L'ARTHROSE DES DOIGTS
  • Contrairement à une opinion répandue, les douleurs finissent par disparaître avec le temps.Source fréquente de douleurs et de déformations des doigts, l'arthrose se diagnostique généralement sans radio ni prise de sang. Son traitement repose en grande partie sur les anti-douleurs comme le paracétamol
  • Les femmes de 50 ans particulièrement touchées
  • L'arthrose des doigts est particulièrement fréquente. Elle peut toucher les articulations des phalanges des doigts (articulations interphalangiennes), ou les articulations entre les doigts et la main (articulations métacarpo-phalangiennes).
  • Les femmes de plus de 50 ans sont les plus souvent atteintes. Dans cette population, plus d'une femme sur cinq présente des signes d'arthrose des doigts à la radiographie
  • Des douleurs paradoxalesMais ce chiffre est trompeur, car sur les femmes qui ont des signes d'arthrose à la radiographie des mains, seulement une sur trois à une sur cinq en souffrira un jour. Les douleurs sont progressives, et touchent le plus souvent les articulations entre les deuxièmes et troisièmes phalanges des doigts. L'arthrose provoque aussi des déformations des doigts. Assez souvent, on voit pousser deux saillies rondes, dures, parfois douloureuses à la pression, séparées par un petit vallon, au dos des articulations des doigts
  • Plus tard, les doigts sont souvent déformés en flexion (les doigts ne peuvent plus s'ouvrir complètement) et ont tendance à partir du côté du petit doigt : les anciens parlaient de la déformation "en coup de vent" des doigts. Curieusement, les articulations les plus déformées sont souvent tout à fait indolores. En effet, les douleurs initiales disparaissent avec le temps (en général au bout de quelques années)
  • Le diagnostic est en général facile
  • Sauf exception plutôt rare, le diagnostic d'arthrose des doigts est purement clinique : le médecin a seulement besoin de vous poser quelques questions, puis de regarder et de palper vos articulations. Les prises de sang et radios permettront éventuellement de confirmer le diagnostic. Une exception (peu fréquente) : dans les cas où on envisage une opération chirurgicale pour traiter la déformation d'un pouce, des radiographies sont utiles pour déterminer quand intervenir.
  • Le suivi consiste surtout à évaluer la douleur et des difficultés d'utilisation de la main (par exemple à l'aide du questionnaire "arthrose et main" de Dreiser, que nous présentons dans un autre article). Ce suivi est en fait souvent rassurant, car l'arthrose des doigts est en général bien loin d'entraîner les mêmes difficultés que les rhumatismes inflammatoires comme la polyarthrite rhumatoïde.
  • Traiter les douleurs
  • Il n'existe aucun traitement préventif efficace de l'arthrose, ni aucun traitement qui en modifie l'évolution. Et il n'existe donc aucun médicament utile en cas d'arthrose des doigts avec déformation mais sans douleur.
  • En cas de douleur due à l'arthrose, les premiers médicaments à essayer sont les anti-douleurs ayant le moins d'effets indésirables. Le paracétamol est donc le médicament de première ligne (à la dose de 3 grammes par jour), avec les anti-inflammatoires locaux, en gel ou en crème (à condition de choisir ceux dont l'efficacité est démontrée et qui ont le moins d'effets indésirables potentiels). L'ibuprofène (800 à 1200 mg par jour) est une alternative au paracétamol. Ces traitements sont le plus souvent suffisants.
  • Dans les rares cas où la douleur persiste, il est logique d'utiliser les anti-douleur de niveau 2, c'est-à-dire des dérivés lointains de la morphine. Par exemple une association de paracétamol et de codéine.
  • Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (ou AINS) ne sont indiqués que dans les rares cas de poussées douloureuses importantes, résistant aux autres traitements. Pour deux raisons : d'une part, l'arthrose n'est pas une maladie inflammatoire, et les autres traitements sont très généralement suffisamment efficaces. Et d'autre part, l'intérêt de ces médicaments est limité par leurs effets indésirables fréquents et d'autant plus dangereux que le consommateur est une femme, qu'il avance en âge, et qu'il prend de nombreux médicaments
  • Très exceptionnellement, une violente douleur de la base du pouce peut être traitée par l'injection d'un dérivé de la cortisone à action retard dans l'articulation (plusieurs semaines d'efficacité).
  • Il existe enfin deux médicaments dits antiarthrosiques d'action lente. La chondroïtine sulfate (Chondrosulf°) n'a pas d'indication dans l'arthrose des doigts. Quant à la diacéréine ou diacerhéine (Art 50°, Zondar°), il s'agit d'un anti-inflammatoire de faible puissance. Son efficacité est extrêmement controversée. Au mieux, elle aurait une (faible) efficacité antalgique au bout de 30 à 45 jours de traitement. Mais ses contre-indications et ses effets indésirables (notamment gastriques et intestinaux) ne sont pas rares. Elle provoque en effet une diarrhée chez près de 30 % des patients traités. Sa place est donc extrêmement marginale. Au point qu'elle n'est pas commercialisée dans la plupart des pays développés autres que la France
  • Limiter la déformation du pouce
    • Dans l'arthrose de la base du pouce, il est important de ménager l'articulation afin de diminuer les douleurs. Dans certains cas, les douleurs et surtout la déformation progressive de l'articulation peuvent être limités par la port d'une "orthèse". Il s'agit d'un moulage en résine du poignet et du pouce, et qu'on peut mettre et enlever soi-même. Cette orthèse n'est souvent portée que la nuit.
    • C'est dans les cas d'arthrose déformante grave de la base du pouce qu'on propose parfois une intervention chirurgicale, qui peut avoir pour but, soit de limiter la déformation et de maintenir la mobilité, soit au contraire de souder les os entre eux (en réduisant donc la mobilité) pour lutter contre la douleur et conserver la force de prise en main (par exemple, pour des travailleurs manuels très gênés dans leur activité
    • conserver la force de prise en main (par exemple, pour des travailleurs manuels très gênés dans leur activité
    • Une évolution plus ou moins favorable avec le temps
      De manière générale, les douleurs dues à l'arthrose s'améliorent spontanément au bout de quelques années et finissent par disparaître. Reste le handicap dû à la déformation, et parfois à la diminution de force des muscles, après l'inactivité forcée due à la douleur. Et la difficulté psychologique d'accepter la déformation des doigts, souvent jugée inesthétique (alors que dans les siècles passés, cette déformation des doigts était parfois considérée de manière positive, comme un signe de longue vie et de sagesse)