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Tentons de le dire
en un raccourci. C'est un espace vectoriel dans lequel toute suite de Cauchy
converge, ou, pour le dire d'une autre manière, dans lequel
le critère de
Cauchy est vérifié. Ce
critère, Cauchy l'avait découvert
pour les suites numériques (et il aurait
été
bien en peine de le démontrer, la notion de nombre
réel
n'ayant été dégagée
qu'ultérieurement), en observant, dans un premier temps, que
si
une suite converge
peuvent
être rendus plus petits qu'une quantité arbitraire (que l'usage fait souvent désigner par epsilon),
à partir d'un rang N
, qui ne dépend que de epsilon.
ça, c'est très facile... mais Cauchy avait eu l'audace de conjecturer qu'inversement, une suite ayant cette propriété converge. C'est ce qui explique le choix du mot complet, sur lequel se base le malicieux jeu de mots de Laurent Schwartz : les suites ne peuvent plus "s'échapper", à la limite, de l'ensemble considéré. L'exemple le plus simple est celui d'une suite de fractions rationnelles convergeant vers : elle vérifie le
critère dans l'ensemble des rationnels Q, mais n' y
converge pas: Q n'est
pas complet. Ce qu'affirme Cauchy, c'est que cela ne peut se produire
dans l'ensemble des réels R: R est,
lui, complet. L'intérêt,
déjà signalé par Schwartz dans son
texte, est
d'affirmer que des suites convergent sans connaître
à l'avance leur
limite; l'extension à des espaces de fonctions
(ce n'est pas pour rien que Banach est considéré
comme un des fondateurs de l'Analyse
Fonctionnelle)
ayant cette belle propriété est
énorme: c'est ainsi que les
mathématiciens peuvent fièrement affirmer que,
dans de bonnes
conditions, les équations différentielles ont des
solutions sans avoir à les calculer! |