AUXERRE
Naissance
Jean-Baptiste Joseph
Fourier
nait le 21 Mars 1768 dans cette ville, qui a si bien su conserver ses
quartiers anciens que sa maison natale est toujours là!


La maison natale, la
plaque commémorative
L'acte de naissance
porte, on le
remarquera, les prénoms Jean, Joseph; est-ce plus tard son
passage chez les religieux qui l'aménera à
préciser sous le patronnage de "quel Saint-Jean" il se
place? Peu importe, puisque c'est son deuxième
prénom qui deviendra usuel. La famille est manifestement
modeste: le père est tailleur, le parrain ne sait pas signer.
Baptisé le
jour même!
La rue s'appelait
alors
Rue de la
Parcheminerie; elle a été
rebaptisée
Rue
Joseph Fourier.
Au Collège
Orphelin à huit ans (sa mère
décède, son père disparait!), Joseph
est pris en charge par le clergé Auxerrois et rentre,
d'abord comme externe, puis, grâce à ses bons
résultats, comme interne à titre gratuit, au
Collège Royal Militaire d'Auxerre, qui est tenu par les
Bénédictins de
l'abbaye
Saint-Germain. Celle-ci domine la ville, et ses
bâtiments annexes occupent alors une superficie importante.

Aujourd'hui, son
église domine toujours le quartiers des quais de l'Yonne
(maison du Coche d'eau)

Maquette montrant en gris la partie détruite en 1812, lors
de la construction de l'Hôpital militaire
Il y reçoit un enseignement solide, y compris en
Sciences -c'est assez rare, à l'époque- mais cela
ne lui suffit pas, et il passe des nuits à
étudier en cachette les traités de
Bézout
et
Clairaut:
sa vocation mathématique est manifestement
précoce! Il écrira un peu plus tard:
"Je paye avec usure à
Morphée toutes les nuits que je lui ai
dérobées à Auxerre..."
Élève
à Auxerre de 1777 à 1782 (le futur
maréchal d'empire
Davout,
son cadet de 2 ans, y sera aussi formé), il y revient en
1785... comme professeur, après un complément
d'études à Paris.
"A 16 ans 1/2 je fus
nommé professeur de mathématiques à
l'école militaire d'Auxerre, les mémoires que
j'écrivis 4 ans après et que je lus à
l'Académie des Sciences de Paris indiquent assez un
goût exclusif pour ce genre de recherche."
Fourier,
lettre au
député de l'Yonne Villetard, 1795
Il aurait
aimé alors embrasser la carrière militaire, mais,
malgré le soutien de
Legendre,
il n'est pas autorisé à se présenter
le concours d'entrée dans l'artillerie:
"Fourier n'étant pas
noble, ne pourrait entrer dans l'artillerie, quand il serait un second
Newton!"
Le Ministre de la Guerre,
cité par François
Arago
Pour espérer
un avenir, il lui reste... les Ordres, et il sera novice à
Saint-Benoît
sur Loire, de 1787 à 1789. Scientifiquement, il
s'y sent bien seul:
"Un malheur bien plus
sensible pour moi, c'est le manque de livres. [...] Vous voyez bien
qu'il faudrait que j'eusse sous les yeux l'ouvrage de M.
Bézout sur [l'élimination]. Seul et sans secours,
on peut méditer mais non découvrir: souvent de
fuir les hommes on en devient meilleur, mais non plus savant; le
cœur y gagne et l'esprit y perd."
Fourier,
lettre à Bonard,
professeur de Mathématiques
à
Auxerre , 1789
Et il ajoute, en datant
du 22 Mars:
"Hier, j'ai eu 21 ans
accomplis; à cet âge Neuton et Paschal (sic)
avaient acquis bien des
droits à l'immortalité."
mais voilà que la Révolution le ramène
à
Auxerre, lors de la confiscation des biens du clergé
décidée par l'Assemblée Nationale en
1790.
Le Temps de la Révolution
Auxerre à l'époque de Fourier
On peut se faire aujourd'hui encore une assez bonne idée de
la
ville telle que l'a connue Fourier, grâce à
l'exceptionnelle conservation d'un nombre important de
maisons
anciennes. Le quartier commerçant se tient près
de la
Tour de l'Horloge (1483), et le bâtiment le plus
récent
est alors la Mairie (1733).
Les quais de l'Yonne sont un deuxième pôle
très
actif, d'où l'on expédie le vin à
Paris par coche
d'eau, deux fois par semaine en période de pointe. La vigne
est
depuis "toujours" -ou tout au moins le début de
l'ère
chrétienne!-
dans
la ville même, avec le
célèbre
Clos
de la Chaînette,
propriété... des abbés de
Saint-Germain.

Entrepôt,
place du Coche d'eau
(derrière, Saint-Germain et sa tour carrée) ;
Clos de la
Chainette près de l'abbaye
Entre, des rues étroites et des maisons datant souvent du
Moyen-Âge; mais ce qui aujourd'hui est
considéré
comme un charme attirant de nombreux visiteurs suscite moins
d'enthousiasme alors; en 1780, un historien local peut
écrire:
"La ville a un air antique et
triste, étant toute entière bâtie en
bois"



Le vieil Auxerre,
dominé par l'imposante cathédrale Saint-Etienne
Les Réformes au Collège
En 1790, Fourier revient enseigner dans un collège dont les
bâtiments se délabrent de façon
inquiétante et où les enseignants manquent, car
ni l'état, ni la municipalité ne veulent payer
les membres du clergé. Le 30 Avril, "l'abbé
Fourier" certifie aux officiers municipaux
"que par respect du
décret de l'Assemblée Nationale du 2 Novembre
dernier qui suspend l'émission des vœux, il ne les
a pas prononcés le 5 du mois, époque
fixée pour sa profession; que depuis ce temps,
appelé par Messieurs les religieux pour professer les
Mathématiques et la Rhétorique il est venu dans
cette maisonoù il s'était rendu utile et porte
toujours l'habit religieux."
Le Principal
,
Dom Rosman, auquel Fourier gardera toujours son estime, a
accepté le contrôle du collège par le
Directoire de l'administration départementale et lui a
présenté un plan de réformes
jugé
"sage
et savant". Un recentrage:
- des méthodes: moins
de mémoire, plus d'apprentissage;
- et des contenus,
où le latin est allégé au profit des
langues étrangères et des
Mathématiques; il est possible que Fourier ait
contribué à l'élaboration du nouveau
programme.
Sur le plan matériel,
Dom Rosman a
réussi à négocier avec la
municipalité le transfert du collège dans des
bâtiments assez vastes, en bon état, qui font
alors partie de l'abbaye dont ils sont tout proches, et qui accueillent
aujourd'hui le
lycée
Jacques Amyot (sans doute le seul lieu d'Auxerre
où l'on enseigne de nos jours, dans ses classes
préparatoires aux Grandes Écoles, la
théorie des
séries
de Fourier!). Le transfert est effectif en 1792.
La Société Populaire et les
débuts politiques
Laissons notre héros raconter lui-même comment il
vécut les premiers temps de la Révolution:
"Les premiers
événements de la Révolution ne
changèrent pas ma manière de vivre, mon
âge ne me
permettait point encore de parler en public[...]. D'un autre
côté j'avouerai sans détour que je
regardais comme
les agitations ordinaires d'un état dans lequel un nouvel
usurpateur tend à ravir le sceptre du
précédent.
L'histoire dira jusqu'à quel point mon opinion
était
fondée. Les maximes républicaines appartenaient
encore
à la théorie arbitraire; il ne fut pas toujours
possible
de les professer hautement. À mesure que les
idées
naturelles d'égalité se
développèrent on
put concevoir l'espérance
sublime d'établir un gouvernement exempt de rois et de
prêtres, et d'affranchir de ce double joug la terre d'Europe
depuis si longtemps usurpée. Je me passionne
aisément pour cette cause, qui est selon moi la plus grande
et la plus
belle qu'aucune nation ait jamais entreprise.
Fourier,
lettre au
député de l'Yonne Villetard, 1795
Ainsi, et c'est sans
doute un trait
de son caractère, s'il ne s'engage pas tout de suite, il
n'est
en revanche pas question de le faire à moitié ou
d'en
rester à la théorie lorsque la
décision en est
prise. On le trouve, en 1792, membre de la
Société Populaire d'Auxerre, qui tient ses
réunions dans la chapelle du
Couvent des Ursulines (bâtie en 1636).

Chapelle des Ursulines
et son fronton
Face à
la formation d'une nouvelle coalition, à qui
l'exécution de Louis XVI a donné un
nouveau prétexte et à l'insurrection
ouverte de la Vendée, la Convention a
décrété la "levée en
masse", et chaque département doit fournir son contingent au
pro rata de
sa population. Fourier paye de sa personne... et de ses talents
réthoriques:
"Un jour, la Bourgogne
toute entière en a conservé le souvenir,
à l'occasion de la levée de 300 000 hommes, il
fit vibrer si éloquemment les mots d'honneur, de patrie, de
gloire; il provoqua tant d'enrôlements volontaires, que le
tirage au sort devint inutile"
François
Arago
Mais il ne faudrait pas
le voir, même pendant la Terreur, comme un béni
oui-oui, et il défend avec courage ce qu'il croit juste et
humain, au risque de sa propre liberté. Petit
échantillon de ce temps mouvementé par lui
même:
"Je puis citer tous les
citoyens que j'ai défendus contre des décisions
injustes, ceux que j'ai garantis par des avis secrets, ceux qui me
doivent la vie ou la liberté. [...]
Vous connaitrez autant que moi, citoyen, les persécutions
que j'ai éprouvées deux mois avant la chute du
gouvernement que le 9 Thermidor a renversé. Vous savez que
la défense peut-être imprudente mais au moins
désintéressée que j'osais prendre de
trois pères de famille fut la cause de mes
disgrâces; poursuivi sur le rapport de Barère, je
fus bientôt arrété à Auxerre
par deux émissaires de l'ancien Comité de
Sûreté Générale dont un a
été mis hors la loi le 10 Thermidor. Vous vous rappelez
avec quelle ardeur et quelle universalité de
témoignages je fus réclamé par mes
concitoyens. Mis une première fois en liberté, je
fus arrété de nouveau trois jours
après pour le même motif et détenu
jusqu'au 24 Thermidor."
Fourier, lettre au
député de l'Yonne Villetard, 1795
Cela aurait pu plus mal se terminer, car l'ordre de remise en
arrestation du 23 Messidor An II (11 Juillet 1794)
émanait du Comité de Salut
Public, signé de ni plus ni
moins que Couthon, Barère, Billaud-Varennes, Collot
d'Herbois, Saint-Just, Robespierre, mais aussi de Carnot et
Prieur, les deux scientifiques du Comité,
également Bourguignons, mais qui ne connaissent sans doute
pas directement Fourier. Petit rappel du calendrier
républicain: le 9 Thermidor, c'est le 27 Juillet...
Avec l'An III et la création de l'École Normale,
Fourier va prendre son essor parisien.
L'Hommage posthume de sa ville natale
Sur la façade du Palais des comtes (siège du
bailliage jusqu'à la Révolution, Palais de
Justice au XIX-ème siècle, aujourd'hui
utilisé par les services de la Mairie - les deux
bâtiments sont quasiment dos à dos!), l'artiste
Auxerrois Auguste Michelon grava quelques portraits de
célébrités du lieu, en 1869, date de
la transformation du palais en
musée/bibliothèque. La comparaison entre une
carte postale ancienne et l'aspect actuel montre que Fourier
n'était pas de la livraison initiale. Prudemment, 3 places
avaient été laissées vierges, en sorte
qu'il a pu être ajouté. (mais quand?)


Fourier est en dessous
de Soufflot,
l'architecte du Panthéon, né dans
l'arrondissement d'Auxerre
On notera les initiales
J.-J., pour Jean-Joseph, strictement conformes à
l'état civil, et non à l'usage.
Mais... que voit-on aussi
sur les vieilles cartes postales représentant ce
bâtiment? Avez-vous fait attention, à gauche de la
précédente? Il y avait
une statue, qui a disparu au profit d'un
disgrâcieux parking. Une statue de
Fourier, érigée en 1840 et due
à l'Auxerrois Edme Faillot. Hélas, elle a disparu
en 1942, fondue par les Allemands pour en
récupérer
le métal. Il est incroyable, lorsqu'on songe à la
place prise dans le monde des sciences par le nom de Fourier au cours
du XX-ème siècle, qu'aucune restauration - ou
remplacement par une nouvelle œuvre si l'insuffisance des
données rendait impossible une copie- n'ait
été envisagée.

Voilà un défi pour qu'Auxerre se fasse plus belle
au XXI-ème siècle...
Et... ce
défi a désormais toutes les chances
d'être relevé!
Une souscription
est ouverte, grâce à l'action du CCSTI
de Bourgogne ( Centre
de Culturel Scientifique, Technique
et Industrielle
de Bourgogne,
lien) et à son antenne d'Auxerre. Vous la
trouverez sur
cette page; l'association ad hoc devrait être
constituée en Juin 2012, et les dons (éligibles
aux réductions d'impôts) peuvent
déjà être reçus. La ville
semble être prête à participer au
projet; un comité
de patronage scientifique est constitué (on y
trouve entre autres les noms de Jean-Pierre Kahane,
président d'honneur,
et de Cédric Villani, médaille Fields 2010)
Le Mathouriste espère
pouvoir vous tenir régulièrement au courant de
l'évolution du projet.
En attendant,
c'est grâce au CCSTI
de Bourgogne que le Mathouriste peut vous
présenter ces vues de l'ancienne statue, et le texte d'appel
à la souscription de 1840, du
à Victor
Cousin. ( Lire
ce texte intégralement) .
L'extrait ci-dessous montre que rassembler les fonds est toujours un
problème -que l'on résoud!- et que l'on ne
saurait mieux parler de l'universalité de celui qu'on
célèbre, plus de 170 ans après, que
Victor Cousin....
"Ainsi pensait
sans doute M. Gau de Gentilly, qui vient de léguer
à la ville d'Auxerre une somme de 4000 francs pour
élever une statue à la mémoire de
Fourier. Le conseil municipal de cette ville a voté
spontanément une autre somme de 3000 francs, pour s'associer
à l'idée généreuse
du testateur; mais ces fonds sont insuffisans, et une
souscription va s'ouvrir pour achever l'œuvre
commencée. Espérons que de vives
sympathies accueilleront ce projet! Fourier n'appartient pas
seulement au sol qui l'a vu naître, mais à la
France, mais au monde entier."
|
PARIS... de jeunesse
l'École Normale
Premier contact en 1795: l'École Normale. Le
recrutement
des candidats de la première -et glorieuse!- promotion s'est
fait sur une base plus citoyenne que scientifique: certes, il faut
être capable... mais de quoi? Au moment où le
recrutement
s'opère, personne ne sait encore que le projet initial va
être dévié "vers le haut" par Monge,
Laplace et
leurs collègues, sous l'impulsion de
Garat
et
Lakanal.(voir
notre page Monge).

Le jeune Fourier
(dessin de Dutertre fait en Egypte)... et le souvenir actuel du
décret de l'an III cité ci-dessous
"Article 2:
Les administrations des districts enverront à
l'École Normale un nombre d'élèves
proportionné à leur population [...]
Article 3:
Les administrations
ne pourront fixer leur choix que sur des citoyens qui
réunissent
à des mœurs pures un patriotisme
éprouvé et
les dispositions nécessaires pour recevoir et pour
répandre l'instruction."
Manifestement, Fourier répond bien à
ces deux
critères; pourtant il n'est pas
désigné par le
district d'Auxerre, mais par celui, voisin, de Saint-Florentin, qui a
choisi pour deuxième
délégué Roux,
également enseignant au Collège d'Auxerre.
"Bien
informés de la vie, de
la pureté des mœurs, du patriotisme, de la
capacité
des citoyens Joseph Fourier professeur de phisique (sic!)
et
d'éloquence au collège national établi
à
Auxerre chef lieu du département et Louis Roux professeur de
mathématiques au même collège,
après avoir délibéré et
entendu l'agent
national a unanimement nommé les dits citoyens Fourier et Roux pour
élèves à la dite école."
11
Décembre 1794
Fourier est conquis par
le style de
la nouvelle école, et fait partie de ceux qui peuvent
profiter
des enseignements dispensés. En témoigne son
échange avec Monge lors du premier (11 Pluviose/ 30 Janvier
95) des débats entre
professeurs et élèves (une innovation
pédagogique!)
FOURIER :
"Après
avoir considéré les points, les lignes, les
plans, la
sphère et la circonférence du cercle, il semble
que les
définitions de ces dvers objets n'aient pas
été
données d'une manière bien rigoureuse dans les
éléments de géométrie
ordinaire; et il me
semble que, des considérations qui ont
été
exposées dans ces leçons de
géométrie
descriptive, on peut déduire des définitions
exactes.
Cette remarque peut paraître frivole[...]. Je crois ,
cependant,
qu'il est important de définir bien exactement la ligne
droite".
[...]
et de proposer sa définition personnelle, en
faisant varier la distance
d
d'un point
M
à 3 points fixes
A,B,C
et en étudiant le lieu d'un point
M quand
d varie...
MONGE :
"Citoyen,
la clarté avec laquelle tu viens d'exposer tes
réflexions
et l'exactitude des observations que tu as faites
précédemment sur des objets de physique sont une
preuve
de la sagacité de ton esprit. La définition que
tu viens
de donner de la ligne droite est rigoureuse; et l'analogie que tu as
remarquée entre cette définition et celles qu'on
pourrait
faire du plan, de la circonférence du cercle et de la
surface de
la sphère, a quelque chose de très piquant.
Permets moi
cependant de te faire à cet égard quelques
observations.
Les considérations dont tu fais usage dans ta
définition ont quelque chose de plus compliqué
que la
ligne droite que tu veux définir; et elles supposent une
habitude de la géométrie que l'on ne peut avoir
acquise
sans la notion de ligne droite". [...]
Il est intéressant d'observer un Fourier
revendiquant la plus
grande exigence dans les définitions axiomatiques ( Hilbert
ne
reviendra-t-il pas sur le sujet?), lui que ses contemporains... et
successeurs n'ont guère ménagé quant
à ses
supposés "manques de rigueur"!
l'École Polytechnique
L'École Normale de l'An III n'aura hélas qu'une
existence éphémère -avant de
rennaître définitivement!- mais après
quelques vicissitudes, Monge, qui enseigne à
l'École Centrale des Travaux Publics (qu'on rebaptisera
bientôt École Polytechnique)
"
recommande au Conseil
le Citoyen Fourier, élève de l'École Normale et
très instruit sur toutes les parties des
mathématiques. Il pense qu'il serait avantageux de
l'attacher à l'École..."
Et le voilà nommé sur un poste qu'on pourrait
qualifier de répétiteur.Mais très
vite, il est chargé d'un cours d'analyse
algébrique, introductif au calcul infinitésimal:
il donne sa première leçon... le jour de
Noël 1795! Dès Janvier 1796, il enseigne une partie
du cours d'analyse de
Gaspard
de Prony; en mai il est personnellement responsable d'un
cours de calcul différentiel et intégral.

Bustes
à l'École
Polytechnique: Fourier (Hall d'honneur), De Prony
(Bibliothèque)
Ses cours sont,
d'après les témoignages, personnels et
minutieusement préparés. Mais il n'aura
pas le temps de s'installer dans la routine: en 1798,
l'expédition d'Egypte marque un nouveau tournant de sa
carrière.
L'EGYPTE
"Toutes les personnes
qui prennent
engagement pour en être ne savent où elles vont.
Le
citoyen Fourier en est aussi..."
C'est ce que Madame Monge écrit à
son mari, alors
en Italie à propos de ce voyage qui se prépare et
dont le
but reste un secret. Le 1-er Floréal An VI (20 Avril 1798),
Fourier prend la diligence pour Toulon en compagnie d'autres savants.
La route est longue, mais on sait l'égayer, par exemple par
un
arrêt à Condrieu pour évoquer
Desargues,
dont la géométrie de Monge s'inspire, et qui y
possédait des vignes... et l'on repart avec quelques
provisions!
Comme tous les autres, Fourier apprend seulement à Toulon la
destination de l'expédition, qui appareille le 19 Mai.
Sitôt arrivé, Bonaparte le charge de la
rédaction du
Courrier
de l'Egypte. Mais surtout, il crée l'Institut
d'Egypte, le 23 Août 1798, dont il n'est (modestement?) que
vice-président: il a confié la
présidence à Monge... et nomme Fourier
secrétaire perpétuel.

Le Courrier
et l'entrée
de Bonaparte à l'Institut
(pour d'autres images de l'institut dans l'ancien Caire,
voir le site
www.egyptedantan.com
et particulièrement
cette
page)
Il est aussi, souvent, un habile négociateur. Voici un
exemple,
raconté par Arago, où quatre cheiks
étaient
soupçonnés de trahison:
"Bonaparte confia
l'examen de cette
grave affaire à Fourier. Ne me proposez pas, dit-il, des
demi-mesures. Vous avez à prononcer sur de grands
personnages:
il faut ou leur trancher la tête, ou les inviter
à
dîner. Le lendemain de cet entretien, les quatre cheiks
dinaient avec le
général en chef. En suivant les inspirations de
son cœur,
Fourier ne
faisait pas seulement un acte d'humanité, c'était de plus de l'excellente
poltique."
En dépit des tâches qui l'accaparent, c'est
là, en 1800, que Fourier compose son opus le plus original
hors l'étude de la chaleur, une anticipation de la
programmation linéaire que
G.B.
Dantzig
inventera autour de ...1940! Parallèlement, il visite tous
les
sites archéologiques importants, en Haute-Egypte et
à Guizeh, où Bonaparte le "chambre"
quelque peu de n'être arrivé en haut de
la pyramide de Khéops qu'après son
aîné Monge!
Dessin de Vivant Denon:
les savants explorent le sphinx de Guizeh
Enfin et surtout, il se verra
chargé de
superviser la
Description
de l'Egypte, dont il écrit la
préface historique.

La Description... et un
meuble de rangement spécialement conçu pour elle!
Les évènements se succèdent une
nouvelle fois avec
rapidité: Kléber, qui a
succédé à
Bonaparte rentré se faire bombarder Premier Consul, est
assassiné le 14 Juin 1800, et Fourier prononce son
éloge
funèbre:
"...Et vous,
Kléber, objet
illustre et dirai-je infortuné de cette
cérémonie
qui n'est suivie d'aucune autre, reposez en paix, ombre magnanime et
chérie, au milieu des monuments de la gloire et des arts!
Habitez une terre si longtemps célèbre;
que votre
nom s'unisse à ceux de Germanicus, de Titus, de
Pompée et
de tant de grands capitaines et de sages qui ont laissé,
ainsi
que vous, dans cette contrée d'immortels souvenirs..."
Menou, qui lui succède, écrit
certes
à Bonaparte que
"Fourier
se conduit à merveille et nous est d'une grande
utilité",
mais il doit capituler devant les Anglais le 3 Septembre 1801, et les
membres de l'Institut rentrent en France...sans la pierre de Rosette,
qui, elle, ira au British Museum... of course!
GRENOBLE
[ une
section qui manque un peu de photos des lieux... merci d'avance
à ceux qui pourront aider le
Mathouriste
qui, il l'avoue, s'est pourtant rendu plusieurs fois dans cette
ville... sans appareil photo. Ce que c'est que de ne penser
qu'à
l'Informatique...
à
commencer par une
question toute bête: où était la
préfecture
sous le Premier Empire, l'actuelle datant du Second? ]
le Préfet
De retour à Toulon le 19 Novembre 1801, Fourier est
persuadé qu'il va reprendre son enseignement à
l'École Polytechnique. Mais c'est sans compter une
sorte de
convocation adressée, de façon
détournée,
à Monge:
"Je te prie, mon cher
ami, de faire
chercher le citoyen Fourier et de l'engager à se trouver
chez
toi ce soir entre huit et neuf heures. J'ai à lui faire une
proposition de la part du premier consul, et c'est un objet qui presse.
Je t'embrasse. signé
Berthollet.
Est-elle du genre qu'on ne peut refuser? Voilà
en tout
cas Fourier, préfet de l'Isère, quelques jours
plus
tard...
Fourier, dans son habit
de préfet
Et
comme à son habitude, il ne s'engage pas à
moitié
et assume sa nouvelle fonction dans les petites tâches comme
dans
les grandes.C'est ainsi qu'on le voit se soucier de
l'éclairage
des rues devant les cabarets... comme de leur nombre excessif,
générateur de rixes et de misère
familiale!
Les grandes tâches, ce sont l'assèchement des
marais de Bourgoin, et surtout la construction de la route
Grenoble-Turin. Le préfet ne se contente pas
d'arrêter le choix de l'itinéraire dans son
cabinet ( ce sera via Bourg d'Oisans et Briançon, et les
cols du Lautaret et du Mont-Genèvre); il est aussi
sur le terrain:
"Le préfet,
arrivé au pied de cette montagne, est descendu de sa voiture
pour monter à cheval. Il a reconnu par lui-même
tout le tracé [...] Il a parcouru la montagne dans toutes
ses directions. Il a apprécié les
difficultés qu'elle présente à l'art
des ingénieurs [...] ; il a jugé
que ces difficultés pouvaient être
surmontées apr un escarpement dans le rocher qui
dirigeait la route nouvelle au milieu des plateaux d'une pente douce et
qui sont bien moins élevés que la montagne par
laquelle on est obligé de gravir actuellement."
Annales du
Département de l'Isère, 18/09/1803
Son implication, sa
fidélité sont récompensées
par la Légion d'Honneur en 1804, et un titre de baron
d'Empire en 1809.
Il reste en poste lors de la première restauration,
après avoir fait adroitement modifier
l'itinéraire de Napoléon vers l'île
d'Elbe, qui devait passer par Grenoble: il n'avait guère
envie de le rencontrer! Ce n'est
que reculer; à son retour, l'Empereur a rencontré
à Laffrey les troupes venues lui barrer la route: elles se
sont ralliées à lui avec enthousiasme.
Napoléon entre dans Grenoble, et il
rencontre discrètement le préfet dans une petite
auberge:
"Eh bien, Fourier, vous
vouliez donc aussi me faire la guerre! Comment avez-vous pu
hésiter entre les Bourbons et moi? Qui vous a fait ce que
vous êtes? Qui vous a donné vos titres? Comment
avez- vous pu croire que jamais les Bourbons pourraient adopter
un homme de la Révolution?"
Fourier ne bronche pas... il est nommé
préfet du Rhône! Mais, refusant d'accomplir une
épuration qu'on exige de lui, il est aussitôt
limogé.
le Savant
Pourtant, tout ceci n'est qu'une partie de l'activité de
Fourier!
D'abord, il poursuit sa tâche d'historien. Certes,
il
a réussi à déléguer la
supervision générale de la
Description
de l'Egypte; l'amour de l'egyptologie cimente son
amitié avec les frères Champollion,
Jacques-Joseph (dit
Champollion-Figeac),
puis Jean-François (dit
Champollion
le Jeune), tous deux résidant aussi à
Grenoble.
Mais
surtout, malgré un isolement scientifique total, c'est
là qu'il conçoit
et rédige ce qui sera l'œuvre de sa vie: la
théorie de la chaleur, dont
une première version est lue à
l'Académie des Sciences le 21 Décembre
1807: officiellement, c'est pour la bonne cause de la
Description
de l'Egypte qu'il s'est absenté pour Paris! En
germe, tout y est: la Physique avec
l'établissement
de l'équation de la chaleur, les
Mathématiques avec
l'introduction
de la Série de Fourier.
Pourtant, l'accueil des savants (
Biot,
Poisson)
est un silence insupportable...
L'Institut se contente de mettre la question au concours pour son prix
à décerner en 1812, en "chipant" à
Fourier le titre du mémoire de 1807:
"Donner la théorie mathématique des lois de la propagation de la chaleur
et comparer les résultats de cette théorie
à des expériences exactes"
Il se remet à la tâche, livre sa
copie in extremis. Mais il n'a pour concurrent qu'un
retraité de Bergues (près de Dunkerque) qui n'a
à proposer qu'un salmigondis mystique
sur l'œuvre du Créateur... Le
jury, formé de Lagrange, Laplace, Haüy,
Malus et Legendre rend son verdict le 16 Décembre 1811:
"La commission
chargée de l'examen des Mémoires qui ont concouru
pour le prix de Géométrie, relatif à
la chaleur, propose de décerner le prix au
Mémoire n°2 portant pour épigraphe: Et ignem regunt numeri (Plato).
Le président ayant fait l'ouverture du billet
cacheté joint au Mémoire, on y trouve le nom de
Joseph Fourier."


La première
page et le fameux épigraphe: "les Nombres régissent
aussi le feu"
Que les Hellénistes n'ont... jamais
trouvé à la lettre dans Platon,
quoiqu'il ait écrit des phrases exprimant la
même idée.
Cela ne va pourtant pas sasns réserves:
"Cette pièce
renferme les véritables équations
différentielles de transmission de la chaleur[...]; et la
nouveauté du sujet, jointe à son importance, a
déterminé la Classe à couronner cet
Ouvrage, en observant cependant que la manière dont l'Auteur
parvient à ses équations n'est pas exempte de
difficultés, et que son analyse, pour les
intégrer, laisse encore quelque chose à
désirer, soit relativement à la
généralité, soit même du
côté de la rigueur."
Pire: son mémoire n'est pas publié! L'acceptation
définitive de ses idée novatrices et la gloire ne
viendront qu'après le remaniement de 1822.
PARIS... le retour et les honneurs
Le retour à Paris est difficile, et Fourier va à
plusieurs reprises affronter disgrâce et
hostilité,
lot réservé à tous ceux que la
Restauration juge trop liés à l'Empire;
préfet, ça ne passe pas vraiment
inaperçu... Mais il obtient un poste de statisticien
grâce à l'un de ses anciens
élèves de la première promotion de l'X
devenu préfet de la Seine, Chabrol de Volvic. Une
première élection à
l'Académie des Sciences, en 1816, ne
reçoit pas l'approbation de Louis XVIII, mais il lui faut
céder devant une nouvelle élection triomphale
l'année suivante.
Dès lors, après la parution en 1822 de la
Théorie Analytique de
la Chaleur, les honneurs se succèdent:
en 1823 il devient Secrétaire Perpétuel de
l'Académie des Sciences, membre étranger
de la Royal Society à Londres. En 1826, il entre
à l'Académie Française (
qui
s'en souvient!), au fauteuil n°5.
Après trois derniers mois pénibles -mais il est
présent aux
réunions de l'Académie malgré ses
souffrances-
Fourier décède le 16 Mai 1830, à
Paris. Il est
enterré au cimetière du Père Lachaise,
près
du Rond-Point Casimir Perrier, à côté
de
Jean-François Champollion... et non loin de Monge.


La tombe fait partie du
groupe dit "des
tombes
egyptiennes" du Père
Lachaise: on remarque le disque solaire qui les surmonte, qu'elles
possèdent toutes, celle de Monge comprise. On notera la
sobriété du monument, bien en phase avec celle de
l'homme
de devoir qu'a été, dans tous les
épisodes de sa
vie, Joseph Fourier.
Ils ont dit de Fourier...
- Auguste COMTE
: "Je ne
crains pas de prononcer, comme si j'étais à dix
siècles d'aujourd'hui que, depuis la théorie de la
gravitation, aucune création mathématique n'a eu
plus de valeur que
celle-ci, quant aux progrès généraux
de la philosophie naturelle ; peut-être même, en scrutant de près
l'histoire de ces deux grandes pensées, trouverait-on que la
fondation de
la thermologie mathématique par Fourier était
moins préparée que celle de la mécanique
céleste par Newton."
- Victor HUGO :
Il y avait
à l'Académie des sciences un Fourier
célèbre que la postérité a
oublié, et dans je ne sais quel grenier un Fourier obscur
dont la postérité se souviendra.
- STENDHAL :
"Ce petit
préfet avec son bavardage infini, arrêtait tout;
entravait tout.
[...] Une
des sources de mon ennui à Grenoble était le
petit savant spirituel à l'ame parfaitement petite et
à la politesse basse de domestique revêtu,
nommé Fourier."
- Carl
JACOBI : "Il est vrai que
M. Fourier avait l'opinion que le but principal des
mathématiques était l'utilité publique
et l'explication des phénomènes naturels ; mais
un
philosophe comme lui aurait dû saisir que le but unique de la
science, c'est l'honneur de l'esprit humain, et que, sous ce titre, une
question de nombres vaut autant qu'une question de système
du monde."
- Lord KELVIN :
"J'étais
rempli de la plus profonde admiration pour la splendeur et la
poésie de Fourier."
- François
ARAGO : "Les
progrès de la physique générale, de
la physique
terrestre, de la géologie, mutiplieront de jour en jour
davantage les fécondes applications de la Théorie
Analytique de la Chaleur,
et que cet ouvrage portera le nom de Fourier jusqu'à la
postérité la plus reculée."
- Bernhard
RIEMANN : "C'est
Fourier qui a, le premier, compris d'une manière exacte et
complète la nature des séries
trigonométriques. Celles-ci ont été,
depuis, employées de diverses manières en
Physique Mathématique pour la représentation des
fonctions arbitraires, et, dans chaque cas, on s'est
aisément convaincu que la série de Fourier convergeait
effectivement
vers la valeur de la fonction; mais on est resté longtemps
avant de pouvoir démontrer
généralement cet important
théorème."
- Henri
POINCARÉ : "la
Théorie de la Chaleur de Fourier est un des premiers
exemples d'application de l'analyse à la physique [...]. Les résultats
qu'il a obtenus sont certes intéressants par
eux-mêmes, mais ce qui l'est plus encore est la
méthode qu'il a employée pour y parvenir et qui
servira toujours de modèle à tous ceux qui
voudront cultiver une branche quelconque de la physique
mathématique."
- Jean-Pierre KAHANE : "Fourier est une sorte de nom
commun, dans tous les sens du terme, pour tous les scientifiques et les
ingénieurs, de la génomique structurale
à la téléphonie. [...] Sur une période de
deux siècles, Fourier a été, de
manière étonnamment contrastée,
mésestimé et
célébré. [...] Si j'en juge par
moi-même, je ne lis plus Fourier comme autrefois. Autrefois,
avec l'impertinence de la jeunesse et la caution de mes
aînés, je le traitais de haut. Aujourd'hui, je
cherche ce qu'il veut dire et comment il a pu y arriver si bien."
La Gloire tardive du nom... le plus écrit dans le
monde des Sciences Contemporaines!
Il n'y a
pas
de rue Joseph Fourier à Paris. Oui, il y a bien une rue
Fourier
(13ème arrondissement), mais elle est
dédiée à
l'autre
Fourier, Charles, père du Socialisme Utopique et
du Phalanstère. (voir plus haut la citation de Victor
Hugo)
Rue Fourier à
Paris: la plaque ne permet aucune équivoque.
Qu'on ne fasse pas dire au
Mathouriste ce qu'il ne dit pas:
en un temps pas si social que ça et qui manque
fâcheusement d'utopies, il serait malséant de ...
déshabiller Charles pour habiller Joseph!
Mais il faut saluer en revanche la clairvoyance visionnaire de
Gustave
Eiffel qui, dans sa sélection de
72
noms de savants à graver sur sa tour, retient
celui de notre héros
et, plus
inédite encore, celle de...
Jules Verne,
qui
l'évoque par deux fois (au moins!) dans ses
Voyages Extraordinaires:



"– Alors,
reprit Michel Ardan, ne serait-ce pas l’occasion de faire
cette expérience que nous n’avons pu tenter, quand nous
étions noyés dans les rayons
solaires?
– C’est
le moment ou jamais, répondit Barbicane, car nous sommes
utilement placés
pour
vérifier la température de l’espace, et
voir si les calculs de Fourier ou de
Pouillet sont exacts. [...]
- Mille
diables! s’écria Michel Ardan, il fait un froid
à geler des ours blancs!
Barbicane
attendit qu’une demi-heure se fût
écoulée, temps plus que suffisant pour
permettre à l’instrument de descendre au niveau de
la température de
l’espace. Puis, après ce temps, le
thermomètre fut rapidement retiré. Barbicane
calcula la quantité d’esprit-de-vin
déversée dans la petite ampoule soudée
à la partie inférieure de l’instrument,
et dit:
«Cent
quarante degrés centigrades au-dessous de
zéro!»
M. Pouillet
avait raison contre Fourier. Telle était la
redoutable température de
l’espace sidéral!"
Autour de la Lune,1869,
"suite" du roman De la Terre à la Lune,1865
Pauvre Fourier!
Voilà que lorqu'on ne l'oublie pas... c'est pour montrer
qu'il a tort. Et c'est le cas, sur ce point précis! Mais Pouillet,
qui est aussi un physicien ayant réellement
existé (1790-1868), normalien,
considéré comme disciple de Fourier, et Verne lui
même, se trompent aussi: on sait aujourd'hui qu'elle est
beaucoup plus basse. Pour en savoir plus, voyez donc cet
article, paru dans l'Astronomie
(n°119, Juillet 2005) de Jacques Crovisier (Observatoire de
Paris) qui relit en astronome le roman dont nous extrayons la
deuxième citation:
" –
Lieutenant, demanda le
capitaine Servadac, ne pouvons-nous craindre que le froid ne devienne
tel à la
surface de Gallia, qu’aucun être vivant ne puisse
le supporter ?
– Non, capitaine, répondit le
lieutenant Procope. À quelque distance que nous nous
éloignions du soleil, le
froid ne dépassera jamais les limites assignées
à la température des espaces sidéraux,
c’est-à-dire ces régions du ciel
où l’air manque absolument
.–
Et ces limites sont ?…
–
Environ soixante degrés
centigrades, suivant les
théories d’un Français, le savant
physicien Fourier.
– Soixante degrés !
répondit le comte Timascheff, soixante degrés
au-dessous de zéro ! Mais
c’est là une température qui
paraîtrait insoutenable même à des
Russes."
Hector Servadac,
1874-76
Revenons
au monde scientifique après ce petit détour dans
les romans.
Jean-Pierre
Kahane, responsable on ne peut plus autorisé de
l'article
Séries
de Fourier dans
l'Encyclopædia Universalis remarque que la
première édition ne comportait pas d'article sur
Fourier lui-même... et il en fut ainsi jusqu'à la
sixième!
L'Université de Grenoble a attendu 1978 pour prendre le nom
d'
Université
Joseph Fourier, alors que les noms de Stendhal et Champollion
avaient
été donnés par la ville à
des établissements scolaires.
Pourtant, les deux expressions
Séries
de Fourier et
Transformation
de Fourier sont employées sans
relâche par tous les scientifiques et ingénieurs
d'aujourd'hui; leur cursus de formation ne peut "éviter" ces
deux notions clefs, et les terrains d'applications sont
extrêmement variés. Voulez vous "ausculter" un
train d'engrenages sans l'arrêter pour évaluer le
risque de casse afin d'intervenir avant celle-ci? FOURIER! Vous
cherchez du pétrole en analysant les ondes
réfléchies par le sous-sol? FOURIER! Vous avez la
vie sauve
grâce au scanner médical? FOURIER!
Toutes les photos qui
illustrent cette page sont au format JPEG... FOURIER
encore! Et, comme dans le cas du scanner, la conjugaison de ses
principes et d'un algorithme informatique récent
(quoiqu'entrevu par
Gauss...),
la FFT, autrement dit la
Fast Fourier
Transform de Cooley et
Tukey
(1964). Il n'est pas du propos de cette page de détailler
tout cela, mais sachez que la rapidité en question ne doit
rien à l'évolution des composants des circuits
-autrement dit la force brute des ordinateurs, mais à la
finesse d'une étude mathématique.
La photo, mythique chez
les informaticiens spécialisés dans le traitement
de l'image,
du mannequin Lena... et son spectre de Fourier, à peine
moins séduisant!
Et puisqu'on parle ici de mathématiques... comment ne pas
rappeler que Fourier a ouvert un champ de travail immense pour les
mathématiciens.
Les
problèmes posés
par sa série sont responsables de 200 ans
d'avancées spectaculaires, incluant de
nouvelles et
célèbres théories, celle des ensembles
et celle des ondelettes, pour n'en citer que deux. Et ce n'est
apparament pas terminé!
Terminons par le plus bel hommage qui lui ait été
rendu par un artiste: il figure en bonne place dans
la
Fée Électricité,
la grande fresque peinte en 1937 par Raoul Dufy, exposée en
permanence au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris:

Fourrier (sic!),
reconnaissable à son habit vert d'académicien,
aux côtés d'Ohm
Il est dans le groupe
"des théoriciens", que Dufy a placé à
droite de la Centrale, ceux qui ont mené les recherches
pionnières, d'
Archimède
à
Ampère.
S'il n'a pas directement travaillé sur
l'électricité, reconnaissons qu'il a bien
mérité de cette science par ses
séries, comme par sa transformation: bien peu
d'ingénieurs électriciens pourraient aujourd'hui
faire l'impasse, ne serait-ce que sur une seule de ses deux
géniales découvertes!
Références
Biographiques, Historiques
Le
Mathouriste doit d'abord payer
tribut à l'incontournable somme biographique qui lui a servi
de guide pour tisser la trame du texte entre ses photos. En
espérant ne pas l'avoir abusivement pillée... et
vous donner envie de la lire (elle a plus de 750 pages, donc il vous
reste beaucoup à y découvrir, de toutes
façons!)
- Jean
Dhombres,Jean-Bernard Robert, Fourier (Belin)
- Joseph
Fourier, Hier et Aujourd'hui : un panorama sur
la vie et l'œuvre à
télécharger sur le site... de
l'Université Joseph Fourier de Grenoble!
- F.
Arago, Éloge Historique de Fourier (1833)
: article à
télécharger en cliquant!
- Leçons à
l'École
Normale de
l'An III ,
sous la direction de Jean Dhombres (Dunod)
- Jean-Pierre Kahane, Le Retour de Fourier
(Académie
des Sciences, 2005) : article à
télécharger en cliquant!
- Jean-Pierre Kahane, Le Retour de Fourier
Conférence (2006) en VIDEO de l'IREM Paris VII.
- Jean-Pierre Kahane, Coup d'œil sur
l'Analyse de Fourier (Mai
2011, École Polytechnique): texte de la
conférence.
Jean-Pierre Kahane: une
vie au service de l'Analyse de Fourier! (Mai
2011, École Polytechnique )
On reconnait au tableau l'évocation de la naissance de la
toute première série écrite par Fourier
dans le Mémoire déposé
à l'automne 1811 à l'Académie des
Sciences, qui obtiendra le Grand Prix 1812.
Scientifiques
Dire qu'il y a des centaines d'ouvrages consacrés
à l'Analyse de Fourier n'est sans doute en rien
exagéré. Le
Mathouriste se limitera, au moins
pour l'instant, au choix amoureux de quelques ouvrages qui l'ont
particulièrement séduit, et qu'il a
classés par ordre d'accessibilité
mathématique :
- B. BURKE-HUBBARD, Ondes et Ondelettes (Belin-Pour
la Science)
- G. TOLSTOV, Fourier
Series (Dover)
- C. GASQUET, P.WITOMSKI, Analyse de Fourier et
Applications (Dunod)
- E. PRESTINI, The
Evolution of Applied Harmonic Analysis: Models of the Real World
(Birkhaüser)
- T. KÖRNER, Fourier
Analysis (Cambridge University Press)
- J.-P. KAHANE, P.-G. LEMARIÉ, Séries de Fourier et
Ondelettes (Cassini)
On trouvera aussi sur le site
BibNum,
dans la page consacrée au
problème
de Sturm-Liouville, une présentation
élémentaire de la
méthode de Fourier,
celle qu'il inaugure avec succès dans la
Théorie Analytique:
on y étudie trois exemples issus du Mémoire,
en progressant du cas le plus simple au plus
élaboré, respectant ainsi le modèle de
démarche de son ouvrage. Le développement d'une
fonction
en série de fonctions orthogonales est en effet une
généralisation de celui de Fourier
-incontournable dans
la Physique contemporaine, et l'une des preuves de l'extraordinaire
fécondité de son travail.
Oeuvres de Fourier disponibles en
téléchargement sur le site de la B.N.F.
Et aussi...
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