RELISONS ENSEMBLE Marc,6, 1 - 6



1. LE TEXTE...

Mc 6:1- Étant sorti de là, il se rend dans sa patrie, et ses disciples le suivent.

Mc 6:2- Le sabbat venu, il se mit à enseigner dans la synagogue, et le grand nombre en l'entendant étaient frappés et disaient : " D'où cela lui vient-il ? Et qu'est-ce que cette sagesse qui lui a été donnée et ces grands miracles qui se font par ses mains ?

Mc 6:3- Celui-là n'est-il pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de Joset, de Jude et de Simon ? Et ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ? " Et ils étaient choqués à son sujet.

Mc 6:4- Et Jésus leur disait : " Un prophète n'est méprisé que dans sa patrie, dans sa parenté et dans sa maison. "

Mc 6:5- Et il ne pouvait faire là aucun miracle, si ce n'est qu'il guérit quelques infirmes en leur imposant les mains.

Mc 6:6- Et il s'étonna de leur manque de foi. Il parcourait les villages à la ronde en enseignant.


(Traduction de la BIBLE DE JERUSALEM, éditions du Cerf, 1997, extrait de La Bible de Jérusalem, sur le site Les dominicains de la Province de France . Tous les passages de cette étude où la référence du texte est reprise au début de chaque verset, viennent de cette édition "en ligne". Les autres passages sont tirés de la Traduction Oecuménique de la Bible, Paris, Cerf, 1972.)


2. SON ENVIRONNEMENT...
Avec ce texte choisi par notre Eglise comme Evangile du 14ème Dimanche Ordinaire de l'année liturgique, nous poursuivons la lecture continue de l'Evangile de Marc, déjà reprise le dimanche précédent.

Nous avions cessé cette lecture continue dès le commencement de cette grande période du temps de Carême et de Pâques, qui s'est terminée avec la Pentecôte avant d'être reprise sous forme de méditation théologique dans les fêtes de la Sainte Trinité, et , pour les catholiques romains, de la Fête-Dieu et du Coeur de Jésus.

Nous retrouvons ainsi Jésus au moment où il termine, en quelque sorte, la deuxième étape de son ministère, étape qui nous le montre progressivement rejeté par les siens au pays de Galilée (3, 7 - 6, 6a), en contraste avec la première phase de son action, au cours de laquelle son autorité avait été révélée dans cette même terre de Galilée. (1, 16 - 3, 6)

L'avenir du ministère de Jésus qui s'ouvre pour lui immédiatement dès la fin de notre passage de ce jour, va le confronter à une incompréhension et un malentendu surprenants de la part de ses disciples proches (6, 6b - 8, 21). Puis viendront successivement : un temps important d'instruction par Jésus de ses disciples lors de leur montée ensemble vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52), puis les quatre premiers jours de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37), première partie d'une unique semaine dans la Ville Sainte qui se terminera par la mort de Jésus à Jérusalem et la découverte surprenante de son tombeau vide au matin du premier jour de la semaine suivante. (14, 1 - 16, 20)



L'expérience de rejet que vit Jésus dans ce deuxième temps de son ministère en Galilée s'est développée à travers un certain nombre d'actions : la rencontre des foules, l'institution des Douze, la tentative de sa famille pour s'emparer de lui alors que les scribes l'accusent de chasser les démons au nom de Béelzeboul qui demeurerait en lui, sa prédication en paraboles qu'il explique ensuite à ses disciples, et, juste avant notre passage, quatre signes miraculeux qui révèlent l'ampleur de sa mission ( la tempête apaisée), ou la puissance de la miséricorde de Dieu qui s'exprime en lui comme victoire sur le mal, la maladie et la mort (la libération du démoniaque fou de Gérasa, qui demande ensuite à devenir disciple, la guérison de la femme qui souffrait d'une perte de sang et s'etait permise de toucher son vêtement, la guérison-résurrection de la fille de Jaïre, l'un des chefs de la synagogue) (3, 7 - 5,43).

Ainsi situé, l'épisode de la venue de Jésus dans son propre pays de Nazareth , que nous étudions, va révéler au plus fort cette dimension croissante de rejet, et conclure cette deuxième partie de son ministère sur la même note négative avec laquelle s'était déjà conclue la première partie de sa mission, pleine de succès en Galilée, suite à une nouvelle guérison qu'il avait effectuée un jour de sabbat :

"Une fois sortis, les Pharisiens tinrent aussitôt conseil avec les Hérodiens, contre Jésus, sur les moyens de le faire périr". (3, 6)


3. CE QUE CE TEXTE NOUS DIT D'ABORD...

Que nous dit donc cette page finale sur le rejet de Jésus en Galilée ?

1°) D'abord que Jésus va dans son pays, sa patrie, c'est-à-dire son village.

Le mot "Patrie" n'est pas ici à interprêter comme désignant la terre d'Israël, la terre des Pères du peuple. D'ailleurs l'épisode précédent se situait déjà en terre d'Israël après le retour de Jésus de la Décapole (5, 21).

Que Jésus vienne dans son pays signifie qu'il est en territoire connu, comme le manifeste la réaction des gens qui l'écoutent à la synagogue et qui l'identifient bien par ses relations familiales, en tant que fils de Marie, ayant quatre "frères", qui sont d'ailleurs nommés, ainsi que des"soeurs" qui habitent le village. Ils précisent même qu'il exerce le métier de charpentier. A noter que c'est ici le seul endroit du Nouveau Testament où Jésus nous est présenté comme charpentier tout court, et de plein titre, et non pas seulement comme fils du charpentier, comme par exemple en Matth., 13, 55.

Jésus se trouve, de ce fait, dans une situation tout-à-fait unique et qui conditionne la réaction de ceux qui le rencontrent et l'écoutent.


2°) Que voient et que constatent les gens de son pays ?

Tout ce que l'Evangile de Marc nous a déjà appris sur Jésus : que des disciples croyants, qu'il a recrutés ailleurs, l'accompagnent. Qu'il enseigne avec un éclat particulier. Qu'il accomplit des miracles.

Tous ces gens sont donc confrontés au témoignage complet , à toute la mission de Jésus, qui appelle, comme seule réponse positive, que l'on croie en lui. D'autant plus que Jésus se comporte parmi eux comme il le fait partout ailleurs depuis le début de son ministère (voir 1, 21 - 28) : il se rend à la synagogue le jour du sabbat et se met à y enseigner. Ce qui indique qu'il choisit un moment et un lieu importants et solennels pour y réaliser sa mission, et ce, devant un auditoire à première vue privilégié (les Israélites pratiquants de Nazareth).

Rien dans son attitude ne nous invite à penser qu'il se retrouve ici parmi des parents, des amis, pour ne pas dire des "copains" avec lesquels il pourrait exprimer une convivialité proche et familière. Nous percevons plutôt une sorte de distance, une dimension officielle : Jésus se situe manifestement à un autre niveau.


3°) La réaction des gens de Nazareth à la synagogue.

Tout d'abord l'étonnement de constater en Jésus une dimension "tout autre", inattendue, dont ils ignorent l'origine et la source, et qui se manifeste par sa sagesse et ses miracles, qu'ils ne peuvent nier. Mais d'où cela lui vient-il donc ?

(Nous avons, certes, envie de leur crier la réponse que nous connaissons, nous les chrétiens d'après la Résurrection de Jésus, nous qui avons reçu l'Esprit-Saint : cela lui vient de Dieu. Mais notre situation est bien différente de celle de ces gens : qu'aurions-nous fait à leur place ? Et, d'ailleurs, comment, de fait, traitons-nous Jésus maintenant ?)

Le contraste est flagrant pour eux entre le Jésus qu'ils croient connaître et Celui qui est là, maintenant, devant eux. Et, dans la mesure où ils n'entrent pas dans une démarche de foi, en l'accueillant tel qu'ils le découvrent aujourd'hui, tel qu'il agit devant eux, et en acceptant cet "ailleurs", cet "au-delà" qui rayonne en lui, cela leur devient insupportable, scandaleux. Jésus leur est à ce moment une pierre d'achoppement sur laquelle ils butent.

Car le message de Jésus se résume toujours de la même manière partout où il passe :

"Le temps est accompli, et le Règne de Dieu s'est approché : convertissez-vous et croyez à l'Evangile" (1, 15)

Ces paroles posent question et demandent une réponse : il faut accepter Jésus comme présence révélante et agissante d'une parole définitive concernant toute l'existence humaine.

Cela suppose une transformation totale du regard, à laquelle justement invite Jésus par son attitude nouvelle et différente face à ses proches comme face à tous les hommes, transformation qu'ont commencé de faire les disciples qui l'accompagnent, transformation que n'avaient pas encore réussi à opérer les membres de sa propre famille - ni, semble-t-il sa propre Mère - qui disaient : "il a perdu la tête" (3, 21 et 3, 31), transformation que ne font pas du tout les habitants de Nazareth qui ne retrouvent pas le Jésus qu'ils ont fréquenté.


4°) La réaction de Jésus

En premier lieu, l'expérience d'une apparente impossibilité chez ces gens de faire un pas en avant, de se situer autrement face à l'inattendu de sa présence missionnaire, de dépasser ce qui est inscrit dans leurs habitudes ou leur mentalité. Ce qu'exprime le dicton qu'il cite, tel un proverbe adapté à la situation qu'il affronte, et qui est passé dans notre langage sous la forme : Nul n'est prophète en son pays. Dans la première rencontre de Nathanaël avec Jésus que nous rapporte l'Evangile de Jean (1, 45 - 51), Nathanaël avait su réaliser ce dépassement de la foi.

Et Marc d'ajouter que Jésus ne pouvait faire là aucun miracle. Quand il raconte le même événement, Matthieu se contente de constater que ..."là, Jésus ne fit pas beaucoup de miracles parce qu'ils ne croyaient pas" (Matth., 13, 58). Tout en ne suggérant pas d'impossiblité rencontrée par Jésus sur ce point, Matthieu n'en souligne pas moins la raison : Jésus n'accomplit de miracles que là où il rencontre une foi confiante, soit exprimée, soit latente, une attitude qui attend "pauvrement" un salut, même si ce salut n'est pas entièrement perçu dans sa vérité dernière. "Hors d'un contexte de foi, un miracle serait privé de toute signification et on ne pourrait parler de miracle".(6, 5, TOB, note "t"). Remarquons que toutefois Marc atténue cette impossibilité qu' éprouve Jésus à réaliser des miracles en précisant qu' il guérit pourtant quelques malades.

Quant à l'étonnement de Jésus devant ce manque de foi , cela s'explique par l'importance même de sa mission et de son salut : comme le dira à sa façon l'evangéliste Jean , il est venu "pour que les hommes aient la vie" (Jean, 10, 10), il est l'offre définitive que Dieu fait aux hommes pour leur destinée, et la seule réponse qui convienne est la foi. Jésus interpellera plus tard ses disciples sur leur inintelligence, et le manque de foi qui en découle (8, 17 - 21). Il se lamentera sur Jérusalem pour la même raison (Matth., 23, 37 - 38), comme il plaint également les Villes du Lac où il a exercé son ministère (Matth., 11, 21- 24 et Luc, 10, 12 - 16).

ACCUEIL OU REJET DE JESUS, TEL EST LE LIEU DU SALUT POUR TOUS, PROCHES OU LOINTAINS, PUIS JUIFS OU PAIENS, comme le précisera Paul par la suite :

"Il n'y a plus ni Juif, ni Grec; il n'y a plus ni esclave, ni homme libre; il n'y a plus l'homme et la femme; car tous, vous n'êtes qu'un en Jésus-Christ". (Gal., 3, 28)

ACCUEIL OU REJET DE JESUS TEL QU'IL EST ET VIENT A NOUS, TEL EST LE LIEU DE LA SEULE REPONSE VALABLE, CELLE DE LA FOI EN SON NOM...


4. CE QUE CERTAINS ELEMENTS NOUS SUGGERENT...

1°) Jésus "de Nazareth", ou Jésus identifié d'après son village.

Il ne fait aucun doute, pour aucun des quatre Evangiles, que Jésus est lié à ce village de Nazareth. De son enfance à son tombeau, il est ainsi nommé :

- S'il est né à Béthléem, c'est selon Luc au cours d'un voyage de ses parents qui, de Nazareth où ils habitaient, se sont rendus dans cette bourgade d'où David était originaire, pour un recensement. (Luc, 2, 3 - 5). C'est bien à Nazareth que Marie a reçu la visite de l'ange de l'Annonciation (Luc, 1, 26). Et même si l'Evangile de l'enfance selon saint Matthieu semble indiquer que Joseph et Marie habitaient vraiment une maison de Bethléem, celle où s'est déroulée la visite des Mages d'Orient (Matth., 2, 9 - 11), leur résidence en cette cité de leur origine ne fut que de courte durée, puisqu'à leur retour de la fuite en Egypte pour éviter la persécution d'Hérode, Joseph, après la mort de ce dernier et par crainte de son fils et successeur, "divinement averti en songe, se retira dans la région de Galilée et vint habiter une ville appelée Nazareth..."(Matth., 2, 21 -23)


- Dès les tout débuts de sa vie publique, c'est de Nazareth en Galilée que Jésus vient rejoindre Jean-Baptiste (Matth., 3, 13; Marc, 1, 6, où, c'est pour lui la première mention de Jésus). Quant à l'Evangéliste Jean, il nous fait annoncer Jésus par Philippe à Nathanaël comme "Celui de qui il est écrit dans la loi de Moïse et dans les prophètes,...Jésus, le fils de Joseph, de Nazareth". Et nous connaissons la répartie spontanée de Nathanaël : "De Nazareth..., peut-il sortir quelque chose de bon ?" (Jean, 1, 45 - 46)

Luc, pour sa part, fait de cette visite de Jésus à Nazareth, l'ouverture et le résumé de tout son ministère, puisque c'est le premier lieu cité où nous l'y voyons mettre en pratique sa méthode d'évangélisation :

Lc 4:14- Jésus retourna en Galilée, avec la puissance de l'Esprit, et une rumeur se répandit par toute la région à son sujet.

Lc 4:15- Il enseignait dans leurs synagogues, glorifié par tous.

Lc 4:16- Il vint à Nazara où il avait été élevé, entra, selon sa coutume le jour du sabbat, dans la synagogue, et se leva pour faire la lecture.

Lc 4:17- On lui remit le livre du prophète Isaïe et, déroulant le livre, il trouva le passage où il était écrit :

Lc 4:18- L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré par l'onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Il m'a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés,

Lc 4:19- proclamer une année de grâce du Seigneur.

Lc 4:20- Il replia le livre, le rendit au servant et s'assit. Tous dans la synagogue tenaient les yeux fixés sur lui.

Lc 4:21- Alors il se mit à leur dire : " Aujourd'hui s'accomplit à vos oreilles ce passage de l'Écriture... "


Au cours de ce culte à la synagogue de Nazareth, Jésus fait l'expérience successive d'un accueil enthousiaste, d'un questionnement douloureux et agressif, puis finalement d'un rejet dramatique , puisqu'il échappe mystérieusement de peu à la mort : autant d'annonces de ce que sera tout son parcours missionnaire jusqu'à sa mort et sa résurrection... (Luc, 4, 16 - 30)


- Au plus engagé de son ministère, Jésus est contesté comme Messie éventuel, dans l'Evangile de Jean, à cause de son origine Galiléenne :

Jn 7:40- Dans la foule, plusieurs, qui avaient entendu ces paroles, disaient : " C'est vraiment lui le prophète ! "

Jn 7:41- D'autres disaient : " C'est le Christ ! " Mais d'autres disaient : " Est-ce de la Galilée que le Christ doit venir ?

Jn 7:42- L'Écriture n'a-t-elle pas dit que c'est de la descendance de David et de Bethléem, le village où était David, que doit venir le Christ ? "

Jn 7:43- Une scission se produisit donc dans la foule, à cause de lui.

Jn 7:44- Certains d'entre eux voulaient le saisir, mais personne ne porta la main sur lui

Jn 7:45- Les gardes revinrent donc trouver les grands prêtres et les Pharisiens. Ceux-ci leur dirent : " Pourquoi ne l'avez-vous pas amené ? "

Jn 7:46- Les gardes répondirent : " Jamais homme n'a parlé comme cela ! "

Jn 7:47- Les Pharisiens répliquèrent : " Vous aussi, vous êtes-vous laissé égarer ?

Jn 7:48- Est-il un des notables qui ait cru en lui ? ou un des Pharisiens ?

Jn 7:49- Mais cette foule qui ne connaît pas la Loi, ce sont des maudits ! "

Jn 7:50- Nicodème, l'un d'entre eux, celui qui était venu trouver Jésus précédemment, leur dit :

Jn 7:51- " Notre Loi juge-t-elle un homme sans d'abord l'entendre et savoir ce qu'il fait ! "

Jn 7:52- Ils lui répondirent : " Es-tu de la Galilée, toi aussi ? Étudie ! Tu verras que ce n'est pas de la Galilée que surgit le prophète. "


- Au moment de la Passion de Jésus, que ce soit lors du dialogue précédant son arrestation, au jardin des Oliviers (Jean, 18, 8), ou lors des diverses interpellations de Pierre quand il dit ne pas connaître Jésus (Marc, 14, 67; Matth., 26, 69 - 71), ou encore lors du procès devant Pilate lorsque ce dernier, apprenant que Jésus était Galiléen, le renvoie à Hérode qui n'attendait que cette occasion de le rencontrer (Luc, 23, 6 - 12), ou finalement sur l'écriteau que Pilate fait apposer sur la croix de Jésus, il nous est toujours présenté comme Jésus le Nazoréen ou le Galiléen.


- L'ange de la Résurrection fera de même, le matin de Pâques : "Ne vous effrayez pas. Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié : il est ressuscité, il n'est pas ici; voyez l'endroit où on l'avait déposé..." (Marc, 16, 6)


Humanité de Jésus, humanité enracinée, non seulement dans une ascendance humaine, comme l'indiquent les différentes généalogies de Matthieu 1 et Luc 3, mais dans une terre, une région, une bourgade bien particulières qui permettent de le situer à jamais dans son parcours historique, de sa naissance à son passage au Père en sa résurrection. Il a eu tellement part à notre humanité que ceux qui l'ont approché ont eu du mal à discerner dans sa vie cet "au-delà", ce "monde de Dieu" vers lequel il nous appelle et où sa mission a été et demeure, au milieu de nous, et à travers notre propre rayonement de croyants animés par son Esprit, d'y conduire tous les hommes et toutes les femmes de tous les temps, races et cultures...

De même que Dieu, selon la Bible (Genèse, 12) est parti d'un homme, Abraham, pour fonder un petit peuple qui serait porteur d'une bénédiction pour toutes les nations, c'est à travers le parcours humain d'un seul homme (Rom., 5, 12 - 21), bien situé concrètement dans cette Palestine du Proche Orient, Jésus de Nazareth, incarnation de sa Parole créatrice et recréatrice, que Dieu vient tous nous chercher pour une aventure au "delà de tout ce que nous pouvons imaginer et concevoir"(Eph.,3, 16 - 21)...


2°) Joseph n'est pas mentionné dans notre passage.

Il est curieux que Marc nous fait reconnaître Jésus, par les gens de Nazareth, comme "fils de Marie". L'ascendance d'un Juif était identifiée par le nom de son père. Luc (4, 22) mentionne Jésus comme appelé "fils de Joseph". Matthieu, présente Jésus comme le "fils du charpentier", mentionne que Marie est sa mère et ne nomme pas davantage Joseph (13, 55).

Relire à ce sujet la note "o" de la TOB, Marc, 6, 3 : L'absence de mention du père est étonnante, si l'on a affaire à une formule juive; mais ici, comme en 3, 31 - 35; 10, 29 - 30, Marc a pu l'exclure en pensant que Dieu est le père de Jésus (8, 38; 13, 32; 14, 36; Dieu est aussi le père des disciples, 11, 25).

Peut-être également Marc écrit selon une tradition selon laquelle Joseph serait mort avant que Jésus commence son ministère ?


3°) Jésus avait-il des frères et des soeurs ?

Notons à ce sujet que dans la Bible, comme d'ailleurs toujours aujourd'hui en Orient, le mot "frère" peut désigner autant les fils de la même mère que les proches parents. Voir TOB, note "k", Matth., 12, 46, où l'on cite, dans cette même ligne, Gen., 13, 18; 14, 16; 29, 15; Lév., 10, 4; 1 Chron., 23, 22)

Certains de nos frères des autres Eglises, surtout Protestantes, qui refusent un certain nombre de propositions de la tradition de l'Eglise, n'hésitent pas à affirmer que Jésus a effectivement eu des frères et soeurs nés de Marie. Certains éxégètes et théologiens catholiques pensent de même, au regard d'une légitime priorité de l'Ecriture, reconnue par Vatican 2 dans toute son importance au point de départ et au coeur de ce qui nous a été transmis concernant Jésus, et dans la perspective que tous les textes de la tradition et même des formules dogmatiques n'ont pas la même importance, toujours selon Vatican 2 qui a parlé d'une "hiérarchie de vérités".

Il n'en reste pas moins qu'il existe des textes très anciens affirmant la virginité perpétuelle de Marie, demeurée vierge dans et après la naissance de Jésus : la lettre de 392 de Sirice de Rome à Anysius de Thessalonique, la lettre de Léon le Grand à Flavien de Constantinople du 13 Juin 449, les affirmations de la croyance commune en la virginité perpétuelle de Marie au 2ème Concile de Constantinople (5ème concile Oecuménique) en sa session du 2 Juin 553, ou du Concile du Latran le 31 Octobre 649. Lisons quelques lignes de la Lettre de Sirice Evêque de Rome :

"Nous ne saurions assurément nier que Votre Sainteté a bien fait de blâmer la doctrine sur les fils de Marie et qu'elle était fondée à repousser vivement l'idée que du même sein virginal dont le Christ était né selon la chair, quelque autre enfant soit venu. Jamais le Seigneur n'aurait choisi de naître d'une vierge, s'il avait jugé qu'elle serait si peu continente qu'elle souillerait par la semence d'une union humaine ce lieu d'où naîtrait le corps du Sauveur, ce palais du Roi éternel. Qui l'affirme ne fait que reprendre l'incrédulité des Juifs, qui disent qu'il n'a pu naître d'une vierge. Si l'on accepte l'opinion de leurs prêtres selon laquelle Marie semble avoir eu plusieurs enfants, on s'efforce avec le plus grand zèle de détruire la vérité de la foi."

Il n'en reste pas moins également que notre lecture de l'Ecriture a beaucoup évolué depuis un siècle et que la très grande majorité des éxégètes et théologiens de toutes les grandes confessions chrétiennes l'approchent de façon semblable, y cherchant davantage ce qui concerne le sens profond de la démarche de Dieu qui nous sauve. Ils se refusent ainsi à développer des conclusions théologiques non fondées directement sur des textes de la Bible, et qui tendent à préciser en particulier des situations à propos desquelles l'Ecriture ne s'est pas prononcée. Ils veulent résister à une tentation de lecture plutôt fondamentaliste de l'Ecriture qui cherche à interprêter toute affirmation comme relatant un "fait" absolument historique, indépendamment des langages et des genres littéraires multiples de la Bible.

Rien n'empêche pourtant, si l'on se rallie à cette dernière approche, de concevoir spirituellement le mystère de Dieu qui se fait homme en Jésus, avec une certaine ampleur et dans la logique d'un respect de la perfection qui rayonne de la transcendance de "Dieu au-delà de tout", et se communique à toutes les réalités humaines qu'il rencontre. En ce sens, les langages de la poétique et de la mystique peuvent permettre une saisie plus proche du mystère inconcevable...

Le Nouveau Testament, pour nous clé de toutes les Ecritures, est la mémoire de Jésus vivant que nous ont transmise ceux qui l'ont accompagné. En ce sens, l'Ecriture est née dans les communautés primitives et en relation unique avec elles. On peut considérer les traditions postérieures comme les relectures actualisées de l'Ecriture face à de nouvelles situations rencontrées par les communautés. Mais cela ne veut pas dire pour autant que toute tradition peut imposer sa relecture de l'Ecriture ni nécessairement se considérer comme à jamais immuable. C'est dans la confrontation permanente de toutes nos traditions et approches du mystère avec ce ferment et ce germe primitifs et premiers que représente le Nouveau Testament, lu dans le contexte de l'Ancien Testament, par lequel il s'explique en même temps qu'il l'achève et le dépasse, que nous avons chaque jour à discerner la Vérité concrète de Celui qui est "le Chemin, la Vérité et la Vie"...


5. RESONNANCES BIBLIQUES ET ACHEVEMENT EN JESUS CHRIST...
1°) Où Jésus vient-il "chez lui" aujourd'hui ? Maintenant qu'il est le Ressuscité présent "avec nous tous les jours jusqu'à la fin des temps" (Matth., 28, 20)dans son Esprit ?

Le Nouveau Testament est déjà plein d'allusions à ce "venir" nouveau de Jésus :

- les premières et seules paroles citées de Jésus enfant disent à ses parents qu'au Temple il est "chez son Père" (Luc, 2, 49).

- Quand, dans l'Evangile de Jean, deux disciples de Jean-Baptiste lui demandent : "Où demeures-tu ?", il répond : "venez et voyez" (Jean, 1, 38).

- Jésus n'hésite pas révéler à ses disciples que là où deux ou trois se réunissent en son nom, il est au milieu d'eux (Matth., 18, 20).

- Lorsqu'il purifie le temple de Jérusalem, il en parle comme de "ma maison", ou de la "maison de mon Père" (Marc, 11, 17; Matth., 21, 13; Luc, 19, 45 - 46; Jean, 2, 16).

- Au moment où Jésus se met à table avec les siens pour son dernier repas avant sa mort, l'Evangéliste Jean nous dit que Jésus savait qu'il venait de Dieu et retournait à Dieu (Jean, 13, 1 - 3).

- Au cours du discours prononcé lors de ce dernier repas, Jésus annonce qu'il viendra avec le Père demeurer en celui qui garde sa parole (Jean, 14, 23), et, se déclarant la vraie vigne, il invite les siens à demeurer en lui et lui en eux dans une relation d'unité semblable à celle du cep de vigne et des sarments (Jean, 15, 4 - 10).

- Il annonce également aux siens qu'il s'en va leur préparer une place, car il veut que, là où il est, ses disciples soient aussi avec lui (Jean, 14, 2 - 3; 17, 24).

- Dans son Prologue, Jean nous écrit que le Verbe de Dieu est venu chez les siens qui ne l'ont pas reçu, mais qu'à ceux qui l'ont reçu il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu selon une nouvelle naissance (Jean, 1, 11 - 12).

- De son côté, Paul déclare que c'est le Christ qui vit en lui, et prie pour que le Christ habite en nos coeurs par la foi (Gal., 2, 19 -21; Eph., 3, 16 -21).

- Le Ressuscité, le Vivant qui se manifeste, fait écrire à l'Eglise de Laodicée par le voyant de l'Apocalypse : "Voici, je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui et je prendrai la cène avec lui et lui avec moi." (Apoc., 3, 20).

- Etc...etc...etc...

MYSTERE D'UNE VENUE, D'UNE PRESENCE TOUTE PROCHE QUI NOUS INTERPELLE ET S'OFFRE A NOUS DE MULTIPLES FACONS TOUT AU LONG DE NOTRE EXISTENCE DE CROYANTS...


2°) Comment accueillons-nous Jésus ? Le rejetons-nous ?

En d'autres termes, l'accueillons-nous tel qu'il est, tel qu'il se présente ? Il peut devenir tentant pour nous de "ronronner" nos si belles et si grandes affirmations dogmatiques, celles de nos credos : "Il est Dieu, né de Dieu, Lumière, née de la Lumière, Vrai Dieu, né du Vrai Dieu...", en les considérant comme simplement une réalité spirituelle à contempler, en les "intellectualisant", en nous laissant en quelque sorte "emporter" par elles (Ce qui est très bien de toute façon...), mais en oubliant ou risquant d'oublier que ce Jésus, le Fils de Dieu est bien là, on ne peut plus concrètement devant nous, ce jour, sous ses différentes formes de présence évoquées plus haut...

Il est bien là, nous répétant :
qu'il faut tout quitter pour le suivre,
qu'il faut vendre nos biens pour les donner aux pauvres,
que tout ce que nous faisons au plus petit d'entre ses frères, c'est à lui que nous le faisons,
que nous devrons le suivre sur le chemin de sa passion,
que là où il est, là aussi sera son serviteur,
que tout homme est un frère pour lequel il est mort,
que l'on ne peut aimer Dieu (en qui il est en tant que Verbe et Christ ressuscité) qu'on ne voit pas, sans aimer son frère que l'on voit,
que s'il nous dit et nous redit de nous lever et de nous mettre en route, il ajoute aussi : "va, ne pèche plus".
que, etc...etc...etc...

Nous avons le plus grand besoin de relire concrètement ses faits, ses gestes et ses paroles dans les Evangiles, de nous rappeler avec saint Paul, et de reconsidérer avec lui, la réalité du Christ crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les païens, mais pour tous ceux qui sont appelés, puissance de Dieu et sagesse de Dieu (1 Cor., 2, 18 - 31), de façon à revivre l'expérience du Christ au travers de toutes les aventures et épreuves de notre vie, perçues comme lieu de sa rencontre, de sa présence et d'une vie nouvelle à la façon de Jésus.

Paul accueillait véritablement Jésus ressuscité dans sa vie apostolique concrète. Réécoutons son témoignage :

1Co 4:9- Car Dieu, ce me semble, nous a, nous les apôtres, exhibés au dernier rang, comme des condamnés à mort ; oui, nous avons été livrés en spectacle au monde, aux anges et aux hommes.

1Co 4:10- Nous sommes fous, nous, à cause du Christ, mais vous, vous êtes prudents dans le Christ ; nous sommes faibles, mais vous, vous êtes forts ; vous êtes à l'honneur, mais nous dans le mépris.

1Co 4:11- Jusqu'à l'heure présente, nous avons faim, nous avons soif, nous sommes nus, maltraités et errants ;

1Co 4:12- nous nous épuisons à travailler de nos mains. On nous insulte et nous bénissons ; on nous persécute et nous l'endurons ;

1Co 4:13- on nous calomnie et nous consolons. Nous sommes devenus comme l'ordure du monde, jusqu'à présent l'universel rebut.

Ou, encore, redécouvrons ces autres "lieux" où Paul "vivait" le Christ avec réalisme :

2Co 6:6- par la pureté, par la science, par la patience, par la bonté, par un esprit saint, par une charité sans feinte,

2Co 6:7- par la parole de vérité, par la puissance de Dieu ; par les armes offensives et défensives de la justice ;

2Co 6:8- dans l'honneur et l'ignominie, dans la mauvaise et la bonne réputation ; tenus pour imposteurs, et pourtant véridiques ;

2Co 6:9- pour gens obscurs, nous pourtant si connus ; pour gens qui vont mourir, et nous voilà vivants ; pour gens qu'on châtie, mais sans les mettre à mort ;

2Co 6:10- pour tristes, nous qui sommes toujours joyeux ; pour pauvres, nous qui faisons tant de riches ; pour gens qui n'ont rien, nous qui possédons tout.


NOUS AVONS DONC TOUJOURS A NOUS DEMANDER COMMENT NOUS ACCUEILLONS OU REJETONS PLUS OU MOINS JESUS LE CHRIST... TOUJOURS IL NOUS SURPREND PAR SA NOUVEAUTE..TOUJOURS IL NOUS PRECEDE AUTREMENT QUE NOUS L'IMAGINONS...

TOUJOURS IL EST LE CHEMIN PAR LEQUEL NOUS DEVONS NOUS LAISSER SAISIR SUR NOS ROUTES... IL EST CELUI A QUI NOUS DEVONS PRETER NOTRE EXISTENCE DE GESTES ET DE PAROLES POUR QU'IL S'Y MANIFESTE AUJOURD'HUI ET Y CONTINUE VISIBLEMENT PAR NOUS SA MISSION..

.IL ATTEND QUE NOUS NOUS DEPOSSEDIONS, NOUS AFFRANCHISSIONS DE NOUS-MEMES, POUR ETRE TOTALEMENT LIES, ATTACHES A LUI... (Rom., 6, 15 - 23; Philip., 3, 7 -16)

COMMENT ACCUEILLONS-NOUS JESUS ?


6. CHEMIN DE PRIERE...

Ton chemin poursuivant, voici qu'en ton village
Tu te rends maintenant pour ces gens rencontrer,
Qui, pour t'avoir connu, ont de toi une image
Qu'il leur faut désormais en tous points dépasser...

Ta famille déjà s'était montrée hostile
A ton comportement de prophète en mission,
Qui osait proposer une nouvel Evangile
Dont tu ne cachais pas l'ultime prétention...

Lorsqu'à la synagogue en ce jour tu proclames
Sur le Règne de Dieu ton propre enseignement,
Si fort les surprends-tu qu'aussitôt ils s'exclament
Et laissent libre cours à leur étonnement...

De tes sages propos ils cherchent l'origine,
Et des signes produits quelque raison fournir :
Pourquoi pareil refus qu'une force divine
S'exprime à travers toi... veulent-ils maintenir ?...

Comme ils manquent de foi, tu leur deviens scandale,
A leur définition tu ne corresponds plus :
Surpris, désemparé, l'impuissance totale
Tu ressens devant ceux qui ne t'ont pas reçu...

Prophète, en ton pays tu ne trouves qu'obstacles :
Faut-il qu'à Nazareth te rejette Israël ?
Tu rappelles pourtant, par deux ou trois miracles
Que sur Toi seulement se fonde l'essentiel...


07.07.91

Retour à la première page "RELECTURE" sur la Bible.
Retour à la page "SAVONS-NOUS ?" sur la Bible.
Retour à la page d'accueil.

COMMENTAIRES ANTERIEURS