Ce polissoir devrait porter une seule rainure mais a été simplement
localisé dans la vallée Ragonde (où doivent se trouver quelques milliers de
blocs de grès pas toujours bien visibles). Si la logique est respectée on devrait le trouver à une
altitude de 100-110 m. Il suffit donc en théorie de suivre ce niveau tout
autour de la vallée Ragonde avec une attention particulière pour les blocs
présentant une face sub-horizontale.
On ne peut pas exclure que le trou gravé « au-dessus de
la ferme de M. BRUN » au lieu-dit « Le Butet » soit ce qui est appelé polissoir de la
vallée Ragonde quoique en toute logique, il ne peut pas et n’a pas pu être considéré comme un polissoir, il
porte en plus d’une croix bien visible sur la photo, une demi-douzaine de
petites encoches d’environ 10 cm. mais aucune trace de surfaces polies.

Figure 22 - Gravures d'un bloc dans la vallée Ragonde
Et sur les communes voisines ?
Le polissoir de la Croix de Fer (commune d’Ormesson) cité par
J. SOULIER est du même type que celui des 48 Arpents. Il est du même type que
le bloc des 48 Arpents c’est à dire une meule « dormante » et est
exposé au musée de Nemours.

Figure 23 - Photo du polissoir de la Croix de Fer (Ormesson)
M. BENARD signale également un polissoir sur la commune de
Bougligny aux limites de la commune de Faÿ non loin des groupes du bois de la
Grande Vente et de la pièce du Moulin au lieu-dit « La Mai »
(0622.500 , 056.700) à 2 rainures et 4 cuvettes en assez mauvais état mais ne
l’a pas retrouvé.
Si vous cherchez dans les inventaires de bibliothèques vous
trouverez probablement le polissoir « d’Ormesson » décrit en 1924 par
BOUEX. Le polissoir du Jeu de Billes
est en fait à Chaintréauville (commune de Saint-Pierre) à proximité du
chemin dit « de Chaintréauville à Ormesson ». Il est parfaitement visible
au bord de la partie goudronnée du chemin des Sables à gauche dans le tournant
en venant de Chaintréauville. Il comporte une surface polie assez mal conservée
et une rainure unique, petite et peu profonde.
Dernière minute
Il y aurait un polissoir dans les bois situés entre Corbeval
et Faÿ à l’Ouest de la route au sud de l’embranchement vers Foljuif. Il doit
s’agir d’un polissoir à rainures. Il n’aurait pas fait l’objet de publication à
moins que ce soit les débris de celui détruit dans une cour de ferme à
Corbeval.
Localisation
géographique des polissoirs
|
Nom |
Statut |
N°
sur la carte |
Rainures |
Cuvettes |
GPS
(UTM31) |
Lambert IIe |
Lambert I (Olive) |
Lambert II (Benard) |
|
La
Grande Vente 1 |
retrouvé ¡ |
3 |
7 |
1 |
473,351 |
622 662 |
622,65 |
622 650 |
|
5340,219 |
1057,102 |
57,11 |
1057,150 |
|||||
|
- |
102 |
|
102 |
|||||
|
La
Grande Vente 3 (nouveau ?) |
retrouvé ¡ |
5 |
5 |
0 |
473,251 |
622 550 |
- |
- |
|
5340,152 |
1057,035 |
- |
- |
|||||
|
- |
102 |
- |
- |
|||||
|
Le
Château d’Eau |
retrouvé ¡ |
1 |
11 |
1 |
474,533 |
|
623,77 |
- |
|
5341,825 |
|
58,70 |
- |
|||||
|
- |
|
- |
- |
|||||
|
Le
Clos des Raves |
retrouvé ¡ |
2 |
4 |
1 |
475,815 |
|
625,07 |
623,840 |
|
5342,633 |
|
59,61 |
1058,720 |
|||||
|
- |
|
- |
104 |
|||||
|
Les
48 Arpents (musée) |
retrouvé ÿ |
6 |
0 |
1 |
? |
? |
625,17 |
? |
|
? |
? |
59,73 |
? |
|||||
|
? |
? |
- |
? |
|||||
|
Le
Parc |
non retrouvé Ñ |
7 |
2 |
? |
? |
? |
? |
? |
|
La
Vallée Ragonde (douteux) |
non retrouvé Ñ |
8 |
1 |
? |
? |
? |
? |
? |
|
La
Coulée aux Chevaux (cassis) |
non retrouvé Ñ |
9 |
? |
? |
? |
? |
? |
? |
|
La
Pièce du Moulin 1 |
non retrouvé Ñ |
14 |
? |
? |
? |
? |
? |
? |
|
? |
||||||||
|
La
Pièce du Moulin 2 |
retrouvé ¡ |
10 |
? |
? |
? |
? |
? |
623,193 |
|
1057,214 |
||||||||
|
La
Pièce du Moulin 3 (nouveau ?) |
retrouvé ¡ |
15 |
1 |
1 |
? |
? |
? |
623,19 |
|
1057,21 |
||||||||
|
La
Pièce du Moulin 4 (nouveau ?) |
retrouvé ¡ |
16 |
0 |
2 |
? |
? |
? |
623,19 |
|
1057,21 |
Polissoirs
proches (hors commune)
|
La
Grande Vente 2 (Maison Rouge) |
retrouvé ¡ |
4 |
11 |
3 |
473,186 |
622 487 |
622,41 |
- |
|
5340,111 |
1057,020 |
57,02 |
- |
|||||
|
- |
102 |
- |
- |
|||||
|
Le
Jeu de Billes |
retrouvé ¡ |
11 |
1 |
2 |
? |
? |
626,20 |
? |
|
? |
? |
61,0 |
? |
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|
La
Croix de Fer (musée) |
retrouvé ÿ |
12 |
0 |
1 |
? |
? |
? |
? |
|
Corbeval |
détruit Ñ |
13 |
7 |
? |
? |
? |
? |
? |
|
Bougligny
(La Mai) |
non retrouvé Ñ |
17 |
2 |
4 |
? |
? |
? |
622.500 |
|
1056.700 |
Remerciements
Je tiens à remercier le Musée de Préhistoire d’Ile de France pour m’avoir autorisé à publier les photos des objets qui y sont présentés et M. Alain BENARD et le GERSAR pour m’avoir indiqué un des polissoirs de la pièce du Moulin et pour toutes les informations qu’il a bien voulu me communiquer.
Jean-Pierre HOFSTETTER est
géologue de formation. Après une thèse de 3e cycle en Géologie
Appliquée à Paris VI, il a exercé en Afrique avant de devenir chercheur-enseignant à l ‘Ecole
Nationale Supérieure des Mines de Paris. Il s’est reconverti dans
l’informatique depuis 1990 et travaille maintenant comme chef de projet pour
une grande société de services informatiques
Bibliographie
BOUEX P. – 1924- Le Jeu de Billes- Bulletin de
l’Association des Naturalistes de la Vallée du Loing.
BOUEX P. –1927- Polissoir néolithique de
St-Pierre-lès-Nemours.
DOIGNEAU E. –1884- Nemours et ses environs,
Paris , imp. Garcet
MORTILLET P. de –1927- Inventaire des
polissoirs néolithiques de France, L’Homme Préhistorique t. 14.
NOUGIER L. –1933- Note sur le polissoir du
Parc – Commune de Faÿ-lès-Nemours – Bull. de la Société Préhistorique Française
p.400.
NOUEL A. –1961- Les polissoirs néolithiques de
l’Eure et Loir (région sud), du Loiret, du Loir et Cher et de la Seine-et-Marne
(portion gâtinaise) Bull. de la Société Préhistorique Française, t.58.
THIRY et al. –1988- Modèle de silicification
de nappe dans les dalles gréseuses. Bull. d’information des géologues du Bassin
de Paris.
VIRE A. –1891- Les ateliers de polissage
néolithiques de la Vallée du Lunain et le régime des eaux à l’époque de l’age
de pierre polie – Bull. de la Société d’Anthropologie de Paris. T.2
[6][1] Bulletin d’Histoire Locale de Souppes sur Loing n°6
(1991)
[7][2] Bulletin d’Art et d’Histoire de la vallée du Loing n°2 (1999)
[8][3] Inventaire des mégalithes de Seine-et-Marne-
mémoire de maîtrise- Univ. Paris I (1972)
[9][4] Etude d’une série de polissoirs de la région de Souppes (S&M) Univ. Paris I – mémoire de maîtrise (1972)
[5] Géopositionnement
Global par Satellite – modèle eTrex Summit personal navigator de GARMIN
deuxième article sur les polissoirs de Faÿ :