La prise en charge des kystes poplités

              Quelques éléments d'anatomie permettent de comprendre la pathologie du kyste poplité et sa prise en charge.

La chirurgie n'a pas sa place dans cette affection. Son traitement est celui de sa cause articulaire.

              La première description du kyste poplité a été faite par Adam en 1840, mais c'est Baker en 1877 qui a donné son nom à la postérité. La dénomination de kyste poplité est impropre car elle induit une notion pathologique. Il est préférable d'employer le terme de bourse poplitée, telle qu'elle a été décrite par Rouvière dans son traité d'anatomie. Le mot bourse indique la nature du tissu, et poplitée, la localisation anatomique. Il s'agit bien au départ d'une formation anatomique fréquemment rencontrée chez le sujet normal. Quelques éléments d'anatomie permettent de comprendre la pathologie du kyste poplité et sa prise en charge.

L'arthrographie

              Elle a été le premier examen à mettre en évidence la bourse poplitée. L'injection du produit opaque fait apparaître les contours de la bourse. Dans une étude sur une population de militaires se plaignant du genou, l'arthrographie a montré 23% de bourses poplitées. Actuellement, c'est un examen moins pratiqué en raison de son caractère invasif et du risque médico-légal.

L'échographie

              C'est un examen de pratique courante, non invasif et économique. En outre, il permet l'étude phlébologique de voisinage. Sur une série d'athlètes ayant un genou symptomatique, les ultra-sons retrouvent 52 % de bourse poplitée. L'image échographique décrit trois portions à la bourse poplitée :-  - la base, localisée entre la capsule articulaire et le tendon du jumeau ;

-    la portion superficielle, située sous l'aponévrose jambière ;

-     le col, entre les tendons du jumeau interne et du demi membraneux. La communica-tion articulaire est formée pendant l'extension du genou par compression du col de la bourse entre le condyle interne et le tendon du jumeau.

 

              En présence de liquide dans la bourse, l'échographie pourrapréciser sa nature. La synovie est anéchogène, alors que les maladies inflammatoires donnent une image échogène.

La résonance magnétique nucléaire

              C'est aujourdhui l'examen le plu performant pour l'étude du creux poplité. Il est peu invasif et aussi fiable que l'échographie. Il présente l'avantage en plus d'étudier l'articulation.

              Ce sont les séquences en T2 avec un signal intense qui distinguent bourse et muscles. L'IRM fait apparaître la communication entre l'articulation et la bourse dans plus de 90% des cas, alors que cette communication n'est retrouvée que dans 57 % des cas sur les dissections.

              L'IRM permet le diagnostic différentiel avec un anévrisme poplité, des varices ou une tumeur solide.

Clinique et traitement

              On distingue deux formes de bourse poplitée :

1) la forme primaire

              Essentiellement chez l'enfant, elle peut être bilatérale. Il s'agit d'une forme isolée, sans communication avec l'articulation.

La ponction ramène un liquide gélatineux. L'évolution se fait spontanément vers la résolution. A partir de l'âge de 7 ans, 73 % des

cas ont disparu. Le traitement est l'abstention chirurgicale. Les études ont montré un taux élevé de récidives après cure chirurgicale

chez l'enfant (plus de 40%).

              En cas de gêne fonctionnelle, le kyste peut être ponctionné.

2) la forme secondaire

              Elle est l'apanage de l'adulte et de la personne âgée. La bourse poplitée possédant la même synoviale que l'articulation,

la présence de liquide dans la bourse est la conséquence d'une synovite et révèle donc l'existence d'une souffrance articulaire.

Les lésions articulaires en cause sont :

-une lésion méniscale dans 75 % des cas ;

- des lésions dégénératives dans 30 à 60 % des cas ;

- des lésions ligamentaires dans 30 % des cas.

Quelle est la symptomatologie réelle de ces kystes poplités ?

              Toute douleur postérieure du genou est classiquement attribuée à la présence d'un kyste poplité. L'étude prospective de

Johnson en 1997 a montré de façon statistiquement valable que la douleur postérieure n'était pas spécifique d'une bourse poplitée.

Cette douleur se rencontre aussi souvent en l'absence de bourse.

              L'étude a également montré que le pourcentage de bourses poplitées augmentait avec l'âge des patients, mais qu'il n'y avait

pas de rapport entre la présence d'un kyste poplité et un antécédent traumatique.

Le traitement découle des constations précédentes

              Il n'y a pas lieu d'opérer les kystes poplités.

              Il existe dans toutes les séries un taux de récidive important après chirurgie.

              Il faut traiter la cause articulaire, méniscale, synoviale ou cartilagineuse.

              Après traitement de la cause, la bourse poplitée disparaît progressivement en quelques mois. Dans de rares cas de bourse

poplitée véritablement tumorale, liée en général à un rhumatisme inflammatoire, l'excision chirurgicale de la bourse se discute en

même temps que le traitement des lésions articulaires. Devant une douleur postérieure du genou, il faut penser, en premier lieu,

à une origine articulaire et demander une IRM qui explorera l'articulation et la région poplitée. Il n'y a pas lieu de faire d'échographie.

Devant une bourse séreuse cliniquement palpable, il n'y a pas d'indication de résection chirurgicale.Le kyste poplité disparaîtra

avec le traitement de la lésion articulaire.

Docteur Denis Bertin

Orthopédiste

Clinique Saint-vincent, Besançon.