New-Orleans Impressions

Alain Gerber nous l'a appris, le jazz est un roman, un roman qui se raconte avec de la musique. Alors, plutôt qu'un assemblage sec d'images de notre voyage en Louisiane, j'ai adjoint à mes photos  personnelles une illustration musicale en forme de parcours initiatique. Que ce soit par le répertoire, le style, l'évocation des lieux, les thèmes entendus sur place, chaque pièce entretient un rapport étroit avec les images; mais j'ai tenu, en hommage à une Nouvelle-Orléans bien vivante en dépit des durs coups du sort, à ne pas limiter mes choix aux seuls styles New-Orleans ou Dixieland, et à vous faire rencontrer pères fondateurs, revivalistes enthousiastes et jazzmen d'aujourd'hui.

( Les images s'aggrandiront en cliquant, et les vidéos musicales s'ouvriront dans une autre fenêtre )

Prélude

"Won't you come along with me
to the Mississippi
we'll take a boat to the land of dreams
Steam down the river, down to New Orleans"


Basin Street Blues (S Williams, 1926)
Écouter et Voir...

par l'auteur des paroles, le tromboniste Jack Teagarden

par l'inimitable Louis Armstrong
par Ella Fitzgerald ... relevant le défi d'imiter Louis! 
une version moderne, par Shirley Horn et Wynton Marsalis

"Basin Street is the street
where the best folks always meet
in New Orleans, land of dreams"

Notre Base... sur Canal Street

l'hôtel Astor Crowne Plaza, sur Canal Street, dont l'axe médian est toujours occupé par le tramway


Du 13ème étage, on a vraiment l'impression de jouer au train électrique!

Écouter et Voir...
  King Oliver/Louis Armstrong Canal Street Blues


On Parade!


Sur Canal Street




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South Rempart Street Parade
par le clarinettiste Acker Bilk

Bourbon Street Parade
par le tromboniste Chris Barber
et même... en Flandre!!! avec l'ombrelle, et tout, et tout...

Ambiance de Mardi Gras au Jazz Fest

At the Jazz Fest

La Tradition toujours vivace...


Gospel musclé, avec Jo "Cool" Davis...


La Tradition, c'est aussi de se marrer! (LA Repertory Jazz Ensemble)

Le Harlem Blues and Jazz Band, nom oblige, choisit dès l'ouverture du set le plus court chemin pour se rendre à Harlem: la rame "A" du métro de New-York, bien sûr...

"If you should take the A train
 You'll find the quickest way to go to Harlem"


On se concerte... , et c'est parti!

 Et en sourdine!

De gauche à droite: "Cup-Mute", Sourdine "Wa-Wa", Sourdine Chapeau.

Écouter et Voir...

Take the "A" train, des versions à comparer 2 à 2
(pour comprendre ce qu'est le jazz, rien de tel que de goûter les différences: de solistes, de formations, d'époques. Les deux premières sont indispensables. En route pour l'exercice de style! ....)

...Et la Jeune Garde Néo-Orléanaise!


Herlin Riley, ci-devant batteur de Wynton Marsalis, vole désormais de ses propres baguettes. Il a offert un set splendide, alliant compositions flambant neuves avec une tradition revisitée sans rabâcher: Saint Louis Blues, comme... à la parade,...



 ... et une Petite Fleur  en hommage à Sidney Bechet.



Écouter et Voir...
Saint Louis Blues
  version traditionnelle par Sidney Bechet/ André Reweliotty
  vision beaucoup plus moderne: Thad Jones/Mel Lewis Orchestra



Terence Blanchard, l'un des derniers Alumni de "l'Université Art Blakey", fait montre d'une maîtrise technique époustouflante... mais peut-être un peu trop, justement!

Au Bonheur des Rues

 


derrière les porches, un charme secret!

Dans cette maison, Tennessee Williams a écrit Un Tramway nommé Désir.

Rencontres attendues...


ou... plus insolites!


l'incroyable Pharmacie  Dufhilo, sa
Soda Fountain, ses potions magiques...

Une remarque: Soda Fountain Rag est le titre... de la première composition de Duke Ellington: il avait 12 ans!

Encore un peu de musique...

...et, au bout de la rue, l'entrée du Parc Louis Armstrong

Écouter et Voir...
On the Sunny Side of the Street 
   Louis Armstrong bien sûr, ne serait-ce que pour les paroles...
   mais surtout l'occasion de confronter les deux "monstres" du sax alto classique:
   - Benny Carter
   -  Johnny Hodges  dans son écrin, le Duke Ellington Orchestra.

En Pays Cajun

Ile Saint Charles


Une terre de plus en plus menacée par les eaux...

Le père Naquin se bat contre le lent et quasi inexorable dépeuplement de ce coin de terre
("Pourquoi rester là?... [silence]...Parce que c'est chez nous! ... Home, sweet home!")

Écouter et Voir...
Come Sunday ( le spiritual de la suite Black, Brown, and Beige )
  par Mahalia Jackson
   
par
Brandford Marsalis avec Kathleen Battle (une chanteuse classique et un saxophoniste de jazz... pourquoi pas!)


Black, Brown, and Beige
a été écrite par Duke Ellington pour célébrer le peuple noir Américain; le titre fait explicitement référence à la très grande diversité des couleurs de peau engendrée par le métissage et les diverses origines géographiques.

Dans les bayous

les lieux...

...et quelques habitants

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 King Oliver/Louis Armstrong: Alligator Blues

Ambiance musicale


Au Mulate's, le célèbre "Fais Do-Do" à Breaux-Bridge (près de Lafayette)

Même ambiance au Jazz Fest, N-O

Musicalement, hum... il faut bien avouer que c'est plutôt crin-crin, figé dans un folklore passéiste et un conservatisme "petits  blancs du sud" particulièrement rigide.  On préférera donc une version "noircie" de la chose, mâtinée de blues, par d'authentiques champions du style!

Écouter et Voir...
 Clifton Chénier Les Zydecos (Z'haricots) sont pas salés!
 
Buckwheat Zydeco Hey Good Lookin'
 


Bientôt l'heure du dodo? ou des comparaisons jazzy ?

Écouter et Voir...
When it's Sleepy Time Down South

Louis Armstrong -dont ce fut longtemps l'indicatif- dans un film  (1942)
Nicholas Payton
(la jeune garde néo-orléanaise!) avec le Barcelona Jazz Orquestra, pour le mélange tradition/modernité
Mel Tormé
: un crooner, oui... mais un crooner de jazz!
pour  un karaoké kitsch: les Boswell Sisters 

Le Sud des Plantations

Les chênes sont magnifiques et robustes dans le Sud; plusieurs fos centenaires, ils survivent aux ouragans: M. La Fontaine, vous n'êtes pas sérieux avec vos historiettes!

À la Plantation Laura, Paul Nevski nous guide en propriétaire et en conteur d'une histoire familiale mouvementée qui n'a plus aucun secret pour lui.


Ses couleurs vives la désignent sans ambiguïté comme créole. Le jazz, lui aussi, a beaucoup subi l'influence du mode de vie de ce mélange des races et des modes de vie d'Américains authentiques, nés sur place, quoiqu'issus d'Européens et d'Africains.

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C'est pour expliquer à ses filles en quoi sa vie avait été bien différente du roman de Margaret Mitchell, Autant en emporte le Vent, que la dernière propriétaire a entrepris en 1936 la rédaction de ses mémoires, retrouvées récemment.

Laura Locoul (1861-1963... ou: d'Abraham Lincoln à John Kennedy!)

Un portrait, des écrits pour redécouvrir une femme fascinante... mais c'est exactement le sujet du film d'Otto Preminger titré LAURA! (sans raapport direct, cela va de soi). Or, le thème musical de la bande originale est devenu un standard pour les jazzmen, particulièrement chéri des saxophonistes. Alors, l'occasion est trop belle...

Écouter, Voir...
Laura
 par le saxophoniste alto Lou Donaldson en quartet
 par l'irremplaçable et sensuel Paul Gonsalves (sax ténor), dans son écrin naturel: le Duke Ellington orchestra


...et  Lire!


Paul NEVSKI, Passée Blanche de Louisiane (Yvelinedition)
        [ présentation sur le site de l'éditeur ]

Pas de plantations sans esclavage...

ancien marché aux esclaves, New Orleans Une case d'esclave à la Plantation Laura. C'est à cet endroit, dans une case analogue,
 que naquirent les ancêtres de Fats Domino!



exemples de documents relatifs à l'esclavage (Plantation Laura)

Sauf... sauf à la prestigieuse et célébrissime Oak Alley; du moins, voudrait-on que la visite laisse cette impression qu'on ne s'y prendrait pas autrement, et ce n'est pas la consultation de son site Internet qui la démentira. Ici, c'est un Sud de rêve et de luxe qu'on exalte, façon Autant en emporte le Vent... dont l'affiche décore le restaurant.





Les chênes sont robustes et tragiques dans le Sud, témoins silencieux de l'esclavage, complices malgré eux des lynchages. Nul n'a chanté de façon plus émouvante que Billie Holiday l'insupportable contraste du Sud, de sa douceur et de sa violence.

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la photo (Lawrence H. Beitler) du lynchage de Thomas Shipp et Abram Smith, à Marion, Indiana, le 7 Août 1930, inspira son poème à Meeropol. 
 Billie Holiday: Strange Fruit  (Version sous-titrée en Français)
écrit en 1936 par un  immigré blanc, Russe, juif et communiste, Abel Meeropol, Strange Fruit devint le premier Protest Song de l'histoire Américaine. L'auteur proposa la chanson à Billie, qui, d'abord réticente, accepta de l'interpréter: la première eut lieu en 1939 au Café Society à New-York. Timidement applaudie d'abord, elle devint un grand succès par lequel Billie terminait ses récitals, l'accompagnement réduit à la plus grande sobriété. Craignant un boycott des revendeurs, Columbia refusa d'enregistrer le titre.

article détaillé sur Wikipedia:
 - en Français
 - en Anglais

Soirées Hot!

Le Preservation Hall, comme son nom l'indique, dévoue son obscurité et ses bancsde bois, dont on ne saura jamais ce qu'il faut le plus regetter de l'inconfort ou de la rareté... (vous en vouliez, hein, du typique Néo-Orléanais début de siècle?) à la défense et illustration de la tradition.



Allez, c'est le bon moment pour écouter Mahogany Hall Stomp, morceau dédié au plus somptueux bordel du quartier de Storyville!

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Mahogany Hall Stomp
  par le clarinettiste George Lewis , un des meilleurs représentants du "New Orleans Revival" des années 50
  par le trompettiste Français (grand admirateur et disciple de Lois Armstrong) Irakli 
  à New-Orleans même! Mahogany Hall Stomp at French Quarter Festival (l'autre festival de la ville, celui du Vieux Carré)


À l'hôtel Monteleone, excellents cocktails et musique assortie!

Quand il est bien agréable de voir double...

Dédicace spéciale, à toutes celles qui aiment les pianistes musclés...

Et pour finir en apothéose, dîner au Palm Court, réputé pour la qualité de sa cuisine... et des orchestres qui s'y produisent!

Paul apporte son aide au choix des vins

La salle est décorée des photos dédicacées des célébrités de passage; entre autres: le tromboniste Al Grey, le trompettiste Doc Cheatham.



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  Doc Cheatham: I want a Little Girl
  Doc Cheatham et Wynton Marsalis se rencontrent... au Jazz Fest de New-Orleans!  Kiss to Build a Dream On 




À l'heure du dessert, l'orchestre ne manque pas de jouer Ain't giva noboby none of my Jell Roll ... Petite précision tout de même: le langage à double sens était une spécialité des malicieux paroliers. Le Jelly-Roll était, son nom le laisse deviner, un gâteau roulé à la confiture, long et cylindrique. On imaginera donc sans peine, après avoir laissé les chastes pensées au vestiaire, ce que pouvait signifier ce "J''ten donnerai pas de mon bon gâteau roulé!"

Écouter et Voir...


Épilogue 1:Tout est né ici...

Bientôt en ligne!

Épilogue 2 : Repartir...

Allez, juste ce qu'il faut de nostalgie... pour avoir l'envie d'y revenir!

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Do you know what it means  to miss New Orleans...
 par le tromboniste Kid Ory , célèbre vétéran des orchestres de King Oliver et Louis Armstrong
 par
le tromboniste Vic Dickenson , autre distingué représentant du style sur cet instrument
 et enfin, par un duo Louis Armstrong/Billie Holiday, extrait du film New Orleans (Arthur Lubin, 1947)