BONHEUR DOMESTIQUE |
| Le numéro
5 du Vieux Cordelier , daté du 5 nivôse an II ( 25 décembre 1793), ne fut
cependant mis en vente que le 16 nivôse ( 5 janvier 1794) . Le 6 ème, daté par erreur,
du 10 nivôse ( 30 décembre), ne parut que vers le 15 pluviôse ( février 1794).
Ce numéro 6 devait être le dernier qui parut du vivant de Desmoulins. Camille avait commencé là ce qu'il appelle son Credo politique ; mais lorsqu'il apporta son numéro 7 à Desenne, son libraire, celui-ci, pris d'épouvante, refusa d'imprimer. Ces feuillets couverts de l'écriture serrée de Desmoulins lui faisaient peur. Le numéro 7 ne devait paraître qu'en prairial an III ( juin 1795). Mais Desenne, en 1795, n'en donna que des fragments, et M.Matton aîné, héritier des manuscrits de Camille, et qui publia les Oeuvres de son parent, n'a pas tout donné en complétant, en 1834, ce numéro 7. |
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Ces divers
fragments montrent clairement l'état de l'âme de Camille au commencement de cette année
1794, dont le printemps devait marquer sa mort. Il était ulcéré. " Le peu de mots
qu'il laissait échapper, dit Mio de Mélito, avait toujours pour objet des observations
sur les condamnations du Tribunal révolutionnaire, sur le genre de supplice infligé aux
condamnés et sur la plus noble ou la plus décente façon de s'y préparer ou de le
supporter." |
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" Je ne dirai qu'un mot de ma femme, répond-il à ce sujet à Hébert, et sur un ton pénétré et touchant qui ne lui est pas familier. J'avais toujours cru à l'immortalité de l'âme. Mais mon mariage est si heureux, mon bonheur domestique si grand, que j'ai craint d'avoir reçu ma récompense sur la terre, et j'avais perdu ma démonstration de l'immortalité. Maintenant, tes persécutions, ton déchaînement contre moi et tes lâches calomnies me rendent toute mon espérance." |
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Mais quand il
parle de son "bonheur domestique si grand", Camille le sent bien atteint, ce
bonheur; il s'émiette entre ses mains. Le désespoir, l'inquiétude, la terreur sont
entrés dans cette maison, que Sylvain Maréchal appelait autrefois le séjour de
l'innocence. On a une lettre de Lucile, lettre désespérée, qu'elle envoie à Fréron, alors à Toulon, et qui donne bien le ton de ce moment tragique. Nous la publions ici, dans son intégralité et avec l'orthographe même, telle que nous l'avons copiée sur l'original. " 24 nivôse l'an deux de la République une et indivisible. Revenez, Fréron, revenez bien vitte. Vous n'avez point de tems à perdre, ramenez
avec vous tous les vieux Cordeliers que vous pourrez rencontrer, nous en avons le plus
grand besoin. Plut au ciel qu'ils ne se fussent jamais séparés ! Vous ne pouvez avoir
idée de tout ce qui se fait ici ! Vous ignorez tout, vous n'appercevez qu'une foible
lueur dans le lointain qui ne vous donne qu'une idée bien légère de notre situation.
Aussi, je ne m'étonne pas que vous reprochiez à Camille son comité de clémence. Ce
n'est pas de Toulon qu'il faut le juger. Vous êtes bien heureux là où vous êtes; tout
a été au gré de vos désirs, mais nous, calomnié, persécuté par des ignorants, des
intrigants, et même des patriottes, Robespière (sic), votre boussolle, a dénoncé
Camille aux Jacobins; il a fait lire ces numéros 3 et 4, a demandé qu'ils fussent brulez
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Pendant
deux séances consécutives, il a tonné Vous n'avez pas lu à ce qu'il me parroit ses cinq numéros. Vous y
êtes cependant abonné. Adieu, lapin,
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