|
La foudre
Orages et Désespoir |
De nombreux phénomènes restent encore mal compris ou mal définis, et les différents problèmes évoqués précédemment indiquent les voies où la recherche moderne s'est engagées. Ce sont en priorité la physique du nuage orageux, la répartition de la sévérité orageuse sur le territoire, l'amélioration du modèle d'impact, l'analyse du rayonnement électromagnétique de la foudre. Par ailleurs, certaines recherches se font "in situ" pendant que d'autres, complémentaires, deviennent possibles en intérieur, grâce aux grands laboratoires a très haute tension édifiés dans plusieurs pays au cours des deux dernières décennies.
Evaluation du risque de foudroiement
Foudroiement d'un bâtiment
On a souvent besoin d'évaluer la probabilité de foudroiement d'un bâtiment. Les industries où existe un risque d'explosionainsi que les compagnies d'assurances s'intéressent à cette question.
Pour évaluer cette probabilité, il faut déterminer la " surface de capture équivalente " du bâtiment. Cette surface est, par définition, la surface de sol plat qui recevrait le même foudroiement annuel. Cette surface est toujours plus grande que la seule emprise au sol du bâtiment considéré. Pour les évaluations pratiques, on se contente d'une méthode simple, d'ailleurs dérivée du modèle, et bien confirme par l'expérience sur le terrain. Elle consiste à augmenter la surface du sol du bâtiment, en entourant son périmètre par une bande, dont la largeur est égale à deux fois la hauteur du bâtiment.
Pour une ferme isolée (sans arbres environnants) d'une surface de 450 m2 au sol, la probabilité de foudroiement serait de l'ordre d'un coup tous les cent ans.
Un calcul semblable donnerait, pour un arbre de 15 m de hauteur et dont la couronne aurait 10 m de diamètre, une probabilité de une fois tous les deux cents ans.
Foudroiement d'une personne debout
Si nous faisons le même calcul pour une
personne debout, qui aurait une taille de 1,70 m, nous trouvons
une probabilité de foudroiement une fois tous
les dix mille ans.
Mais la chute directe de la foudre n'est pas le seul cas d'accident possible : il faut aussi considérer les risques de foudroiement indirect. La sagesse populaire enseigne depuis longtemps qu'il est dangereux de se réfugier sous un arbre pour s'abriter d'un orage, surtout si cet arbre est isolé ou ne fait partie que d'un petit groupe d'arbres. Or un arbre a cinquante fois plus de chances d'être foudroyé qu'un homme.
Une fois un objet frappé par la foudre, le courant de foudre
cherche le chemin de moindre résistance pour s'écouler à la
terre. Lorsqu'une personne se trouve sous l'arbre, son corps constitue
un chemin de moindre résistance, et le courant "saute" vers le corps,
par l'intermédiaire d'un arc, puis s'écoule par le corps.
Le courant électrique ne traverse pas nécessairement l'intérieur
du corps, il peut s'écouler par sa surface, provoquant des brûlures
superficielles, des brûlures du système pileux, quelquefois
la désintégration des vêtements.
Un deuxième type de foudroiement indirect est l'électrocution
par "tension de pas ". Supposons qu'une personne se trouve à proximité
d'un impact de foudre au sol. Le courant de foudre s'écoule dans
la terre, où il diffuse autour du point d'impact. Du fait de la
résistivité électrique du sol, cet écoulement
génère un "gradient de potentiel", ce qui signifie qu'entre
deux points proches, situés tous deux à la surface du sol,
va apparaître une différence de potentiel. Si ces points sont
des points de contact des pieds d'une personne, ou des pattes d'un animal,
cet être vivant va être parcouru par un courant de dérivé,
et pourra être très fortement commotionné, voire tué.
C'est la cause la plus fréquente du foudroiement du bétail,
où plusieurs bêtes groupées au même endroit peuvent
être tuées simultanément. Le risque sur le bétail
est aggravé par le fait que l'écart entre les pattes est
plus grand qu'entre les pieds d'un homme. De plus le coeur se trouve alors
sur le trajet du courant dérivé, ce qui n'est pas le cas
chez l'homme.
Un troisième type est la commotion ou l'électrocution
par une ramification du coup principal. On a vu que le traceur descendant
comportait de nombreuses ramifications. Généralement, l'une
d'elles seulement rencontre une décharge ascendante et donne passage
aux courants d'arc en retour. Mais les autres ramifications, qui " meurent
" avant d'avoir touché le sol, peuvent provoquer des commotions
par un courant induit à distance. Ce même phénomène
génère des forces électrostatiques, que subissent
la surface du corps, et par conséquent les vêtements. Ces
forces atteignent plusieurs kilogrammes par mètre carré,
ce qui peut être suffisant pour déchirer les vêtements
et les éjecter loin du corps, et justifie donc des faits observés
à de nombreuses reprises.
Nota : La commotion est une électrisation non mortelle, mais l'électrocution est une électrisation mortelle des hommes ou des animaux par décharge électrique.
_________________________________