Il fait des
études chez les Oratoriens d'Autun, puis
fréquente l'École du Génie de
Mézières (1771-1773) où il
reçoit
l'enseignement de
Gaspard
Monge. Sorti lieutenant, il est affecté dans
diverses places fortes du Pas-de-Calais, où il ne connait
aucun avancement en raison de sa naissance modeste. Épris de
littérature et de poésie, c'est par ce
biais qu'il rencontre Robespierre, à l'Académie
d'Arras. On ne s'étonnera donc pas qu'il ait
adhéré d'emblée aux idées
de la Révolution, et qu'on le retrouve
représentant du Pas-de-Calais à
l'Assemblée Législative (1791), où il
s'occupe déjà de question d'Instruction Publique
et d'Organisation des Armées, puis à la
Convention (1792). Il siège quelque temps avec la Plaine,
mais rejoint assez vite les Montagnards, vote la mort de Louis XVI. Il
est l'un des grands artisans de la
Levée
en Masse de 300000 hommes et multiplie les
tournées d'inspection aux Armées; ainsi, il
réorganise l'armée du Nord après la
trahison (Avril 1793) du général Dumouriez, le
vainqueur de Valmy.
Ses réussites lui valent d'entrer au
Comité
de Salut Public le 14 Août 1793. Il y restera
jusqu'à sa dissolution en 1795, et en sera le seul membre
à faire partie du
Directoire.Un
mathématicien doublé d'un ingénieur,
ça sait organiser! Il est celui qui centralise toutes les
décisions militaires,
fonde et fait équiper les
quatorze
Armées de la République, nomme des
officiers jeunes et compétents sur le seul
critère de leur mérite. Et cela fonctionne.

1882 : hommage d'abord
à l'homme d'action...

La Victoire,
près de son épaule droite, comme guide et
inspiratrice...
Ses conceptions
militaires sont essentiellement défensives; il n'est pas
pour rien un admirateur de Vauban dont il a écrit un
éloge remarqué en 1784 : on ne fait pas la guerre
par plaisir ou soif de conquêtes, on la fait pour
défendre la "Patrie en Danger"; il faut
économiser au maximum les vies humaines... Son
tempérament d'ingénieur le pousse naturellement
vers les nouvelles technologies: il est le premier ministre de la
Guerre au monde à concevoir... une armée de
l'Air! Impressionné par l'expérience des
frères Montgolfier en 1784, il fonde en Octobre
1794
l'École Nationale d'Aérostation, deux compagnies
disposant chacune de 4 ballons. Une idée dont la phasse
d'expérimentation remonte deux ans en arrière,
avec une première utilisation sur le champ de bataille le 2
Juin 1794, près de Charleroi, et une deuxième,
célèbre et décisive par la
supériorité qu'elle confère aux
Français dans l'observation, à la
bataille
de
Fleurus (26 Juin 1794).

L'Entreprenant,
ballon
de l'Armée Française à la bataille de
Fleurus (source de l'image: Wikipedia)
Il ne reste pas dans la quiétude (relative, à
cette époque...) d'un bureau parisien. Qu'un
général (Gratien) recule sur le champ de
bataille, et le voici qui se rend sur place pour reprendre les choses
en main. C'est ainsi que le 16 Octobre 1793, il est avec Jourdan et
Duquesnoy à la tête de l'armée qui bat
les Autrichiens du prince de Saxe-Cobourg près de
Maubeuge, à Wattignies, depuis nommée
Wattignies-la-Victoire. Un monument célèbre
à Maubeuge, près de la Porte de Mons, cette
victoire que Napoléon considérait comme la plus
importante de la Révolution.


le monument de Maubeuge,
de gauche à droite: Duquesnoy, , Carnot, Jourdan.
Ce groupe statuaire,
œuvre du sculpteur Léon Fagel, a
été inauguré en 1893, à
l'occasion du centenaire de la bataille, par... le Président
Sadi Carnot, petit-fils du héros.
À Wattignies, une simple colonne, également
érigée en 1893, évoque la
bataille; le nom de Carnot est gravé sur une des faces
(celui de Jourdan figure du côté
opposé).



le monument
de Wattignies-la-Victoire
Sur cet
évènement spécifiquement, on trouvera
beaucoup d'éléments historiques, cartes, images,
présentation des lieux et du musée sur le

Petit
échantillon: carte de la bataille, Carnot -en civil!-
emmenant les troupes en montrant son chapeau...
Ces vignettes vous envoient directement vers les images en vraie
grandeur du blog.
Carnot avait,
grâce peut-être à ses positions
modérées au sein du Comité, sans doute
parce qu'il restait le ressort essentiel à la tête
des armées, passé le cap du
9 Thermidor:
il avait
été mis en cause, mais avait su faire vibrer
l'assemblée des députés :
"Un seul fait
répondra, ce me semble, pour les prévenus :
c’est que la
France était aux abois lorsqu’ils sont
entrés au Comité de Salut Public
et qu’elle était sauvée
lorsqu’ils en sont sortis.”
C'est dans
ces instants que naquit probablement le surnom immortalisé
dans l'Hisoire; on dit qu'un des élus s'écria:
"Oserez-vous porter la
main sur celui qui a organisé la victoire dans les
armées de la République ?"
Il est éliminé par Barras
lors du
coup
d'État du 18 Fructidor An V, et proscrit. Il est
rappelé par le Premier Consul, redevient Ministre
de la Guerre, mais vote contre le Consulat à Vie; il
écrit sur le registtre du vote:
“Dussé-je
signer ma proscription, rien ne saurait me forcer à
déguiser mes sentiments. Non. CARNOT.”
Il récidive lors du vote qui doit proclamer Bonaparte
empereur, seul défenseur de la Rébublique:
” Quelques services
qu’un citoyen ait pu rendre à sa patrie, il est
des
bornes que l”honneur autant que la raison imposent
à la reconnaissance
nationale. Si ce citoyen a restauré la
liberté publique, sera-ce une
récompense à lui offrir que le sacrifice de cette
même liberté ? Le
dépot
de la liberté a été
confié à Bonaparte ; il avait juré de
la
défendre. En tenant cette promesse, il eut rempli
l’attente de la
nation, il se fut couvert d’une gloire incomparable. Je vote
contre la
proposition. ”

Quelques extraits remarquables... ( Texte complet en image
à la BnF )
Ce discours est une
pièce admirable: plus de deux cents ans après, il
reste un modèle de droiture et
d'honnêteté politique hors du commun. Pour vous en
rendre la lecture plus facile (mais sans le cachet du document
d'époque...), en voici la
transcripton
complète.
Il n'exercera plus d'emploi jusquà la Retraite de Russie: il
se propose alors au service... certainement plus de la France que de
Napoléon; il assure ainsi la défense d'Anvers,
qui résistera longuement sous ses ordres. Les Cent-Jours lui
donnent l'espoir que l'Empereur a changé: il accepte le
portefeuille de l'Intérieur. La Restauration le proscrit
comme Régicide, et c'est en exil à
Magdebourg qu'il meurt. Ses cendres ne rejoindront la France
-et le Panthéon- qu'en 1899, pendant le septennat de son
petit-fils Sadi.
Et la Science, dans tout ça?
Ces monuments n'existeraient pas si Carnot n'avait
été qu'un mathématicien, c'est
évident. A Nolay, le sculpteur s'acquitte de
l'obligation -ne serait-ce que morale- de dresser un portrait le plus
synthétique possible du héros, non seulement en
plaçant un compas dans sa main, mais aussi en
représentant quelques livres, les œuvres dont il
est l'auteur, sur la console à l'arrière et
à droite du personnage, jouant à les dissimuler
au regard du passant ordinaire... œuvres de
poésie, œuvres de
Mathématiques. Le procédé n'est pas
sans rappeler
celui des hommages de Beaune à Gaspard Monge: tableau de
Naigeon, statue de Rude (voir
notre
page Monge pour plus de détails). Si un film a pu
prendre pout titre
Une
Bible et un Fusil,
celui qu'on imagine ici pouurait bien s'appeler
Un Sabre et un Traité
de Géométrie...
Nolay,
arrière de la statue
Publications
On ne sera pas surpris que l'intense activité que l'on vient
d'évoquer ait "mis entre parenthèses", en quelque
sorte, le savnt Carnot. Son œuvre se situe donc de part et
d'autre des plus chaudes années de la Révolution
Française.
Premier Opus, en 1778, l'
Essai sur les machines en
général (in
Œuvres
Mathématiques à la
BNF) est un
ouvrage
de Physique et d'Ingéniérie, une
réflexion sur l'énergie et les principes de
conservation. Il est plus que probable que ses idées aient
très fortement influencé
son
fils Sadi qui publiera un an après le
décès de son père, en 1824, ses
Réflexions
sur la puissance motrice du feu (1824), point de
départ de toute la Thermodynamique: lorsque Sadi lui rend
visite à Magdebourg (1821), son père est
plongé dans l'étude des machines à
vapeur... L'estimation exacte de cette influence est encore
un problème en débat (passionné!) chez
les Physiciens: le
Mathouriste
se contentera raisonnablement de les écouter avec
intérêt.
En 1797 parait
Réflexions sur la
Métaphysique du Calcul Infinitésimal (in
Œuvres
Mathématiques à la
BNF), puis en 1801
De la correlation des figures de
géométrie et enfin en 1803 sa
Géométrie
de Position dont on commence seulement à
réévaluer l'intérêt, mais
qui avait en son temps exercé une influence
déterminante sur les idées de
Poncelet
(voir
notre page
sur le
Traité
des Propriétés Projectives des Figures
conçu en 1812).
Voici à titre d'exemple
un
beau
théorème de Carnot qu'il contient
emprunté
à l'ouvrage de M. BERGER donné en lien
Carnot, l'Organisateur... des Études Scientifiques
Lazare
Carnot est également l'âme de la
réorganisation et
de la modernisation -mais le mot est faible, il faudrait dire: la mise
en pointe- de la formation des élites scientifiques et
techniques de la Nation. Pour lui, la
Levée
en Masse
ne saurait être que militaire, il faut aussi mobiliser les
compétences scientifiques et former des cadres nombreux et
compétents. Ces principes -joints à la
nécessité d'effectuer cette mutation à
une
extrême rapidité- vont structurer duablement,
irréversiblement le système Universitaire
Français, avec la création des
Grandes Écoles, à commencer par
l'École
Centrale des Travaux Publics l
e
21 Ventôse An II (11
Mars 1794), qui deviendra un an
plus tard
l'École
Polytechnique. Celle-ci, c'est bien la moindre des choses, ne
peut qu'exposer son buste dans son Hall d'Honneur
Lazare
Carnot ,
qui a une pleine confiance en Monge, donne à
celui-ci carte
blanche l'organiser en détails; de fait il s'en occupera peu
en
personne. Mais il serait injuste d'oublier pour cette raison une aussi
forte paternité!

Portrait à
l'X, détail de l'inscription:
"Appuie de toute son influence au Comité de Salut Public la
création de l'Ecole polytechnique"
Carnot est aussi
à l'origine de la
création de l'École
Normale de l'
An
III, qui
deviendra École
Normale
Supérieure (Décret
du
9 Brumaire An III
(30 Octobre 1794)
sa porte
d'entrée nous le
rappelle encore
aujourd'hui...
Comment ne pas
évoquer
à ce propos quelle fantastique illustration de
l'élitsme
de masse de son concepteur elle constitua, malgré son
caractère éphémère: 1400
étudiants
triés à la hâte pour
représenter toute la
France, écoutant Laplace "bousculer" la vieille
démonstration du Théorème de
D'Alembert en
proposant une nouvelle vision, personnelle et
inédite
(certes, il faudra bien attendre Gauss pour que tout soit en place,
mais quelle audace!)
Il n'y a pas d'équivalent, dans l'Histoire de France, d'un
tel
effort et d'un tel succès du gouvernement en la
matière.
Que le lecteur le lui permette ou non en cette page, le
Mathouriste
ne pourra s'empêcher de dire que tous ceux qui,
depuis, de
droite ou de gauche, s'abritent frileusement derrière la
conjoncture, les chaos du Monde, les difficultés
économiques pour s'excuser de ne pas faire plus, paraissent
bien
petits à côté de celui qu'on a si
justement
nommé
le Grand
Carnot:
peu ont objectivement fait face à un environnement aussi
hostile. Laissons à l'Histoire le soin de juger qui
sont les
Hommes d'Exceptton!
Honneurs
Il faut d'abord citer... une double infâmie.
Élu le 13 thermidor an IV (1er Août
1796)
à l'Institut, il voit son fauteuil
déclaré vacant le 5
Vendémiaire an VI (26 Septembre
1797) lors de sa première proscription par le
Directoire. Providence pour un jeune aussi plein d'ambition que
dépourvu de travaux scientifiques de renom: le
général Bonaparte, soutenu par un Monge que ne
semble pas étouffer, en la circonstance, le plus
élémentaire respect pour son ancien
collègue... On imagine, au vu de ses courageuses prises de
position rappelées plus haut, quelle aurait pu
être la réaction d'un Carnot si la situation avait
été inverse, et que le banni se fût
appelé Monge! Carnot est
réélu le 5 germinal an VIII (26 mars 1800) mais
une deuxième fois rayé de la liste des membres
par ordonnance royale du 21 mars 1816.
Avant de pénétrer au Panthéon
lors du Centenaire
de la Révolution, il entre dans le
célèbre groupe que réalise, de 1831
à 1837,
David d'Angers
pour le
fronton :
La
Patrie couronnant les hommes
célèbres.
Monge est le
troisième au premier rang du même
côté, en face...le Général
Bonaparte!

Quelques liens
Écrits de Carnot à la B.N.F
(sélection)
Liens à caractère historique
Liens à caractère scientifique
Bibliographie
- Henri CARRÉ,
Le Grand Carnot, 1753-1823 (La Table Ronde 1947)
- J. DHOMBRES, N. DHOMBRES, Carnot (Fayard
1977)
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